‹ Voyage autour de ma chambre (volume 5)Chapitre 12 sur 112 · XAVIER DE MAISTRE. XIII · texte numérisé non relu

XAVIER DE MAISTRE. XIII

en la continuant ; il me parla d'un proverbe espagnol qui dit que toutes les secondes perdues sont mauvaises, et me conseilla de chercher quelque autre sujet. . . »

Remarquons le ton vraiment respectueux avec lequel Xavier parle de son frère. On sent que devant cet aine, qui est aussi un parrain intellectuel, le jeune officier est tout prêt à se taire. Joseph de Maistre, c^est, de par sa robustesse, le véritable chef de la famille. Xavier n'a que le talent, Joseph a presque le génie. Les redoutables coups déplume, semblables à des coups de boutoir, ou, si l'on veut, à des coups de foudre, de Fauteur du Pape et des Soirées de Saint- Pétersbourg, sont plus retentissants que les « songeries » de Xavier. Celui-ci le sait bien, et il s'incline : il s'incline avec une admiration réelle, et il ne se dit pas que pourtant ses délicates observations sur le cœur humain, sa théorie de l'âme et de la bête, sa fantaisie et son humeur, dureront peut-être plus longtemps que les admirables et violentes pages de son «protecteur)), de celui qu'on a appelé un « prophète du passé », comme si les prophètes regardaient jamais en arrière et ne marchaient pas toujours hardiment les yeux fixés sur l'avenir l !

t . Que de mots réellement « prophétiques » a cependant cet homme ! Devant la toute-puissance de Napoléon Ier, il pousse, par exemple, le cri d'effroi que répétera plus tard M. de Bismarck avec une expression railleuse : Il n'y a plus d'Europe !

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