LES PRISONNIERS DU CAUCASE
« Montrez-moi, de grâce, ajouta-t-il encore, le » brave denchik qui l'a délivré. »
Le sous-officier, après avoir hésité quelque temps, lui répondit : « C'est moi. »
Doublement surpris de la rencontre, et plus encore de le trouver si jeune, le voyageur lui demanda son âge. Il n'avait pas encore achevé sa vingtième année, et venait de recevoir une gratification avec le grade de sous-officier, en récompense de son courage et de sa fidélité. Ce brave jeune homme, après avoir partagé volontairement les infortunes de son maître, ei lui avoir rendu la vie et la liberté,! jouissait maintenant de son bonheur en regardant sa noce à travers les vitres. Mais comme l'étranger lui témoignait son étonnement de ce qu'il n'était pas de la fête, en taxant à ce sujet son ancien maître d'ingratitude, Ivan lui lança un regard de travers, et rentra dans la maison en sifflant l'air : Haïjuli, haï hdi. Il parut bientôt après dans la salle du bal, et le curieux remonta dans son kibick, enchanté de n'avoir pas reçu un coup de hache sur la tète.