‹ Voyage autour de la Mer morteChapitre 22 sur 32 · Voyez Planche wv · texte numérisé non relu

Voyez Planche wv

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 339 son ophtalmie. En lui conseillant l'emploi de la pommade de régent, je lui avais annoncé qu'il souffrirait plus pendant les deux premiers jours, puis que le mieux se manifesterait ; ma prédiction s'est accomplie; l'inflammation s'amortit, et Abou- Daouk, qui a le plus grand désir de me soutirer la petite boîte de pommade qui l'a tiré d'affaire, est prêt à faire tous les sacrifices pour l'obtenir; toutefois, il n'ose pas encore me la demander, mais cela viendra incessamment. Il faudrait que je me fisse d'étranges illusions sur le caractère arabe, pour n'en pas être parfaitement sûr à l'avance.

Notre soirée est délicieuse; la joie est assise autour de tous les feux; tchibouk, café et causeries vont leur train; je n'ai pas encore vu notre camp si franchement gai. A Sebbeh on chantait et on dansait, c'est vrai, mais on avait soif. Ce soir que nous raanque-t-il? Rien. Nos hommes heureux de l'instant présent, insoucieux des heures à venir, se reposent sous le plus beau ciel de la terre, à l'abri du moindre souffle, avec l'abondance pour compagne.

La joie est contagieuse; elle nous a tous gagnés, et n'était la fatigue qui nous reste de la dure matinée de Sebbeh , nous ne serions pas pressés de regagner nos couchettes. Mais demain nous avons une longue journée à faire, un mauvais pas à passer, nous dit-on; reposons-nous donc, afin de faire face bravement aux difficultés qui nous attendent.

Le frère d' Abou-Daouk nous a quittés et a continué sa route ; il est allé en avant pour sonder les dispositions des tribus nomades dont nous avons à traverser le territoire ; des réponses qu'il rapportera , dépend le succès de notre voyage. Tout dort, excepté nos sentinelles; j'ai terminé ma besogne du jour, et je puis enfin faire comme les autres, à ma très-vive satisfaction. A demain donc.

Ce matin , ma première visite a été pour le beau ravin que nous allons quitter pour toujours, très-probablement. Il me paraît tout aussi frais et aussi riant qu'hier soir. C'est décidément un des endroits les plus pittoresques du monde entier, et je comprends à merveille que des ruines considérables attestent la présence d'une station militaire, auprès d'une source pure et abondante comme cellé d'el-maïet-Embarrheg. A mon retour au camp, je trouve les tentes abattues et le déjeuner servi ; comme je ne veux pas partir sans avoir examiné de près le Qalaat-Embarrheg que je n'ai aperçu qu'en passant, et sans m'être formé une idée un peu plus nette sur la nature et l'origine de cette ruine curieuse, je me hâte, j'appelle mon fidèle Ahouad , je monte à cheval , en jetant un dernier regard d'adieu au délicieux ouad qui nous a servi de gîte, et je cours aux ruines. C'est bien un castellum ou petit fort, bâti sur un mamelon qui domine de cinquante mètres environ le plateau formant la rive gauche de l'ouad. Ce mamelon se relie au flanc de la montagne. L'appareil de la construction est semblable à celui de la piscine de Besetha et de certaines murailles de Masada, c'est-à-dire que les assises de belles pierres de taille, et ces pierres elles-mêmes, sont jointoyées par des pierres de très-petit échantillon ».

Le castellum est un parallélogramme dont les côtés extérieurs , parallèles à la direction de l'ouad , ont vingt-quatre mètres de développement, les deux autres faces n'ont que dix-huit mètres. Une baie en plein cintre est ouverte dans la face qui regarde la montagne : c'est la porte d'entrée du

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