XXII XAVIER DE MAISTRE
siennes, mais jamais plus complètes que chez les deux écrivains qui, dans l'ordre des dates, sont aux deux termes extrêmes de l'histoire littéraire de leur pays : saint François de Sales, qui l'ouvre au XVIIe siècle, et Xavier de Maistre, qui la termine de nos jours. »
Xavier de Maistre, dont on a voulu faire un cousin de Sterne, n'est le parent de personne. Il a, en effet, les qualités de son terroir. On le pourrait plutôt comparer au Franc-Comtois Nodier, qui lui a emprunté de sa légèreté, mais que Xavier laisse loin derrière lui. Xavier de Maistre est un Savoisien délicat et un vrai Français de langue et d'esprit. Il ne se pique point de purisme, quoiqu'il soit du pays de Vaugelas ; mais il est correct, délié, exquis. Son style est transparent comme une eau limpide, et au-dessus de ce frais ruisselet flotte, comme un doux nuage, je ne sais quel souffle d'humour, — ou plutôt, car le mot nous appartient, — quel charme d'humeur.
Qu'entend-on par humour? Avec notre besoin d'emprunter aux idiomes étrangers bien des mots que possède notre langue nationale, nous avons demandé aux Anglais un mot qui exprimât une certaine gaieté d'imagination, une « veine comique », comme dit Littré, qui oublie d'ajouter: et parfois mélancolique, et ce mot, nous l'avions depuis longtemps dans notre dictionnaire, et Corneille et Scarron s'en servaient il y a plus de deux cents ans. Dans sa lettre du 2 1 avril 1762, à l'abbé d'Olivet , Voltaire protestait déjà