‹ Voyage autour de la Mer morteChapitre 9 sur 32 · Voyez planche V · texte numérisé non relu

Voyez planche V

fg VOYAGE EN SYRIE

promptement à notre gîte; mais, à l'inspection du khan-en- Nakourah, où nous ne trouvons que le khandji , nous sommes d'av is que notre monde a bien fait de passer outre, et de croire que nous ne consentirions pas à nous loger pour une nuit dans un bouge pareil; d'ailleurs il n'y a pas place suffisante pour nous, même sans nos bagages. Quand nous ne savons plus OÙ aller, arrive le chef de nos moukres, qui vient au-devant de nous, un peu par inquiétude, mais beaucoup plus pour nous annoncer qu'il faut nécessairement gagner El-Bassa, village placé dans les terres, à gauche de la route de Saint-.Teand' \cre.

Nous nous sommes donc écartés de la plage, devant le cap nommé Ras-el-Achraf , et en nous dirigeant à l'est , à travers une plaine bien cultivée et plantée de beaux oliviers, nous arrivons, après trois heures de marche, à l'entrée du village d'EI-Bassa. Nous sommes obligés d'aller de nielle en ruelle et à travers une troupe de chiens furieux , pour trouver le gîte qui nous est réservé, et nous arrivons enfin dans une immense grange, habitée par un prêtre grec, et qui lui sert a la fois d'église et de maison. Une échelle formée de grosses pierres encastrées de distance en distance dans la muraille, nous conduit sur une plate-forme placée à hauteur d'un vaste hangar. C'est là notre salon de travail, notre salle a manger et notre chambre à coucher. Nous y aurions été mieux que dans nos gîtes précédents, sans la fumée et sans les moustiques. Nous espérions que les uns seraient chassés par l'autre, illusion, hélas! nous avons été dévorés pendant toute la nuit. Somme toute, notre journée a été magnifique, nous avons fait de bonnes découvertes, et demain, à moins de malheur, nous serons à Acre.

Avant sept heures nous étions à cheval , et nous nous dirigions obliquement , à travers champs, pour regagner la route d'Acre, que nous avons atteinte un peu au delà d'Ez-Zib, l'Ecdippa de Josèphe et l'Achzib du livre de Josué (xix-29). Dans les Juges (i-38), nous lisons que, bien que cette ville eût été assignée à la tribu d'Aser, celle-ci ne put en prendre possession ni en expulser les Cananéens.

En quittant el-Bassa, nous avons aperçu, à deux kilomètres sur notre gauche et au sommet d'une colline, une grande colonne monumentale isolée que les moukres appellent Amoudel-Qamsy. Je regrette vivement de n'avoir pu la visiter, et j'appelle l'attention des voyageurs sur ce point.

Avant de rejoindre la route battue, au delà d'Ez-Zib, nous rencontrons force gazelles; mais les laboureurs fourmillent dans la plaine; ils sont souvent cachés par les hautes herbes, et la crainte d'envoyer une balle à quelqu'un d'entre eux , suffit pour nous dégoûter de toute fantaisie de chasseur. Vers dix heures, nous nous arrêtons au bord d'un ruisseau, sous de magnifiques orangers couverts de fleurs et de fruits. Ce lieu se nomme Djesr-el-Mezrâah, à cause d'une chaussée en pierres et d'un pont qui traversent le marécage formé par le Nahrel-Mezrâah. .

Pendant que maître Constantin prépare notre déjeuner, tout en se plaignant de ce que nous mangeons trop et que nous avons un appétit sur lequel il n'avait pas compté, grâce à ce qu'il nous avait vu faire en Grèce, nous battons le pays, le» uns pour tuer de magnifiques oiseaux, les autres pour faire de la botaniqne ou de l'entomologie. Les chasses de tout genre sont très-abondantes, et nous revenons au signal qui nous

avertit que le déjeuner est prêt. Tandis que nous nous promenions, l'honnête Constantin a fait dei siennes. Un pauvre diable de nègre, propriétaire du terrain su? lequel nous avons fait halte, est venu réclamer un bakhchich; notre cuisinier lui a demandé de lui vendre dos oranges et des citrons, et le drôle, après avoir payé 20 paras, c'est-à-dire à peu près 12 centimes, quarante fruits choisis par lui, accable d'invectives le vendeur qui lui semble trop peu content de son marché. A notre retour, nous donnons quelques piastres au nègre, et nous commençons à prévoir que nous ne garderons pas longtemps Constantin à notre service. Nous nous sommes abonnés à être indignement volés par lui; mais laisser voler les autres en notre nom, cela ne saurait nous convenir en aucune façon.

A midi et demi, nous nous remettons en marche. La route s'élargit et devient belle ; on voit que nous approchons d'une ville plus importante que celles que nous avons rencontrées les jours précédents. D'assez jolies habitations, ornées de vrais jardins, sont placées à gauche du chemin; l'une d'elles nous est signalée comme l'ancienne maison d'Abdallah-Pacha. Un peu plus loin, nous' traversons le hameau de Baqadjeh; à notre gauche, suit la môme direction que la route un très-bel aqueduc de construction moderne, qui conduit l'eau à la ville d'Akka. C'est l'œuvre du féroce Djezzar-Pacha , de ce monstre auquel ses cruautés valurent le nom de Boucher.

Akka est devant nous. Après avoir passé sous une des arches de l'aqueduc, la route incline un peu vers l'ouest, et à trois heures et demin, nous entrons dans Saint-Jean-d'Acre par une assez belle porte construite à l'européenne. Les fortifications, quoique en mauvais état, se reconnaissent néanmoins pour l'œuvre de véritables ingénieurs.

Nous allons nous loger au couvent des Franciscains , où

nous sommes accueillis par les bons pères, avec l'hospitalité la plus cordiale. L'un d'eux nous fait visiter le couvent , et du haut de la terrasse, nous montre les traces du bombardement de 1840. Vivent les Turks pour l'empressement qu'ils mettent d'ordinaire à cicatriser leurs plaies! il y a plus de dix ans que la ville a été criblée par les boulets et les obus anglais, et tout est aujourd'hui dans le même état qu'au moment où la canonnade a cessé.

C'est une magnifique vue que celle du golfe d'Acre, avec la ville pour premier plan, avec le mont Carmel, qui en est séparé par une belle nappe bleue, et une mer étincelantc de lumière pour horizon. A gauche s'étend une plaine verdoyante que couronnent , à environ deux lieues de distance , des montagnes vertes sur lesquelles paraissent de beaux villages. Pendant que nous admirons ce splendide panorama , le soleil se couche et la fraîcheur vient ; nous redescendons au couvent, nous dînons, et nous nous empressons de nous mettre au lit, Nous avons pour demain une assez longue journée à faire, afin de gagner Nazareth, et nous voulons nous y préparer par une bonne nuit dont nous avons grand besoin , après la chaleur que nous avons endurée pendant toute la journée.

C'est ici le lieu de chercher s'il est possible de reconnaître les noms antiques des localités dont on rencontre les ruines entre Beyrout et Akka. Certes, la question vaut bien la peine que l'on s'y arrête; mais je tâcherai d'être bref, tout en m'efforçant de ne négliger aucun des documents qui forment les pièces du procès. Ces documents géographiques anciens, dont il est permis de tirer profit, afin de résoudre la question que je viens de me poser, sont les écrits de Scylax , de Pline, de Denys le Periégèto , de Priscien et de Strabon, l'itinéraire d'Antonin, la table de Peutinger, et enfin l'itinéraire de

Bordeaux à Jérusalem. Mettons donc en regard les indications géographiques qui nous sont fournies par eux , et les noms modernes des ruines dont nous avons, chemin faisant, . constaté l'existence. Ce tableau comparatif une fois dressé, nous le discuterons localité par localité et nous arriverons ainsi, j'espère, à éclaircir un problème curieux, déjà bien des fois étudié sans succès, ou tout au moins à rectifier quelques erreurs d'identification , proposées et admises sans examen suffisant.

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