VI XAVIER DE MAISTRE
Toute l'histoire de cette « journée du ballon » est ainsi contée par Xavier de Maistre avec beaucoup de verve et de grâce. Il y a du militaire et de Vhomme du monde dans la façon dont il parle des ovations qu'on fit aux deux jeunes gens lorsqu'ils reprirent terre. On les embrassait et les fêtait. « C'était une gaieté, un enthousiasme, une aimable folie dont on ne se forme pas d'idée ; c'est dans ce bel équipage — en carrosse — qu'on entra en ville, couronné de rubans et de feuillage, au bruit des tambours et des instruments : on parla beaucoup de lauriers, mais j'observai que les voyageurs y répugnaient [ils en trouveront ailleurs). »
Ils en trouveront ailleurs ! Le trait est charmant, avec je ne sais quoi de cavalier qui sent la confiante jeunesse. Nul doute que le volontaire de vingt ans ne rêvât alors le succès des armes et les grades ramassés sous les balles, dans la rouge fumée de la bataille. Il devait en effet devenir général, non point dans l'armée sarde, mais dans l'armée russe. Et pourtant, en dépit de ses épaulettes et de ses combats au Caucase, ce ne sont pas les lauriers militaires qui devaient couronner sa mémoire. Les lauriers désirés, il les devait trouver ailleurs, mais cet ailleurs était le logis d'officier, la petite chambre où il s'allait enfermer, d'asse\ / méchante humeur peut-être , et ne sachant que faire. Et ce n'était point Vépée de ce soldat philosophe, c'était sa plume qui allait lui assurer la gloire, une gloire incontestée et immortelle.