‹ Voyage autour de ma chambre (volume 2)Chapitre 96 sur 101 · LE PRISONNIER ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

LE PRISONNIER ET LE PAPILLON

Colon de la plaine éthérée, Aimable eu-brillant papillon, Comment de cet affreux donjon As-tu su découvrir l'entrée?

A peine entre ces noirs créneaux Un faible rayon de lumière Jusqu'à mon cachot solitaire Pénètre à travers les barreaux.

As-tu reçu de la nature Un cœur sensible à l'amitié ?

Viens-tu, conduit par la pitié, Partager les maux que j'endure ?

Poésies diverses.

Ah ! ton aspect de ma douleur Suspend et calme la puissance ; Tu me ramènes l'espérance, Prête à s'éteindre dans mon cœur.

Doux ornement de la nature, Viens me retracer sa beauté ; Parle-moi de la liberté, Des eaux, des fleurs, de la verdure.

Parle-moi du bruit des torrents Des lacs profonds, .des frais ombrages, Et du murmure des feuillages Qu'agite l'haleine des vents.

As-tu vu les roses éclore ?

As-tu rencontré des amants ?

Dis-moi l'histoire du printemps Et des nouvelles de l'aurore ; Dis-moi si dans le fond des boU Le rossignol, à ton passage, Quand tu tiaversais le bocage, Faisait ouïr sa douce voix ?

Le long de la muraille obscure Tu < hçrches vainement des fleurs !

< Chaque i aptil de ses malheurs Y tra< c la vive peinture.

Loin du soleil et des zéphirs, Entre ces voûtes souterraines, Tu voltigeras sur des chaînes Et n'entendras que des soupirs.

Léger enfant de la prairie, Sors de ma lugubre prison ; Tu n'existes qu'une saison : Hàte-toi d'employer la vie.

Fuis ! tu n'auras hors de ces lieux Où l'existence est un supplice, D'autres liens que ton caprice, Ni d'autre prison que les cieux.

Peut-être un jour dans la campagne, Conduit par tes goûts inconstants, Tu rencontreras deux enfants Qu'une mère triste accompagne :

Vole aussitôt la consoler ; Dis lui que son amant respire, Que pour elle seule il soupire...

Mais, helas ! tu ne peux parler.

Etale ta riche parure Aux yeux de mes jeunes enfants ; Témoin de leurs jeux innocents, Plane autour d'eux sur la verdure.

2j6 POÉSIES DIVERSES

Bientôt, vivement poursuivi, Feins de vouloir te laisser prendre De fleur en fleur va les attendre Pour les conduire jusqu'ici.

Leur mère les suivra sans doute, Triste compagne de leurs jeux ; Vole alors gaîment devant eux, Pour la distraire de la route.

D'un infortuné prisonnier Ils sont la dernière espérance :

Les douces larmes de l'enfance Pourront attendrir mon geôlier.

A l'épouse la plus fidèle On rendra le plus tendre époux ; Les portes d'airain, les verroux S'ouvriront bientôt devant elle. Mais, al) ! ciel, le bruit de mes fers Détruit l'erreur qui me console ; Hélas! le papillon s'envole...

Le voila perdu dans les airs !

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