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TOMBEAU D'ABSALOM

Le premier monument sépulcral que l'on rencontre, en descendant la vallée de Josaphat, à partir du Jardin des Oliviers, est un mausolée dont toute la base a été prise dans la masse du rocher. Une sorte de plate-forme a été taillée dans le flanc du mont des Oliviers, et ses parois verticales s'élèvent à droite, à gauche et derrière le monument. C'est le noyau de roc, isolé par la construction de cette espèce de cour, qui a été taillé sur place, pour devenir la base du tombeau ; des blocs rapportés et bien jointoyés en ont constitué le couronnement

Voici la description succincte de ce singulier monument qui a déjà été décrit et figuré bien des fois, mais toujours sans une exactitude suffisante. La base proprement dite du mausolée est inscrite dans un carré , de six mètres quatre-vingts centimètres de côté. Sur chacune des faces se détachent deux colonnes ioniques, et deux demi-colonnes placées dans les aisselles de deux pilastres d'antes. Sur cet ordre ionique est assise une frise dorique, comportant treize patères dissemblables et quatorze triglyphes avec gouttes. Au-dessus de cette frise, se trouve une véritable corniche égyptienne, parfaitement caractérisée, et composée d'un énorme tore ou boudin, que surmonte un vaste demi-cavet, évidé en larmier. A partir de la frise dorique, le corps du mausolée est inscrit dans un carré qui n'a plus que six mètres cinquante centimètres de coté. Jusqu'à la partie supérieure de la corniche égyptienne, le monument est monolithe. A partir de là il est formé de blocs rapportés.

Le couronnement du mausolée se compose d'abord d'un

BT AUTOUR DE LA MER MORTE. 289 dez carré de six mètres trente-trois centimètres de côté, terminé par une petite corniche, formée de deux listels séparés par un tore et surmontés d'une doucine et d'une platebande. Au-dessus de celle-ci s'élève une partie cylindrique, ayant pour diamètre le coté du dez qu'elle surmonte, c'est-àdire six mètres trente-trois centimètres. Ce cylindre a pour base la même corniche que je viens de décrire, et enfin sur la surface du cylindre règne un cordon, formé encore des mêmes moulures que celles qui se voient à la base. Le cylindre est terminé à sa partie supérieure par un tore figurant un énorme câble tordu. Au-dessus de celui-ci paraît enfin une sorte de pyramidion à génératrice évidée en gorge. Le tout est couronné d'un gros bouquet de palmes, assez semblable à un chapiteau égyptien. Ce pyramidion a été quelquefois dépeint par le nom de bonnet chinois que des voyageurs lui ont donné. Ce n'est certes pas là ime expression technique, mais elle a l'avantage de caractériser assez bien la forme de cet étrange couronnement de mausolée. Quant aux hauteurs relatives des portions supérieures, c'est-à-dire de celles qui surmontent la corniche égyptienne, les voici en quelques mots. Le tore câblé partage en deux parties égales la hauteur totale de ces portions supérieures. Le dez cubique avec sa corniche a la même hauteur que la portion cylindrique, jusqu'au tore câblé. De la corniche égyptienne jusqu'au-dessus du tore câblé ou à la naissance du chapeau, il y a cinq mètres trente-six centimètres, hauteur égale à celle du chapeau avec sa couronne de palmes. De la moulure intermédiaire ou cordon placé sur le cylindre jusqu'à la naissance du chapeau, il y a soixante-six centimètres; le tore câblé a deux cent cinquante-trois millimètres de diamètre ; et de la partie inférieure du tore à la partie inférieure du cordon en moulure , il y a huit cent soixante-seize millimètres.

Les pilastres (Tantes ont cinq cent cinquante-sept millimètres de largeur ; les colonnes ont quatre cent quatre-vingts millimètres de diamètre et trois cent quatre-vingts millimètres de saillie sur la face du monument. Les intervalles des colonnes sont de neuf cent cinquante millimètres. Les demi-colonnes accolées aux an tes ont trente-deux centimètres de largeur de fût. Les chapiteaux des colonnes ont au sommet sept cent trente-quatre millimètres de largeur; et les chapiteaux d'antes avec ceux des demi-colonnes, un mètre deux centimètres. Je me bornerai à ces mesures de détail, et pour les autres, je renvoie le lecteur aux planches xxxvn, xxxvm et xlu

Au-dessus de la corniche égyptienne, la face sud du mausolée présente une petite porte carrée, placée à un mètre trois cent vingt-quatre millimètres de l'angle sud-est. Cette porte a un mètre cent vingt-cinq millimètres de hauteur, sur quatrevingt-treize centimètres de largeur; elle est surmonté d'un évidement en cul de four, surmonté lui-même d'un cercle en saillie sur la surface du dez carré.

Outre la petite porte, assez difficile à atteindre, dont je viens de parler, trois larges brèches ont été faites dans le flanc du mausolée; l'une, dans la face tournée à l'occident, entre les deux colonnes centrales : celle-ci a enlevé tout le milieu de la frise dorique, et elle règne depuis les chapiteaux jusqu'au-dessus du tore égyptien. L'autre brèche, ouverte dans la face nord, entre les deux colonnes centrales, est à bonne hauteur, et il est très-aisé de pénétrer par là dans l'intérieur du monument. La troisième brèche est entamée dans la face orientale du dez carré qui surmonte la corniche égyptienne. Voici la description des deux étages intérieurs. La chambre dans laquelle on pénètre par la brèche ouverte au nord, est carrée , et encombrée de fragments qui empêchent de dev iner ce que présente le sol. Le plafond est garni d'un cadre simple en saillie et de deux cer-

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 29* des concentriques en creux. Les côte* ouest, nord et est, présentent une arcade dont le cintre est tangent au cadre du plafond. Le coté sud n'a pas cette arcade, et il ofl're, à sa jwirtie gauche, une ouverture cintrée où viennent aboutir les marches d'un escalier qui descendait à l'intérieur, en partant de la porte ouverte dans la face sud, au-dessus de la corniche. Une petite ouverture, ménagée dans la masse, conduit au-dessus du plafond de la chambre inférieure , sous une voûte en encdrbellement , non taillée, tout à fait semblable à celle que l'on voit à la grande pyramide d'Égypte, voûte qui n'a eu évidemment d'autre destination que celle d'alléger le poids de toutes les parties supérieures de l'édifice.

Maintenant, que j'ai donné assez minutieusement la description du monument funéraire connu sous le nom de Tombeau d'Absalom, je dois émettre l'opinion que je me suis faite, après mûres réflexions, sur l'âge probable de cet étrange monument. Commençons par rapporter ce que la Bible nous dit du tombeau d'Absalom. Nous y lisons * : — 18. Absalom avait pris et dressé pour lui, de son vivant, un cippe (rc!JD) dans la Vallée du Koi : car, disait-il, je n'ai point de fils pour rappeler le souvenir de mon nom; et il avait appelé le cippe de son nom, et il est appelé main d'Absalom jusqu'à ce jour. —

Ce verset me parait un commentaire introduit beaucoup plus tard dans le texte du livre de Samuel; il n'en est pas moins extrêmement précieux, ainsi qu'on va le voir. Un Matzabct, c'est certainement en ce cas un monument funéraire, puisqu'il était destiné à conserver à la postérité le nom d'Absalom, et, trèsprobablement, à recouvrir sa dépouille mortelle. D'une part, quoique fils du roi David, il est évident, par ce fait, qu'il n'avait pas à compter sur un sépulcre pour lui, dans le caveau

i. Samuel, u, xvm.

royal, destiné sans doute à ceux-là seuls qui porteraient la couronne. D'un autre côté, Absalom fit très-probablement élever son monument funéraire dans la vallée où se trouvait placé le caveau royal. Ce lieu, notre verset l'appelle la Vallée du Roi ( T>sn pDJ?). D'où pouvait provenir ce nom, si ce n'est de la présence du caveau royal? Je désirerais bien qu'on pût me l'apprendre. Les tombeaux des rois étaient donc dans une vallée. Or les Qbour-el-Molouk sont à la naissance de la vallée de Josaphat; si donc la tradition sur le tombeau d' Absalom pouvait être admise, sa présence dans la vallée de Josaphat me fournirait un argument de plus en faveur de mon attribution des Qbour-el-Molouk aux rois de Juda. Heureusement, je n'ai pas besoin de cette preuve supplémentaire, et j'en ai bien assez d'autres pour étayer mon opinion.

Nous lisons dans Josèphe 1 qu' Absalom s'était fait construire, dans la vallée royale, une stèle de marbre, éloignée de deux stades de Jérusalem, et qu'il appela sa main, disant que, quand bien môme ses enfants périraient, son nom resterait attaché à cette stèle a.

La tradition qui existe aujourd'hui, date certainement de l'époque où il a été permis aux Juifs, bannis de Jérusalem par l'empereur Hadrien, après la révolte de Bar-Koukeba, de rentrer dans cette ville. Ce qui est sûr, c'est que, de temps immémorial, le tombeau d' Absalom a reçu ce nom parmi les Juifs, qui ont peut-être rapporté avec eux une tradition rabbinique ,

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