‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 91 sur 211 · TOMBEAU DES PROPHÈTES · texte numérisé non relu

TOMBEAU DES PROPHÈTES

Le long de l'enclos du jardin des Oliviers ( Gethsemani , aujourd'hui el-Djesmanieh) passe un chemin qui conduit au sommet du mont des Oliviers ou Djebel -Thour et à l'église de l'Ascension. Tout le terrain que l'on traverse pour arriver là, est tellement encombré de débris de toute nature, tels que briques, poteries, marbres ou mosaïques, qu'il est indubitable que le flanc occidental de la montagne, a servi autrefois d'assiette à un vaste faubourg de Jérusalem.

A une centaine de mètres en avant de l'église de l'Ascension, des fouilles toutes nouvelles ont fait découvrir une citerne, et les fondations ainsi que les débris d'un édifice religieux, qui n'était probablement qu'une église construite par l'ordre d'Hélène ou de Constantin. Des débris de corniches, des chapiteaux corinthiens et des fûts de colonnes ornés de moulures évidemment romaines , ne laissent pas de doute sur l'origine de ce monument ruiné. Ses débris sont charriés à grande

peine, du point où ils ont été déterrés, vers le fond de la vallée de Josaphat, où ils sont vendus aux Juifs, pour être dépecés par eux et devenir des pierres tumulaires à ajouter à l'innombrable quantité de pierres de ce genre, qui tapissent tout le flanc de la vallée, depuis le tombeau d'Absalom jusqu'au village do Siloam.

Au-dessous de l'église même de l'Ascension est creusé un caveau , au fond duquel conduit un escalier assez raide et garni d'un palier, sur le milieu de sa longueur. Au milieu do ce caveau est un énorme sarcophage antique, formé d'une cuve et d'un couvercle en dos d'âne, le tout du plus grossier travail. Pas d'inscription sur le sarcophage; mais dans les parois mêmes du caveau, on voit une inscription grecque ainsi conçue :

0APCIAO METIAA 0YAICA0AN ATOC

Prends confiance, Dometila, personne n'est immortel! — Deux ou trois inscriptions koufiques sont également encastrées dans les murailles, mais l'obscurité et le peu de temps que j'avais à leur donner, m'a empêché d'entreprendre de les déchiffrer. Je les signale donc aux voyageurs futurs.

Quelle est cette Dometila (Domitilla sans doute)? Je l'ignore. Les Juifs de Jérusalem ont imaginé de faire de ce sépulcre chrétien , celui de la prophétesse Houldah ; mais c'est la une tradition qui , bien que généralement reçue parmi eux, n'a pas le moindre fondement.

En suivant les hauts plateaux qui couronnent le mont des Oliviers, et en se dirigeant vers le sud, on gagne un second sommet qui précède celui du mont du Scandale, ainsi nommé de ce que Salomon y construisit des temples aux faux dieux

qu'adoraient ses femmes, prises dans toutes les nations voisines. J'ai rencontré sur ce socond sommet du mont des Oliviers, deux belles citernes dont l'ouverture est tout à fait semblable à celle des silos de l'Algérie , et une colonne couchée a base polygonale que je me suis empressé de dessiner, parce que ses moulures sont d'un style fort étrange, Jo no sais à quelle époque la faire remonter ».

De ce sommet, comme de celui do l'Ascension, la vue est admirable, et je doute qu'il y ait au monde un panorama qui vaille celui-là. A l'ouest, Jérusalem, le théAtre du plus merveilleux événement qui se soit accompli sur la terre, et les plateaux qui s'étendent au delà, vers la mer. Au sud, la plaine qui conduit à Beit-Lehm ; au-dessous de soi, la vallée de Hinnom, la vallée, du Redron (qui se nomme Ouad-en-Nar à partir de la vallée de Hinnom) et la vallée de Josaphat. Au nord, les plateaux de plus en plus élevés qui s'échelonnent dans la direction de Naplouse. Derrière soi, enfin, le désert de Judée, la vallée du Jourdain, la mer Morte qui ressemble à une immense chaudière de plomb fondu, et plus loin encore les montagnes, aux profils sévères, des Mnabitcs et des Ammonites. C'est là un spectacle que l'on ne se lasse pas de contempler avec la plus vive émotion , et que l'on ne quitte qu'à regret, en retournant bien souvent la tète, afin d'en jouir le plus longtemps possible.

A mi-cote, en montant du jardin des Oliviers à l'église de l'Ascension, si on quitte le chemin pour entrer dans des champs labourés et plantés d'oliviers, on rencontre, au pied d'un petit rideau de roches, une rampe très-abrupte de quelques mètres de longueur seulement, percée à côté d'un puits rond, à ciel ouvert. La rampe conduit au fond d'une rotonde en dôme, creusée dans le roc et qui ne reeoit d'autre lumière que celle

Page 1