‹ Voyage autour de ma chambre (volume 2)Chapitre 14 sur 101 · PREFACE XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXIX

trouve, sans savoir comment, devant la porte de Mme de Hautcastel, à un demi-mille du palais royal, ce sont là, en vérité, des traits qui donneraient raison à ceux qui se moquent un peu de cette pauvre et admirable raison humaine, dont un peu d'alcool, une goutte d'opium ou une pincée de haschisch fait quelque chose d'aussi errant et d'aussi peu respectable qu'un caillou qui roule au. hasard sur la pente d'une montagne.

Oui, certes, Xavier de Maistre reconnaît toute la valeur, toute la puissance, toute la tyrannie de /'autre, de cet autre qui nous tient à la gorge par toutes les fatalités matérielles de notre nature, qui nous tire vers la terre par toutes nos infirmités, et qui fait que le poète le plus superbe de la création s'enrhumera vulgairement s'd s'avise par une nuit d'hiver, de sortir tète nue pour contempler ./es étoiles.

C'est, du reste, cette sincérité, cette équitable part faite entre nos aspirations et nos faiblesses, qui rend si attachante la lecture du Voyage autour de ma chambre et lui donne un si grand prix. La moralité ou la philosophie du livre, si on s'avisait de la vouloir extraire, serait, après tout, celle d'un grand penseur de ce temps, disant très justement et très éloquemm ent : « Nous sommes terre et ciel, nuage et poussière, ni anges ni bêtes, mais un produit de la bête et de l'ange, avec quelque chose de plus intense

dans la pensée de l'un et dans l'instinct de l'autre. » L'autre ! Et voici le mot de Xavier de Maistre qui se trouve ainsi tout naturellement sous la plume de George Sand.

C'est à Mme Sand encore, et aux contemplations graves et sereines dont l'auteur ^/'Impressions et Souvenirs a jeté le résultat sur le papier l, que certaines pages de /'Expédition nocturne autour de ma chambre m'ont fait songer. Sans doute, cette Expédition nocturne ne vaut point le Voyage. Joseph de Maistre avait raison de citer à son frère le proverbe espagnol, et les secondes parties ne font jamais oublier les premières. En littérature comme en art, il faut se défier des pendants. Mais cette suite du Voyage autour de ma chambre n'est pas sans agrément, quoi qu'en aient pu dire les critiques sévères, et, s'il y a moins d'originalité, moins d'imprévu et moins d'humeur dans ces chapitres que dans les premiers, on y trouve cependant encore des réflexions que pouvait faire seul un esprit tel que Xavier de Maistre.

Oui, vraiment, George Sand, contemplant par un soir d'hiver, d'une fenêtre de son château berrichon, la constellation d'Orion, « brillante comme le dinmant, et montant derrière la lune dans un bleu

i. Voyez du s les Impressions tl Souvenirs, de George Sind, l.i première lettre à Charles Edmond.

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