XIV XAVIER DE MAISTRE
Il est dangereux d'avoir des frères trop illustres. Thomas Corneille fait piètre figure devant la postérité à côté de son frère aîné. Mais c'est surtout à propos de cette double fraternité du sang et de Vesprit qu'on peut dire que «comprendre, ou plutôt aimer , c'est égaler ». Quoi déplus touchant que ce culte d'un frère, écrivain lui-même, pour le frère dont le génie l'écrase et le grandit en même temps ? Victor Hugo nous a conté un jour ce mot sublime de son frère aîné, Eugène Hugo, poète d'un talent rare, mourant trop tôt, mourant tout jeune, et se désolant à l'idée d'emporter ce quelque chose que, comme Chénier, il avait là , puis prenant les mains de Victor et lui disant consolé, avec un sourire profond : « Après tout, cela m'est égal: je te laisse ! » Quel cri plus émouvant et plus beau? — Et lui aussi, Xavier de Maistre, mourant, eût dit à son frère, au gmnd Joseph de Maistre : « Qu'importe ? Je te laisse ! »
// l'admirait comme Joseph l'aimait. Dans cette fougueuse, éclatante, irritante et merveilleuse Correspondance de Joseph de Maistre qu'a publiée M. le comte Rodolphe de Maistre, son fils, le nom de Xavier revient plusieurs fois, et toujours avec une sympathie qui fait plaisir. Joseph nous montre Xavier réfugié à Saint-Pétersbourg et se gaudissant à venir causer avec son frère : « Un beau matin, je songeais creux dans mon lit [Xavier aussi aimait ces réflexions horizontales du matin) ; j'entends ouvrir la porte avant