‹ Voyage autour de ma chambre (volume 2)Chapitre 3 sur 101 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

maticien de vingt-quatre ans que Frédéric de Prusse voulait attirer à Berlin et qui demeura en Savoie), un des deux ascensionnistes qui, le 6 mai 1786, s'élevèrent dans les airs. Il a conté lui-même, dans une Lettre imprimée, les petits incidents de ce voyage, qui n'était pas sans hardiesse '. Le père du chevalier de Chevelu ayant interdit à son fils de tenter l'aventure Xavier de Maistre prit sa place. Il en mourait d'envie, et fit en sorte que son père le Président ne fût pas averti ; Joseph de Maistre seul allait être informé, et par hasard, de l'escapade. Voilà donc M. Brun en bras de chemise et Xavier de Maistre en uniforme, se promenant devant le ballon gonflé, en présence de tous les curieux de Chambéry. Ils montent enfin dans le panier, M. Brun tire un coup de pistolet, on lâche les cordes, et le ballon s'enlève. A quelques toises en l'air, le mathématicien Brun se tourne vers la foule et la salue correctement ; puis Xavier de Maistre se rediesse, saisit le porte-voix et s'écrie : Honneur aux dames ! — Mme de Hautcaslel se trouvait-elle donc là ? — A ce cri galant répondit bientôt un bruit de tambours : c'était le régiment de la Marine qui défilait le long des murs de Buisson- Rond, bordant la grande route du Piémont, et qui

1. Voyez Lettre de M de S. . . à M. le comte de C***, off. dans la L. . . de C", contenait une relation de l'expérience aérostatique de Chambéry, réimprimée dans la brochure de M. Jules Philippe.

saluait son camarade passant ainsi au-dessus du bataillon, les tambours battant aux champs.

Toute l'histoire de cette a journée du ballon » est ainsi contée par Xavier de Maistre avec beaucoup de verve et de grâce. Il y a du militaire et de l'homm du monde dans la façon dont il parle des ovations qu'on fit aux deux jeunes gens lorsqu'ils reprirent terre. On les embrassait et les fêtait. « C'était une gaieté, un enthousiasme, une aimable folie dont on ne se forme pas d'idée; c'est dans ce bel équipage — en carrosse — qu'on entra en ville, couronné de rubans et de feuillage, au bruit des tambours et des instruments : on parla beaucoup de lauriers, mais j'observai que les voyageurs y répugnaient [ils en trouveront ailleurs . >

Ils en trouveront ailleurs ! Le trait est charmant, avec je ne sais quoi de cavalier qui sent la confiant: jeunesse. Nul doute que le volontaire de vingt ans ne rêvâl alors le succès des armes et les grades ramassés sous les balles, dans la rouge fumée de la bataille. Il devait en effet devenir général, non point dans l'armét sarde, mais dans l'armée russe. Et pourtant, <n dépit de ses épauletles et de ses combats au Caucase, i ' m sont pas les lauriers militaires qui devaient couronner sa mémoire. Les taurins désirés, il les devait trouver ailleurs, mais cet ailleurs était le logis d'officier, la petitt chambre où il s'allait enferma, d'assez méchanh humeur peut-être, et ne sachant que fane, i.i et n'était point l'épét </< ce ^>l,lat philosophe,

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