COUPLETS
PREMIER COUPLET
Voulez-vous donc me fusiller?
A ma frayeur soyez sensible; QuiUez cet appareil terrible Qui vous donne un air siagulier!
(Dunois a l'air très-pênaud.) Songez^ Monsieur, qu'un guerrier Peut joindre le myrte au laurier :
Un héros peut chercher à plaire.
(Dunois a l'air charmé rie ce qu'il entend, cl, faisant un geste d'assentiment sans regarder Cécile, il avance le bras gauche et rapproche ainsi son fusil de Cécile, qui le lui prend très-subiilemênt à la fin de la phrjse musicale qui précède. Dunois fuit uu mouvement d'étonnement et veut reprendre le fusil, mais Cécile, qui a prestement fait passer le fusil de sa main droite dans sa m;iin gauche, fait un pas vers Dunois qui est ainsi loin du fusil; elle lui dit avec enjouement :)
Ainsi, par une main légère,
Dans son propre logis, je crois,
L'invincible dieu de la guerre
S'est vu désarmer aulrefois.
(Cécile va porter le fusil dans le coin près du secrétaire.) D€?<OIS, à lui-même, en passant 5 droite. Elle me Compare au dieu iMars, et elle me prend mon fusil... c'est abuser de la mythologie (1)!
DEUXIÈME COUPLET
CÉCILE, d'un peu loin et se rapprochant graduellement. Tournez donc vers moi vos regards ; Et reprenez un peu courage...
(Dunuis a l'air de dire qu'il n'en a jamais manqué.) Puisque vous faites un voyage U faut en courir les hasards!
Mais qui peut causer votre peur?
Ai-je donc l'air d'un malfaiteur?
Allons, cédez à ma prière...
(Sur le trait de la phrase musicale qui précède, Dunois qui, de la n^ain droite, tient son sabre par la lame, fait un geste de satisfaction en écartant le bras droit, qu'il rapproche ainsi de Cécile et sans la regarder. Cécile saisit le moment et s'empare prestement du sabre de Dunois. — Même jeu de scène qu'au couplet précédent.)
Ainsi, [lar une main légère, etc.
(Cécile va déposer le sabre sur les bras du grand fauteuil. — Dunois revient à gauche (2).
DllINOIS, à part, après l'avoir regardée. Elle CSt gCIltiUe
à croquer... ce monstre!..
CÉCILE, s' avançant gracieusement. N'aïuicz-VOUS dotlC
pas confiance en moi?
DU>OIS, d'un air de doute très-marqué. JVIaiS !..
1 Cécile, Dunois.
2 Dunois, Cécile.
cÉCiLE, avec franchise. Écoutez-moi, monsicur Dunois, supposez que. pour se sousti'aire à une condition insupportable, unefemme ait été contrainte à fuir le toit conjugal.
DUNOIS, très-défiant. Oui... mais entrer chez les garçons pour forcer les meubles!
CÉCILE, s'animant. Afin d'écliappcr à uu furieux,elle a pu être réduite à faire une démarche qui laisse planer sur elle un soupçon offensant.
DUNOIS. Je comprends ça... c'est-à-dire, je comprends.... je ne comprends pas; mais enfin, je comprends.
CÉCILE, vivement. Je VOUS cu pric, pas d'éclat, pas un mot sur ce qui s'est passé ici cette nuit... (Avec expression.) Et ma recomiaissance...
DUNOIS, avec joie. Sa reconnaissance!
CÉCILE, faisant un pas vers lui avec grâce et expression.
Oui, Monsieur!..
DUNOIS, reculant et comme pour se soustraire au charme
qu'elle exerce sur lui. Madame, je VOUS préviens que vous cherchez à m'attendrir!... N'abusez pas de vos séductions dont, malgré vos coquineries,je ne puis me dépêtrer!
CÉCILE, très-surprise. Comment!
DUNOIS. Je veux tout oublier, tout! même l'objet que vous avez demandé à mon infâme portier!
CÉCILE. Quoi donc?
DUNOIS. Ma tète... chose iiideuse!.. pas ma tète... le procédé!..
cÉcn.E, souriant à part. 11 est vraiment bon garçon! (Haut en souriant.) Allons, jc vois qu'il faut vous dire la vérité tout entière.
DUNOIS. Oui, j'en ai besoin.
CÉCILE. Eh bien! sachez donc... (on frappe à la ' porte du carré.) Dieu!., si l'on me surprenait avec
vous!... (Elle remonte la scène dans la direction de l'armoire.)
DUNOIS, à lui-même. Elle Craint de me compro-
meltre... c'est juste! (a Cécile qui se dirige vers le placard.) OÙ allez- vous donc? c'est un placard.
CÉCILE, entrant dans l'armoire. N'importe!.. (Elle ferme la porte sur elle.)
DUNOIS. Au t'ait, il y a de la place dans le bas.
(Ou frappe plus fort à la porte du fond.)
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