‹ Voyage autour de ma chambre (volume 2)Chapitre 15 sur 101 · PREFACE XXXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXXI

froid d, George Sand, lorsqu'elle s'écrie, en trouvant dans ce petit champ du rayon visuel plusieurs centaines de lieues de perspective : « Comme un monde tient peu de place dans l'espace ! » me rappelle Xavier de Maistre regardant la voix lactée qui partage le ciel comme un léger nuage, et aspirant du regard ces émanations des mondes éloignés.

Je rapproche volontiers l'humoriste de l'écrivain sévère, car, si l'on n'a jamais nié la grâce, le charme et l'esprit du Voyage autour, de ma chambre, on s'étonnera peut-être de lui voir accorder la grande éloquence ; et pourtant, en dépit de sa forme volontairement légère, c'est plutôt de Pascal épouvanté par les « espaces infinis » que de Fontenelle s'amusant à la Pluralité des mondes que Xavier de Maistre se rapproche. Il ne faut pas prendre au mot ces humoristes : il y a plus de profondeur qu'on ne croit sous leur fantaisie, quand elle est sincère. Les pédants seuls gardent éternellement leur sérieux.

Xavier de Maistre n'eût pas écrit cet immortel petit chef-d'œuvre, le Voyage autour de ma chambre, qu'il mériterait encore, au surplus, de tenir le premier rang parmi nos novellieri avec ces trois récits achevés : le Lépreux de la cité d'Aoste, les Prisonniers du Caucase et la Jeune Sibérienne. // parait que le Lépreux a existé : il s'appelait Pierre- Bernard Guasco, et les docteurs Martignène et Villot allaient, en se couvrant le visage d'un masque, et en

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