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I. Voyez Pl. xvu

Mi VOYAGE EN SYRIE

A onze heures quinze minutes, nous quittons Kharbetïedoum , en tournant à Test et en nous dirigeant sur le tertre couvert de ruines, que j'ai signalé plus haut. Celui-ci n'est qu'à deux cents mètres de l'édifice que je viens de décrire. Sur ce tertre, qui a au moins quarante mètres de diamètre, a dû, sans aucun doute, exister un édifice important. Mais quel était-il? C'est ce que je ne me charge pas de deviner.

Une fois ce tertre franchi, nous reprenons d'abord notre route au sud-sud-est; mais depuis une heure nous apercevons au loin, sur notre gauche, un édifice carré qui semble trèsimportant. Qu'est-ce que cela? ai-je demandé à nos Arabes. Rien de curieux, m'ont-ils répondu sans hésiter, et avec le désir bien évident de ne pas faire le crochet qui doit nous y mener. C'est Beit-el-Kerm (la maison de la vigne). — Voilà tout ce que j'en puis tirer. J'avoue qu'au milieu d'une plaine aussi nue et aussi rasée, un édifice de pareille importance me . semble assez étrange.

J'hésite pourtant; tourmenté par l'idée de la nuit qui peut nous surprendre en route, je suis fort tenté de passer outre; je capitule môme avec ma conscience et je résiste quelque peu aux instances de Gustave de Rothschild, qui ne voudrait pas avoir aperçu ce monument sans être allé voir au moins ce qu'il peut être. Je lui réponds que nous nous arrêterons à Er- Rabbah ; que probablement nous serons forcés d'y camper, et que nous viendrons de là visiter Beit-el-Kerm. Rothschild insiste, et enfin nous nous décidons à laisser continuer nos bagages qui sont déjà bien loin devant nous, à quitter notre route et à marcher droit sur la ruine en vue, au grand déplaisir de tous nos schcikhs.

Il est onze heures vingt minutes, quand nous nous décidons à faire ce détour, et nous forçons l'allure de nos chevaux pour

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 343 perdre le moins de temps possible. En ce moment nous cheminons directement à Test, et nous longeons une ruine isolée, ou pour mieux dire un amas de décombres informes. Quand nous ne sommes plus qu'à quelques cents pas du Beit-el-Kerm, Rothschild prend le galop, arrive à la ruine derrière laquelle il disparaît un instant, et reparaît aussitôt en jetant des cris d'admiration : — Venez vite ! c'est aussi beau que Bâalbek ! — Et nous de courir à notre tour.

A onze heures trente-cinq minutes , nous avons tous mis pied à terre, et nous partageons franchement l'admiration de notre compagnon de voyage, car nous sommes en face des débris d'un magnifique temple tétrastyle, de la même époque que les temples de Bâalbek, c'est-à-dire du temps d'Adrien ou des An ton in s à peu près.

Le sol est jonché de tambours de colonne, de chapiteaux, de fragments de corniches; quel malheur qu'un si beau monument ait été renversé! Sa destruction est-elle l'œuvre d'un tremblement de terre, ou celle des hommes? J'aime mieux croire à la catastrophe indépendante de la volonté humaine. Quoi qu'il en soit, voici la description de ce qui reste de ce merveilleux édifice, dont tous les murs ont encore quatre ou cinq mètres de hauteur.

C'est un rectangle parfaitement orienté à l'est, dont les faces antérieure et postérieure ont trente et un mètres quatre-vingtcinq centimètres de développement, et les deux faces latérales, vingt-sept mètres dix centimètres seulement. Les murs ont un mètre quatre-vingt-dix centimètres d'épaisseur. Aux quatre angles, les murs ont de légères saillies de dix centimètres sur les faces, et ces saillies ont cinq mètres quatre-vingt-cinq centimètres de développement sur les faces latérales, et six mètres cinquante-cinq centimètres sur la façade et le mur du fond. Le temple a vingt-huit mètres dix centimètres de largeur à l'inté-

rieur, et dix-neuf mètres soixante centimètres de profondeur seulement.

Sur la façade antérieure étaient placées quatre colonnes énormes, de un mètre trente centimètres de diamètre, et dont les tambours inférieurs sont restés en place. Les deux colonnes intermédiaires sont séparées de six mètres vingt centimètres, d'axe en axe. Quatre mètres vingt centimètres, d'axe en axe, séparent ces colonnes des colonnes d'angle, et l'axe de celles-ci est à deux mètres dix-sept centimètres de la face interne du vestibule. Ce vestibule est profond de trois mètres soixante-dix centimètres. La porte du temple a trois mètres quarante-cinq centimètres d'ouverture. A droite et à gauche sont appliquées à la muraille deux consoles en saillie, de un mètre trente-six centimètres de largeur, et à deux mètres quatre-vingt-quatre centimètres des montants de la porte. Un panneau en saillie, de un mètre cinquante-deux centimètres de largeur , précède la console et n'est placé qu'à soixante-deux centimètres du bord de la porte. A l'extérieur, les saillies angulaires des murailles * sont réunies par une saillie moindre, de sept centimètres seulement, et formant une sorte de base générale, à environ un mètre au-dessus du sol actuel.

Au fond du temple deux murs, également de un mètre quatre-vingt-dix centimètres d'épaisseur , perpendiculaires à la muraille et séparés de sept mètres, forment une cella de sept mètres carrés, dont l'aire est prolongée en avant, en arc de cercle de trois mètres cinquante centimètres de rayon. Tout l'intérieur de l'édifice est encombré de blocs de pierre, de tambours de colonne et de chapiteaux ; c'est un véritable chaos au milieu duquel on a toutes les peines du monde à marcher et à se reconnaître '.

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