ARTÉMIDORE
Bâta, ville. ^
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TOM£ I, p. 167.
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Toricos deScylax(i), au bord de laquelle il place une ville de ce nom. Il me 8era &cile de prouver mon assertion. Je prie de jeter les yeux sur le tableau ci-joint, diaprés lequel on verra que les anciens ont connu et bien distingué les trois grandes baies ou limènes qui comtnéticent la côte de la Circassie en allant du nord au sud.
Le limène Sindique est le liman Kisiltadbe d^aïQourd^hui et Sindique, la ville était dans le voisinage d^Anapa, sans doute sur lé Bougour.
Lé limène de Bâta, avec la ville de ce nom, est la baie actuelle de Soudjouk-*Kalé, qui, du temps de Pline et d^Arrien, prend le nom de Qiéros.
Enfin le limène de Toricos de Scylax est la baiedeGhélindjik.... Pline, qui traduit le limène des Grecs toujours ^9ûtfleuQ0^ parcequHl suppose que ce sont des limans produits par de grandes rivières, comme ceux du Danube, du Dniester, du Dnieper, au lien du limène Toricos place iciun fleuve Tarusa.
Arrien ne connaît pas Ghélihdjik sous ses andiens noms ; il Fappelle baie de Pagrai , et nous ne pouvons douter nullement de cette identité en voyant la manière si exacte diaprés laquelle il procède dans son périple. Prévoyant que la mort deKotys II, roi du Bosphore, entraînerait peut** être les Romains dans quelque guerre , il £dt
(i)Vt<le8npr«.
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— i68 — rénomération des ports et des abordages qui' pouvaient être utiles aux Romains sur cette côte: il les qualifie chacun selon sa nature. Le pre-^ mier qu^il cite est la station navale (op/xoç) de Pithius; Tautre de Mamaï et de la vieille Lazique, ne sont pour lui ique des endroits à Vabri dVn vent quelconque, des axe^nQ. Il ne cite aucun limène, aucun liiiian, enfin, aucun de ces grands ports sur toute la côte, qui en est dépourvlie y. comme Font fort bien remarqué Strabon, Artémi-* dore, et tout à coup voilà vers Textrémité deux limènes qui se suivent. Peut-il y avoir quelque doute que ce soient ceux de Gbélindjik et de Soudjouk-Kalé, quand il n^ en a que deux en effet et qu^il n^y â pas à choisir? D'ailleurs, le& distances qu^il donne sont d^aecord Sivec la position des localités.
4iiprien ne parle pas du limène iSmdique^ mai& il mentionne la viUe, qu^il place à sa vraie dis-^ tance de la baie de Soudjouk-Kalé,
Maintenant le Pagrai d'Arrien est-il le Toricos dfB Scylax et n'y a-t-il qu'un changement de n^m;; jou sa&t-^ce deux localités que représenter^entfort bien les deux ruines que j'ai décrites pllushaut? Ma science ne va pas jusqu'à déôder la question.
' La baie de Gbélindjik , surtout dans le voist-* nage de la forteresse actuelle , oflfre les emplacements les plus favorables et les plus commodes
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pour des bains de mer; une plage douce et sa-' blonneuse, une onde tranquille en font le mérite. On s^amuse à voir les dauphins jouant sur les flots, et soufflant en se promenant dans ]sL baie.
Cest en me b^gnant que j'ai pris un jour dan^ Ponde salée un Dyticus dimidiatus. Ma surprisse fat extrême de trouver là ce coléoptère qui nç yit que dans les eaux douces, et pour vpir si ce n'était point par hasard qu'il se trouvait dans l'eau salée, je le mis dans de l'eau douce 'j au bout d'une demi-heure l'insecte était mort.
L'inimitié des Tcherkesses contre les Russes en 1 833 était encore si grande qu'il étaitrare que l'un d'eux voulût mettre le pied dans la forteresse pour y vendre une vache ou des poules : cela me peinait d'autant plus que je désirais tant voir ces fiers çnnemis de prèws ; ma curiosité ne fut que rarement; satisfaite. En i834, ils abondaient d^a davantage, et on serait peut-être parvenu à les apprivoiser, si l'on n'avait pas eu le malheur d'en tuer un qui ne répondait pas à la sentinelle ; ce qui renouvela U haine et la méfiance*
Pendant que j'étais à Ghélindjik, je fis la con* naissance du colonel d'artillerie Stépan Alexiévitch Kussnezov , que des fohes d'ivresse avaient fait mettre en jugement; mais qui, du reste, jouissait de la réputation de la plus grande bravoure. Il avait reçu une très bonne éducation ,
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et s^était distingué dans les campagnes de Perse et de la Turquie d^Asie, et son nom est encore bieq connu parmi les soldats qui ont fait ces campagnes. Il me racontait quelquefois quelqu'une de leurs expéditions , et me parla entre autres de ce pont de soufre, qui se troure, dit* on, près des sources du Mourad-Tchai dans le pacbalik de BsQazed. Il me dit avoir passé des^ sus, etpoiurme confirmer la chose^ il fit venir \^i bas-officier qui avait fait la campagne avec lui, et que Ton questionna en ma présence ; il me confirma naturellement tout ce que mVvait raconté son colonel. Il n^ aurait cependant rien d'étonnant de trouver ainsi au pied dePArarah, ce volcan colossal, des iqasses de soufi^ natif considérables : n'en voit-on pas^utour du cratère de FAlaghèze ?
Le colonel Kussnezov étant à Kars, inventa une machine pour monter les fiuines en magasin dans la forteresse; il voulut en faire l'essai, se fît guinder lui-même)- mais malheureusement les cordes étant pourries se rompirent , et il tomba d'une grande hauteur ; il eut la jambe cassée et la cervelle en mauvais état , ce dont il se ressentait toujours un peu depuis lors.
Il mourut fort peu de temps après mon départ de Ghélindjik.
D'après mes observations thermométriques ^ la température du 'ti»rn au H juin n'a pas varié
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de plus de 14*' de Réaumur du plus au moins.
Le minimum de la choeur a été le \\ ^^ à 9 heures du soir 10*^.
Le maximum de chaleur, les 1 5 et i 6 juin n^a p^s dépassé 24''- Avant 5 heures du mat'm , c^est^à^-dire avant le
lever du soleil, la température moyenne, sur
18 obseryaticms, a été de i4° 7
à 6 heures du n^tin, sur 18 observ. 45* J ai 8 heures du matin, sur ia — à 10 heures du matin, sur i2 — à 19 heures du matin, sur 22 — è^ 2 heures après midi, sur 20 •— s^ 6 heures du soir, sur 18 — ^ 7 heures du soir, sur 16 -^ à 9, heures du soir, sur 18 —
Moyenne. iS""
Plus grande moyenne à 2 h. après midi. 20* f Plus petite moyenne, au lever du soleil. i4" i Difîërence. 4* -h
Ce qui frappe, c^est que la moyenne de lu température étant à io heures du matin de 20'', f^lle ne soit pas plus forte à 2 hevu'es ; mai$ ordi*nairement il s^élevait un vent de mer verg mdi qui rafraîchissait tant soit peu Tatmosphère,
Sur ces vingt-quatre jours , douzie ftvec dep brouillards ont caché lesmontag^es^ dix put été marqués par de Forage, presque pas de pluie.
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Voilà ce que j^ai pu recueillir (Inintéressant sur Ghélindjik et sur ses alentours. GhéKndjik peut devenir, avec le temps, un des points les plus importants de la côte. Mais en attendant, Ghélindjik, avec son amas de huttes de terre ou de treillis, ses vieilles moustaches, ses figures bri>lées, balafrées, ses cors gui résonnent sans cesse dans les airs, cette masse d^hommes sans femmes, me rappelaient Rome dans sa naissance , luttant contre les Sabins. Puisse ma comparaison être d^un heureux présage pour Ghélindjik!
Je quittai Ghélindjik le 17 juin , monté sur 1» goëtette le Vestnik, que commandait le capitaine lieutenant Nicolas Pavlovitch Voulf , connu comme Pun des bons et des braves officiers de la flotte. Notre départ fut précédé d'une grande fête que les officiers de la flotte donnèrent à ceux de la forteresse. Notre destinatiop étajit Soukoumr-Kalé.. Je ne pouvais faire ce voyage sous de plus heureux auspices , tant le ciel s'était plu à me favoriser. Je passai en revue presque tous les points de cette longue et superbe côte : car le calme de la nuit nous faisait stationner en face de la cote jusque vers les dix "heures du matin qu'une brise légère qui s'élevait pour nous remettre en route, nous faisait glisser sans effort à peu de distance du rivage.
Non-seulement le capitaine voulait que je visse tout en passant , mais il faisait gouverner
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sur tous leâ points qui pouvaient mHntéresser; nous entrions dans les rades et dans les baies dont notre vaisseau longeait (esquissait) le pour^ tour. Il &ut avouer que voyager ainsi est une rare faveur.
Je ne manquais pas d^occupation , et dessiner la côte, la décrire, questionner les officiers et le pilote, prendre mes notes , et travailler à mon journal, remplissaient fort bien mes journées.
Les heures du midi étaient assez chaudes, miËs les soirées délicieuses les faisaient oublier, et la lune, qui dominait les collines de la Circassie en se reflétant dans les flots qui se balançaient mollement, venait éclairer ces délicieux moments déjà si loin de moi. J^aurais pu, je crois, attendre ainsi Tarrivée de rjétemité, et si madame de Genlis en avait voulu faire un des tourments auxquels elle condamne quelques-uns des héros de son roman du Palais de la Vérité^ eUe aurait trouvé des amateurs de ce supplice.
Qu^on ne se figure pas qu^il soit impossible de flâner sur mer : je ûe connais pas de flânerie plus agréable que celle de voir, penché sur le bord du navire, les flots se jouer autour de ses flancs : en foule ils s^empressent autour de sa frêle quille pour Fengloutir, ils s^élancent contre eUe de toutes leurs forces : mais le navire brave leurs efibrts réunis; il les repousse avec majesté, et les flots vaincus rejaillissent bien loin en dé-
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chirant leur san reinpli d^ëcume^ Les flots, ce tont les hommes; Fécume, c^est la gloire; le vaisseau, c^est le temps qui brise, qui nivelle , qui efface toute Un peu plus d^éeume par-ci, un peu plus d^écume par^là : à peine ar-t-il passé que Féternité engloutit tout.
J^observai aussi la vie des marins russes. Les équipages des vaisseaux sont composés de toutes les nations. Celui du Narcisse, surlequelje fis ma première traversée, était formé de soixante-huit hommes4 dont une dixaine étaient des Tatares de Kasan, qui se distinguaient à Finstant par leur figure hunnique: Fun entre autres avec son teint basané, son large nez retroussé, son visage de pleine lune, ses cheveux plats, noirs comme du jais, ses yeux noirs écartés, recouverts de sourcils noirs des plus touffus, ses grosses lèvres, bordant une large bouche, était un affreux poi^ irait d^un vrai hounne. Deux juifs, Fun calÊtteur, Fautre charpentier, et un Tchouvache se trouvaient encore mêlés au reste de Féquipage composé de Russes , venus des différents coins de la Russie. On a soin en général, pour recruter la flotte, de ne choisir que ceux qui habitent au^ près de la mer ou des grandes rivières et des lacs, et qui se sont déjà familiarisés avec Feau. Sept à huit Polonais étaient venus ici trouver un terme à leur gloire : Fun avait servi dans Finfanterie de la garde polonaise, s^tait trouvé
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dans Faffaire de Dvemicki, et ayait été fait priscmnier. Un dragon polonais apprenait aussi à manier ta rame ; les autres, la plupart Mazoures, avaient eu des sorts semblables. Tous voyaiait la mer pour la première fois. Malgré qu^ils ne sussent que fort peu de russe, ils eurent assez viteapprûles noms des voiles^ des cordages, etc.
L^équipage du Vestnik était composé à peu près de même que celui du Narcisse.
J^ai eu Poccasion de me convaincre non seulement sur ces deux vaisseaux, mais aussi par le témoignage des officiers de la flotte que j^ai connus, combien en général les Slaves polonais développent plus d^intelligence et de bonne volonté que les autres nations qui servent sur la flotte* Ils sont aimés de leurs clie& qui répètent leur éloge et qui les préfèrent pour compléter leurs équipages. Les officiers des troupes de terre aurdelà du Caucase leur rendent aussi le même témoignage • • . mais il £uit les ^npêcher de déserter.
Sur toute la flotte le déjeûner des matelots est du biscuit sec. A onze heures, le sergent (bas officier) apporte dans une assiette au capitaine, un échantillon de la soupe ou de la ration de réquipage ; je Fai souvent goûtée et je Tai trouvée bonne et saine ; ce sont des gruaux de différentes espèces, des pois, des lentilles, etc., cuits tant qu^on peut le faire avec de la viande fraîche, sinon avec de la viande salée; de temps en temps
venaient des câchats assaisonnés de beuiî*e foiida#
L^échantillon de soupe était un signal impor^ tant ; le quartieivmaître allait pomper Feau-de-^ vie des rations. Les si£Qets des bas officiers convoquaient Féquipage, et à cet appel joyeux chacun venait, à la lecture de son nom, boire à son tour sa ration. Rien ne m^amusait davantage que de contempler Pair épanoui, et de suivre Fexpression de tous ces visages pendant cette cérémonie.
Le dîner suivait Peau-de-vie. A sept heures du soir venait le souper qui ressemblait au dîner excepté quHl était sans* eau-de-vie. Pendant le reste du temps le biscuit était à discrétion.
Le matelot russe sans contredit est mieux nourri, mieux soigné que le soldat. On sait que c^estle seul moyen de le préserver des maladies, et de lui faire braver avec gaîté et avec courage les fatigues sans cesse renaissantes de la vie de marin et les nombreux dangers qui Paccompagnent.
Les officiers sont bons et très humains. J^ai vu avec quels soins les capitaines lieutenants Voulff, Sinitzen, Svirski, Kastrisitz, etc., qui commandaient chacun un bâtiment de guerre, s^occupaient de leurs matelots, et combien ils avaient Pœil sur les détails de leur entretien et Pétat de leur santé; aussi n'y avait-il que très peu de malades sur les treize vaisseaux que j'ai vu sta-
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llonner à Ghélindjik et à Soukoiun-Kalé, ou croi-« ser sur les côtes.
Les officiers en second étaient debonsenfants, dont je ne vanterai pas les connaissances, hors celles de leur service 5 les pilotes (conductor en russe) entendaient fort bien leur affaire. Tous se comportsdent dWe manière exemplaire, à très peu d'exceptions près* Je citerai entre autres un mitchmann d^une bonne &mille^ qui malheureusement s^était trouvé très jeune à la tête d^une petite fortune. Il Favait employée à boire; ses parents avaient tout fait pour le faire revenir de cet abîme de perdition et pour Farracher à ses mauvaises habitudes, on avait supplié les chefs supérieurs de remployer et de le faire partir ; il arriva sur le Narcisse où on Favait commandé, sans bottes, sans manteau, avec un surtout, une chemise et une paire de bas ; des cartes, une pipe, une bouteille composaient le reste de son avoir ; il avait acheté la doublure d'une couverture qu'il avait &dt ourler par un matelot, et qui lui tenait Ueu de drap et de robe de chambre ; un vieux matelas formait son ht, et quelques pavillons roulés lui tenaient Ueu d'oreiller; quand il avait froid, il se faisait recouvrir de ces signes de la gloire. Vous m'avouerez que c'était pousser bien loin le cynisme philosophique*. Le jour de notre arrivée à Ghéhndjik, il célébra si bien notre bienvenue, qu'on le ramassa dans L 12
les rues, et qu^on lui fit passer la nuit au corpsde-garde, où on lui ôta, afin de Tempêcher de conrir, les bottés quHl avait empruntées. Cet échantillon d^ofïicier était unique, il est vrai ; immédiatement après , il fut chassé ignominieusement du service.
Le soldat russe, malgré sa laborieuse vie, chante d'un bout de Fempire à Fautre. C'est la seule panacée à ses maux, quand il n'a pas d'eaude-vie; et quand il en a, il n'en chante que mieux.
A Ghélindjik les compagnies s'étaient préparé une place spéciale sous un arbre avec quelques bancs pour se livrer à ce plaisir. Quand on chante on est dans sa patrie.
Nos capitaines faisaient aussi chanter leurs matelots. On voit que dans l'antiquité les néréides aux yeux bleus, les joHes nymphes , les tritons à la barbe humide, accouraient en foule autour des vaisseaux pour jouer et s'ébattre aux doux accents de la lyre. Nous autres du 19* siècle, où nous avons tant de peine à nous résoudre à croire ^n Dieu, nous ne voyons plus rien de ces spectacles des dieux mais nous chantons tou-
joiu'S.
Des Russes, dont un vieux matelot présidait te chœur, faisaient résonner l'espace deS chants nationaux de la grande Russie, terminés par de bruyants refrains.
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A côté de ce groupe, les Polonais, tristes débris d\ine brave armée disséminée dans tous les coins du globe^ leur répondaient par les chants de Chlopicki, et si les échos du CauCase y répondaient, ils durent être bien étonnes de la nouveauté de ces thants. La Mazoure chantée par des matelots russes mazoures en face de FElbrous î
DesTatares de Kasan coupaient ces tristes «iccents de victoire par une mélodie dont Fharmonie lente, monotone, contrastait avec la hardiesse de la Mazoure... Les Russes reprenaient et étouffaient tous ces chants par des chants de guerre qui n^étaientpas sans grâce et sans grandiose.
De GhéUndjik à Tembouchure delà SoutchaU, la côte conserve à peu près le même caractère. Des tramées de collines ou de montagnes basses, qui ne dépassent pas les 2,000 et 2,5oo pieds de bauteur absolue, bordent sur plusieurs rangs la mer qui bat leurs flancs à pic, minés par les flots, sans qu^aucune plaine de quelque étendue serve de transition de ces collines à la mer. Ceci explique les difficultés que Mithridate trouva pour cheminer le long de la côte.
Quoique assez uniforme, ce paysage est superbe et extrêmement varié dans ses détails.
Toutes ces collines de schiste à fucoïdes sont couvertes dVne riche verdurej des forêts ma-
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gnifiques servent de cadres à une multitude iH'^ nombrable de champs et d^enclos qui semblent faire marqueterie. Par^ par-là on aperçoit des maisons isolées semées sous de beaux arbres; quelques-unes sont situées dans les gorges nombreuses qui sont autant de déchirures par lesquelles débouchent les ruisseaux et les rivières^ qui paroissent gagner en importance à mesure qu^on approche du centre de la chaîne.
Mais entrons dans quelques détails sm* cette côte qui est plus inconnue que celle de la Nouvelle-HoUande»
Pchade.
De la fausse baie de Mézippé à Pchade, on voit un premier cap au S. E. nommé Abetsai par M, Taitbout de Marigny (i), Khopétchai selon les officiers de la flotte. Cest le Choreca de Bénincasa (2).
Un second cap, celui d^Itokopâskfae, est à trois milles environ du premier. Entre les deux caps s^ouvre le vallon de Tchianghoti (3),
Au-delà du cap Itokopâskhe, vers Pchade^
(1) Taibout de Marigny, éd. Klaproth, dans le Voyage de J. Potocki au Caucase^ etc., I, p. 297.
(a) Voyez Mémoire sur un nouv. périple du Pont-Euxiv; par le comte J. Potocki, II, 370.
(3) Djapzlhotij Panioutine.
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— i8i — est un second vallon, celui de Neukeupche (i);
La baie de Pchade, tout près de laquelle nous arriTames vers le soir du 17 mai, se trouve à vingt-deux verst de celle de Ghélindjik. Elle est évasée et beaucoup plus petite que celle-ci; le cap Essoukougou en marque Pentrée au nord.
Sa profondeur commune est de sept à neuf brasses, le fond est de vase et de coquillages.
La petite rivière de Pchade ou Douab s'y jette en serpentant* A droite vous avez de grandes et belles forêts; à gauche des taillis avec une aoule à laquelle les Russes mirent le feu, quand ils vinrent le 27 mai i833 incendier deux petits vaisseaux turcs qm avaient hiverné dans ce port.
Pchade était la résidence de Mehmet-Jendar- Oglou, konak de M. de Scassi^ et estait ici que celui-ci avait établi le chef-lieu de ses relations avec les Tçherkesses : cette position paimssait très favorable pour cela.
M. Gamba (2) se trompe en attribuant la ruine deTétabUssement à Pchade àTenlèvement d'une jeune Circassienne. Ce fîit un grec nommé Mou-* drov, commissionnaire del-établissement, qui fit le coup, et qui arracha la jeune Djantine, qu'il aimait et dont il était aimé, du groupe de ceux qui la conduisaient, contre son gré, chez un
(0 Nakobche, Panioutine.
(3) Gamba, Voyage dans la Russie méridionale, t, 6^.
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autre époux que $e$ parents lui avaient destinéii ils voulaient la marier à un prince chapsoughe^ voisin des Natoukhai de Pebade, Moudrov avait été aidé par les fils de Mehmet-Jendar-Oglou, qui s'étfiuent mis en embuscade avec lui sur le passage de Djantine. Mais TafTaire s'^apaisa plus^ tard., et ce ne fut que plusieurs années après que les Russes furent forcés de quitter Pchade*
La position dePcbade paraît si avantageuse et si favorable , qu^on serait fort étonné que lea Grecs, qui savaient si bien profiter de ces circons-^ tances locales, ne Peussent pas fait. M, Taitbout, de Mar;}jny , qui eut l'occasion de parcourir les environs à loi^'r, rapporte dans son voyage qu'ail visita, un cl çmin assez large qui conduisait à une ancienne fcr.teresse, dont on voyait les ruines S!ir le Fcçimet d'une montagne qui dominait la valléçauS^E. dePcbade^
Toutes les pentes des collines qui entourent Pçhade sont aussi^ semées de tumulus plus ou moins grands, dans lesquels M, Taitbout trouva, à troi^, ou qii^tï:!Ç,pie4s de profçndeur, des vajses^ pu ; terrjç çwite ren^pU^.dis cendres mêlées de ' boutons, de cuivre, dWneauX: de même métal et d.e quelques, j^tensiles.en fçp» devenus mé- ÇQnnaisjsables par Foxidation. Il découvrit aussi dans Pun une longue et forte épée avec le fer d'une pique posés en croix sous une coucbe da cbajpbon, et plus bas, uii vase sans bord, ren-
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versé, renfermant les mêmes objets que je viens d^indiquer (i).
Qui a vu les ruines des cités grecques du Bosphore et de la presqu^ile de Taman, dont les abords sont enoombrés de tumulus, ne méconnaîtra pas ici la main du même peuple et le résultat des mêmes moeurs. Il n^ a pas de doute que Pchade n^ait joué un rôle même dans la plus haute antiquité. Tous les anciens auteurs., Scylax, Strabon, Pline, Appien, etc.^ placent les Akhéens sur la côte qu^occupent actuellement les Natouchai, depuis Soudjouk-Kalé jusqii^audelà de Pchade, et je prouverai dans mon commentaire sur Arrien, que son antique Achaiey (iraAara oc/cikx) ne pouvait être autre chose que le Pchade de nos jours,
Ptolémée mentionne cette localité sous le nom de bourg d'Achaïe {dyata xcofXYî).
Pchade ne reparaît plus tard que chez les géographes itaUens du moyen-âge. C*est le Mauro Xega dePetrus Vessconte dlanua(i3i8) et de Fréduce d^Ancone (1497); le Maiura Zichia de Qr. Qeniiicasa (i38o), etc.
Aujourd'hui Pc)iade paraît destiné à redevenir quelque chose; car le général Villîaminoff s^en est emparé pendant Tété de 1837 et s'y est fortifié.
(1) Taitbout de Marigny, éd. Klaproth^ Ij p. 34o et 344-
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YoulaQ.
Le calme de la nuit nous surprit aux environfir de Pch^de : ce ne fut que le lendemain , ^ mai , à huit heures du matin, que nous parvînmes à la hauteur du Voulan.
Les Génois des quatorzième et quinzième siècles ont fort bien connu cette locahté sous le nom de fiume Landia et Londia. Elle est mal dessinée dans toutes les cartes (i) ; ce n^est quWe anse très ouverte, de 800 pieds (i 35 ^ix"^^® P^^^ fondeur et de 4^5 toises d^ouverture, quis^élargit ensuite et devient une vaste rade. A Pextrémité O. de cette petite anse débouche la petite rivière de Voulan par une embouchure de 25 toises de large^
On avait appris par un Tcherkesse du parti des. Russes , quHl y avait trois vaisseaux turcs en contrebande à Voulan. La corvette commandée alors par 1^9 capitaine Branevski, le Vestnik et
(1) Dans la carte du Voyage de Gamba, elle est marquée sous le nom de Zaliv-Kodos, qui est beaucoup plus au sud *y elle est trop gi^ande. — Dans les cartes Gautier et Panioutine, elle est beaucoup trop fermée. — Dans la carte Khatof, on la trouve sous le nom de baie de Kobas. Les localités sont très mal observées. — Dans la nouv. carte de Tétat-major à Tiflis (i834),*la baie est à peine marquée^ et le village est oublié.
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quatre^ autres petits vaisseaux de guerre s Y ren* ^ dirent avec une cinquantaine de soldats de idébarquement, en mai i833.
On fîit bien étonné en arrivant de ne rien' | trouver. On ne soupçonnait pas même alors [ qu'il y eût une rivière à Voulan, On chercha à ! longer le rivage le plus près que possible et enfin 1 on trouva Pembouchure de la rivière. Sans doute que ces trois vaisseaux turcs avaient remonté la rivière. On envoya donc les chaloupes , les imes poiu* pénétrer par-là dans IHntérieur du pays, les autres pour débarquer les soldats qui devaient s'avancer à travers une plaine basse, sablonneuse et couverte de broussailles ,; qui forme le fond de Panse.
Mais les chaloupes trouvèrent Feutrée de la Voulan barrée par les sables ; il n'y avait pas moyen d'avancer. 'On se trouvait dans le plu$ grand embarras : où chercher les Tcherkesses? Personne ne se montrait.
Tout à coup part de l'intérieur du pays un coup de canon. Ah! nous sommes sauvés, s'écrient les Russes ; en avant ! les Tcherkesses sont là. Les Tcherkesses avaient fait à peu près comme les enfants qui se cachent et qui crient ensuite aui autres de venir les chercher.
Ils s'étaient réunis en embuscade à un demiijEerst du rivage, autour d'un joli bassin de 5o ioîses de large et de 30o toisés de long que pro-
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duit la Voulan repliée avant d^entr^ dans la mer.
La plaine basse boisée, résultat des attérissements de la ri^ère, encaisse d^un côté ce bassm et le sépare de la mer«
Sur la rive droite, s^étend sur des collines rapides et boisées, Paoï^le de Voubn*
Une partie dies Tcherkesses s^étaient logés sur ' la hauteur ^ les loutres, réunis autour du fond du bas^n, voulaient défendre de près las trois vais^ seaux turcs quiy étaient amarrés, et qu^ils avaient tait entrer en débarrassant la barre de sable. Pour la première fois, ils avaient entre leurs mains un petit canon d^une livre que les Turcs leur avaient vendu. Fiers de cette acquisition, ils n'eurent rien de plus pressé que de s^'en sei>- VU' par sin^ple bravade, pour appfreudvf) aux Russes quHls avaient aussi dp Fartillerie»
. Ces pauvres Tcherkesses pay^ent cher leur rodomontade.... Les Russes accourent daii$ ta direction du bruit : |e3 uns repou^$pn|:l$s Tiekerk^sses-Ch^pspughes, qui se défendentbravement, et les autres jettent des torches allui^ées sur les y9:^sseau^ qui spnt bientiât la proie deis/fUmmes^ et san3 4^nner aux^ ennemis le ten;ip& de reprendre CQxjiten^nce, ils se retirent tous rapidementi» eufiuejaant, co»ime trophée, l^ petit qapion des Çhapsoughes. Çest ainsi qu'une pp^gpép d'iMie pentaijp/e de Russes ,4étef*ii^in^ç, brava les Tcluer-
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kesses trois fois plus nombreux , et sut accooH plir, sans presque aucune perte, les ordres qu^on lui avait donnés. .
Le 11 mai i833, les Russes y brûlèrent dj&rechéf doux vaisseaux, $ous le pommandement de Romanovitch.
Pjuvga^ DjouhouboUy la vieille Lazica d'Arrien^ la ^ille de Tasos de Ptolémée, l'Alba Zichia des Génois.
PeYoulan vers Vaouïe de Ziche, à Femboùr chure de la Douchette (1) , les couches de schiste, d^abord horizontales, deviennent vertics^les, faisant presque face à la mer, Ï^rè3 défiche, elles reprennent Fhorizontalité,
La population qui habite la côte augmente considérablement en appi;ochant 'de Djouhoubou. Tout est enclos, champs, cadres de forêts;' c^est un jardin anglais perpétuel de toute fraîoheur.
Là petite rivière de Douchette arrive à la mer psgr une jolie petite gorge à gauche de Paoule de Ziche, jplacé avec ses champs sur la hauteur. De la mer 6n ne voit pas de maisons ; elles sont cachées sous les arbres.
A'peu dedislahcè de Ziché 's'odVrfe une vallée
(i) Peut-être est-ce le P. d'Zurzuchi de P. Vesscôïite, le P; d*Sir6âcho dé 6r. Bettipcasâ, le Porto de Susaco de Fré4vice d'Ânoone^ etc. . »
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— i88 — qui attire tous les regards; elle est large, très peuplée; c^est la première de ce genre qu'on rencontre depuis Ghélindjik. On j reconnaît Djouvga ou Djouhoiibou. Le paysage j est ou* yert, et laisse apercevoir, au sud du bassin de la Djouhoubou, en face de la mer, une chaîne de collines éloignées, couvertes de champs.
. La Pjouhoubou, qui arrose cette vallée, est , après la Soutchali et la Klntchouli, une des principales rivières de la côte; son embouchure forme une petite anse ouverte, mais pas de baie ni de port. Hle est fermée àPest par le cap Kodos, formé d'une suite d'escarpements peu élevés de schiste à fucoïdes, qui s'avance comme une plate-forme large et commode en avant de la chaîne de collines plus reculées dans l'intérieur du pajs.
Cette belle et large vallée, cette rivière abondante a dû frapper et attirer les anciennes populations. Tout comme elle est encore aujourd'hui . l'un des points principaux, l'un des centres de la Chapsoughie, ainsi elle a dû être l'un des bourgs importants, sinon la capitale du pays des Zikhes.
D'abord il n'y a pas de doute que nous ne devions placer ici ou dans les environs, la vieille Lazica d'Arrien qu'il met à 120 stades de la vieille Achaïe» Peut-être que l'aoule de Ziche est l'emplacement qui y répondrait le mieux comme
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— i89 — son nom semble Findiquer. Ptolémée en fait la ville de Tazos, et elle reparaît sur toutes les cartes italiennes du moyen âge sous les noms d^Alba 2^ga et d^Alba Zicchia (i).
Actuellement Djouhoubou est la résidence d^Ali-Bey, Fun des chefs les plus influents des Chapsoughes. Il est à la tête d^une population considérable; Ton m^a assuré qu^il peut se réunir en deux heures de temps à Djouhoubou une masse armée de plusieurs milliers de Chapsoughes seulement des alentours. Ce point est Fun des plus dangereux de la côte à attaquer.
L^importance de cette position imposait aux Russes la nécessité de chercher à s^en emparer et à s'y étabhr de pied fermei On se rapprochait ainsi de Gagra ; on morcelait la puissance et Pattention des Tcherkesses ; on les attaquait dans leur centre ; on maîtrisait un de leurs principaux débouchés , en communication directe avec le Kouban ; on était à même de veiller plus exactement sur le commerce des Turcs.
A cet effet, on commanda le ^ juin i833 à Ghélindjik cinq petits vaisseaux de guerre et cent vingt soldats de débarquement pour teàre
(i) Ce nom semble s^étre perpétué dans celui de DjuYga, qu'on emploie indistinctement avec celui de Djouhoubou. Voy. Voyage de J. Potocki au Caucase, 11,370.
— ^9^ -^ une reconnaissance et une descente à Djouliôu-^ boUfc Mais on ne put effectuer ni Fun; ni Fautre ; les Russes trouvèrent que les Chapsoughes s^étaient fortifiés et les attendaient. Romanovitch^ qui commandait^ leur avait donné le temps de se réunir en masse. On remit cette entreprise à Farrivée du général Malinovki, qui devait venir faire Finspection de sa brigade à Gbélindjik.
Effectivement, au commencement du mois d^août il se mit à la tête de tout ce qu'il y avait de vaisseaux disponibles à Gbélindjik^ corvette^ brigantin, goélette, etc., prit avec lui tout ce quHl put emmener des troupes de débarquement et fit voile vers Djouhoubou. Les Cbapsougbes devinèrent à Finstant à qui on en voulait , et ils présentèrent un front formidable pour défendre les deux ou trois petits vaisseaux qui étaient amarrés sur le rivage.
Malgré leur résistance, la descente s'effectua, on leur tua beaucoup de monde , on brûla les vaisseaux , on fit une légère reconnaissance ,* et Fon se retira a.vec une perte de douze soldats ou matelots tués et de vingt-sept blessés parmi lesquels le li^itenant-colonel Poltinine, dans là conviction que cet endroit était aussi difficile à attaquer qu'à dépendre. Car le fond de la vallée de Bjouboubou., encaissé de collines , ne peut être propre à y construire une forteresse qui serait dominée de toutes parts, et il suffirait aux
— igi — Tcherkesdes d^avoir un ou deux canons pour en déloger complètement les Russes.
La rade ouverte n^offre pas plus de sûreté pour les vaisseaux qui ne sont que légèrement défendus contre les vents du S. E. par le cap Kodos. Les vents du S., d^O. et de N. O, y soufflent en plein.
Les vaisseaux seraient beaucoup plus à Pabri dans Panse de Kodos qui est sur le revers du cap Kodos ; mais il n'y a derechef aucun emplacenient pour y bâtir un fort , à moins que de le poser sur le sommet de Tune des collines qui aVoisinent le rivage.
Djouhoubou , Kodos et toutes ces petites anses où débouchent les rivières qui arrosent la côte jusqu'à Ztchoubéchi, Mamaï, Ardler, etc., sont le refuge d'un nombre considérable de galères que se construisent eux-mêmes les Tcherkesses, et avec lesquels ils commettaient jadis de nombreux brigandages. Je les ai dépeints plus haut tels que Straboa (i) nous les a fait connaître, et l'on s'étonne du peu de changements qui se sont opérés chez ces pirates depuis le temps des Romains. Aujom'd'hui comme alors ils ont leurs galères légères que les Grecs appelaient cctmara^ et qu'ils appellent eux-mêmes kaf ou kouàfa\ elles sont seulement un peu plus gran-
(i) Slrabon, liv. XI, p. 47^? éd. Bas.
— *92 — des. Ce sont des barques longues de cinquatitë pieds, étroites, ayec une quille. Du temps dé Strabon, elles portaient vingt-cinq à trente hommes; aujourd'hui elles sont montées de quarante à soixante hommes dont les deux tiers rament^ N'ayant pas de mâts^ et étant très basses, elles échappent facilement à tous les regards, se glis^ sant le long des côtes^ et dès qu'on les poursuit de trop près , elles sont si légères que l'équipage peut les tirer sur le rivage et même les cacher dans les bois. On dit qu'en cas de nécessité, les Chapsoughes , les Oubikhes , les Saches ou Sakhi (i) peuvent en mettre quarante sur pied, ce qui pourrait bien être exagéré.
Les Russes cherchent à réprimer de toutes leurs forces leurs brigandages ; ils font la chasse à ces galères dès qu'elles se présentent ; la piraterie a donc presque cessé sur cette côte ; mais il suffirait d'un peu de relâche dans les mesures des Russes pour qu'elle recommençât de plus belle, et qu'on courût le risque, comme le capitaine Gautier relevant sa belle carte, d'être attaqué et fait esclave.
Par un heureux hasard, les Russes, au commencement de l'été 1834) se sont emparés d'AU-bey, Prince des . Chapsoughes de Djouhoubou, qui se rendait monté sur un vais-
( I ) Guldenstâdt , p. 1 33 .
-*93seau turc avec quarante des siens à Trébizonde.
Le but de toutes les pirateries et de toutes les expéditions desTcberkesses est de fidre des prisonniers esclaves, qu^iLs vendent aux Turcs, quand les Russes ne leur paient pas une forte rançon. On rachetait principalement les soldats.
Mais Fexpérience prouva que cette méthode était le plus sûr encouragement du brigandage, et Ton eut Pidée d^user de représailles. L^ordne fut donné de &ire autant de prisonniers que possible, et ce fut le colonel aujourd'hui général Sass, le démon des Tcherkesses, comme ceux-ci rappellent, qui fut chargé spécialement de cette branche d'économie miUtaire, et Ton peut dire que. Ton ne pouvait choisir quelqu'un de plus brave, de plus habile, de plus actif. Déjà au commencement de l'été de 1834) il avait fait plus de soixante prisonniers tcherkesses qu'on avait menés à Ekatérinodar, pour des échanges ; le prince Alibey et ses compagnons allèrent les rejoindre, et l'on fixa à dix hommes la rançon du chef.
Il n'y awa certainement pas de meilleur moye]^ de corriger \es Tcherkesses de leur mauvaise habitude que celui-là ; on ne fait rien pour rien , et il est singulier qu'on n'ait pas visé plus spécialement à cela depuis long-temps.
GhapsQukbou et NighèpsQukhou^ rivièrea. Àoule de Ton et Sapna des ^graphes du i^** ^t du i5* ^iàcle.
Nous passâmes un pea après midi à la hauteur de la baie de Kodos* Ici la côte fait un retrait de plusieurs verst au fond duquel coule larivière Kodos, dominée sur sa rive gauche par Paoule de ce nom. Quelques maisons occupent le fond de la vallée pittoresque.
La paroi de schiste grisâtre borde toujours la oôte avec les mêmes accidents de terrain, des champs et des forêts.
Phis loin , à Textrême pointe S. E. qui ferme la grande rade deKodos, entre les embouchures de la Chapsoukhou et de la Nighèpsoukou, mais plus près de cette dernière , se voient , près de remplacement actuel de Paoule deTou, sur une noLontagne au hord de la mer, les vastes ruines dSxm forteresse, consistant en grosses murailles très épaisses murées en chaux. La mer feit ici une petite anse.
Ce sont les restes de la forteresse de Nikopsis qa» Constantin Porphyrogénète place au bord de lajnivière de ce nom, d(Hit il i^t de son temps, e^esiM^*«dire au milieu du dixième siècle, la frontière entre les Ziches au N. Q. et TAbasghîe au S. E. (i).
(i)Ma8Soudi, dans le Magasin asiatique de Klaproth,
Digittzed
TouèJeslaiideiirs qui oatcQmmoitéCoitttaiîtàb et qui IMS cdonaisaûeiit pas les locaUtés^ ont ûtn qa^ voulait pailler de la Psirsta^ quW iqpf^eled^ aussi dans le moyen àge^ma de WieoJLf à causé de la ibrteresse deAnakopi «pii se penche tXàtt aea mes;, maïs cette interprétation était cxmvtiy* dietoiFeavec Thistoine de ce tempa^là qui notis représcdite rAbaaghie comme très puissance et comme s^étèndant bien au nord de Gagra, eH' eiabrasfiarnt une pamc> ^ Djikhèti*
Les géographes itaUens YessconÉe, fieiain^ isaaa^ etc«^ donnent tous à cetlei^Uii^^l^ nom de Sannia^ et. comme Consftântîn), font eentmeniirerf immédiatement après, la côte de rA¥Ogaaie>. <
Je remarquerai en passant que jHgnore d^ou les anciens tiraient la chaux et les pierres dont îUseservfiierït ici) il pairnît quW wl&w de ces «chiites U y a qtlellp|l^ formation calcaire,, à i9oins qv^^on ait £iit venir ces matériauiR des eviyîvops deGagra.
Rade de Zlehoubéchi. Ruine de Chimetdoukhaïtche.
Passé Paoule de Tou, la côte fedt tme rentrée jusqu^à Fembouchiu^e de la CHmetdoukhaïtche; en s^ymétrie complète avec celle de Kodos. C'est ce quW appelle proprement la baie ou rade de
p. ago, dit que les Kécheks résistaient aux Alaînâ par leé forteresses qu'ik possédaient le long du bo^d de la imr. -
Ztchoubéchi, que je suppose être le sképé ou la station navale qu^Arrien place à 120 stades ou 17 verst de Fancienne Achaïe (Djouhoubou) (1). A six heures du soir, nous nous trouvâmes en face de la petite rivière Ztchoubéchi ; elle est séparée de la Chimetdoukhaïtche par une haute montagne dont les flancs présentent les couches du schiste redressées. Une forteresse dans le même genre que celle de Nighepsoukhou, s^appuie contre cette montagne, dans le voisinage de la Ztchoubéchi.
Les forêts qui encadrent ici les champs sont mêlées de hêtres, de charmes et surtout de pin caucasique.
Yardan.
Le capVardan, composé de couches redressées de schiste noir et gris, ferme pittoresquement la rade de Ztchoubéchi au S. E., et la sépare d^une autre petite rade à laquelle on donne aussi le nom de Yardan. Ni la carte de Gautier, ni celle de Panioutine , ne me semblent avoir bien marqué cette rade au fond de laquelle coule la rivière de Vardan. Le bord de la mer est boisé et relevé d^une falaise de sable et d^at-
(1) Pet. Vessconte a marqué cette rade sous le nom de Guba ; Benincasa et Fréduce d'Ancone sous celui de Gavo deCubba.
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léri^sements, couronnée d^tui tombeau qu^on voit de la mer.
Les environs de Vardan paraissent très peuplés et superbement cultivés à la manière tcherkesse. La vallée en s^ouvrant laisse voir dans le lointain des montagnes bleuâtres, mais dont les formes ne diffèrent pas de celles qui sont plus rapprochées.
Cest à Vardan que le capitaine lieutenant Woulff, avec trois petits vaisseaux et cinquante soldats, vint le *è'X *833 mettrie le feu à deux vaisseaux turcs, et sans perdre un seul homme. Il paraît que les échanges avaient déjà eu Ueu , car les flammes furent alimentées par la cire que les Turcs voulaient emporter.
Vardan, comme Voulan et Djouhoubou, paraît un des endroits prindpaux de centralisation chez les Chapsoughes.
Nous fîmes le tour de la baie pour la visiter ; il était sept heures du soir ; en faveur de la brise diiune , nous avions fait cinq fois plus de chemin que pendant toute la nuit.
Au sud de Vardan, la côte prend un Êiux air de celle de Ghélindjik. Dans ces falaises s^ouvrent de petites gorges arrosées de ruisseaux. L^une, entre autres, est quelque chose de charmant, et il me semblait que pour jouir de la paix de. la campagne, unie à la mAgnificenee dW riche paysage et au luxe d^une végétation de la plus belle fraîcheur, il fallait venir dans ces pe-
tits ennkages, quoîqpie oe ne fiissent {pjte^é» maisons en bois de forme abaze, s^élevant au milieu desarbre^, au bord de la mer : des princes, du pgys sVu contentaient sans doute»
Marnai. Rivière Thapsé ou Touabsé (i).
Nous doublâmes, pendant la nuit da l8 au 19, le cap Marnai, et nous passâmes devant Tanse de ce nom. La Thapsé, ou Touabsé , entre dans là mer au fond de Panse, à coté de Taoule de Mi^mai, le siège principal de la piraterie tcherkeiàse. Lès Chapsoughés de 'Marnai ont deux grandes galères quHl peuvent monter de 120.
hommes.
M. Tausch me raconta avoir vu à Thapsé (ou Mamaï), entre Aughuïé et 3epsé,^ une grande pierre de septàhuitpieds de haut et assez épaisse^ couverte de figures en relief, de cerfs , de chevreuils, de chèvres. Après l'avoir retournée , il, trouva dans im cadre formé d*une chaînette sculptée, trois rangs de figures habillées à la romaine, mais point d^insçription. C'était sans doute quelque tombeau grec.
Placé à la hauteur de cette baie, on peut se ftdre une juste idée de la position des trois caps
• (t.^ Toutes lés cartes que j'ai sous les yeux ici sont plus ou moins incomplètes : néanmoins , J'espère avoir bieii^ saiii les ncmie des locatttés et leww positiont relatives.
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cpÂs^aTancent au S. £. On reconiunt très bion celui de Soutchali siu* le deyant, eidana le faaà^ celui d^Ardler avec celui de Zengfai entre deuQL.
La tribu tcherkcase des Chapsoughes ne s^^ tend pas plus loin au S. E. que la Thapsé. A»<lelà commence ]a tribti des Ouboukh ou Oubikh qui ne vont que jusqu^au tillage de Fagpurka«
{H^.OidH>ukb$r sontcomplètem^ênt séniiUablea aux Chapsot^ieK Les deux vallées de la Sc^ se (i) et de la SoutchaË leur s^^partiennettté
Tribu Ouboukfa. Rivières Sepsé et Soutchali. Aoula de Dziaché.
Dziaché, qui s^étend au bord dé la lûér^ &Éttë ces deux riyièrês.
Cest sans doute cette même aouk qui eàt marquée che^ les géographes italiens du moyenâge, sous les noms âHAiazo y âHAiaçOy dé Saiazzo (2).
L\mse de la Soutchali, sWnOûCè de}a dilFéremment du reste de la côte. Elle est asse2 ouyerte : les £alaises de schiste qui bordent la mer sont toujours du même genre. Mais déjà le9 col-
(1) La carte de Tétat-major la nomme Psésioapé. (Pséi eoL tcb^d^^Me, 9ig^ifi&€a.u,,rlvi^e.)
(a) Voyez périple du Pont-£uxin , par la . loem^ i*lS^ locki, dans son Voyage au Cwçme]^ \\^ f , 37^.
Unes prennent un autre caractère; elles grsffi-dissent et deviennent des montagnes qiii se perdent sur plusieurs rangs au fond de la vallée. Le Caucase s^annonce de loin; cependant les forêts sont toujours entr^oièlées avec les champs.
Si les montagnes s'élèvent, les rivières deviennent aussi plus ctmsidérables. La Soutchali ou Sotcha (i) est la plus grande rivière du Djikhèti : elle a aussi le plus long cours et vient du revers des mêmes montagnes qui alimentent la Belaïa ou Sagvaché (2).
La Sdutchali est TÂchéus d'Arrien, la limite qui séparait les Zikhes au nord, des Samighées (ou Saghides) au sud.
Telle est cette côte que je viens de décrire, de Fancien Djikhèti des Géorgiens, de cette Zikhie d'Arrien que Mithridate eut tant de peine à traverser, (ant par la difficulté des lieux que par Fardeur guerrière des habitants. On voit que c'est à peu près toute la côte qu'occupent aujourd'hui les Chapsoughes et les Ouboukhs..
Fagpurka. Sotchéou Satché. Gap Zengbi.
Au sud-est de la Soutchali, ou Achœus, s'éten-
(1) Chakho, carte de Tétat-major, i834. Ssountschall, G. Klaproth, 1814.
(a) Ghahadgacha^ G. Khatof.
Digitiz*
— aot —
dait vers Gagra le peuple des SannighesA d^Arrien et de Pline, que Procope nomme Saghides. Nous trouTons encore dans la même localité la tribu tcherkessedes Sacha ou Sakhi qui ont pour fi*ontière, rers le sud, le cap Zenghi, Tancien promontoire d^Hercule. Comme les Ouboukhs, ik n^ont que peu de côte et habitent deux ou trois longues* vallées toujours plus sauvages, au fond desquelles écument la Séga, la Sioépé, la Satohé ou Sotché.
Sur les rives de la première s^aperçoit le bourg de Fagourka, le Hamorka de Chardin et de de la Motraye (i).
Sur celles de la Sotché ou Satché est le village de ce nom : c'est dans le voisinage de ces deux localités que nous devons chercher la Ma* sética d'Arrien,
Nous aperçûmes près du village de Sotché un petit vaisseau turc amarré pour faire des échanges. A Finstant où les habitants du pays nous aperçurent on les vit accourir de toutes parts pour secourir Féquipage turc qui s^était sauvé à terre, supposant que nous chercherions à nous en emparer. Un ou deux boulets que nous leur tirâmes ne portèrent pas, et voyant tant de moo^, nous ne voulûmes rien hasarder de,
(i) Voyez la carte du Voyage de Chardin et de de la Motraye, Voyage en Europe, en Asie, t. !•*, carte B.
— Ma —
plus ; on fidsait contre nous une fusiUad#^ ne nous tentait pas.
Le cap Zenghi , rextréme limite des Sadia , sVvance dans la mer par une pointe basse^ coa* verte de superbes forêts de charmes, de hétcm et de chênes. Du temps d^irrien , Tune des aoules qui sont complètement cachets sous 00s ombrages, nous aurait offert remplacement de la ville de Nésis, qu^il place sur ce promontoire^ à Textrémité duquel nous deTriona cherclnr les ruines de quelque temple d^Hercule, qui Im avait donné son nom (i).
Tribu des Ardona. Baie et rivière de Kamouichelar.
Enfin, c^est en Eatce de Fanse profonde de la Kit-mouichelar dans laquelle se jette la rivière assez considérable de ce nom, la Caccari des cartes du mojen-âge, la Borgys d^Arrien, que Ton aperçoit pour la première fois les cimes neigeuses du Cau^. ca3e. Elles ont Pair de pyramides écrasées et forment une suite de dents rocaiUeases et nues, sur quelques-unes desquelles la neige fcn-mait encore ^ *îjCnet «ne coupole brillante, tandis que sur dWtres cimes elle ne paraissait que par bandes remplissant de longues déchirures.
Les ' forêts montent très haut et encadrent
(1) Arriam hist* Periplut ad HadnaniUD, <tCi ¥]kaui Hist. matctr;, Kb. YI^ cap. 5.
— ao3 —
d'une belle Terdure les tètes chenues de rOchcH* tène* Car c'est ce groupe majestueux que nou^ ayons devant les yeux (i), ce même groupe qui domine partout les paysages de TAfakhasie jus- ^'au-^là du cap Kodor.
Plusieurs étages d'aUtres montagnes^ moins élevées et boisées jusqu'à la cime, descen* éeskt par. degrés jusqu'à la mer, et se teignait de yèrt de toutes les nuances jusqu'à ce qu^ m ^vàe dans le lointain sous une teinte nébu* l^u^e*
Toutes les gorges, nombreuses qui coupent cea monbignes qui s'ouvrent sur le rivage, pren«» nont un caractère sauvage : les forêts magnifi-» ques ne servent plus de iranges aux cliamps^«| aux. endos i la vigueur de la végétation l'em*porte sur les travaux de l'homme et d'une popàlation qui paraît diminuer sensiblement à me^ sure qu'on approche de Gagra. Les ruisseaux sont mieux alimentés.
Td est l0 pays qu'habite la dernière tribu des Tcherkesses, vers l'Abkhasie, celle des Ardona. Cette oôte cependant semble, dans l'antiquité , avoir été plus peuplée, plus fréquentée, plus civilisée qu'elle ne l'est à prései^t.
Je sais bien que c'est précisément ici que 3trakon pJacait Si^& Phtirophages, qu'an ixos^
(i) Voyez Atlas^ a« série, pi. a.
duit toujours par mangeurs de yermmef et qui pourrait bien signifier mangeurs de pousses de pin.
Mais Pline et Arrien y placent les Sannighes ou Saghides, et connaissent très bien ces localités dont ce dernier Êdt Fénumération.
Les rois d^Abkhasie régnèrent aussi sur cette partie de la cote et la convertirent au chrislift* nisme. Il ne reste, au dire de M. Tausch, de trace du christianisme de ce temps-*là, qu^une église, qu'on peut visiter près de Paoule et de la rivière d'Ardokhaitche (i). C'est la première et la seule église dont on trouve des restes sur toute cette cote en commençant à Anapa. Il n'y en a pas de traces non plus dans toute la Circassie occidentale, excepté sur les bords du haut Kouban où M. Bemadocci, dans l'expédition de l'Elbrous, en 1829, en a visité, dessiné et décrit plusieurs avec des croix et des tombeaux en pierres (2).
Les géographes italiens du moyen-âge, excepté
(1) Ardokhaitche signifie village de» Ardo^en tcherkesse.
(2) Voyez-en le dessin , 3* série^ pi. 4- Les Slaves d'un côté , les Géorgiens de l'autre , faisaient la conquête de la Circassie , et la convertissaient au christianisme ; ne faudrait-il point rechercher la raison de ce manque d'églises dans la partie qui était occupée par les Russes slaves ^ dans ce que ceux-H;i, comme aujourd'hui, construisaioit le plus ordinairement des (églises en bois ?
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— ao5 —
Yessconte, donnent à cette église d^Ardokaitche le nom de Santa Sophia (i).
Une bande de collines basses entièrement boisées^ et premier échantillon de ce genre sur la côte, forme le cap Ardler qui sépare Panse profonde de Kamouïchelar de Panse aussi profonde de Kintcbouli , connue chez les Géi^ois sous le ncNQd de Cavo de Giro (baie du tournant).
lÂrrîen cite -au bord de la Kintchouli la ville de Nitica. Ici cette bande de collines basses cesse tout à coup , et un nouveau tabkau s^ouvre d&-* vant nous : plus de ces humbles fitlaises; e^est le Caucase tout entier qui vient se heurter de toute «a jouteur contre la mer.
(i) lieu cité ) II y p. 373.
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ABKHASIE,
Dedcrîptioki de cette province qui s'iétend cTu ai&é c(è ' Gagra à fa rivière Gala^ga.
De rodbetène au Djouind^tain; ie Càtiéase présente, sot une bdc^gciéur de eeftt quarante T€i^sty uni groupe isolé de hacft^ cimesi doM PàM court de VU. N. O. à rs. S; S. dai»â le sèbl^ dé laoôteJ .1.
Au-delà du Djoumautau^ cbmAienceila chaîne centrale dont la direction jusqu^à TElbrous fait un angle presque droit avec le: gi'oupe d^Abkhasie. Elle reprend ensuite sa première direction de FElbrous au Passmta et au Mqinvari ou E^bek.
Le chaînon d^Abkhasie que Reiaeggs appelle chaîne Kéraunienne ou Koubanique (i) et qui constituait une partie des monts Corax de Pline et de Ptolémée, ne présente dans sa ligne de Êdte quWe suite continuelle de cimes déchirées, confusément entassées de diorite et de porphyre; rOchetène en forme Tavant-garde au N, O., et leDjoumantauauS. E., tandis que les cimes hé-
(i)Reinegg8,II,3.
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— aojr — maée» de .roches tuxres, plaquées àè glaciers t]ui nouiT^sént le grand et le petit ZélentchoidL, eh couTQDiiieDt le centre, dégagées du schiste noir qui les enTircnme et qui encaisse led hantes Tal*^ lées*
LlOchetène est en ligne directe à trente-huit T^rst du rivage^ et le Djouïnantau à cinquante eu ônquante-cinq verst .
Sur les flancs de ce chaînon s^àppuie toute une immense formation de calcaire jin^assique et peut-*étre de craie ; ses énormes massifs arrachée du fond des mers par Tefibrl plutonique qui créa le Caiioase, soulèvent enfin ce scMste crayeux qui bordait la côte; ce sont ces imposantes ter-^ rasses qu^onvoît plonger brusquement dans la m» à Gagra, sans transition, en lui présentant ses flancs redressées comme un vaste et gigan^ tesque remparts
Après avoir heurté ainsi contre la mer, et séparé les tribus tcherkesses actuelles des abkhases; le pied du Caucase rentre en biaisant dans Fintérieur du pays. Un pays bas particufier, de vastes jplaines s^avaneent en coin jusque Gagra, et vont en s^^aargissant vers la Colchide en séparant là •hêxAe chaine du rivage de la mer; quelques groupes de colfines, la plupart métaphyriques et porphyriques avec des lambeaux de calcaire, coupent ces plaines.
Le fond de ces plaines est ou sablonneux
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comme à Pitzomida et au cap SLodor; ou c^est un coaglomérat grosaier comme à Bambor.
Les ruisseaux qui arrivent à la mer ipioique courts sont assez abondants* Ils descendent des pentes noires et schisteuses des hautes cimes^ se recueillent dans des Tallées profcmdés et tràœrsent ensuite le banc jurassique par des gorges étroites, profondément. entaillées^ qui sontau^ tant de portes ouvertes pour pénétrer dans le sein des montagnes. Cest seulement par ces porr tails que des plaines basses de rAbkhasie on entrevoit des lambeaux de la ligne de &îte comme à travers autant de créneaux.; car le banc.jurasr sique, s^élevant comme un bastion jusqu^à sept et huit millepieds de hauteur^ lamasque tôtalemeutt. Ces échappées de vues prêtent aux paysages de FAbkhasie toute la majesté et tout le grandiose des paysages de la Suisse.
Les plus hautes pointes du chainan d^Abkhasie atteignent certainement les dou^e et treize mille
La plupart ne se dépouillait jfonais entiènèr ment de neige. A la mi-^juillet (vieux sty]e):<)ù je les dessinai, FOçhetène seuj ne montrait que de longues bandes étroites de neige qui resof^^^f^ saient des ravins rocailleux qu^on aurait pris de loin pour de simples fissures , toutes les autres cimes étaient encore parées de champs et de coupoles de neige.
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Dès que les rivières qui apportent à la mer le tribut des montagnes ont débouché en écumant par ces grandes éduses^ arrivées dans le pays plat, elles y ralentissent leur course, y serpcintent et sWrêtent quelquefois dans des marécages, cause de Finsalubrité de quelques points de rAbkhasie.
Maintenant je vais me promener le long de cette belle côte^ aborder le rivage, pénétrer dans ces forêts qui me cachent tant de ruines ; je réunirai dans ma description toutce quej^ai eu Poccasion d'observer dans une triple promenade que j'ai faite d'une extrémité à Pautre.
<jragra.
Les gorges de la KintchouU et -de Gagratlonnent un premier échantillon de ces portes des vallées, et l'on y reconnaît déjà ces abîmes qui coupent notre Jura suisse, surtout ceux des gorges du Sey on près de Neufchâtel ou de la Reuse au pied du château de Rochefort. Là comme ici, les parois qui les encaissent sont presque à pic.
Le calcaire de ces gorges est à Gagra une masse de couleur grise, compacte, fissurée^ se cassant par éclats, presque sans pétrifications, et ayant l'ah' d'avoir subi une grande altération 4qui a détruit les corps organisés. Les couches L i4
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— JliO —
asaexv régulières im\ de ntD à deux pieè^ d^épaiss^jkT et sont disloquées par grands blocs. Ces couches soDt ciotrées^ ificbiiées et leur extrémiié plonge en faâaîsaBt ua> peu dans la m^r» Coupées perpendiculairement à Taxe par cette énoraie lente qui constitue la gorge de Gagra, elles correspondent d^un flanc de la gorge à Tautre (i)*
Cétait au débouché de cette gorge, au bord du ruisseau qui s'en échappé, qu'était resserré^ entre le pied escarpé de la montagne et le rivage de la mer, sur une plage de trois cents à quatre cents pas de large, Tantiquè et triste Gagra.
A droite et à gauche cette plage se rétrécit jusqu'à n'avoir que la largeur de quelques toises; elle longe d'un côté des escarpements inabordables; de l'autre, battue par les flots, c'est un vrai défilé des Thermopyles, Tel est l'unique point de communication praticable qui existe entre l'Abkhasie et les tribus tcherkesses du Dfîkhèti actuel.
Gagra, au milieu du défilé, était la porte qui te gardait. C'était un château-fort dont les doubles muraillea s'étendaie&t de k mer au rocher. Un long corridor ou galerie séparait ces deux murailles; l'on entrait par-là dans de grosses tours
(i ) Voyez Atlas , !• série , pi. 4.
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carrées^ bosses^ adossées de pari et d^autte à là double muraille. Elles soiit construites en gros cubes de cette roche jurassique de Gagiti, et voûtées solidement avec les mêmes matériaiiiB. Ces tours servaient d^habitation. On pouvait ainsi repousser Fennemi^ qu^il vînt d^un côté ou d^ Pautre du défilé dont on était le maître.
Un espace carré enfermé aussi d^une muraille dont les traces ont presque disparu^ était adossé du côté du nord à cette fortification. Il n^est resté de ce côté-là que Féglise construite en gros blocs comme les tours et les munrailtos et Toûlée de même, Cest ce qu'on petil Yoir de plus brut, de plus simple en fait d^église des premiers temps (i). Rien qu'une nef en plefn^-ciittre:, un choeur semi-<3irculaire au lerant, un Vestibule ou pronaon au couchant, et deux portiques bien grossiers sur les côtés* Point d^ornements quelconques. Les Russes en ont fait un coi*ps-de-garde et un magasin à poudre.
L^extérieur porte le caractère de toutes ces ruines de la côte d'^Abkhasie. Des touffes de tigne et de clématite sarmenteuse s^enlacent et forment des guirlandes sur ces murailles informes. Un énorme figuier, qui avait pris racine sur le feîte de la voûte, s'était desséché par Fàge et servait d-appui à la sentinelle attentive pendant
( i) Voyez Atlas , 3* série , arehitectm'e , pï. 20.
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que d^autres arbres Pabritaient de leur feuillage contre le soleil brûlant de Gagra.
En obtenant la suzeraineté de rAbkhasie, la Russie ne pouvait se dispenser de garder ce défilé de Gagra. On y transporta un bataillon du régiment d^Abkhasie avec neuf pièces de canon : c'était renvoyer dans le plus terrible des exils. Qu'on se représente tout un bataillon resserré dans ce petit espace de quelques cents pas, sur une plage brûlante, sans oser s'y mouvoir; les soldats ne peuvent sortir du fort sans courir le danger d'être pris ou tués, et même les rochers boisés dominent tellement le fort, qu'on n'^est pas en sûreté au dedans de ses murailles. Les Tchei> kesses, cachés par le feuillage et perchés sur les assisses du roc, peuvent tirer d'en haut jusque dans les rues et dans les maisons ; des soldats ont été tués ou blessés, et les oflSciers à table ont vu tranquillement les balles leur arriver par les fenêtres.
Les Tcherkesses n'ont rien négligé pour chasser les Russes de cette position qui leur intercepte toutes les communications avec l'Abkhasie; ils les ont long-temps inquiétés et se sont résolus enfin à en faire le siège dans les formes, et à l'emporter d'assaut. Plusieurs milliers d'entre eux bien armés tombèrent tout à coup sur Gagra; et le bataillon n'eut que le temps de se mettre en défense contre les ennemis qui voulaient es-
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caladei* les murailles. On tira sur eux à bout portant à coup dé canon, et les soldats se défendirent si braveéient malgré Tinfériorité du nombre, que les Tcherkesses furent forcés de se retirer avec une grande perte de monde. Depuis ce temps^là leur ardeur s^est rafraîchie, et ils se conteiEtent d^inquiéter Gagra, cachés sur les hauteurs.
Mais un ennemi dont on peut déjouer les rusesy un danger dont on connaît les chances n^est cent fins pas aussi terrible que cet air empesté qiii sourdement tous tue, que ces maladies qui vous minent^ que ces privations de tous genres qui vous rongent. Gèélindjik est un Eden en comparaison de Gagra.
La chaleur eii été j est étouffante, aucun cauraiU d'air; les rayons du scdeil, réverbérés par ces hautes parois en partie nues ; une plage de sablé brûlant dans lequel, en ne faisant qu^enfoncer mon thermomètre, le vif-argent sautait tout à coup à 35"; une promenade de quarante pa& entre la porte du fort et la vague quibat le rivage ; aucune conununication avec un lieu vivan^t du re^te de Funivers; des murailles et de^ maisons presses où se concentrent la chaleur et le mauvais, air : tel est le Gagra que j^ai vu^ I Cqtte position aurait été encore, tant soit peu supportable si on avait toujours de Feau pour se rafraîchir.
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Mais 1». gorge daGagra qui parait n^étre qu^uu* gorgo seccmdaire, ef ne pas aborder le pied d^ rOchetène, où la Kintchouli et la Kotocbe ont leur$ ré$^vvoir^ o^es4 arrosée que par nn petit ruisaenu} tant quHl y a de.la iwge sur las }»nl« vQi$ines, $Qn Ut remplit presse toute la largeur 4? la goi^e , et son eau tombe en CMoada ayee abondance : sitôt que les cbaleurs Tant Ibnduef pAms d^eau dans le torrent qui tarit entièrement pendant le reste de Vété] le peu d^eau qui arrive jo^uVux cascades , se perd au^essous dans les ri^yina profonds qui remplissent le fond de. la fyuf^. Alcrs un étauig et plusieurs sources qui ^ont dans. Tintérieur de la forteresse disparais^ sent aussi petit à petit, et.au^t Gagra était beut reim; au prioifiempB par ^s belles eaux fraicbes f^t Umpides (i)^ autant il eoufire d^une afi&tsuse disette d^eau pendani Fêté.
Quel miracle donc quW bout detrois^ ans, il ^0Î4 encore resté las cent bommes qui reprét^ amteîeni le bal^Uon tout entier en iS33.
La goummemeiiit^.infisrmé de la mortabtéqqi ncgvnt à Gagra ^ y a envoyé le pc^ond Baiimer^ qui m Niské en inéme temps sou^ le 'nrpp0rl stra«« tégîque^ touH les ports et tous^ les twi» de la cote; smr son rapport il m^a été dit qu^on aviaîl déoidé qu^à Tavenir on se contenterait de fermer
(i) Elles montraient lô" le 12 juillet i83â* - i> . . î
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— ui .— Wp«t$sag9 par im# r«4out^ wèôki (Uokliaus).
Cette mesiu^ hulDaine du barob de Rosmi épaiv gnerii U vie de biw des soldats quVm sderifiail ûmtUemeiMf H «e dimiimeta ta men Ips mo^etiA dfe défense^
Je débwqiiai diui UfseseoônnLe ùiiirliéeque je fifir^w la OQteà'f&asre^Avec unaffieierdelafiotte, et j^aUai me pné^i^ter au major qui commandait le if^toiUQH » Mat^ k» épattktlies de qion compa* gnon, iL ne put s^empéçher de me regarder d^un aà\ so^pqoneuK^ i»e croyant quelque esj^on fraii^ais»^ J^ $sfYm que notre viâ^seâu qm 0ppôr* t^ ak>rs )a. poste de TifUs polii^ Cki^, était aussi chargé d^ordrès en naa faT«Ur aupuàs du mf4^ • je priai donc lV)lic!«r de mariné de ne pas s^ia^uiéteF de la anle dn maji^r, t^tw bientôt t9Ut s^arrangeràdut^
W&^QtxmnyoBt arrive après nous le Bëé officier l|¥eç Jc^ dépêches... Lé major les outt^. • . il ne #sÂt pli4s que laire pour réparer da bévue. Noua étkw^i Fédor Itontoieriicfa et moi^ à tdtilempler duA baui dâs mines de Péglise oé singuttèir ensemble que présentait Gagia^ quand rioUs vîme^ V(^juda«it ifoi était ^n négUgé i^ourir diez lui, etulosser scm imiforme et acoomrîr à nous en cérémonie pour m^aësurèit qu» ie major étmt pi^èt ^i^etONiV ço qui dépendait de kil-pout^ fadH^e^r mea eodherchtai^ «t que .si j'aTme bwoia d'une escorte pour faire unaeBJbiircloii^ dHe seinitpi'éle
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en quelques xniiiutes. * JWceptàï'avèt5 joie cette proposition,. eteSecûvëaw&t il ne se passa pasr iftàdL quart d^heupe que je më trcmt^ai ëfnt^tiré d^ine demi-H)ompagme de braves eommanâés par un officier, qui devaient m^accompagner dans la gorge de Gagra où je désirais pénétrer.
Grâces âoient:re]uiUres au gijaiMlrtionarque qm ayéit su me faire sentir sa puissante et généreuse protection jusquVux extrémitéB les plus reculées de son empire. '' ' -
: Notre excui;sion n?éta}t |ms satis risque ; noua échappâmes le plus heureusement du monde à tous les. coups de fusil qui auraient pu pleuvoir sur nous de;toutes parts du hatulr des rochers.
Je trouvai Feutrée de la gorge remplie dé superbes peupliers blancs très éleviés ; desifiguiers, du buis , le houx-frélon, la vigne,- la ronce char^ gée en même tempsde - fleurs iroses et 'de fruits, la clématite traçaient et rampaient partout en nous bouchant le- passage, p-énormes roseaux bordaient les rives du ruisseau jusqu^à la mer, tandis que le hêtre, le. charme et le frêne couvraient les pentes voiabes. ' '
Nous remontâmes jusqu^aux cascades? du ruisseau, qui sont à.aiverst de la forteresse^ il n'y avait plus quW petit filet d^eauprêt à^ tarir. Ett revenant, j^allai aurdelàduiruisseauV Ve)^s>laiLihlchouU, examiner la largeur da défilé ecla nature des rochers qui le bordent.
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(^Qiqu^en tout temps un lieu dVitil, piincipa*lemesit sous Tempire ^ec, Gagra a produit âussii S€S saints . Les Russes mêmes rétèrént une sainfè Hypata de Gagra (Gaginenski). ' . •' *
Cependant <jagra a-t-il toujours été \e noA propre à cette localité? Je'Fignore : je nerâ trouvé que sur les iiouTelles carte» riJÉistes J . . l Sur les carte» plus anciennes on trouve toujours d^autres déncHnînations. Chtfrdin Pappellê Bata^ dagg, c'est-à-dire montagne élevée, en turc. Jules)KUproth, dans sa carte dû Caucase (1814)9 sb ser^ du nom der Derbend'qui, en tui^c, signifié défilé. . • ; ..•..•-..»
- Quoi qu'il en soit, pour voir ôagra, pour jornir de cette vue extraordinaire , il faut étré'siu* Ife •Bier fit' prêt à le quitter; il faut êt|^ cet ^xilé'(ll) qui va rexÀrer daris un' monde nieillem». .i. . C'eA aloi^ que le cœ^r est' fait pour sentir^' *Ôn suit sans angoisse ces. chaînes, ces t^rasse^ qui s'en^ tassent Pune sur Fautre avec des cimes neigeitsè^ pour couronne. On trouve de la fraîcheur dans ces antiques forêts qui en voiîent la base (2) et " qui ajoutent à la Sftuy^erie pt,à .la majesjbé.^e ce
(i) Quand on eut fait grâce à quelques-uns. des comu- Ws'd^ i8a5 , on les envoya d'abord comme simples soldats kGnfftk : presque toui ôht vu plus tahi que rèmpèrêilr Nicolas savait pardonner.
: (2) iic pied > des inionia^ies est •O0u\^ert' dé* hétré» ;*v!le charmes et de chênes du plus beau vert^ tandis que' j^Itts
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paj<«ig« où la main de Di^u est eucot^^ emprcîtile iQomme |iu jour de la création* Et Toir ce paysage .au moment où le soleil ^ plonge dans les bras de Télhys après tmé^jouméid brûlante, quand un s^^ipkyit fydàs M U^er tient ranimer las sens et ^vaUle^ une imagination «ktgourdie^ quWe hi^ inière'<H>}prée vient teindre le (lajBagv fjt j des^ sinw 9^ lo^i^^s ambres qui soiiit eomaoeautant di^niystèr^ où ItHumme chéixdie à pénétrer ; le Toir qiMAd la hmn^ mocitoAt à Tautre extrémité de Diori^Q^t ramené le silence et Thciuredes scmgts d^is c^e demi-nombre qui tranehe sur sa pale lumière ; voir tout cela penché sur le bord d'tm f)avk^ q^i se balaquee moHennent comme les vagues^ Client ^t étince&nt^ ^di rêve ! . . ; Of |)^utre exHé qui peut tpir ainsi Gagrà et ses mur «atflks .grises 6iir devant toi et aè perdore comme fm poînt^ mi pied du Canoase^ «pul est ton faon- ^^1*1: ]?^isse .ta.caor^ ne a^fflnrétar qu^suprès.
■ kptpchf et vallée de ^oit^b^.
' Au â. É. de Gagra, quatre cm cinq (kWL ravins
dessinent les flancs de la montagne, ^t à 4 verst
HSX fort, ^embouchure remplie de rçseaw;^ (J^une
^petite rivière qui ^iwrm W 91^^ 4w wont^^eSt
^V^Aeft f<vr^t#.dnjfântwhM9|sÉ<cn cadroHti^itJe^'^bm-
marque la limite où comofiencenl les plainee d^iJ)kha$ie.
Nous longeâmes ime cote basse de i8 yerst de long qui se détadie toujours darantage du pied de la cbaîiie et qui se termine par le cap Pilr* aounda^i), Kous avions devant nous les plaine^ à travers lesquelles 3e promène h Kotoche 014 B»hba, dont U large nappe brillait à travers les arbres avaat d^entrer dans la mer à 7 ver$t au N. Ot du cap Pîteounda. £lle colore d\m vert blanefaatre lea eaux de la côte à plusieurs versl de distance jusqu^à la hauteur de Gagra^ et occa* SiMHie uôa CQiirant considémble vers le cap Ard« 1er, tandis que la Kintchouli agit en isensbon^ traire ie Ipng'de la co(e vers Ga^, <pù cUe r^qcmtiTe le.ctoraat. de.la Kol6che qui la ftk ^mw et Teiilit^e. Cesi danJB oa phëottomèiie quHI &Ut trouver 1 -origine du 'nom génqis de la bs^e de la Kintchouli, Caw di Giro, baie du tôttr^ noiemmi. i)
La> ILijafechouU n^eat pas la seule à se> porter* vens h JS.^i, toutes les autres» qiviàres cgod, se ji^ tent dans la mer le long de la côte d^Abkhasie et de Mîngpélie, ^en oomngiwoant {kir* le-'Rior ou Phase; détérmiàiint, vet-S'lé'iiôtdkitrest'.'Un éôlirant semblable qm affit encore s^ i5 ou ao.vei^st
(1) Ce cap 6*appeH^>àMëi) ëfiM^ iytié(t{«es 'e^éM ;%(^
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de la cpte^ el qui est sensible jusqu^à Anapa (i).
La Kotoche (2) est le principal écouloir des ceux qui descendent des pentes S. K, de FOchetène ; elles se réunissent d^abord dans la haute v^lëe de Bsoubbé et débouchent dans là' plaine par le colossal portail de Bsoubbé, Tun des plus pÂttoi^esques de FAbkhaeie (3). - ; Les bords dé la rivière deviêiment très marécageux dans la plaine. Cest ia dans ces roseaux qu'en i832, un détacheïiieïit de Russes, Tenu de Bàmbor et de Pitzounda; pour faire une e;q)édîtion contre les Abkhases: de la Kotoche^ s'Wmbourbà si bien quHl eut toutes lesrpcsnes du monde^ a en sortir.
^ Le'princeNartchouk^) Fun/d^ss priaicipaux sieignclurs de r:^y3khasiè, isén étabUsciemént prè& de Peittbouchure de laKotocbe. îS« fille a ^ousé Hasiad-^Bey ^ Fonciedu' prince i^è^amt d'ilb-' kl)asie.- ' .^ 'V ^ ^r.iT ' - *-
On assure quHl s'est établi dans la vallée supérieure de lai Bsoubbé une oolbtiie- de Russes fuigiitifs , qqi sont parve»iis<à 'coiJservep leur inr-
; (1) .T^itbou-t de Marigoy, dana sa .description de ht. Circa^ssiç, éd. Klaproth, daiis le Vpy^agf 4® Je^. Potocki>
(2) Bsibbélc^x\/b cïe Fét.-maj . , 1 834; tapely carte d* Alex., roi dlméreth, 1738; Kapéiki-Tskaii ^ carte Khatof et (^ji|de|;^tSdt ^ jj:.^/bqAff , carte Gautier. .
(3) \oyez Atlas , a" st&rie , pi. 2 .
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— Mi —
dépendance et à se faire respecter de leurs voi* si&s qui craignent leur courage et admirefnt leur industrie. Ceci est plus que possible, mais ùe 'quine Test pas, c^est que ce petit état se mdnte^déji^ à six mille âmes.
Un groupe de coltines basses, en partie sa-* blpnneuses, sépare le bassin de la Kot-oche de celui de la Mitchistché. Le TÎllage de< Bsoubbé qui donne son nom à la rivière, à la yallée et à une tiibu des Abkhases , la plus occidentale, est au bord d'un ruisseau au milieu de ces. collines.
Pitzoïinda.
Pour en revenir à ma première navigation, le calme de la nuit du 19 au 20 juin nous avait surpris occupés à doubler le cap de PitzounfJU; nous avions fait derechef cin^ à six fois plus de. chemin pendant le jour que pendant la nuit. Le 20 juin de grand matin nous avions doublé le cap , derrière lequel se dessine la vaste baie ou plutôt anse de Pitzounda assez bien défendue coptre les vents du N., mais largement ouverte à ceux du S. et du S. E. (1).
(1) La baie de Pitzounda est très bien placée dans la gi'ande carte de rétat-majordeTiflis, i834. Reineggs, qui l'appelle Besonta, Besonti et Bitschuinda; la confond avec celle de Ghélindjik, II, 3. Chardin, I, 49) la nonlme Pigivihas.
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— aaa —
Le cap dà Pitsouoda qui forme la baie à PO.
est une plaine sablonneuse a peiné élerée de quinze à Tingt pieds au-dessus du niveau de la mer ^ elle est ombragée dWe miperbe forêt de pins dont les tiges égalent ici c^les de nos plus belles fotréts. Cest le même que celui de Ghélindjik et de quelques points de k côte du Djikbèti« On ^ait que le pin aime en général leâ sables, et on ne sMtonnerait pas.d^en trouver id, si ce n^est la chaleur brûlante du climat à laquelle il est exposé.
Ainsi d^un seul coup d'œil, on peut voir la famille des pins commencer et clore la végétation des arbres, de la région la plus basse à la plus élevée, d^une région très chaude à la plus froide que supporte la végétation des arbres.
Je demandais depuis long-temps où était la fameuse église de Pit^ounda ; on ne pouvait la voir cachée derrière la forêt de pin dans la verdm^e, à trois verst de Pextréinité du cap Pitzounda et à un verst du rivage.
Un coup de canon nous annonça à la compagnie russe étabhe autour de cette église ; le commandant nous envoya une escorte quide^t nous accompagner du rivage au fort, et je nâavançai avec un plaisir inexprimable sous ces antiques pins qui balançaient leurs têtes si haut au-dessus de nous.
Aux trois quarts du chemin, les pins nous quit*-
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tèteitt «e fiitreiit. remplacés par les plus beaux noyers, pair de graruis ormes et d^autres arbrM coui/feirts de vigne à traTers lesquels nous distinguk>iis à peine une muraille grotesquement consh' truitj^de toutes espèces de matériaux:, briques, blocs de pierre, pierres de taille , pans de mn^ raille même placés sens dessus dessous, etc.,
Nous passons par la porte ruineuse de cette Hiuraille lézardée, bâtie en carré, et me voilà en £»€e de Tune des ruines les plus grandioses et les pliis pittoresques que je connaisse. OnmVvait parlé dd cet édifice avec admiration ; mais Feifet a surpassé mon attente : ce style noble et hardi étxwne au milieu des sauvageries de TAbkbaaie (i).
^De trois^ côtés le dôme en briquj^s s^appuie mt trois hauts frontons. Au levant les trois chœurs scMàt marqués f^ trois saillies semi-^circulaires comnie ont le v(»t à Téglise S'% Soj^hte de Kief et dans les églises byzantines (2). On nWait pas
(1) VeyeB Atlaé , 3.» &ërie, pi. 1 .
(t)^Le style bysaodn a eu au*ii pluticura siècles dç vogue <knt FOccident : c'est ce style que nous ayons baptisé du nom de roman , et dont il reste tant dg beaux monuments sur les bord du Rhin. En Suisse, nous en avons aussi de beaux modèles dans Téglise de la reine Berthe à Payeme, bâtie en 960, et dan^ celle de Neuchâtel qui remonte peut-être aussi jusqu'à h rein« Berthe.
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— ît%^ —
çQGorè su donner à cette partie de Fédifice Télé** gance des églises arm^iennes et géorgiennes.
Ce qui frappe surtout, et qui donne à cette église Tair le plus pittoresque, c^est le singulier mélange qu^on a fait des matériaux de construction. Le soubassement à plusieurs pieds au-des^ sus de terre est en pierres de taille ; mais de là jusqu^au toit alternent par larges rubans qui donnent tout le tour de Féglise, la brique rouge en triples ou quadruples rangs, et des cubes simplement dégrossis de calcaire grisâtre de Gagra(i)^
A ce grandiose, à cette simplicité du style, à ce bizarre mélange des matériaux ajoutez ce tierre foncé qui rampe jusque sur les denteluresi des corniches en briques, cette vigne et cette clématite qui s^élancent par-dessus les murailles , ces charmes, ces grenadiers, ces figuiers qui s^enracinent sur les voûtes des nefs et qui vont même masquer la croix du dôme, ces ormes centenaires qui ombragent une partie de Péglise, ces vieilles murailles qui Fenclosent, cette chaîne imposante du Caucase qui se présente par échappées de vue à travers le feuillage,, et vous ne serez pas étonnés de Tenthousiasme que cette vue inspire à ceux qui visitent le monastère de Ktzounda ; car ç^est ainsi qu^on Pappelle ici.
(i) Je suppose que c'est dje là qu'on a apporté cette pierre ; peut-être vient-elle de l'intérieur du pays.
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Tel est rextérieur de cette église dont la coupole éiait couverte en cuivre qu^on*a enlevé, et dont on n'^a laissé que quelques lambeaux qui traînent dans le chœur.
L'intérieur répondait à Pextérieur. J'entre; les. portiques sont ouverts; je traverse d'abord la grande nef et j'admire le dôme. Sur quatre grands arcs de près de trente pieds d'ouvertuixj et élevés de soixante pieds au-dessus du pavé, repose majesteusement une coupole de trentesix pieds d'élévation, percée de huit fenêtres de. quatorze pieds de hauteur (i).
Au dôme aboutissent les quatre grandes par-, ties de l'édifice qui forment la croix grecque ; le choeur au levant, la gi*ande nef au couchant et le3 bras courts de la croix sur \^ côtés. *
Le chœur, éclairé par troiç fenêtres hautes dci dix-huit pieds, comprenait le cbçeur proprement dit et l'avant-chœur, mesurant les de^ix ensemble vingt-huit pieds en profondeur.
La grande nef, du vestibule au dôme, mesurait trente pieds de long. ,
Les bas côtés n'ont que onze pieds de large, et supportent une galerie fermée par de doubles arcades.
Le vestibule ou pronaos, solidement voûté,
(i) Voyez Atlas, 3* série, pi. a? le plan et la coupe de cette église.
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prenait toute la largeur de Téglise, et communiquait par trois grandes portes avec la grande nef et les bas côtés.
Par un escalier en briques, on montait au vestibule supérieur aussi voûté , par lequel on parvenait aux galeries dont j^ai parlé, et dans lesquelles on plaçait les chœurs des chantres et les catéchumènes.
Telle était la disposition générale de Tédifice dont lalongueur entière, y compris les murs, était de cent dix-huit pieds , la largeur de soixante-* huit pieds et la hauteur de cent deux pieds avec Fépaisseur de la voûte.
Deux petits vestibules accolés plus tard aux bas cotés masquaient les portes latérales.
L^on ne voit point d^ornements particuliers dWchitecture dans tout Pintérieur de cet édifice ; toute sa beauté résulte de ses grandes et belles j»*oportions.
On n^avait plâtré que le dôme et le choeur ; le reste muré en briques, excepté quelques rangs de pierres de taille, était au naturel.
Les peintures à fresque d'un style médiocre sont en partie conservées. On avait représenté une ascension de J.-C. sur le champ de la voûte du chœur, et peint une grande croix sous la clef de la voûte de Pavant-chœur.
Les compartiments supérieurs des parois de côté étaient couverts de scènes tirées des le-
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gendes des saints; ou y reconnaissait surtout S. George à cheval, tuant le dragon. La partie inférieure était ornée d^une bande de Inédai]^ Ions avec des portraits de saints qui donnaient tout le tour du chœur. Au-dessous, dWtres saints en pied formaient une grande assemblée de prophètes, de docteurs et de pères de TÉglise, iqui paraissaient vouloir se mêler aux prêtres , aux évêques , aux archevêques qui , assis en demi-cercle sur les quadruples gradins rangés autour du chœur, entouraient en silence le patriarche d^Abkhasie monté sur son trône , placé plus haut que tout autre siège devant la fenêtre du milieu du chœur. Deux grandes figures d'anges, peintes des deux côtés du trône, augmentsaient encore sa gloire.
Je n'ai pas vu le crucifix en relief de marbre blanc, dontReineggs fait un si grand éloge; il n^vétait plus dans FégUse (i),
L'iconastase qui sépare le chœur de FégUse , n'est qu'une petite colonnade, bien grossière, qui a été évidemment ajoutée bien long-temps après la construction de l'église.
Je vis encore quelques lambeaux de vitraux ronds dans les trois fenêtres qui éclairaient les bras de la croix.
Une petite chapelle construite tout entière k
(i)Reinegg«,II,p. 4.
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Tune des extrcmilcs du grand vestibule, el qui sert actuellement de magasin à poudre, mérite une attention particulière. Elle est voûtée, et la voûte et les parois sont recouvertes de peintures à fresque , très bien conservées , représentant les scènes de la passion deNotre-Seigneur, avec des saints et des légendes écrites en* grec ; j''ai copié la principale qui est peinte sur le champ d^une niche (i) ; en voici la tradudlion faite par M. Hase, de Tlnstitut de France.
« Souvenez-vous, Seigneur, du père Kyr « Baouraph, serviteur de Dieu, qui a construit « ce temple et la coupole ; et lors de sa résur- « reclion avec les autres hommes, ayez pitié du u cathohcos. O Dieu, vous connaissez toutes « choses, accomplissez cela. Uan 7. »
Cette inscription est remarquable : il paraît que nous avons ici le nom et le tombeau du cathohcos Kyr Baouraph, qui fit construire un temple et une coupole. Parle-/-il de la grande éghseoude cette petite chapelle? Que sigoifie proprement roupÀsov, qu^on a traduit par coupole?
Uautel actuel, placé au miUeu du chœur, est aussi une énigme qu^il sera difficile d^exphquer.
Cet autel, qui causa chez moi le plus grand étonnement, n^est qu^un amas grossièrement
(1) Voyez Atias^ 4 série.
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muré de débris de marbre, colonnes, chapiteaux, ornements, tous parfaitement semblables à ceux qui ornaient les églises de Kherson, de Panticapée, de FAïoudagh en Crimée. Cest le même style de sculpture , le même genre de croix semés partout, le même marbre rubanné de blanc et de bleu grisâtre, et ce qui est encore plus frappant, c^est que les nombreux fragments de colonnes et d^autres morceaux d'architecture qu'emporta Vamek Dadian en iSgo environ, pour construire le vestibule de Téglise delà Khopi, sont aussi de même nature. D'où viennent ces débris de Pitzounda ? d'où viennent aussi ceux dont sont construits les deux petits vestibules accolés aux bas côtés , et où vous reconnaissez des débris de corniches, de colonnes creuses, d'un goût qui marque la décadence des arts ? Ces fragments sont d'une pierre calcaii-e blanche qui approche de la pierre dite dlnkermân en Crimée, et parfaitement les mêmes qu'une partie de ceux qui sont mêlés au marbre de la K^hopi,
L'oa attribue la fondation de l'église de Pitzounda à l'empereur Justinien, et on la place par conséquent au milieu du sixième siècle.
Voici ce que Procope dit à ce sujet (i) :
(i) Prqccypius de Bello Gothico, Bonnae, i833 , II, 47* > 47î»et473.
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<t Les Abasghiens, quisMtendentjusqu^au Caucase , étaient jadis compris sous la dommanation des Lazes , sous deux princes de leur nation, dont Fua gouvernait la partie du couchant, Tautre celle du levant. Ces barbares adoraient encore, de nos jours , les forêts et les bocages, dans leur barbare simplicité, mettant les arlH*es au nombre des dieux. Ils étaient horriblement oppressés par IVvidité de leurs princes ; car dès que Fun de leurs rois voyait des en&nts dans cette nation belle de visage et élégante de taille, sans retard et sans rémission, ils les faisaiàit arracher des bras de leurs parents, et les ayant fait eunuques, ils les vendaient à un prix très élevé dans Pempire romain. Ils avaient soin défaire périr les pères, de peur que Pun d^eux ne fît parvenir ses plaintes à Pempereur qui pmirait Pinjustice commise sur leursfils,etpour nVvoir personne de suspect parmi lem^s sujets. Ainsi la beauté Êitale de leurs fils conduisait les Abasghiens à leur ruine, et ces pauvres mal*hexu'eux périssaient misérablement. Mainte-, nant, depuis que Justinien règne, le sort des : Abasghiens s^est adouci et améHoré die toutes. i les façons ;. car ils ont embrassé le christia-^ I nisme, et Justinien Auguste leur ayant en- I voyéEuphrata, Aba^ghien dWgine,*rundes ( eunuques du palais, a fait défendre expressé-'
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ft ment à leurs rois de faire par la suite t dans « cette nation, des eunuques ^i violant ainsi les M lois de la nature. Les Abasghiens acceptèrent « ce message avec grande joie, et appuyés du a décret impérial, ils mirent tous leurs soins à ce « qu^il fut exécuté : car chacun craignait d^ètre « père dW bel enfant.
« Justinien Auguste fit aussi élev^ chez les « Abasghiens un temple à la mère de Dieu, et y a ayant placé des prêtres, il eut soin qu^ils leur « enseignassent tous leis rites du christianisme. »
Voilà le passage de Procope sur lequel on se base poiu* prouver que Féglise de Pitzounda a été inondée par Justinien.... Procope, de Mdi^ ficiis (i), n^en dit pas un mot : il rappelle bien qjue Pitzounda et Sebastopolis ont été détruites . par les Rpmains dans leurs guerres contre Chosroës ; mais il ne parle que de la réédification de Sébaslopolis qui redevient une grande ville, et il passe Pitzounda sous silence.
Lies seules raisons qui soient probantes ici pour nous &ire croire que nous ne nous trompons pas, en supposant que le temple actuel de Pitzounda est celui quia été construit par Justinien, c^est que la tradition chez les Géorgiens >, et surtout au monastères de Ghélathi, Fa toujours attribué à ce monarque, et que depuis To-
(4 ) Pi'pcopii Caet arensis , dç i£dificiisy liy. III>,cap, 7,
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rigine du christianisme dans ces Montrées, elle a toujours été la mère-église et la résidence' du patriarche de tout Fouest du Caucase.
Ces. patriarches, qui prenaient le titre deçàtholicos de FAb^hasie, exercèrent de tout temps la plus grande influence sur le sort de ces pays, et pendant près de douze siècles, leur' siège brava les révolutions de FAbkhasie.,.. Aujourd'hui Féglise est vide et pl\is'dë*|)atrlarche.
Jusqu'au onzième siècle, PAbkhasie réunie au pays des Lazes, ou Colchide, foi'nia, sous Finfluence des empereurs de Cônstâhtinople , un état indépendant de la Géorgie. Lés princes qui gouvernaient ce pays, à Fexemple des patriarches , qui sMntitulaient patriarches d'Abkhasie , prenaient le titre de rois d*Abfehasie, que les Grecs traduisaient par eÇouoro^rtoç AjSacryfaç (i), seigneur d'Abasghie-.
Au onzième siècle, les rois d'Abkhasîé réunirent la Géorgie par 'héritage à leurs états, ei tt*anSJaortèreht leur résidëhôë à Tiflî^ : FAbkha- ^e devint ainsi une province 'éloignée; 'le |)âtriarcHé - de M tTÎkhIéôià ' fut ' ^Itis! éSi ' Vue qiie ce^ lili de'PîtiiOunda qui peitJît 'une partie de son infttiflnce;' • ' « • «
L'Abkhasié, province éloignée, tomba aussi dans la décadence, soilque les habitants eussent oublié
(i) G)Hstantinus Porphyr.,de adriiln. imp., cap. 4^.
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les bensquî les attadiaient aux rois de Géorgie, ou que les habitants du Djikèthi qui cherchaient h se soustraire à la domination des rois fissent des invasions sur leur territoire , "Wâmek Dar dian, gouremeur de Mingrélie, fut forcé de faire une grande expédition pour ramener à To^i^ sauce et à lapaiix les peuples de ces contrée», et spécialement les habitants du DjikèthL et de r^^lanethi. Voyez plus hardt Finscription qu^il fit mettre,, au retour de son expédition, sur uoe chapelle qu^il fit ériger le long d\in des bascôtés de Téglise de là Kln^i, comme monument de la victoire qu^il avait remportée (i ) .
rjjsi chapelle de la Khopi n^est qu^une mosaï^
que de débris et de fragments de marbre de tous
genres : la plupart sont d^m marbre blanc ru-
banné dé bandes ^isàtres ou bleuâtres.. Ce sont
desr chapiteaux corinthîeiiST*QQmposites;. de pe-
..|Uq$ colonnes écrasée^,, de gIll9^des. jaques .-de
larmier ou autres ornements, avec des cçoix au
jwilien, 4e^iiftt($aiim de>porte, dfts. C((^aniaçï5 avec
.l^,b{>se trav4^iUée à 'huit: f<ices>^ ou :des oolpuneis
;repo£l9nt sur.de hauts soubasséfneiits travaillé^
eomme une boisjerie,, des ch^piteàiux..gi?pssiers
^VQC une croi?, Sur cb%fttie*ifa4^;i de^ iftS^c^aUi:
de pierre blanche travaillés à la géorgienne arep*
(t) Vide supra, page 73. . . i'. .. -■-<,■
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une quantité défigures de rosettes, d'^arabesques, de dédales, etc. (i)
Ils appartiennent à nombre d^édifices de tous genres et de tout âge, quelques-uns de ces débris sont grecs; d^autres datent du plus mauvais temps du bas-empire, et un bon nombre sont de Tépoque brillante des rois de Géorgie ^ dans les 11'' et 12* siècles.
Le Djikèthi, c^est la côte de la Circassie que je viens de décrire, PAlanètlii était sur le revœs. des montagnes d^Abkhasie.
Où ces débris ont-ils été pris? A quels temples appartenaient-ils? Quelle relation y a-t-il entre les marbres de la Khopi et ceux de Pitzounda? Les marbres de Pitzounda sont-ils aussi le fruit de Pexpédition deWamek?Ce sont autant de questions auxquelles il est très difficile de répondre; on ne pourra le fidre que quand on connair tra mieux les ruines de ces contrées si peu vi-sitées.
Il ny a qu^une chose qui me frappe ; c^est Vbt bondance et la diversité de ces marbres qui prouvent que Tempire grec s'est occupé de ces pays plus qu'on ne pense, et que la civilisation de la Zikliie et de TAbkhasie dans le lO* siècle n'était point une feble.
(t) Voye» Atlasy 3* série, pi. %o.
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Ce n^est que par lambeaux que nous pouvons recoudre après c^tte grande expédition Tfaistoire de Pitzounda et de FAbkliasîe.
A peine les Turcs venaient-ils de prendre Constantinople (i444)i q«6 Mourad-Bey (en i45i) fut envoyé pour ravager et piller PAbkhasie avec cinquante vaisseaux et des troupes nom* breuses.
En i5o9f la nation desDjikhs fit Une grande invasion dans Tlméreth, et traversa FAbkhâsie. Il parait que ce fut pour venger le royaume dUméreth et la IVjbngrétie que Ton entreprit Texpédition suivante ; je rapporte ici le texte de la Chronique géorgienne de M, Brosset, p. g,
« L'^an i533, Mamia Padian et Mamia Gou-
« riel voulurent les soumettre comme W^imek;
(( ils allèrent par ^ mer dans le Djikèthi ppur y
<( faire la guerre ; ils livrèrent bataille le 3o jaiï-
« vier^ Le premier jour, ils furent victorieux ;
f( le deuxième jour qui était un vendredi, le s^-*
«c gneur, irrité contre les OdichjBS, permit qu^on
a leur tendît une embuscade, et le Dadian et le
il Gouriel furent mis en déroute. Uarméë 4vt
a Gk)uriel revint à la chai^ge^ mais les Pjikhs
« sVttachèrent à la con^ttire et tuèrent beaur
« coup de monde. Le Dadian, le Gouriel, et
« son armée furent taillés en pièces. L^exécrable
c( Tzandia Inaldaphitba épargna Giorgi, fils du
M Gouriel, et ses nobles qui avaient échappé au
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*ï carnage. Après quoi on dépouitla complète— « ment le Dadian, le Gouriel, ses trois frères ; H les éTêques et les soldats furent emmenés en « captivité. Le catholicos Malakia vint payer la *( rançon des vivants et racheter les. morts. »
Une autre Chronique arménienne rapportée par M. Sohulz et traduite par M. St-Martin, rap-porte le fait comme suit :
' « En i532 , le Dadian Mamia et Mamia Gou- ^ riel font eiisemble une expédition contre le « Dehiketh. Le Dadian Mamia j fut tué, et le « Gouriel fait prisonnier ; il fût délivré par son <• fils Rostom-Mamia Gouriel, et il mourut en ce i534{i). )♦
Mais peu importe; ce qui nous intéresse, c'est le fait ; maintenant à laquelle de ces expéditions qui menacèrent Pitzounda fandra-t-il rattadier la légende qui me fut racontée au sujet de Përectîou de la muraille qui entoure Féglise? Dans une invasion ennemie , Péglîse patriarcale était menacée d'une destruction totale. Le patriarche représenta aux habitants d'alentour la nécessité de défendre ce sanctuaire. Entraînés par le zèle, tous accourent pour élever en toute hâte la muraille catrée qui entoure l'église avec ses atte-
(i) Cette chronique arménienne est encore manuscrite, et j^en'doi» la communication à l'obligeance de M. FrossH jeune.
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— 23.7 — uances. Dans Tardeur du travail, rieii ne r fut ménagé, et Ton emporta pierres>, briques, tout ce qu^on put arracher dès vastes ruines d^une ville voisine; on transporta même des pans entiers de murailles, et ainsi naquit le mur qui d&* vait défendre Téglise et qui porte bien,. comme je Pai dit, les traces de son origine.
Il est difficile de dire quand les patriarches abandonnèrent Pitzounda pour se retirer à Ghélatbi, emportant avec eux les livres et les chroniques de Téglise.
On voit par la Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset jeune, qu^en 1629, Tauteur de la Chronique accompagna Manoel Mitchkhétidzé qui allait se feire sacrer évêque de Khoni par le patriarche, à Pitzounda. Il est resté un souvenir de cette grande cérémonie; une petite cloche couverte de reUefs , porte la date de MCCCCCXXVIIII (1629); seule restée, elle est pendue à une branche d^arbre et sonne lugubrement la gloire passée de Pitzounda (i).
: Aujourd'hui le métropoBtain de Kouthaïs prend le titre de cathohcos d'Abkh|isie.
(1) Lors de Chardin, en 1672, ce catholicos n'allait plus qu*une fois en sa vie faire le mirone , l'huile sainte, à Pitzounda.
Sur la carte d'Alexandre , roi d'Iméreth, ^738, elle est cependant marquée comme le siège du patriarche.
Malgré son abandoni Piteomida draieura t(Mi* jours un objet à^vaie extrême vénération pour les populations de TAbkhasie ; les Abkhases ve^ naient toujours déposer sur Tautel grossier , en offrande, qnelque part de leurs brigandages ou des ex çoto. Uaulel et les gradins du choeur étaient couverts de vieilles armes, de canons de fusil, de sabres, de trompettes, de boucles, de clous, de serrures, de toutes sortes de vieilleries qui sY étaient accumulées, et que les Russes qui n^ont pas voulu y toucher, ont entassées sous la voûte qui supporte les gradins. Jamais peuple ne porta plus de respect aux objets de Féglise que les Abkhases et les Géorgiens/ Par le laps de t^mps, il sMtait même accumulé sur Fautel pour une valeur assez considérable de monnaies de toutes espèces dont quelques-unes étaient très antiques. Pendant un siècle elles avaient été respectées; un personnage marquant qui visitait PAbkhasie, voyant ces monnaies dont il était grand amateur, fit choix d^une cinquantaine des plus anciennes et des plus remarquables, la plupart en or, les fit peser et en rendit en ducats la valeur intrinsèque au Pope. Il fit pourtant mieux que Denys, tyran de Syracuse.
Cette visite coûta à Féglise plusieurs autres antiquités.
Telle est cette antique Pitzounda dont j^ai voulu faire remonter la fondation jusqu^à Justi-
— nSg — nien f j^ai exposé ce que nous savons de Tfais** toire de cette métropole et rien ne prouve ciai-* renient la vérité de cette assertion. CequeTéCude des monuments dWchitecture du Caucase m\ appris, c^est que toutes les constructions de oe genre moitié briques, moitié pierres (i), sont d^origine b^^zantineet antérieures au ii* siècle.
Dans Chardin (2) qui cite une relation d^un moine théatin Dom Joseph Marie Zampi, il est dit que Féglise dé Picciota avait été d^abord dédiée à Sainte-Marie, mlais que les Abcas qui portaient la plus grdide dévotion à St. André, avaient appelé Téglise de son ûOm. Ils prétendaient même qu^elle était bâtie a Teiidroit où St. André avait commencé à prêcher le christianisme ; d^àutres vont jusqu^à croire que c^èst lui-même qui Va bâtie. Reineggs dit aussi que Téglise de Bèsonta était dédiée à St. André (3) et qu'eOè fut bâtie par Justinien.
L^empereur Nicoks, qui désire ramener cette pauvre Abkhasie au christianisme et à la civitisation, a ordonné de faire restaurer, s^il était possible, Pitzounda. Quand j^arrivai à Tiflis, pas un
(1) Je compte parmi ces constructions byzantines , Tamaratsikhé^Nakolakéid, les fondements de la forteresse de Gori, etc.
(2) Chardin , I , p. 5i, éd. in-8**.
' (3)RéineggSyIl,8et3.
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arclnlecte nWait encore pu se résoudre à aller, au risque de sa santé, en relever le plan et en TérifierPétat de conservation. Le baron de Rosen R^eut rien de plus pressé que de me demander âne copie des dessins et des plans que j^àyais faits; non seulement ils ont étéenvoyéis à St-Pétersbôur g, mais a mon insu et contre ma volonté, le baron les fit lithogi-aplûer à Tiflis : c^était abuser de ma complaisance !
Quant à Tétat de Pitzounda quand J Y ai été, il permettait une réparation ; les seules grandes brècbes qu^ait reçues Pédifice, étaient lAne grande fente et un trou dans la coupole , occasionés par la foudre, et la chute de la voûte du vestibule supérieur ; outre cela, le temple était entier.
Les restes des bâtiments qui ont dû entourer Péglise, ne sont pas considérables; les habitations du patriardie et des prêtres étaient sans doute de boisa la manière du pays. Les seuls objets qui soient restés debout, sont trois petites chapelles ou cellules, au couchant de Péglise : elles sont aussi bâties moitié en briques, moitié en pierres.
L^église possédait, à quelques pas au levant du chœur, un puits de source d^une eau délicieuse; une partie de la voûte subsiste encore, couverte d^une masse touffue de verdure et de vigne. Il n^est rien de riche en général comme la natiu'e en Abkhasie, pour savoir parer avec luxe ses ruines et couvrir de fleurs un tombeau.
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J'ai parlé de cette ville ruinée où Ton alla arracher les matériaux dont on construisit le mur de Péglise. Cette ville c'est l'antique Pithyus, Pitzounda, et, selon la prononciation des habitants du pays et des Géorgiens , Bitchvinda ou Bitchvinta, bâtie à un quart de verst de l'église, au N. O. Sa vaste enceinte , bâtie en carré, était fortifiée de tours ; les tronçons de quelques-unes ont une toise et demie de haut. Les broussailles et le lierre recouvrent ce rempart ruiné. On y reconnaît la distribution des rues et des places ; beaucoup de maisons sont à demi sur pied , et on y lit nombre d'inscriptions turques, arabes ; il y en a même de grecques et de latines avec des dates de i5oo et 1600.
Je ne garantis pas ces dernières assertions ; car je n'ai pas eu le bonheur de voii' ces ruines. Personne dans le fort ne me les a mentionnées, quoique je sois descendu deux fois à Pitzounda pour y faire des recherches.
La compagnie qui est commandée à Pitzounda s'est établie au dedans du mur de l'église ; on y a bâti une bonne caserne en bois. Des Abkhases qui demeurent dans un hameau à quelque distance viennent y vendre des fiiiits et des légumes.
La rade de Pitzounda fut, au printemps i833,
peu de temps avant notre arrivée , le théâtre du
naufrage d'un vaisseau de transport de la marine,
qui fut jeté tout à coup en plein midi sur le ri-
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Tftge. Le jour était supeiiie ; réqiûpago reposait tranquillement ( les officiers faisaient leurméri-dienne, se fiant à une ancre qu^ils avaient jetée sur un fond très incliné. Un coup de vent ai>racha cette ancre ; il ait si subit et si yidient que déjà le vaisseau de $es flancs battait le rivage avant qu^on eût pu pr^idre la moindre mesuiv de sûreté. J^adopte ici la légende la plus favo^ rable pour expliquer ce naufrage. L^équipage, composé de trente-Huit hommes, fiit sauvé ^ les matelots se laissèrent couler le long d'une corde du vaisseau jusqu'^au rivage ; quant au corps du bâtiment, il fut fracassé en mille pièces en un clin dWl et Ton en sauva à peine quelques débris.
J'ai dit que de Textrémité du cap de Pitzounda jusqu'au fond de la baie, la côte était sablon*^ neuse, peu élevée , et que le bord de la mer suir^ vait un plan très incliné qui rendait l'encrage très difficile.
Du fond de la baie, en se dirigeant au S. S. £. jusqu'à l'embouchure de la Mitchichetché , la baie est enclose par des falaises basses, tertiaires sans doute , de sable jaune déposé par couche» inclinées (i); elles sont coupées de ravios qui s'on* vrent entre les falaises que les vagues battent et rongent continuellement. €e sont les extrémités
(i) Voy. AlUp, a* ôéric, pi. a.
du groupe de coUmes qui, comme je Pai dit, séparent la plaine de kt Kotoche d^avec celle de Bambor ; ou les voit se prolonger bien loin dans le pays sans former de hauteurs élevées de plus de deux à quatre cents pieds. Une belle verdure distingue les forêts de hêtres, de charmes, etc., qui les recouvrent.
Plaine de Lekhné ôu de Bambor.
A Test de ces c(dlines, commence une belle plaine large de i5 verst, qui aborde la mer sans aucun escarpement. Elle n^est que très légèrement ondulée. LVminence la plus élevée qui en coupe la surface est-celle de Lekhné.
Un conglomérat ^ Ké par un ciment calcaire et marneux , recouvre cette plaine jusqu^à la mer ; il perce à travers le gazon quand la glaise jaune qui le masque disparaît. Les éminences sont aussi composées de ce conglomérat ; on le voit à Lekhné, et on peut le suivre jusqu Vu pied des montagnes^
Sur cette plaine magnifique se développe, malgré le fond du sol, la plus vigoureuse végétation} car la glaise qui recouvre le Conglomérat, a eu le temps de se fertiliser.
Je débarquai à la zavode de Pcfaandra , et je ftiB en admiration en face de ces hêtres centenaires dont le tronc, droit comme un pin et sans
branches jusqu^à vingt pieds et plus de hauteur, se couronne du feuillage brillant le plus loufiu. La plupart ont plus de trois pieds d^épaisseur ; un bon nombre mesurent jusqu^à cinq ou six pieds de diamètre , et il en est même de plus grands ; de superbes charmes , des tilleuls vénérables se mêlent à ces hêtres.
Sous la protection de ces voûtes imposantes croît un second étage de forêts; ce sont des buis en arbre d'aune grandeur et d'une grosseur qui étonnent, du houx, du fragon ou houx frelon, toujours verts.
Quelle jouissance que de traverser en toute hberté une forêt pareille sans craindre les embûches des Abkhases ou des Tcherkesses ! quel plaisir que d^ errer par un demi-clair de lune et d^'entendre la Pchandra qu'on ne voit pas couler en murmurant sous cette verdiu*e, tandis que des milliers de lampyres lumineux (lampyris itaUca) volent et s'ébattent en étincelant, jusque sur la cime des arbres.
En sortant de cette forêt qui a un verst de large, je me trouvai transporté tout à coup, comme par féerie, au milieu d'une superbe prairie à perte de vue; les toits de bois de Bambor se présentent sm* l'un des côtés ; c'est une vue bien mesquine au milieu de ce superbe paysage. Une chaîne majestueuse de montagnes l'encadre; des forêts les recouvrent presque jusqu'à
-^ 245 — leurs cimes , qui sortent comme un squelette de cette verdure. Dans toute sa longueur , cette crête est déchirée , et ses flancs lacérés sont à peine voilés du réseau d^une pâle végétation. Ce sont les cimes de TOchetène qui se présentent ainsi par-dessus les bancs jurassiques.
Par trois immenses écluses, taillées dans le jura comme celle de la Rotoche, Ton voit arriver dans cette plaine trois rivières, la Mitchichetché, la plus considérable à TO., la Baklanka, la seconde en grandeur à PE., et la Khipsta entre deux. Le ruisseau de Pchandra qui coide entre la Khipsta et la Baklanka ne fait qu^aborder le pied des montagnes.
Bambor, bâti au bord de ce dernier ruisseau, est à 2 verst du rivage ; je ne trouvai pas la forteresse, qui est bâtie en terre et en claie , dans un meilleur état que celle de Ghélindjik ; elle est disposée sur un meilleur plan , et défendue par cinq à six cents hommes et douze pièces de canon.
Mais je fus bien étonné dVn trouver Tintérieur très logeable.
Le général Vakoulski et le colonel aujourd'hui général Potsofski, chef alors du régiment stationné en Abkhasie , en voyant ces magnifiques forêts, ont eu Pexcellente idée d'encourager un Français , Jean-Baptiste Démange , à venir construire au bord de la Khipsta une scierie aux frais
du régiment. M. Démange était \m de ces w^ vrieçs que M, Gamba avait amenée en Iméreth pour y fonder son établissement ; il entendait fort bien son métier , et en très peu de temps il eut construit, à peu de distanee de Bambor^ I» scierie la plus commode et la plus simple, brar Tant le climat, les Abkbases et mille difficultés; la place où il voulait placer la scierie était le fourré le plus épais et le pTus impénétrable du bois ; il fallait détourner u» bras de la Khîpsta, creuser un canal, rencaisser;, rien ne. le rebuta ; sa scierie achevée , ce fut lui qui dressa les sol* dats , qui construisit les chariots hau.t$ de roue,» pour transporter commodément les; plus, énor-^ mes pièces, M. Démange a vraiment bien mérité du gouvernement ; mais qui dira à Tautre extré^ mité de Pempire tous les sacrifices qu^il a faits?
Presque sans peine et sans fatiguer le soldat,, on a pu construire en très; peu de temps d^ex-^ cellentes casernes, vastes et commodes^ un bou lazaret, et des maisons pour les officiers. L,e ÇQ^ lonel est aussi bien logé.
Quelle immense amélioration.pour Pétat sani^-. taire du soldat, qui ne succombe pas tant à cause du, climat; et des maladies qu^ occasione que feiute de moyens d^y résister! Commentée périrait-il pas de maladie et de contagion^ en^ tassé dans des huttes de terre, en^e;$téejs.,. sous un ciel à 1^ fois aussi humide et aussi brûlant
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que celui de PAbkhasie ? La première condition d^une bonne santé, sous un climat pareil, est une demeure sèche, aérée et élevée autant que possible au-dessus de la terre humide.
Bambor, dont le nom vient de aborei en ab— Lhasien, un enclos à renfermer le bétail, est aussi un lieu d^exil comme Gagra et Soukoum-- Kalé ;, mais c^est déjà im second degré, une case moins sévère de purgatoire. On est à Tautre bout du monde, séparé de toute civiHsation; mais c^est tout. Le pays est de toute beauté , d^une magnificence à rivaliser avec les plus beaux paysages de la Suisse. Avec un peu de soin et de précautions le cUmat n^est plus si fatal ; on s^y habitue, on s^y fait dès qu^on Ta racheté. Il est rare qu^on ait à craindre pour sa sûreté dans les alentours; on peut se promener partout sans crainte j^squ^à dix verst à la ronde. Ce sont les heureux effets du voisinage du prince d^Abkhasie soumis à la Russie.
A peu de distance, au N. O. de la forteresse , s^a^^andissait chaque jour un bourg ouvert avec un bazar; on favorisait ceux qui voulaient s^y établir; quelques officiers y avaient des maisons et des jardins. Tout à coup 4 à 5oo Tcherkesses tombèrent pendant la nuit, en i834, sur cette bourgade et la pillèrent; depuis [lors on Pa entourée dW fossé.
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Lekliné ou SououLsou et le prince d'Abkhasie Michel-Bey.
Michel-Bey, prince régnant d'Abkhasie , sous la suzeraineté de la Russie, réside à Lekhné à trois verst au nord de la forteresse.
Dans la carte de Gamba Lekhné est marqué sous le nom de Loghine, dans la carte d^Alexandre, roi dTfméreth (1738), sous celui de Likhin, couvent. Les Abkbases eux-mêmes prononcent Louk^hin, dont les Russes ont fait Lekhné, dans leur nouvelle carte de i834. Michel-Bey et son frère Saphyr-Bey avaient changé ce nom en celui de Sououksou, eau fraîche, en ITionneur d^une excellente source qui jaillit à travers le conglomérat. Les Mîngréliens lui donnent le nom particulier de Zoupliou (1), qui est sans doute en relation avec celui de Zoubdidi et Zougdidi (le grand Zoubouzoup), résidence des Dadians de Mingrélie.
De Bambor c'est une promenade, délicieuse ; bientôt on ti^ouve les enclos de Louk^hin dans toute leur pompe. L'^Européen de la zone plus tempérée ne se fait aucune idée de la magnificence pittorès ;ue d'un paysage d^Abkhasie ou
(i) Reineggs, II, 5, place Suppu à 3o** au S. d'Anako- ^ia. £11 général, il règne la plus grande confusion ilans sa description de TAbUiasie et dans sa caite.
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— ^49 — de Mingrélie, celte twre bénie des cieux. On n^a aucune échelle pour mesurer ces tilleuls et ces hêtres antiques, enfants de la terre , chargés jusqu^à leur cime de vignedont les ceps séculaires d^uae grosseiu* énorme embrassent tendrement, depuis tant de générations, le tronc plus colossal encore.Des enclos de maïsetdemillet,des maisons en bois ou en clayonnage si frêles et si chétives sont semées ça et là sous les arbres protecteurs f cent échappées de vues plus champêtres et plus* pittoresques les unes que les autres si^ouvrent de toutes parts, et c^est ainsi qu'on arrive à Sououksou, à la porte de Fenclos de Michel-Bey .
Ce prince s'est bâti dernièrement une résidence au pied d'une ideille tour qui couronné une éminence semée de gros arbres. La maison est en bois et se rapproche tout-à-^ait du style de celles que se canstruisent les princes les plus riches et les plus puissants en Mingrélie, en Imé* rethou dans le GourieL Elle est posée, à la hauteur d'un premier étage, sur une grande cage en bois ou en poutres exicheTétrées, servant d'écurie; des galeries en sailhe sur cette cage en doiment le tour. . • t
..L^intérieur. consiste. en plusieurs chambrqs as* sez grandes^ très simplement boisées et plan^ chéiées ; elles sont meublées d'énormes et massifs sopbas recouverts de tapds, et de quelques ' chaises par extraordinaire.
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Le fM^incipal ornement consiste en cheminées taiUéQ& a^ecasseB d^élégance par les Tm*cs dans du diorite bleuâtre.
Le prince nous reçut avec un air d'affabilité.
lies Turcs, penda&t leurs guerres sanglaivCes contre la Perse et la Géorgie, sous Sélim II et Amurath III, s^étaient déclarés seigneurs suzerains deFIméreth, du Gouriel, de la Mingrélie et de VAbkbasîe^ en reconnaissant les anciens princes du. pajs comme leurs vassaux ^ ils s^étaientréservé seulement les points lesplusimpoi^ tants du pays pour y tenir garnison et y surveiller leurs droits, ils fondèrent à cet eflfet, en 1578, Poti, à Fentrée du Phase, et Soukoum*Kalé au fend de fat baie de ce nom (1). Ces deux forteresses, bâties sur le mène' plan, furent la rési* dence du pacha quWvoyaii la Perse.
En 1771, les Abkhases, oppressés par les^ Turcs,, se révoltèrent et s^emparèrent de Soukoum-Kalé. Deuxfrèves de»!» famille des Chirvachidzé, Lévan et Suraba-Bey, s^étaient mis à la tète de la révolte. Après avoir* chassé les Turcs, ils auraient pu, en restant unis, fonder leur indépendance ; mais affaiblis par leur division, Lévan se vit forcé de vendre pour vingt bourses (24,000 fr.) la forteresse de Soukoum
(1) J^aiidit plti9 havit que Sôn^V)oak-Kalé date aussi de la même époque.
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aux Turcs, qui ne la firent garder par des janis^ saires que pendant Urois ans, Tabandomiant en^ suite comme une place inutile. Un certain Ké-* liche-Bey ^ qu^on a prétendu être aussi de la famille des Cl>arxachidzé^ s^ea empara alors, faisant semblant d^étre soumis à la Turquie (i).
Mais Kéliche-Bey ayant reçu à Soukoum Téher, pacha de Trébisonde, proscrit par k Poçte, celle-ci lui en demanda Textradilion. Ké* liche-Bey, qui s^était décbré le konac de TéheTt refusa d^acquiescer à cette demande, tant sont forts les liens de Phospitalité. La Porte ne pouvant agir ouvertement, ourdît, selon son usage^ une conspiration contre Kéliche qui s^était fait chrétien et déclaré vassal de la Russie, pour pou?^ voir d^autant mieux résisster au sultan. «-^ Maia bientôt après sa conversion il £ut assassiné par 3on piropce fils Aslan,. que la Porte avait su gar* gner et qui s^était mis à la tête de. la conspira-* lioA (2)« Aslan ne goûta paa les fruits da son
(«)> Cest ainsi que cea fait» sont ncooÊém par Reineg^ II, 8y que je crois yoloutlera; il.a qdqdu 1^ persûonag^ et a été maintes fois employé dans Us relations qu'i^vttit la Russie avec ces princes du Caucase.
(2) Voyez à ce sujet une nouvelle fort intéressante, intitulée Kéliche-Bef^ et écrite par un des premiers littérateurs de la Russie, A. N. Bestuckef, que fe mondé savantt vient de perdre ; dfe a élé publiée dans la feuille. littéi*aire de U Invalide Bus^e^ du %o février 1 Bdy^ n® 8.
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pan-icide : il se sauva, et ce fut son frère aîné| Saphyi>Bey, qui fut reconnu prince du pays sous la suzeraineté de la Russie.
Saphyr-Bey régna jusqu'en 1821 : il avait le grade de colonel au service de Russie, et s'était aussi fait chrétien ; mais on dit qu'il penchait intérieurement pour l'islamisme ; cependant il ne se faisait aucun scrupule de boire du vin , et s'enivrait fréquemment avec du rhum, présentie plus agréable qu'on pût hii faire : il avait épousé une sœur du prince Lévan-Dadian.
A sa mort , l'empereur Alexandre reconnut pour prince son fils aîné, qui avait été page de l'empereur. Mais il ne régna pas longtemps; transporté dans l'anarchique Abkhasie où il devait plier sous le despotisme de sa mère, il ne vécut que deux ans, et mourut en 1828, laissant le trône à son frère cadet Michel-Bey:, élevé par un atalik chez les Tcherkesses.
L'état déplorable de ce pays et' les prières de Michel-Bey engagèrent la Russie à y envoyer en i83o un corps de troupes pour le défendre ; on les répartit dans les quatre forts de Soukoum, de Bambor, de Pitzoundia et de Gagra.
Nous U'ouvâmes le prince Michel-Bey dans la plus grande perplexité €t occupé à faire entourer sa maison d'une palissade de dix pieds de haut en grosses poutres : on posait un tcher-
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dak (i) en bois sur le sommet de la. vieille tour.
Kéliche-Bey, outre Saphyr-Bey, avait laissé cinq autres fils, Aslan, le parricide, Hassan- Bey, Batal-Bey, etc., etc., tous aussi indomptables les uns que les autres.
Les gens de Michel-Bey avaient tué un des vassaux de Hassan-Bey, qui réside à Kélassour, au-delà de Soukoum, près de Fancienne Dioscourias. Hassan-Bey étant parti avec douze des siens pour en porter plainte à Koutaïs, fut forcé de rebrousser chemin, surpris par 200 Abkhasiens que Michel-Bey avait apostés pour Parrèter. Ils furent, malgré leur nombre, mis en fuite par Hassan-Bey, qui tua un de leurs chefs, un noble personnage assez considérable auprès de Michel. C'était mettre du sang entre Toncle et le neveu, suivant Fexpression du pays. Depuis lors la famille du défiint n'a cessé de remuer ciel et terre pour obtenir vengeance.
Michel-Bey, en seigneur suzerain, voulait forcer son oncle, qu'il n'aime guèrtj, à s'y soumettre; mais celui-ci, l'homme le plus fin, le plus rusé, le plus intrigant, et par-dessus cela la meilleure tête de l'Abkhasie, s'est moqué tout
(i) Corps de logis entouré de galeries élevées d'un étage ou de deuxau-dessu» du soly et dans lequel les ]?o* lonais se réfugiaient pour se défendre contre les invasions desTatares.
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net des prétentions et soxi neveu ^ prétendant quW contraire citait à lui à demander une cruelle vengeance d^un attentat aussi impudent commis sur sa personne , et il exigeait que Michel-Bey lui remît les coupables ou les fît périr ^
C^était renvoyer Michel-Bey , et surtout ceux qui Pentourent, bien loin de compte; car ce prince n^est pas de nature à être maître che2 lui. Il est d^abord gouverné par sa mère, sœur du prince Dadian, et ensuite il est à la tète d^un peuple qui est bien plutôt son maître quHl n^est le leur.
Toute TAbkhasie est Sur pied et la guerre est presque déclarée; il n^ a de sûreté nulle part; les partis s'observent.
Hassan-Bey sentant bien que malgré la justice de sa cause , il ne serait pas appuyé par le gouvernement qui n'approuvera pas quW vassal se révolte contre son souverain, a appelé àsonse* cours les Tcherkesses, dont il menace son neveu. Vrai ou non, il lui a fait croire qu'ils allaient venir l'attaquer en trois corps, dont l'un vien- . drait par mer avec des galères, l'autre suivrait le rivage de la mer, tandis que le troisième lui tomberait dessus du haut des montagnes.
C'est cette nouvelle qui effrayait pour le moment Michel-Bey qui^ ayant envoyé des ambassadeurs à son ohcle^ n'avait rien pu obtenir de lui aux conditions qu'il lui offrait... Celui-ci
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voi^it jnettre la dédsion de faffiure à des arbitre§ , parmi lesquels il voulait appeler le prince Katsoiaargagiii que Michel ne youlait pas ae^ cepter.
Et les Russes étaient là entre deux feux, prêchant, menaçant, conciliant sans pouvoir ob^ tenir la paix.
Dans cette attente d^une visite des Tcherkesses^ le moment n^était pas favorable pour £dre des excursions, et malgré ses ofFresde protection, de convoi, je crus plus sûr, pour le moment^ de ne^ noiK^er à toute entreprise de ce genre%
Le prince Michel est grand de taille, bienfidt; il a le nez long des Géorgiens, les cheveux noirs; mais sa physionomie nV rien de spirituél>. Il portait, quand il nous reçut^ Thabit géorgien. A Tiflis il revêt Fhabit des gardes de Préobazinski dont il est Tun des colonek.
Quoique chrétien, il ne s^est pas fidt beaucoup de scrupule de prendre plusieurs fiemmes qu^ a répudiées les unes après les autres quand elles ne hai convenaient plus.
Il passe pour avare et on cite de lui plusieurs traits qui ne lui font pas honneur. Il va souvent a la forteresse, où il boit, mange, s^amuse tantôt chez tun, tantôt chez Pautre, et quand on va chez lui, à peine tend**il un verre dWu à ceux qui lui ont rendu les plus grands services; je Tai vu de mes yeux.
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On peut dire ^ue la Russie trouve dans ses vassaux les plus grands obstacles à ses progrès dans Touest du Caucase. La jalousie du pouvoir, qui se nourrit de ce conflit de vassalité et de suzeraineté, fait que naturellement Michel-Bej n^est pas porté à favoriser rétablissement des Russes dans ses états; il les craint, les hait peutêtre, et il fera tout au monde pour retarder ou étouffer leurs progrès ; il ne les tolérera qu^autant que Fexigera sa sûreté personnelle ; car il sait très bien qu^il ne peut être prince sans la Russie, tant il est sûr que dès qu^ils auraient tourné le dos, toute Pancienne et déplorable anarchie reprendrait le dessus. Qui le défendra contre les Tcherkesses, contre les intrigues ambitieuses de son oncle, contre Finsubordination de ses vassaux? 11 est donc forcé de souffrir deâ protecteurs et un suzerain. Mais il ne fera pour eux que ce qu^il est strictement tenu de faire ; il ti'ouvera toujours mille et mille excuses pour échapper à tout le reste. S^il le pouvait sans risque, il serait le premier à aider à chasser les Russes de FAbkhasie.... car son cœur est Abkhase, son cœur aussi n^aime pas de frein, et ne veut des Russes que la sûreté de pouvoir faire tout ce qu^il veut chez lui.
La Russie a donc ici une tache très difficile à remplir. Elle veut le bien du pays ; mais certainement dans cet état de choses , elle n^a ui> pou-
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voir que de nom ; Youlant rester dans les limites de la modération, son influence est nulle. Malgré toutes àes menaces et toutes ses prières , elle ne peut ni engager ni forcer les princes du pays et Michel-Bey lui-même à dépouiller cet amour du brigandage et dWe vie vagabonde et fainéante qui caractérise le peuple abkhasien, et qui le met, pour la noblesse des sentiments, même bien au-dessous du Tcberkesse, Mirchel-Bey et ses vassaux se trouvent fort bien comme cela, Giacun rêve le bonheur à sa manière.
Demandez à PAbUiasien demi-sauvage quel est le suprême degré de ses désirs? Un fusil, un sabre, un kiadjal bien bariolé de ciselures de mauvais argent, des bandoulières et des ceinturons plaqués en métal ^ des poudrières et de petites boîtes en argent dans lesquelles il met la graisse dont il enduit ses balles, et le voilà heureux.
Ajoutez à cela un habit déchii*é^ une misérable sacle (i), un peu de pâte de millet, ce sont les
accessoires Ses armes sont son bonheur et
sa fortune.
L^homme le plus heureux parmi eux est donc celui qui a les plus belles et lès meilleures armes, et qui est par conséquent le plus grand brigand
( I ) Maison en treillis .
du pays (i); cett soft fiitibido&, p\^ùt laqtDeDe il néglige tout , est de nâdfef d'^êmbuscade «n embuscade , d^ Voler le bîeU du Russe et de Fenlever lui-mêitte s'il le peut.
Cftr uil des iCOttimercies principaux des Abkhases consistait jadis éU esclaves, et ils n'ont pas encore pu, isous la suzeraineté de la Russie^ perdre Ciette mauvaise habitude. Mais FAbkhase comme le Tcherkesse, ne vend pas son compatriote; il craint la loi des représailles. Le dernier, le plus pautre des paysans , en userait sur son propre prince et sur Michel-Bey lui-même , si Fun ou TaUtré avait osé vendre Tun de ses proches.
Pour avoir jadis des esclaves à vendre, on s'y prenait d'avance. Quand on faisait des prisonniers, soit en courant dans les mers, ou dans les guerl'es contre les voisins, ou en maraudant tu Iméreth, en Circassie, on se hâtait de marier ceux qui promettaient le plus; mais dès qu'il leur niâssait des en&nts , on les leur faisait enlever^ et on les faisait élever autre part jusqu'au
(i) Le porti^ait que fait Chardin des Abkhasesy n'est pas plus flatté. Les Abcas, dit-il, ne sont pas tout-à-fàit aussi sauvages que les Cherkes, mais ils ont le même naturel pour le larcin et le brigandage : leui* commerce d'échange consiste en créatures humaines, eu fourrures, en peaux de daim et de tigre, en tin filé, en buis, en cire tît en miel. I, folio 70.
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temps où Ton peut les vendre avec profit. Ces pauvpes prisonniers étaient de vrais fiJiriquants d^en&nt&
Cette coutuilie barbare ressemble beaucoup à celle des Tcherkesses, et les Russes n^ont pu fabolir entièrement ; car , malgré leur surveillance^ il se fait toiqours un commerce secret d^esclaves ^ dont le pncipiâ fends eanmsie ce^ pendant en soldats russes enlevés^, que les Turcs achètent sur place «ux Abkhases, pour les revendre à Trébizonde ou dans d'autres ports de TAsie mineure.
Ce commerce afSreiut cesserait entièrement si Micbel-Bey et Hassan-Bey n'en Paient pas eux-mêmes les principaux £aiuteurs ; ils tolèrent ces enlèvements de soldats et en font leur {»>ofit. Certainement personne ne sait mieux ce qui se passe chez lui que Hassan-Bej ; il n'y a pas, ctt-oa, de Fouché plus habile. Dès qu'il apprend qu'un Abkhase a commis un enlèvement , il fait venir l'individu coupable du vol, et le menace de le rendre aux Russes (ce qui les effraie beaucoup) s'il ne lui donne des vaches , un cheval, etc. A|H:*ès qu'il a acquitté le tribut, il lui permet de* vendre* son homme et le protège de toutes manières. Les Russes ont beau envoyer chez lui demander justice, et exiger le coupable, il fait mille et mille semblants qui n'aboutissent à rien.
Michel-Bey ne fait pas mieux que son oncle.
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Peut-être la Russie parviendra-t-elle à mettre un frein à ce commerce dVsclaves par le traité gu^elle a fait avec la Turquie. To\it soldat russe fugitif qui s'est sauvé en Turquie, tout sujet russe qui a.été amené ou vendu comme esclave doit lui être rendu. Si les Pachas turcs ex.écutent ce traité qui est valable pour eux en sens inverse, les marchands qui vont acheter des esclaves en Abkhasie courront de trop grands risques pour se livrer à ce conunerce.
L'Abkhasie actuelle comprend cinq tribus abkhases principales :
i"" La tribu des Bsoubbes qui de Gagra s'étend jusqu'à Anakopia ; elle est forte de 18,700 âmes.
2** Celle des Abkhases proprement dits , de Anacopi à la Kélassour, forte de 8,100 âmes.
3** Celle des Tsébeldiens , renfermée dans les hautes vallées de la Kodor et forte de 1 5,000 âmes. •
^ Cell^ des Abchaves qui s'étendent de la Galazga à la Kodor ; ils comptent io,5oo âmes.
En tout 52,3oo habitants pour FAbkhasie.
Je ne compte pas la cinquième tribu , le Zamourzakhano qui est sous la dépendance du prince de MingréUe.
Tels sont les restes d'ime population qui a dû être jadis infiniment plus considérable ; mais que cette vente d'esclaves a diminuée chaque année.
D'ailleurs cette vie de brigandage qui est en
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honneur chez les Abkhases entraîne après elle une complète fainéantise. Rien de plus chétif donc que leurs misérables huttes de clayonnage enduites de torchis, dans lesquelles ils vivent pêle-mêle avec leurs bestiaux. Ils ne soignent ni prairies , ni pâturages ; ils ne font pas de provisions de foin, et quand Fhiver est rigoureux, le bétail, forcé de se retirer dans les forêts, y périt de misère. Une ou deux vaches sont une grande richesse pour un Abkhase ; les princes seulement ont des troupeaux. Les bœufs et les vaches sont d^assez bonne race, quoique de petite taille. Leur économie ressemble assez, quoiqu^en laid, à celle des Tcherkesses ; comme eux ils ont beaucoup de moutons et de chèvres. La chair des moutons est bonne, mais la laine est commune. Le maïs, le millet et une espèce de haricots font la base de leur nourriture. Aucune industrie.
Ainsi les Abkhases, quoiquVu sein d^un des pays les plus fertiles de la terre et avec, une belle position pour le commerce maritime., languissent dans la plus profonde misère. « Cette misère, disait M, Paul Guibal dans le n. io3 du Coiuier de la Nouvelle Russie, i83i, leur a aviU le caractère; ils aiment mieux mendier bassement que de travailler; ils souffrent de la f^im d^ns le seps le plus étendu, et dès qjn^ils sentent quelque part le feu d^une cuisiAe, dès qu^il^ voient' tuer un bœuf ou un mouton, ïl^ viennent rendre
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toutes sortes de services qu^on ne leur demande pas, dans Pespoir d'obtenir un petit morceau à manger. Cette bassesse de caractère a détruit chez tous la valeur d'un peuple qui ne vit qu'à la pointe de Tépée, et qui, habitué aux privations, aux intempéries de l'aîr, préfère à une applica* tion et à un travail modérés, mais constants, des Êitigues et des dangers momentanés, dont le résultat peut être quelquefois avantageux. Les Abkhasesne sontpointbraves; ils n'ont opposé ni aux Turcs, ni aux Russes aucune résistance, quoique l'idée de domination étrangère leur soit insup-portable. Leurs brigands les plus redoutables ne sont pas de ces gens braves et terribles, toujours prêts à faire le coup de sabre ou de pistolet sur les grands chemins. Ce sont des voleurs fins et adroits, qui attaquent volontiers ouvertement quand ils sont en nombre irrésistible, mais qui du reste n'^agissent que dans l'ombre et à la sourdine, et auxquels la moindre résistance fait lâcher prise. )>
Diaprés cet état de choses, il serait de llntérêt du peuple pour le ramener de demi*-sauvage qu'il est à quelque civilisation, que la Russie supprimât tout intermédiaire , si le monarqtie qui a la ferme volonté de faire le bien, qui y tend de tout son être, pouvait inspirer d'aussi nobles désirs à ceux qui gouvernent sous lui à ces extré^ mités de l'empire.
J<le i-^te, la tache sera bi^ dtfScil^- Trqu-r Ter moyen à oe que VAbkha^Q ait ^vant^ge ^ quitter sa vie 4^ brigandage e(; d^ fainéantise; Fhabituer à Tordre, au travail, l^i ^9 chérir les vertus sociales, lui apprendfp a quitter ses armes et à ne pas envisager dans tout autres q]i^ lui un ennemi a^x aguets, il p'j a qu^ Dieu qui puisse faire un miracle pareil,
X^a pluil grande difficulté aéra d^ Hs\^T l^ur commerce, de &ciliter le développement de leur industrie, ep conservant Tiçtat de choi^es actuel. En $e livrant à Fagriculture et à tonte autrcj branche d^économie, FAbkba^e dpit trouver de* débQUchéa à sçn industrie. Comi^ent c^la pourrat-il avoir lieu , si sur une étendue de cote d^ plu^ de 200 verst, Ton nV qne deux çlé))puché$ aussi éloignés, Soukqum etILedoute-Kalé, avec le bazar de Bwibor ? Cette mesure fiuaniCière et sanitaire détruit complètement toute possibilité de commerce chez les Abkbases j qar comment peuvent-ils, pour quelques mesures de maïs et quelques peaux, odurir à de$ inarché^ aussi éloignés ? L^on ne fait que développer chez eu^ \iue nouveUe verÇu, pelle» de la contrebande qu^ils font avec les Turcs, cacbé$ dans ]f^ eç^-
^uchure^ 4e§ rivières.
Un enptplpyè di^ti^gué prppp^ait de fij^e^ d?n§ différe^tes petites apfije;^ de 1^ wfe, deç épague? on les bêbitantç ppurraie»! fiiire le qoww^rçp
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avec les étrangers , sous Finspection d'un bâtiment qu'ion y enverrait ; ce serait établir des espèces de foires annuelles, où FAbkhase viendrait commodément se défaire de ses produits.
Il n^ a pas de places de marché dans Tinté* rieur du pays.
Quelle différence entre cette pauvre et malheureuse Abkhasie de nos jours et cette guirlande brillante de colonies grecques qui la bordait autrefois.
Je visitai dans Tenclos du prince Michel-Bey^ à deux cents pas de sa maison , ^ancienne église de Loukhin, assez bien conservée et bâtie abso^ lument dans le même plan qtie celle de Pitzounda^ mais beaucoup plus petite et plus simple ; le style en est byzantin; on a choisi pour matériaux une pierre de taille jaunâtre, calcaire, tirée des montagnes voisines. Le dôme est octogone. L'intérieur est couvert de peintures.
L'empereur a destiné cette église à devenir un monastère et le siège d'une colonie de prêtres pour l'Abkhasie. Il a fixé ime somme de i5oo roubles en argent (6,000 francs)pour servir à l'entretien d'un arkhiérd {évéque) qui n'était pas encore arrivé. f
De Sououksou, nous allâmes à six verst de là tout drbit, sans repasser par Bambor , visiter la scierie de la Khipsta. Le colonel avait eu la bonté de prier M. R,, simple soldat au régiment d'Ab-
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khasie, de m^accompagner et de me servir d'^interprête. CTest en nous promenant dans ce délicieux labyrinthe dW paysage enchanteur, que j'eus le plaisir de faire plus ample connaissance avec cet homme distingué et de pouvoir parler de la Suisse et d'amis communs. Les adversités changent bien les hommes et les corrigent quelquefois. Ceux qui ont connu M. K. à S. Pétersbourg seraient bien étonnés du changement qui s'est opéré en lui. « Il y a profit à tout, me disait-il, de petit-maître que j'étais à S. Pétersbourg , je suis devenu philosophe. Pendant que je servais dans les gardes , l'ambition seule me rongeait ; je ne connaissais de la vie que la partie intrigante , que les plaisirs , et que cette suffisance, cet orgueil qui sont particuliers à im corps privilégié. Je ne connaissais de moi, de l'homme en général que l'épaulette et l'uniforme. Je m'égarais dans un ciel vaporeux, dans un abîme vague et sans fond , et à quelle bizarre idée m'a entraîné cette vie sans principe, cette vie de petit-maître et de courtisan ! . . . Car toute ma science n'allait que jusqu'à savoir paraître avec élégance, glisser ftvec adresse à traviers les obstacles, courtiser à propos pour faire mon chemin, et à me moquer du reste du monde. Hélas ! que les temps sont changés! Toutà coup, d'homme dont l'uniforme brillant faisait la valeur , j'ai dû n'avoir de valeur que par moi-même. Moi et
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mon coeur, c^est tout ce que je possédais. Rayé de la société 9 mort civilement, déchu de toute gloire, de toute espérance, d^ange de lumière que j'étais, plongé dans les ténèbres de U réprobation avec tous les anges rebelles, relégué dons le voisinage du pôle, quelle terrible pei^seçl ]Et cependant c^était une grande et belle leç^n que la providence me destinait. Je cherch9i à me conn^dtre et je fiis effrayé du vide de lîïoq inté^ riem*. £n m^ôtant mon uniforme, il me paraissait qu^on mVvait tout ôté. Dans ces froides régions, reculées au-delà de toutes les bornes du monde civilisé, je pouvais cependant vivre gaîment dans Fabondance et sans souci, me livrer au plaisir j mais cette cruelle pensée venait sans cesse m'attrister : tu n^es plus rien, tu es moins que rien. Cest alors que je rentrai en moi-même et que je me demandai s'il y avait encore moyen d'être beureu^. Je mis la main sur ma conscience ^ et après quelques pénibles combats intérieurs , je pus répondre oui.
a C'était comme si j'étais mort et CQ^m^ si après le misérable voyage qu'on appelle vie, je me demandais : qu'emportes-tu ayeç toi de Tautre côté ? Quel vide , bon Dieu ! Que me restait-il de ma vie passée qui put m^être utile au-4§là du tombeau ? ... Je voulus redevenir homme \ on pouvait m'interdire d'être tout au monde ) |n£ii^ on ne pouvait m'empêcher d'être hommer Je
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chercbai à Pétre autour de moi, aussi loin qu^al* lait ma frontière. Je m^inculquai bien dans Tesprit que si dans toute une éternité, il fallait se passer de croix, de gloire et d^honnewrs, c^était un ouvrage tout fait que d^apprendre à s^en priver déjà dans ce monde^n. J^appris à orner mon ame des choses qui pouvaient m^être toujours utiles, et à estimer les choses à leur juste valeur , et j étendis avec résignation mon sort. Il a plu à Sa Majesté de me faire grâce de Fexil, et de m^envoyer en Abkhasie ; je suis soldat; je suis ce que tant de braves sont aussi. Croyez-moi, quoique ma position comme simple soldat soit Fune des plus pénibles qu^on ait pu m^offnr, ce n^est pas sans larmes de jme que j^ai appris cet événement qui me donnait le droit de me compter derechef parmi les autres en£mts de la Russie* ^
Qu'on ne croie pas que j^invento à plaisir de belles paroles pour toucher les coeurs en &veur d'im coupable et voiler im grand crime. . . # Ce sont celles de M. K. , et il nW pas nécessaire de recourir à des inventions pour rendre un homme pareilintéressant. Sa haute taille, ses yeuxnoirs, sa figure ouverte contrastaient avec son air soul^ frant. U avait amd racheté le climat par plusieurs rechutes de fièvres bilieuses et istermit- JteoAes , qui lui avaient laissé des obstructions,
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-. 268 --^ suites ordinaires de ces maladies dans ces cKmats. Plusieurs fois ses douleurs interrompirent notre conversation.
Plus tard j'ai retrouré M. K, à Tiflis, où il a été &it bas^officier ; en i835 il assista aux expéditions deGhélindjik et fut enfin promu au grade d'officier.
En retournant à bord on me montra les ruines du monastère de lolagu ^ bâti au bord de la mer à quelques centaines de pas à droite de Tembouchure de la Pchandra. L'église, qui était petite, mais joliment construite dans le style byzantin, en pierres de taille de niélaphyre bleu et vert reposait sur un rocher de conglomérat, élevé de huit pieds au-dessus du niveau de la mer, qui vient quelquefois heurter contre ses flancs. Un tremblement de terre qui ébranla Bambor le 28 juin i833, à huit heures et demi du soir, et qui se fit sentir sur le vaisseau de transport le Révénitil, fendit aussi les pierres du monaslère de lolagu.
Le paysage de Bambor, si beau qu'il est vu de terre, ne se présente dans toute sa pompe et dans toute son immensité que de la mer. C'est de là que par une belle journée claire oa peut pénétrer à la fois des yeux dans ces trois grands écouloirs ou portiques naturels , par lesquels la Mitchichetché, la Khipsta et h Baklankf^ s'échap*
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peut pour porter le tribut du Caucase à fa mer (i).
La gorge de la Mitchichetché , la plus étroite a son thalveg couvert de sombres forêts, et la partie supérieure de ses flancs déchirée et ravineuse. I^a rivière, échappée de cette étroite prison^ Si^égare avec complaisance dans cette belle plaine de Bambor, entre quelques légères ondulations du terrain. Ses rives sont bordées dWbres sous lesquels se cachent plusieurs villages abkhases de la tribu des Bsoubbes ; les principaux sontPaptchi, Batcha, Tchabaloukva, Sandrinisse, tous sur la rive gauche, excepté Tchabaloukva qui s^étend sur les deux rives. Sous un petit affluent de gauche, paraissent Echekha et Touptara.
Là où cessent les collines sablonneuses qui bordant la mer depuis Pitzounda, Ton distingue son embouchure tout au fond de la rade de Bapibor. Cétait jadis un des principaux marchés de r Abkhasie ; on le trouve marqué sur la carte d^Alexandre, roi dlméreth, sôus le nom de port des Abazes; dans celle de Chardin, sous celui de Portus Abcassorum. C^est le Cavo de Buxo , le Port du Buis de toutes les cartes du moyen-âge , nom qui lui fut donné à juste titre à cause du grand commerce qu^ils^ faisait de cet article. Ce
(i) Voy. Atlas, 2* série, pi. 3.
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serait encore un des prindpausL débouchés àe VAbkhasie si les mesures sanitaires n'^ayaient forcé la Àusfi&e d^en interdire Tabordé
La gorge de la Khipsta, plus dilatée, plus riante et plus boisée, âWvre pour laisser voir par échappée les flancs déchirés et schisteux de rOchetène , marqués de rubans et de taches de neige. LaKhipsta se {«*omène aus» comme la Mit« chichetchédans la plaine de Bambor, et après de nomlH*euxdétours^ se jette dans la mer à trois ou quatre verst de la pr^mère* Sur sa rive droite sont Mougoudzourkva, Komkiamia; entre sa rive gauche et la petite rivière de Sououksou est le grand village de Douroiipçhe»
^Ceitre troisième gorge^ qui s^ouvre au-dessus de la colline que couronne Tégiise de Lekhné est celle de la ëaklanka dont Tembouchure >est à moitié chenlin entre fiambor et Anakopi. Aur» dessus de cette ginrge se présentent les cimes d^où partant les sources du grand Zélentchouk. Les cimes d ei^ sont composées d^une masse Boire^ dont les blocs, les pointes, les masses déchirées, hérissent les surfaces; c^est quelque porphyre pyroxénique. On y distingue d^immenset moraines de blocs éboulés , et un vaste champ d^ neige et de glaœ repose dans ia dépression entre les deux cimes : la neige ne tient pas sur les cimes plus escarpées qu^elle ne&itque toucher.
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Dtô forèts 116 remontent* toujourspas jusquW sonnnet de la mut^aille jurassique; on voit son long dos sillonné, dentelé, sortir de la verdure pour mcmier au'^-dessas de la végétation des ai^ hpés tîommé à Gagra : les pins terminent aussi ce cycle de végétation. Les cimes paraissent très utiles et seulement recouvertes d^un léger réseau de planites^
On ne peut pas apercevoir la pointe jurassique ^oi est dans la direction < et qu'ion appelle le chapeau de Saphyr-Bey ; elle est masquée.
Le défilé de la Kotoche se présente, avec ses pentes fortement ravinées, à Textrémié du piaysage à Touest. La pointe de Gagra se cache derrière les collines de sable.
!Des chemins mènent de T^khasie , entre les xsimes de TOchetène, sur les bords de la Laba, par les défilés de la Mitchichetché et de la Ba* klanka : c^est par-là que Michel-Bey sVttend à voir fondre sur lui les Abadzes. Ces passages ne s06t praticables que dans le coeur de Tété.
Nous trouvâmes dans la rad« de Bambor un vaisseau génois commandé par Paul Boso , qui avait obtenu d^ prendre un chargement de buis ; c^est toujours un des principaux articles du commerce d'^Abkhasie, et nulle part on ne trouvé du plus beau buis, en si grande quantité et à si bon marché. Le buis croît, comme je Tai dit, jusquW bord de la mer, dans les forêts de Bambor; mais
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le meilleur vient des gorges de Pintérieur du pays et du pied des montagnes. On troque en raison de trente livres de sel un quintal dé buis, que les ^khases transportent jusquW bord de la mer ou on le pèse. On le change aussi contre du fer,
Paul Boso était très mécontent ; car il s^était accordé avec un Turc qui devait lui fournir son chargement de pièces d^une grandeur fixée : le Turc n^avait pu lui tenir parole , et à peine aVaitil pu réunir la moitié d^un chargement. Nous le vîmes plus tard à Soukoum-Kalé où il voulait chercher à le compléter.
Le buis est aussi beau et aussi abondant à Sou** koum qu^à Bambor ; mais le transport ne pouvant s^en faire qu^à dos dliommes> sur des distances de plusieurs lieues, cette branche d^exportation est presque nulle.
Paul Boso avait Tintention de vendre son buis à Trébizonde au consul d^Angleterre, et de prendre en retour des objets de Perse, châles, soieries, tuyaux de pîpes^ etc., pourConstantinople.
Côte de Bambor à Soukoum-Kalë.-
De Bambor à Soukoum la côte ne cesse de présenter les plus beaux points de vue. Jusqu^à Tembouchure de la Baklanka, aù^ies Cosaques ont un poste, le lîvage est bas et boisé. >u-delà
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~ 273 — de la Baklanka commence mie suite de collines basses qui bordent la mer, elles vont en s^élevanten approchant deFembouchure de la Psirste, où elles présentent déjà une muraille imposante dans laquelle la Psirste, qui vient des hautes montagnes, s'est ouvert ou a trouvé un passage étroit, profond et pittoresque. CTest un second étage de calcaire de Gagra dont les lambeaux, arrachés des entrailles de la terre par des jets de porphyre pyroxénique*, sont confiisément redressés, repliés et très maltraités.
A Pangle gauche de Pembouchure de la Psirste, on voit, sur le sommet d'une colline conique, tronquée et boisée de beaux arbres, percer une vieille tour ronde avec d'autres bâtisses ruinées; on ne peut poursuivre sous le feuillage la muraille qui l'unit à une autre tour blanche qui s'^élève à mi-pente; mais de cette tour on distingue fort bien les restes de la muraille qui descendait jusqu'au rivage et qui fermait jadis le passage. Cette ruine était Anakopi, le Nicofia des anciennes cartes (1).
Vis-à-vis d'Anakopi, séparé seulement par la rivière, s'élevait a l'angle de la P,sirste et du ri-
(1) Anakopi ou Phanakopi, comme on Técrit aussi, «ignifie un endroit escarpé, entaillé, qu'on voit de loin. Le nom répond supérieurement à la localité. Voy. Atlas, *• série, pi. 4»
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Yage, le château de Psirste. Adossé à la montagne escarpée qui se redresse deirière, il remplissait toute la largeiu* du défilé qu^il défendait. Caries montagnes calcaires qui séparent les bords de la mer de la plaine intérieure, s^élèvent considérablement en approchant de Soukoum; c^est en petit une répétition de la haute muraille calcaire de Bambor, ou, si Ton veut, une j»*emière ligne de circonvallation. De grandes taches jaunâtres se dessinent sur ses pentes rapides dans des cadres de verdure. Outre la gorge de Psirste, deux autres gorges s^ouvrent pour laisser passer en mugissant la Goumista et la Baslata.
C^est cette singulière conformation du pays qui a fait croire à J. de Klaproth, dans la petite carte qui accompagne sa description du Caucase en i8i4) que c^était la chaîne centrale qui venait ainsi heurter contré la mer.
Anakopi est précisément le point où cette chaîne basse heurte de plus près la mer, ne laissant qvL^un étroit défilé pour arriver des plaines de Bambor aux embouchures de la Kodor et à Soukoum.
On y reconnaît facilement le âimeux défilé et cette forteresse que les Grecs avaient surnommés Trachée, et dont Procope parle en détail dans sa guerre des Goths, 1. IV, p. 5oo.
<( Au-delà de la fi:'ontière des Apsiliens, à rentrée de r Abasghie, se trouve un lieu situé comme
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suit : Une montagne élevée commençant au Caucase décroît peu à peu, et inclinant son dos en forme d^échelle, se perd en atteignant le Pont- Ëuxin. Les Abasghiens construisirent jadis sur le sommet de cette montagne un château très fort et très vasle, Cest là qu^ils ont coutume de se réfugier et d^empêcher les incurâons des ennemiSf à cause des difficultés insurmontables de ce lieu, car la seule issue qui mène à ce château est aussi la seule entrée de TAbasghie, et elle est si étroite qu'une couple d'hommes suffisent pour résister au front égal des assaillants. Le sentier est dominé par \m mur de rochers coupés et arides, qui s'étend jusqu'à la mer et donne à ce lieu le nom de Trachée, )>
Plus loin Procope fait la description du siège que les Grecs en firent. En attaquant le défilé du côté de Soukoum, l'armée fut repoussée, et l'hésitation s'emparait déjà des esprits quand il vint à l'idée du général Jean, qui commandait l'expédition, d'envoyer la moitié de ses troupes audelà du défilé, de façon que les Abasghiens serrés des deux côtés se sauvèrent dans leur château. Aveuglés par la peur, les fuyards, poursuivis chaudement par les Grecs, ne purent empêcher ceux-ci d'y entrer avec eux et d'y mettre le feu; le château fiit rasé et les Abasghiens furent dispersés. Cet événement est de l'an 55o de J.-C.
Anakopi est aujourd'hui entièrement aban-
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donné ; il u^y a plus rien au milieu des ruiner qu^une petite église très ancienne qui rappelle les vivants. Elle est très célèbre dans toute TAbkhasie et en Géorgie même, parce qu^on suppose que c^était la que le corps de S. Simon fut déposé. La chronique géorgienne de Vakhtang V dit en effet que sous le règne d^Aderkhi, fils de Bartom, qui régna peu de temps après J.-C, les deux apôtres S. André et S. Simon le Cananéen, vinrent prêcher le christianisme en Abkhasie et dans TEgrissi. S. Simon mourut dans la ville de Nikoli ou Anakopi, sur le territoire des Grecs, pendant que S. André allait convertir les Mégrelni (1).
Le château de Psirste (2) n'est qu'un amas de tours et de murailles abandonnées et ombragées de vieux figuiers et de gros arbres qui se penchent par-dessus ces ruines comme pour en cacher risolement. C'était, il y a deux cents ans, la dernière possession des Dadians de MingréUe vers l'Abkhasie. Il y a un poste de Cosaques auprès de ces ruines, depuis lesquelles, on compte
(i) Klaproth, Voy. au Caucase, édit. ail., IL ii3 et n4.
(a) Pizirdsizay nom du château, Abtsa^ nom de la rivière dans la carte de Khatof ; elle porte aussi celui de yîu/n^cfffiVîfco/^a, dans les cartes du moyen-âge. Reineggd, II, 5, rappelle Kuri, et dit que le port qui est à son embouchure est petit et peu sûr.
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vingt-un verst jusqu^à Soukoum; je crois que c^est trop peu.
Derrière Anakopi s'ouvre dans le fond du paysage la gorge de la Baklanka. La haute muraille calcaire poursuit sa direction parallèle à la chaîne centrale toujours sous le même niveau : parmi les pointes, et les tables qui la couronnent se présente le mieux d'ici le Chapeau de Saphyr-Bey, mamelon surmonté d'une pointe. Le 12 juillet, quelques taches de neige étaient encore semées dans les enfoncements, entre les pointes de rochers et dans les ravins qui rident les pentes. On en voyait jusqu'à i5oo-2ooo pieds au-dessous du sommet. Je remarquai d'ici que le calcaire de cette formation était par couches très nombreuses plus ou moins horizontales ; et en reportant mes yeux dans la gorge de laKipsta, j'en vis le flanc occidental , marqué jusqu'à une grande profondeur de longues lignes de neige qui expriment le fond des ravins.
D'j^akopi au çap Soukoum, nous ne vîmes rien de remarquable que l'embouchure pittoresque de la Goutnista; à quelques verst du rivage, elle s'échappe d'une gorge très étroite, taillée à pic dans le calcaire de la chaîne basse. Il se trouve sur les bords de la rivière, aux environs du village d'Echira qui est à huit verst de Soukoum et à quatre verst du rivage, une très ancienne église dont les quatre murailles sont bien
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conservées; Finterieur est rempli d^offrandes^ sabres, fusils, argent même, auquel personiie ne touche. Les Abkhases ont encore cette église en grande vénération; ils y viennent célébrer la fête de Pâques, et amènent^ suivant Fusage, un& vache qu^ils dépècent^ ils apportent aussi dea œufs rouges. Le serment fait près de cette église est inviolable. A côté de Féglise jaillit une source superbe. Les mahoméians jurent par un grand chaudron en bronze qui est à quelque distance delà.
La Goumista< en entrant dans la mer près de Textrémité du cap Soukoum, baignaitles murs du Vieux-Soukoum, bâti le long de la plage, sur la rive gauche. Il ne reste plus de cette ancienne ville, qui était peut-être une colonie grecque , que quelques pans de murailles recouverts de broussailles.
Ce vieux Soukoum est celui dont il est fait mention dans Abulféda^ qui vivait dans le treizième siècle : il Pappelle Sachum et le place au bord de la mer chez les Abchas.
Soukoum-Kalë.
Ën£b à la hauteur du cap, nous entrevîmes dans tout son plein la vaste baiedeSoukoimt-Kalé (i), de quinze verst d^ouverture depuis le cap Sou-
(1 ) Soghumiy Sogimm-Kalâ ou Dordupj Reineggs^ 11^ 7^
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— ^79 — koum au cap Kodor et de 7 yerst de profondeur.
Après celle de Ghélindjlk, c^est la plus belle baie de toute* la côte depuis Anapa jusqu^à Batoum. L?ancrage, quoique bon, n?e$t pas si commode, parce que le fond de la baie est très incliné. Par un vent de terre un peu violent, les ancres labourent le sol, si Ton n^a pas laprécau* tion d^assujétir le vaisseau par mie seconde ancre jetée dans la direction du rivage. Le fond de labaie^ qui est vaseux, a^est pas uniforme non plus; et c^est un travail qu^on a de plus pour se chercher un bon ancrage.^
Nous jetâmes Tancre à 3oo sagènes du rivage par 12 sagènes de profondeur, en fistce de la forteresse bâtie au fond de la baie, dans le delta de Feinboucfaure de la Baslata. G est une construo* lion turque du règne d^Amurath vers Tan 1678 ; comme à Poti, toutes les fortifications consistent en une grosse muraiUe en carré, de 100. toises à peu près de face, munie de quatre bastions terrassés avec des canons. Le parapet est bordé de cré-
Sakhoumis-Tsikhe ^ Khatof; Sogum , carte mss. Stéven. Le Soghoum primitif était à Tembouchure de la Goumfsla ; cette rivière, appelée iadistinctement Goumùta ouTzkhomîf tirait son nom du château fortifié de Goume, Gouma ou J'zkfiomî, bâti sur ses rives dans l'intérieur du pays. Le nom de Soghoum serait-il en rapport avec ces noms-là ? Dour-doup , selon Klaproth , est traduit par Montagne des Perles. I, p. 479? éd. ail.
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— a8o — neaux. On peut se promener très commodément tout autour, et la vue ne manquerait pas de charme et de magnificence, si Ton n^était à Soukoum.
L^intérieur de la forteresse ne contient que quelques bâtiments délabrés qui servaient à la résidence de Pancien pacha Kéliche-Bey et dans lesquels demeurent le conmiandant et les officiers de la forteresse. Les casernes sont misérables. Toute la parure de cette forteresse coi>siste en quelques cerisiers, grenadiers et poiriers qui ombragent le quartier dévasté du commandant. Les fortifications ne sont pas dans un meilleur état : un des bastions s^est à moitié écroulé dans la mer; des fentes se présentent partout et partout le figuier sait trouver, dans ces fentes, place pour ses grosses racines, en compagnie avec le grenadier.
Le seul objet intéressant qu^il y ait à voir dans la cour^ ce sont les tombeaux des anciens pachas et princes du pays, Kéliche-Bey et Saphyr-Bey, père et grand-père de Michel-Bey, prince actuel. L^emplacement où ils sont sert de parc d^artillerie, et les piles de boulets russes pèsent sur leurs cendres.
Sur la porte de Pouest se lit une longue inscription arabe. La porte de Test était celle qui s'ouvrait sur la ville même de Soukoum.
Jadis toute cette petite plaine dW verst et
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demi de large, qui s'étend à l'est de la forteresse jusqu'au pied des collines et jusqu'à la quarantaine actuelle, était couverte de maisons et de bazars. Soukoum alors avait une population de six mille âmes. Des canaux miu^és menaient l'eau de la Baslata dans tous les quartiers ; on avait construit en briques, à son embouchure, un petit canal pour la commodité des petits vaisseaux turcs. Il ne reste plus rien de cet ancien Soukoum que quelques traces de maisons et de rues, encombrées de ronces et de hautes herbes; une muraille qui défendait la ville du côté de la mer, n'existe plus que par lambeaux rongés continuellement par les flots; les canaux bouchés ne coulent plus; les fossés qui entourent la forteresse sont en partie comblés ; la Baslata, arrêtée dans son coiu*s, se perd dans des marécages qui, au cœur de l'été, empestent tellement l'air, qu'après Poti et St-Nicolas, Soukoum peut passer pour l'endroit le plus mal-sain des possessions russes sur ces rivages. La garnison de cent faonunes languit et dépérit par des maladies. Et cependant il ne s'agirait que de nettoyer ces canaux de la Baslata, de dessécher ces marécages factices, et certainement Soukoum serait aussi sain que tout autre endroit de la côte. Mais qui exécutera une entreprise pareille? Ce ne sont pas les soldats qui ont déjà
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bien assez à faille à monter la garde, à conduire leur bétail au pâturage, à faire des foins pour Phiver, à couper la provision de bois nécessaire, à cultiver leurs légumiers, à réparer ces baraques délabrées qui leur servent de logement, à garder la Quarantaine, surtout quand un tiers ou un quart est à PhôpitaL
Quand les Russes prirent possession de Soukoum, une partie de la ville subsistait encore, mais le général qui commandait alors ordonna de détruire et de raser tout ce qui restait, sous prétexte que ces maisons &cilitaient Penlèvement des soldats russes par les Abkhases. Napoléon au Caire sut s^j prendre autrement et ne fit pas brûler le Caire, parce qu'on lui enlevait ses soldats. Détruire Soukoum, c'était empoisonner la garnison de cette pauvre forteresse. Rien dans ces brûlants climats n'empeste et ne corrompt l'air comme des masures , comme des espaces habités , ravagés et abandonnés tout à coup; on pourrait dire que ces ruines, que ces masm^es pourrissent; le soleil et l'humidité travaillent de concert sur les matières animales exposées à leur action, et mille. miasmes différents engendrent la mort chez ceux qui les respirent. Cette remarque a été faite par un homme d'esprit, M. Chopin, sur Erivan et sur plusieurs autres endroits, et l'on doit être bien convaincu
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que pour conseryer la salubrité à une ville, il faut lui conserver, sa population, et craindre toute ruine, toute masure*
Pourquoi Gandja est-il Fendroit le plus malsain de toutes les villes de la Géorgie? Ce qui y contribue beaucoup, c^est que Gandja est en partie abandonné; quels immenses espaces vides qui pourrissent !
Pourquoi Tiflis qui fut long-temps réputé si mal-sain ne Test-il plus? Les troupes russes s'en emparèrent après sa destruction par Agha- Mohammed-Khan, le il septembre i7g5. Pendant maintes années, ils ne demeurèrent qu'au milieu de ses ruines; aujourd'hui Tiflis ne porte plus aucune trace de cette terrible époque ; la ville est mieux bâtie qu'auparavant, mieux aérée^ et Tiflis n'est plus mal-sain.
Aujourd'hui Soukoum a un misérable petit bazar où l'on peut acheter du vin, de la viande et quelques bagatelles.
A Bambor et ici commence' déjà la région du vin, la région de Tabondance de ce suc précieux. Encore en Crimée, la vigne demande tant de soins ... Ici elle est dans sa vraie patrie et prospère sans culture comme dans un paradis. Celui qui en veut autour de son habitation, a soin de tenir quelques arbres isolés sur lesquels elle grimpe, et forme mille guirlandes de verdure, jusqu'à ce que ses grappes rougies donnent à l'arbre Fair
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d^une immense grappe de raisins. On trouve de ces ceps d^une grosseur monstrueuse, et quoique Forme, le hêtre ou le noyer centenaire montent à une hauteur prodigieuse, on voit la vigne dépasser leurs cimes et les couronner de grappes.
La fabrication du vin commence déjà chez les Ouboukhs; celui que fait le commun des Abkhases, qui ne sont pas trop scrupuleux musulmans, n'^est pas fameux, parce quHls le traitent mal et qu^ils y mettent de Peau. Mais on en trouve de fort et de spiritueux chez les gens riches ; les officiers russes de Soukoum et de Bambor en font aussi qui est très bon, il est rouge et agréable à boire.
Les Abkhases conservent leur vin dans des jarres ou de grandes cruches enfoncées dsais la terre ; mais elles n^ont pas la capacité de celles quWfaiten Mingrélie... La capacité des cruches augmente à mesure qu^on avance vers Fest, et c^est en Kakhèthi qu^on trouve les plus vastes : elles sont vraiment gigantesques, quelques-unes mesiu^ant jusqu^à neuf pieds de hauteur.
Sous cet ardent climat, le vin se conserve très bien dans ces cruches, surtout quand elles sont enfoncées assez profondément dans la terre, et recouvertes de trois à quatre pieds de bonne terre glaise qui en ferme Fouverture hermétiquement. Le vin s^ gâte très rarement; il ne s^aigrit que quand les cruches resitent long-temps
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etitamées, Fusage étant d'^aller puiser tous les jours la provision de la famille.
Lie Tin dans des tonneaux se gâte plus facilement; d^ailleurs il faut avoir de bonnes caves murées et voûtées, grand inconvénient pour un pauvre Abkhase ou Géorgien, qui n^en a pas besoin pour ses cruches qu'il enterre au pied d'un arbre auprès de sa maison.
Cette manière de conserver le vin remonte à la plus haute antiquité; les peuples géorgiens Font-ils empruntée des Grecs, ou les Grecs des Géorgiens ?.... C'est une question difficile à décider ; la Colchide cependant était déjà civilisée quand les Argonautes y débarquèrent.
Dans les ruines de la Crimée, il n'est pas rare de retrouver de ces cruches ; on en a déterré un certain nombre à Aloucheta en creusant la nouvelle chaussée dans un terrain sur lequel s'étendait l'ancienne ville. Que de têts de vases de ce genre qui recouvrent la Chersonnèsehéracléolique !
La vue que Ton a du fond de la baie de Soukoum sur la haute chaîne, n'est pas à comparer à celle de Bambor ; le passage est masqué par la chaîne basse qui vient d'Anakopi, et qui longeant le fond de la baie en couvre le pourtour oriental de petites éminences boisées, derrière lesquelles s'ouvrent les plaines de la Kélassour et de la Kodor.
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Mais en s^avançant vers la pleine mer, la vue devient aussi grandiose et aussi magnifique que celles que j^ai décrites plus haut. L^oeil se porte principalement sur la gorge par laquelle débouche la Kélassour, sur celle de la Rodor et sur les cimes neigeuses et brillantes du Maroukh qui couronnent la haute chaîne,
A en juger par Timmense quantité de blocs et de cailloux roulés de granit et de micaschiste que la Rodor et la Rélassour ont entraînés du sein des montagnes et déposés sur leurs rives, cette partie du Caucase serait granitique. Quelques-unes de ces cimes ont effectivement Pair d^être cristallisées en grand (i).
Les points les plus intéressants à visiter dans le poiu*toiu' de la baie, sont les ruines de Péglise de Okhvamé, à trois verst à Pest de Soukoum, et Kélassour à trois verst plus loin. Leurs murailles grises se voient à travers le feuillage.
Les environs de Soukoum, par la trahison d^Hassan-bey, étaient si peu sûrs, qu'on û'osait se hasarder, après le coucher du soleil, à aller du . bazar à la Quarantaine , qui est à un verst et demi au bord de la mer. On craignait même de le feire seul en plein jour, pour ne pas courir le risque d'être enlevé par les Abkhases. Si cela se passait sous les yeux des sentinelles et de la gar-
(0 Voyez Atlas, a* série, pi. 7.
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nison, que devait-ce être en se hasardant plu^ loin dans Fintérieur* du pays; Ton connais*sait si bien la mauvaise foi et les ruses d^Hassan- Bey-
Pour visiter Péglise ruinée d^Okhvamé, mon bon capitaine VouU fit armer jusqusqu^aux dents une dixaine de ses matelots, et montés sur notre chaloupe qui portait un petit canon en proue, nous cinglâmes tout droit, dans cet appai*eil militaire, vers Okhvamé.
L^église se trouve à cent cinquante pas du rivage, au milieu d^une enceinte presque circulaire qui peut avoir deux cents pas de diamètre. Elle est assez bien conservée, mais petite et ne mesure que onze pas de long sur cinq et demi de large. Le chœur, suivant le principe irré- Tocablement adopté par les Grecs, est tourné ■vers rOrient. Ce sont exactement les mêmes proportions que celles des anciennes églises grecques semées sur les côtes de la Crimée, ou creusées dans les rochers d^Inkerman. Le service grec se feisait sans sermon j ainsi, pourvu que le prêtre eût la place nécessaire pour officier etpour arranger son lieu très saint, c^était tout ce qu^il fallait pouf le service divin ; le reste de la place était pour les chantres, pour le lecteur, et celui qui ne trouvait pas de place dans Féglise, demeurait dehors, soit dans le petit vestibule, soit à Tombre de Pun des côtés de Féghse, priant et
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répétant, ensuiTant la marche deToffice, le signe de la croix et le kyrie élQyson, que les Géorgiens ont conservé de la liturgie grecque.
Le lieu très saint est marqué par deux angles rentrants; une fenêtre pratiquée au fond du chœur réclairait(i); des deux côtés on avait ménagé dans Fépaisseur du mur deux niches qui s^élevaient jusqu^à six pieds au-dessus de terre. La porte principale en &ice du chœur donnait sur le vestibule adossé à Féglise, et destiné d^ordinaire aux femmes. Les hommes entrent par une porte de côté.
L^église ainsi que la muraille d^enceinte , étaient murés avec ces blocs erratiques ou plutôt ces gros cailloux de granit prôtogyne et de diorite qu'on trouve sur le bord des rivières , chariées de Fintérieur. On avait placé plusieurs rangs de pierres pour Êdre Fépaisseur du mur : Soukoum a été bâti de même. La chaux paraît être très bonne, malgré ce qu'en dit Gamba, puisqu'elle a pu si bien lier ces cailloux et en faire des murs si solides. . . La voûte de FégUse en pleincintre s'était écroulée.
Sur les murailles et dans les fentes croissaient le lierre et le laurier noble, entremêlés de syringa (Philadelphuscoronaria) et de figuiers. Un figuier centenaire de neuf à dix pieds de pourtour,
(i) Voy, Atlas, 2^ série, pi. 6.
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— aSg — planté à sept pas deT^ilrée à droite, ombrageait le tout de son large feuillage , resté lui seul témoin vivant du passé.
L^enceinte du monastère notait qu^uh champ de fougères de cinq pieds de haut, entremêlées de grandes kthyris et de ronces à fleurs roses, de viorne et de noisetiers à grands fruits : sur les murailles mêmes la vigne faisait un second étage de murs insurmontables , s'accrochant aux lauriers, aux cerisiers, aux pommiers, aux aunes, aux charmes; c^est une végétation magnifique. Le fenouil sauvage couvre le rivage pêle-mêle avec les figuiers couverts de fruits, Féryngium à fleiu'S blanches, le pancratium illyricum*
Partout Ton reti'ouve de pareilles traces de <;ulture antique et souvent les forêts ne sont rien moins que des forets; ^e sont de vastes jardins où Ton trouve tous nos fruits d^Europe si recherchés croissant sauvages confondus ensemble, la ponune et la poire avec la pêche, Fabricot et Famande, le coing, la figue et la cornouille avec la châtaigne, la grenade et la noix.
A quelques cents pas du monastère vers Kélassour, coule, pendant une partie de Fannée, un petit ruisseau, auprès duquel les Grecs, pendant la dernière guerre, avaient établi des chantiers. Car nul pays n^est plus riche en bois de toutes L 19
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espèces que PAbkhasie. On peut s^en fournir partout sur la cote, depuis Soukouai jusqu^à fembouchure de FEngour; surtout derrik« le cap Iscouriah et à Ilori. Outre les espèces les plus communes du chêne, du charme, du hêtre, du pin, du sapin, on a de magnifiques frênes, d^énormes ifs au bois rouge, des érables, du poirier torminal dWe grandeur remarquable, du buis, du châtaigner, etc. Milfaridate, Strabon, Khosroës, Amurat III, avaienl bien su apprécia* la valeur de ces richesses; elles sont perdues pour les Abkhases.
Nous visitâmes ensuite Kélassour qui est à six verst de Soukoum. Nous abordâmes à Pembouchure de la Kélassour, torrent assez abondant, qui teint la mer à plus d^un verst et demi de distance. Notre but, en nous rendant ici, était d^aller présenter nos hommages au fameux prince Hassan-Bey, dont la maison est à quelques cents pas du rivage dans le vallon de la Kélassour. Cette petite vallée qui a un demi-verst de large s^ouvre dans une suite de collines superbement boisées (i).
Hassan-Bey apprenant notre arrivée, envoya quelques-uns de ses gens pour nous recevoir. Nous arrivâmes à sa maison à travers une forêt de yèble (sambucus ebulus)^ quelques enclos
(i) Voy Atlas, »• série, pi. 4-
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— îi9« — mal 6<Hgné8 étaient remplis, au lieu de légumes, de mauvaises herbes, dont un filet dWu détourné de la rivière entretenait la fraîcheur. Des touffes de mûriers bkncs^ de saules pleureurs, des châtaigniers, des pommiers, des pruniers, des figuiers, etc., étaient semés çà et là sans ordre et abandonnés à eux-mêmes.
Nous trouvânues enfin la porte de Tenôlos en grosses poutres non dégrossies qui défend les approches de la maison, bâtiment assez vaste, construit entièrement en bois de frêne et de chêne. Une partie du plain-pied était tout ouvert; le reste servait d'écurie et les portes répondaient à de petits enclos, subdivisions du grand, qui servaient à la garde des chevaux.
Nous montâmes à Pétage, comme chez Michei- Bey, par un eseaUer en bois, et nous atteignîmes la galerie qui règne sur tout le front du bâtiment. Là se trouTaient rassemblés, accroupis et groupés dans toutes les positions, une quinzaine de commensaux et vassaux du prince , tous armés jusqu^aux dents , me rappelant cette cour des rois de FOrient qui attendait à leur porte pour être prête au moindre signal à exécuter leurs ordres. Leur costume était presque entièrement tchev4esse; la plupart portaient le baehelik ou ghéiapt en alJdiase, et avaient les deux longs bouts passés par devant et Qoués derrière la tête. Plusieurs d'entre eux devaient être d'un plus
haut rang ; car ils portaient le turban fait d^un châle turc. Je vis aussi le bonnet rond tatare, bordé de fourrure noire. Presque tous avaient le hourca sur les épaules ou roulé en paquet sur le dos.
Le prince nous reçut sur la galerie , au milieu de ses gens. Cétait un homme de bonne mine de quarante à cinquante ans; son turban était roulé d^un. châle turc bleu à fleurs; son costume consistait en un justaucorps en soie, avec des pantalons étroits de drap brun par^dessus ; des souspieds de maroquin rouge passaient sous des bottines de maroquin brun, enchâssées à la ma«nière turque dans ses souliers de maroquin rouge. Son surtout tcherkesse était de couleur feuillemorte; les couvercles des étuis de ses cartouches étaient dWgent, et il s^était mis selon Pusage un beau pistolet, orné d^argent, à la ceinture.
Il nous fit passer par une première pièce, n^ayant pour tous meubles que quelques bancs qui servent de tables, et un large bois de lit très grossier. Puis nous entrâmes dans une seconde pièce qui, avec la première, prenait tout un côté de la longueur de la maison.
Cette seconde pièce était le salon du prince; elle avait pour meubles deux énormes lits ou di-* vans recouverts de tapis; leur solidit f ouvait faire honneur aux cyclopes, et leur simplicité était digne d^Homèrc, ayant pour tout ornement
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^ 2q3 — des dessins semblables à ceux que les cordonniers font sur la semelle des souliers.
Sur les parois de bois de hêtre au naturel, pas d^autre décoration que des armes de tous genres, superbes, appendues à des clous de bois; c^est le seul luxe et la seule prétention d^Hassan-Bey.
Le. prince parle bien le russe qu^il a appris par passe-temps en Sibérie. Il fit avec moi un échange de quelques médailles, trouvées à Dandar, contre des objets en fer fondu de Berlin*
Je me récréai long-temps de la vue délicieuse dont on jouit de la galerie de son salon. On plane surtous les accidents d^un beau parc anglais que la nature a créé ici pour des barbares. Le sommet de la colline qui se présentait en &ce de nous sur la rive droite de laKélassour, était dominé par des ruines couvertes de lierre, qui rappelaient nos châteaux suisses. Ces ruines étaient le commencement de la grande muraille dont je parlerai plus bas (i); Par quelques échappées on pénétrait dans l'intérieur du pays qui était dWe fraîcheur ravissante.
Nous vîmes chez Hassan-Bej un de ses frères aînés, costumé comme lui, mais d^une figure plus agréable; car Hassan-Bey a quelque chose de
(t) Voy. Adas, 2» série, pi. 4-
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rusé, de traître^ <le soupçonneux, de .fier dans le regard.
Il nous mpntra ses armes ^ui éiident en .effet superbes; quand on Tenleva à la suite de ses maç^ûyatÎQus contre la Russie, pour l'envoyer en Sibérie, on s'empara aussi de ses armes qu'on lui rendit en partie à son retour. Il se plaignit alors vivement de ce qu'on avait retenu la plus belle, la plus chère des pièces de son arsenal, un sabre hériditaii-e qu'il tenait de son pèi'e et dont il fixa la valeur à 10,000 roubles en argent, en cas de non restitution. Le gouvernement de Géorgie se trouva fort embarrassé en apprenant cette prétention , et comme on n'avait pas envie de donner le revenu d'une province, ni même la moitié pour un sabre, on fit toutes les perquisitions imaginables pom* le reti'ouver et on découvrit enfin je ne sais où, dans l'arsenal de Tiflis, cette fameuse lame. On l'expédia aussitôt au gouverneur d'Iméreth , pour la faire passer à Hassan-Bey; le général Vakoulski, curieux de voir une lame d'un si grand prix, la tii^ pour l'examiner et lut dessus .... Solingen.
11 en est presque de toutes les lames fameuses du Caucase comme de celle-ci ; j'en ai vu beaucoup dans mes voyages, et la majeure pailie n'étaient que des lames d'Allemagne , de France ou d'Italie, qui étaient venues échouer jusqu'ici.
Hassan-Bey nous présenta son fils âgé de dixhuit ans, qui lui est né d'une de ses femmes, fille du prince Nartchouk des bords de la Bsoubbe.
Suivant Fusage le jeune prince avait été élevé en MingrélijB, hors de la maison paternelle, sous la $u|*veiUaace du prince Dadian. Maintenant quHl était en âge de se marier, Hassan-Bey avait demandé pour lui au prince Dadian une de ses filles en mariage. Mais le prince de Mingrélie n^a voulu la lui accorder qu'à condition que Fépoux se ferait chrétien : il Fest devenu depuis un an , et quand il est à Kélassour , il va célébrer ses fêtes à la chapelle de la forteresse de Soukoum.
Hassan-Bey a sa principale habitation d'été dans le Tsébelda, haute vallée de la Kodor, au {Âed du Maroukh ; il compte J^o à 5o verst de Kélassour jusque-là. C'était là que pour le moment il avait transporté ses femmes , incertain comme il Fêtait des suites de sa dispute avec son neveu Michel-Bey.
Le prince, qui savait quel était le but de mon
voyage, nous dit qu'à trois verst de Kélassour, il
.y avait une source d'eau aigre, et plus loin des
eaux chaudes dan$ le voisinage d'Iskouriah. . . •
Depuis loAg-ten^ps. le hrini courait qu'il se trouvait aux environs de Soukoum une • mine d'argent et de plomb. Le gouvernement russe chargea contre une forte récompense Hassan- Bey de ponduire deux ingénieurs russes dans
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celte localité. L^un de ces ingénieurs était M. le major Gourief. Hassan-^Bey les fit habiller en A!ty* khases, et avec une forte escorte, il letir fit remonter la vallée de la Kélassotff par un chepoin des plus difficiles; ils fiirent plusieurs jours ^:^ route et rapportèrent, après avoir essuyé toutes sortes de &tigues, quelques échantillons d^une mine de plomb qui ne parut pas asses^ riche pour être exploitée,
JVi revu plus tard le prince Hassan-Bey et à plu$ieurs reprises, entre autres le jour où il atten-^ dait dans la plaine de Soukoum les ambassadeurs de son neveu Michel-rBey; ce jour-là sur son habit tcherkesse il portait un second habit de même forme , mais de fine toile blanche. Pour monter à cheval, comme la plupart des Tchei^ kesses, il revêt de longues gamaches ou bas de dessus en drap blanc, espèce de flanelle; ils montant jusqu^au-dessus du genoiA
Il nous reçut, quelques officiers de la flotte et moi, sur des bourcas étendus sous deux pommiers sauvages auxquels étaient suspendues les armes de tous genres dont sa suite était armée, trophée riche et grotesque. Il nous traita avec du Champagne du Don quHl fit venir de Soukoum; mais il n^en but pas lui-même.
Une autre fois il $e présenta à la porte d^entrée du bazar de Soukoum pour parler au comr- ^audant; mais il n^enlra pas dans le bazar,, m,
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— ^97 — dans la forteresse, ce qu^il ne &it jamais par crainte de trahison. Il voulait se disculper auprès du conunandant de sa conduite à Pégard de son neveu. Pour cette fois-ci c^était bien le brigand du Caucase ; car il n'avait pas moins de deux grands pistolets à sa ceinture , et tandis qu'il causait, il jouait avec le troisième, avec cet air de diable qui vous dit ; Ne me touchez pas ou gare à vous.
J'ai appris plus tard que Hassan-Bey, par la médiation de la Russie, s'était reconcUié avec son neveu, et que même pour la première fois depuis son retour de Sibgrie , il avait eu le courage de remettre les pieds dans la forteresse de Soukoum et d'y visiter les tombeaux de ses pères. Mais Hassan-Bey n'en restera pas moins un des plus grands ennemis de la Russie.
Cependant on l'a entendu regretter les huit années qu'il avait passée^ en Sibérie, « Mon Dieu, disait-il , que me manquait-il alors , j'avais une bonne pension, bonne société, le rang de major; je vivais à mon aise et gaîment , et qui plus est, commodément; tout le monde me témoignait de l'amitié; et aujourd'hui que je suis libre, que suis-je ? Livré aux intrigues des Abkhases demisauvages, forcé souvent de faire ce qu'ils veulent et non ce que je veux, vivant toujours sur le qui yive, et Dieu sait comme ! ! Quelle vie! — A sa-
— 29» — yoir s^il était de baime foi. quand il nous tenait ces discours-là-
Prince Haésan.
Un jour notre capitaine nous amena à bord le jeune prince Hassan, fils dû prince Salomon qui demeure dans les environs de Sououksou. Il avait trouvé cette petite altesse abkhase au bazai* de Soukoum ; ce petit bonhomme qui pouvait avoir quatorze à quinze ans, attira son attention, et il lui proposa de lui montrer son vaisseau ; cela le mit au comble de la joie, et il monta sans crainte dans la chaloupe avec son serviteur qui savait un peu le russe. Il fallait voir la mine de ce demi-sauvage à la vue de Fintérieur d'un vaisseau, des canons, des boulets ; il fut en admiiation des cahutes qui sont jolies sur le Vestnik et il avoua que cela valait bien mieux que leur sacle. La première chose qui fixa son attention, ce furent des pistolets et quelques fusils que le capitaine avait appendus à la paroi de sa cahute, et on voyoit que notre petit Abkhase était connaisseur. Les pistolets surtout lui donnaient dans Toeil, et il aurait bien voulu en avoir de pareils. On lui ofiHt de Peau-de-vie, du vin ; il en but comme un hom^le , se mit à table sans quitter son plet (i); un Abkhase ne va pas sans cela. Il
(t ) Fouel d^ cavaliei:
— îi99 — s^amusa beaucoup de sa fourcheUe, mais man-gea ayec ses dai|^ts. Il ue refusa aucuiunets, n^ea prit que peu cependaut. Il se déclara uotre ami et promit de venir nous reroir. Il n^était pas du tout emprunté et riait lui-noiême quand il manquait à nos usages. Il était vêtu à la tcherkesse avec le capuchon sur la tête; ses cartouches, sa poudrière, ses chaînettes étaient dWgent, avec des dessins travaillés en bleu.
Chasse de deux galères.
Le 26 juin, Ton apperçut deSoukoum, un peu avant le coucher du soleil, deux galères abkhasiennes chargées de monde qui, traversant par le large de la baie de Soukoum, basaient force de rames vers le cap Kodor, Nous reçûmes à rinstant Tordre de leur faire la chasse : nous levâmes Fancre à minuit après le lever de la lune; mais le vent était si faible que nous fûmes toute la nuit avant de pouvoir doubler le cap Kodor. (On compte douze milles de Soukoum au cap.) En doublant le cap le lendemain matin ^ nous apperçûmes un petit bâtiment marchand dont ceux qui le montaient vinrent à nous, en nous exprimant follement leur joie de notre arrivée. Car les deux galères les avaient arrêtés derrière le cap ; les brigands s^étaient jetés sur la cargaison, avaient blessé plusieurs personnes; déjà ils
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— 3oo — avaient transporté un tonneau de Tin dans une des galères et enlevé trente roubles en argent au skyper (i) , quand leur joie £ut troublée par un bout de notre voile qui se montrait par-dessus la pointe du cap. Ils savaient bien à qui on en voulait; car se jeter dans leurs galères, fedre force de rames et . . . disparaître fut Taffaîre d'un clin d'oîil. Il n^ avait pas une heure qu'ils avaient voulu mettre ce petit vaisseau au pillage, et déjà il ne restait plus la moindre trace de leur apparition ; ils avaient disparu dans les embouchm-es de la Kodor , masquées par des bois magnifiques , dans lesquels , suivant leur usage, ils avaient tiré leur galère après eux.
Et qui étaient ces pirates, ces brigands, qui au nombre de cent vingt environ, montaient ces deux galères?. . . C'étaient trois princes des environs de Sououksou, amis de Michel-Bey, avec des Abkbases de Bambor, que le skyper, Abkbase lui-même, avait reconnus en grande partie. Ceci suffit pour donner une idée de la civilisation des Abkbases, et de la confiance que le gouvernement russe peut avoir en Michel-Bey qui bien certainement était de connivence avec eux, et voulait ainsi effrayer un peu son cher oncle Hassan-Bey.
(i) Nom que l'on donne au capitaine de ces petits vaisseaux turcs.
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— 3oi —
Nous croisâmes pendant trois jours en face de cette côte superbe ; nous yisitàmes le cap Iskouriah et Tembouchure de Tlskouriah; nous descendîmes jusqu^à celle de la Tamouiche, et toujours sans rien découvrir. Car , pour le dire en passant, des vaisseaux, tels que le nôtre n^étaient rien moins faits que pour ces recherches; ils ne peuvent pas approcher de terre, ni entrer dans les rivières. Le gouvernement russe a le projet d^entretenir à Soukoum quelques galères dans le genre de celles des Abkhases, de les armer de quelques petits canons ; cela vaudra infiniment mieux, et Ton pourra poursuivre Tennemi jusque dans son repaire,
La matinée du 29 juin fut une matinée rare, et telle que les marins assurent en avoir fort peu vu. Levé long-temps avant le soleil, j^étais en contemplation d^un des plus magnifiques tableaux qu'on puisse admirer sur la terre. Placé à deux verst de Fextrémité du cap Kodor , d'un coup d'œil j'embrassais tout l'ensemble de la chaîne occidentale du Caucase, depuis loin derrière Gagra jusqu'aux plaines de la Mingrélie. Pas un nuage. Sur le ciel le plus pur se dessinaient comme le bord d'une frange, des milliers de pointes, de pics, de dômes, de tables de toutes formes , de toutes déchirures , rangés sur plusieurs rangs, entassés les uns sur les autres. Pendant que j'étais en admiration devant ce su-
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perbe tableau ^ et que je remerciais Pâuteur de toutes choses de ce moment délicieux, le soleil, dans toute son éclatante majesté, se leva comme au jour où il sortit de la main de Dieu, lançant sa lumière dorée par-dessus les cimes les plus
méridionales Et comme par enchantement
ce paysage gigantesque semblait se ranimer ; petit à petit les chaînes multiples se dessinèrent légèrement; des ombres marquèrent ce tableau; les plans se détachèrent comme sHls entraient dans là vie , comme si le créateur travaillait à tirer un monde des flancs informes de la matière première. Des cimes^ des pointes à Finfini édncelèrent soudain, en présentant leurs flancs recouverts de vastes champs de neige , formant mille dessins différents sur des roches noires affreusement entassées. Il m'^a semblé assister au grand jour de la création. La parole est insuffisante poiu" exprimer toute ce qu^il y a de magique dans ce moment-là.
Les paysages d^Abkhasie sont uniques dans leur genre ; voir la mer, des plaines, de hautes montagnes et des cimes neigeuses par-dessus, les porphyres et les gi'anites couronnant les calcaires du Jura^ la grenade et la figue avec la sorbe et le bouleau, quelle fraternité d'objets !
Je fus toute la matinée occupé à faire un chétif dessin de cette belle oeuvre de Dieu ; il y a tout au plus de quoi en prendre une grossière
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idée (i)^ Il est nécessaire que jVn donne une explication pour le rendre plus compréhensible; quelques détails sur cette partie de PAbkhasie compléteront ce tableau.
Explication du panorama.
Dans Textrême lointain de gauche le pied des montagnes se perd sous Thorizon. En avant se dessine légèrement le groupe des collines d'Anakopi et de Psirste. Les gorges de la Kotoche et des rivières de Bambor se voient à peine. Mais celle de la Baklanka surmontée du chapeau de Saphyr-Bey se reconnaît déjà facilement. Le cap Soukoum, Pembouchure de la Goumista, le.vieux Soukoum, sont tous sur la même ligne.
Plus à droite paraissent sur la Ugne de faîte les cimes A de FOchetène qui termine Pangle N. O. du Caucase, et dont les flancs sont seulement recouverts de quelques rubans de neige } ce groupe est le moins élevé de cette partie de la chaîne du Caucase; il atteint à peu près 1 1 ,000 pieds. C'est de Bambor que Ton distingue le mieux ses hautes vallées.
Au-devant de TOchetène et sur le second plan s'ouvrent à Toeil, de gauche à droite, les vallées de la Psirste , de la Goumista et de la Baslata ;
(i) Voy. ce panorama, i^ série, pi. 7.
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— 3o4 — les murs de Soukoum blanchissent le bord de la mer.
A droite de la forteresse commence à se montrer bien distinctement toujours sur le second plan, le Tekhe, Fun de ces énormes escai^ements calcaires, qui caractérisent ce versant du Caucase. Ses flancs sont nus; sa cime est boisée. Ce haut bastion qui sépare la Baslata de la Kelassour, est le pilier de gauche qui ferme Feutrée de la vallée de la Kelassour. L'autre pilier de recluse, le Na, lui est à peu près semblable. On peut pénétrer au sein de ses pentes sinueuses et boisées, jusqu'au pied du groupe superbe des cimes B, d'où partent les sources du grand Zélentchouk, que j'ai décrites plus haut (i). Ce groupe est déjà plus élevé que TOchetène, et dépasse 11,000 pieds.
Le pied de ces grands escarpements est comme festonné par la traînée de colUnes basses et bien boisées qui longent le rivage à Soukoum, à Kelassour et qui, de là s'écartant de la mer, va se confondre avec le pied des montagnes. La Kelassour y trouve une issue auprès des ruines de Dandara.
La Kodor s'échappant du pied du Maroukh, traverse la belle vallée de Tsébelda, et débouche aussi à travers un escarpement calcaire pour serpenter ensuite sous les ombrages frais de ces
(i) Voy. page 270.
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— 3o5 — collines basses. Elle n'atteint qu'à sept verst du rivage la plaine qui porte son nom, et qu'elle arrose partagée en plusieurs bras , dont le prin-, cipal débouche vers la pointe même du cap Kodor.
Le Maroukh diffère par sa forme du groupe B des sources du grand Zélentchouk ; ses cimes ne sont pas hérissées de pointes ; leur forme est plus arrondie; sont-ce des porphyres ou des granités ? La roche a une couleur grise. Le Maroukh est en grande partie couvert de neige, et il a l'air encore plus élevé que le groupe précédent.
Le groupe D entre les sources de la Kodor et de la Markoula à derechef l'air déchiré, hérissé, pyramidal, tandis que le groupe E, qui le sépare du Djoumantau, paraît par grandes masses prismatiques noires, dont les têtes sont cachées sous une coupole épaisse de neige. Je lui ai retrouvé une ressemblance avec le Mont-Blanc. C'est sans doute, après le Djoumantau (F) , la cime la plus élevée de cette partie de la chaîne du Caucase, et elle dépasse i2,ooo pieds.
Le Djoumantau, la pierre de l'angle, ne diffère guère du groupe E par sa nature. Toute sa longue cime, qui a l'air d'un toit, est resplendissante de glaciers : elle est placée au miheu de deux longs rangs de pointes de rochers (Felsenkamm), entre lesquelles sont de petits amas de neige. Cette forme et ces dentelures ont pu être
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— 5o6 — cause da nom de Strobilus que donne Arrien à cette partie de la chaîne; crpo^iXoç signifie un corps torse ou tordu comme une vis (i).
^Ën avant de ces deux derniers groupes s Wvre la haute vallée de la Markoula, qui débouche dans la plaine et entre dans la mer à vingt et quelques verst au-delà du cap Iskouriah.
La gorge de la Galazga est encore plus à Test; le cap Iskouriah n^iasque Fextrémité de toute aette cote vers la Mingrélie.
Telle ^st Pesquisse du grand tableau qui se présentait devant nous en face de rextrémitédu cap Kodor.
Je vais revenir sur quelques détails importants de cette partie de FAbkhasie.
DIoscourias.
. n p^J^% que tout le delta qu^arrose la Rodor, ;S^paré^.9n l;rois bras comme le Nil, est un pro^ duit des alluvions de cette rivière. Le bord de cett« plaine, baignée par la mer, est découpé #n plusieurs lambeaux, qui sont ai^tant de promontoires : les pri|i(^ttx sont les caps Kodor et IskoiBÎah.
%e nom ^e porte le second trahit une localité ijéli^re, et nous ne devons pas être loin de Vwor
(i)Amc», PériplUa ad Adfianum^ Genêt» i 677 . Atitei mjttk k fitrobUns àt Diosomiias.
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placement qu^occupait cette antique Dioscourias, métropole des colonies grecques de FAbUiasie. En effet, à peine a-*t-ôn doublé le cap Iskouriah quWe petite anse qui se dessine au sud-^st noi:b permet d^approcher la place qu'elle occupait. Ses ruines ^ont à Femboucliure de la petite rivière quW appelle Iskouriah, Tskoueaniéli ou Marmar.
En traitant de Forigine des Tcherkesses, J^ai déjà anticipé sur Fhistoire de la fondation de Dioscourias et ^^s autres colonies grecques au milieu des Hénlokhes. Dans le mythe des Argo^ nautes, il Êiut voir plus qu^une fable, il y a un fait historique, politique pour base. Il est fort probable que les Hellènes, Varègues ou Normands de ces temps^là, montés sur des galères tcherkesses, allaient Êdre des excursions loin** taines pour piller les côtes, pour pirater (i). Comme les Normands, en apprenant à connattro un magnifique pays^ ils durent avoir le désir de s'y fixer, et que ce soit plus tôt ou plus tard> respectant le mythe tel qu'il est, puisqu'il n'y a pas contradiction^ nous regarderons les Tyndarides comme les fondateurs de Dioscourias , et les Hëniokhes comme ceux d^Héradée, de Phasis
(i) lisee attentivement TOd^êSée^ et voyez plus haitt, tableau de Tcherkesses.
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peut-être, vers le milieu du quatorzième siècle avant J.-C, (i)
Les Grecs réussirent à fonder plusieurs colo* mes dont Phistoire est obscure, parce quelles se trouTèrent trop éloignées du centre des grands éYénements de la Grèce; mais les traces de leur existence et de leur puissance ne sont pas encore efiàcées.
Dioscourias fut la métropole d^une espèce de république qui s^étendait des rives de la Kodor au-delà de cdles dePIngour. Une preuve que la puissance et Finfluence de cet état florissant dut s^accroître considérablement se tire des chroniques mêmes des Géorgiens. Pharnavas, premier roi desKartUes ou Géorgiens, vers Fan 299 avant J.*-C., ayant chassé Azon, Fun des généraux d^Alexandre , qui tyrannisait le pays après sa mort , ne put recouvrer VEgoursi (2), c'est-à-dire la côte du Phase à la Kodor, qui resta aux Grecs colonisés aux embouchures des rivières; cependant les Grecs ne voulurent pas se séparer des
(i) Strabo^ Geogr., lib. XI, p. 94>éd. i5io.
{^\JEgoursie&iVEcr€cticeàQVY\iï%*j il tirait son nom de la rivière Egrissi^ Engour ou Ingoury le Singames ou Rhiocharès des anciens; M. Brosset fait aussi venir le nom des Mégréli^<à nous ncmmonf^Mingréliens à'Egrissi/ Vm est ici déterminatif .
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~ 3tf9 — Géoi^ens avec lesquels ils firent un traité de paix (i).
Après Pioscourias, les principales colonies étaient Guènos, aujourd'hui Tguanas , sur les rives de la Markoula, Uori, Bédia, Héraclée, au«* joiu^d'hui Anakria. Elles étaient dominées par ces peuples montagnards qui occupaient les hautes vallées. La plus connue de ces peuplades, après les Souanes, était celle des Koraxiens (2), les l^ébeldiens actuels, qui menaçaient sans cesse Dioscourias du haut de leurs vallées, où la Kodor, le Korax de Ptolémée, prend ses sources.
Du temps de Strabon (3) , ces Koraxiens avaient un. roi el un conseil de 3oo hommes. Ils pouvaient mettre 200,000 hommes sur pied unis aux autres peuplades, et cette multitude, quoique indisciplinée, était belliqueuse; elle faisait sa nourriture de lait , de fruits sauvages , de ve^ naison.
Cest sans doute Fesprit belliqueux de ces peuplades qui força les Grecs de se fermer de cette immense muraille qui enceignait tout leur terrîr toire jusqu'^au pied des montagnes, et qui excite
(1) Histoire deYakhtang V dans Klapr., II, gj, éd. ail.
(2) KopaÇol t^voçy Scyhx Garyand. Périp. éd. Hudson, p. 3i. Coraxicimoniesy Pline, Hist. nat., VI, 9. Ptolémée, Tab. secunda Asiae, cap. IX.
(3) Strabon, p. 479*
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— 3io — encore Padmiration de tous ceux qui Tout Tue de nos jours. Cela rentrait dans les idées du temps', et ce n'élait qu'une répétition de ce qu^on avait <pour fermer la Chersonnèse héracléotique, la république du Bosphore, la Chersonnèse de Thrace et tant dWtres banheues d'autres colonies.
Cette muraille commençait à Kélassour; une tour couverte de lierre adossée à la ruine d'un grand bâtiment qui bordait le rivage était le point de départ d'un haut mur qui allait se joindre sur le sommet delà montagne à une autre ruine. Cet ensemble de fortifications se présente, comme je l'ai dit, en face de la maison d'Hassan-Bey ; la plupart des cartes en font Fancien Dandari (i).
De l'an|le extérieur de cette espèce d'Acropolis, partait une seconde muraille qui, remontant la Kodor, s'avançait dans l'intérieur [du pays, circonscrivant une vaste étendue de terrain, y compris le premier plan des montagnes. Il fermait ainsi hermétiquement toutes les hautes vallées de la Markoula, de la Galazga, passait au*^ssus de Bédia, et venait aboutir à l'Ëngour, bien an«^ dessus d]Atanghèlp. Elle avait, selon le$ opinions actuelles, 160 verst de long. De distance en dis* tance on l'avait fortifiée de tourst
Il 3era dii&cile de fixer ex^tement l'âge de ce monument; car 9 quoique ni Strabon ni Arrien
(1) Voy. la vue de cette tour, Atlas, a*' iérie, pi. 4.
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— Su — n^en parlent, il est certainement antérieur à leur siècle.
Du temps de ce premier auteur , qui vivait d9 ans avant J.-C., Dioscourias était encore daiis toute sa gloire Femporium du Caucase occidental, et cent peuples divers, selon lui, venaient se rendre sur ses marchés. Le sel était le ^and article d^échange.
Mais déjà la plus grande partie de ce pays ainsi ^e Dioscourias, avait perdu sa liberté. Soumises par Mithridate, ces antiques colonies avaient passé après samort sous la domination romaine ou sous celle de leurs vassaux» Polémon sous Auguste, fut nommé roi des Golches ; après lui , sa femme Pythodoris prit les rênes du gouvemenement, qu^elle laissa à soû fils Polémon IL
Privée de sa liberté, il paraît que Dioscourias déchut rapidement; elle passa dans le domaine direct des Romains, qui envoyèrent des garnisons dans toutes les villes qui bordaient la côte orientale de la Mer-Noire ; déjà du temps de Pline (74 ans après J.C.), tHoscourias était déserte, et cette cité où les Romains naguère entretenaient cent trente interprètes pour leurs affaires commerciales, n^étaitplus quW simple castel nommé Sébastopolis (1), bâti sur les rives dlAthe^ munta, aujourdliui Flscouriab.
(i) SèbaêtopôlU éledt bien la même que Dioscourias :
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— 3ia~
Sous Adrien, de 1 1 7 à 1 38 de 3.41. , les affaires Bravaient pas changé : Phasis et Sébastopolis avaient toujours des garnisons romaines, tandis que Fintérienr du pays était gouverné par des vassaux des Romains; ainsi lesLazes, les Apsiles^ les Abasgfais, les Sannighes, etc., avaient cbacun un roi nommé par Tempereur.
Enfin la première notion de la grande muraille nous arrive par Ptolémée qui vivait en 21 1 après J.-C. , et qui la place sous le nom de xo^rcpov ruxoçj forte muraille (1), à peu de distance du Korax ou Kodor, comme c'est effectivement le cas. Etienne de Byzance, au commencement du sixième siècle, la mentionne aussi, et Fappelle le mur koraxien (2),
La faible autorité que les empereurs s'étaient ménagée sur Dioscourias se conserva jusque sous Justinien; mais, selon Procope, la grande Sébastopole n'était qu'un pauvre castel, le seul qui restât à cet empereur de Trébizonde auxZygbes, avec celui de Pythius. Encore ses sol4ats ne s'y crurent pas en sûreté quand Chosroës vint faire la conquête de la Lazique à la tète d'une armée.
Arrien le dit expressément. Il se peut que les Romains donnèrent le nom de Sébastopolis au château qu'ib ële* Tèrent près de Dioscourias pour la défendre.
(1) Sarmatise Asiaticae situs, cap. IX, tab. 11^ Asise.
(a) Stephanus Byz. de Urbibus^ p. i65. Ed. Xykndri.
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Les Romains,. avertis à temps de son arriyée, mirent le feu au château, s*enfuirent outre mer, et les Persans ne trouvèrent que des ruines qu^ils furent forcés d^abandonner. Ainsi tomba. Dioscourias.
L^histoire de Dioscourias et de la Lazique, sous la domination des Romains, ne saurait nous faire soupçonner la possibilité que la grande muraille ait été construite par eux , et j^en reste à ma première opinion, d^en faire remonter Forigine à plusieurs siècles avant J.-C., à Fépoque où Dioscourias, florisisante et puissante, était la métropole d^une république que circonscrivait cette muraille.
Justinien, après avoir fait la paix avec Chos^ roës, fit rebâtir Sébastopolis ; il la fit munir d^une forte muraille et dWtres ouvrages pour la rendre inexpugnable ; il Toma de toutes espèces d^édifices ; il en fit enfin une des villes les plus distinguées par sa beauté et par sa grandeur (i).
En même temps, Pitzoïmda chez les Abkhases fiit choisi pour être le sanctuaire du christiÉH pisme dans le Caucase.
- Dire quel rôle cette ville a joué plus tard, serait di£Gicile, tant nous avons peu de nouvelles de ce pays jusqu^au onzième siècle. A cette épo-
p (i) Procopiu3 C«8. de iËdif. Just., lib. III, cap. 7.
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ipiej PAbkhasie était dans un état très florissant ; ^Ue était couyerte de villes^ de châteaux , d^égUses , de monastères. De la Kodor à la Tskhé-^ nitskali j on ne comptait pas moins de douze évêchés ; six fiirenl plus tard convertis en abbayes. Les sixéyécbés étaient Dandar, résidence dW métropolitain, Mokvi, Bédia, Tsaïchi (i), Tchéléki (2) et Martvili (3). Guldenstadt fait même de Dandàr et de Mokvi des archeyèché$(4).
Les évéchés devenus abbayes étaient Tguagia (5), Hippurias sur Flngour, Khopi ou (M)bougbi^mr la Khopi, ancienne sépulture des Dadians, Sébastopoli, ruinée par les eaux, à Témbou-
(i) Tchaisi, carte de Delille. Archange Lambertî écrit Giais^ Recueil de voy . au Nord, t. VIÏ, p. 1 36.
(à) C'est lUnsi qu'on trouve ce nom dans la carte d'A* lexandre, voi d'Imérath (i738)j Archange Lambertî «fcrit Scalinpcas \ c'est le Czélandjiki de la carte du gén, Kbat.^ le Tchéîiandjikhi de la carte de Tétat-major (i833). L'église principale était dédiée à la Ste-Vierge, et c'était la sépulture des princes du pays.
(3) Martvili dont l'église était dédiée aux sainte AiartyrS| est écrit Sconiidi par Arcb. Lamberti. L'évéque An Martvili porte effectivement le titre de TshoînicU Epiietfi.
(4) Besdbreibung der Kauk. Lànder, éd. Klaproth, p. i3i.
(5) Arch. Lamberti, Recueil de voy. au Nord, t. VII, p. 137 , «iorit Chià^i ; j'ignore sa position*
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cbure du Phase (i), AnargMa ou Héràiclée a Fembouchure de Flngour (2).
L^état florissant de TAbldiasie ne dura qu^Mh* tant que la puissance de ses rois deyenus rois de Géorgie. J^ai dit plus haut comment ce pays , devenu la proie des Dadians de Mingrélie dont la frontière remontait le long de la côte primitivement jusqu^aux Ziches, fiit tourmenté par des invasions continuelles; les Tcherkesses dW coté , les Turcs de Fautre ont promené sur ces beaux rivages leur main sanglante. Les Dadians contraints de transporter leur frontière à Anakopi il y a deux siècles , ont reculé aujourd%ui jusqu^à la Galazga, et TAbkhasie, ce malheureux pays, est devenue aussi sauvage que les forets de PAmérique: totU; est ruines ; toutes les éghâes se sont écroulées ; toutes les traces de civilisation se sont effacées ;jusqu^à FEngour, plus un seul évéque.
Aujourd'hui Dioscouria3 n^existe plus que de nom : après tant de révolutions , la j^ace qu^ occupfiit était presque devenue hypothétique.
Chardin débarqua en 1672, à Isgaour, à Tem-
(i)Sébastopoli sur le Phase, pourrait bien être une eiTeui* d'Arch. Lambertl} c'est le seul qui parle rfun Sé- Jmstopol dans cette lecalité ; il l'aura ecaftfondu avec c^lui de la Marmar.
(a) Il manque lenom do la usdàmt dibaya*
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bouchure de la Marmarscari, et ne trouva que quelques huttes de feuillage et pasime maison (i).
De . la Motraye, qui fiit jeté sur les côtes d'Abkhasie en 1712, débarqua aussi à SébastopoUs, où il s^attendait à trouver nombre de ruines ; il ne vit que quelques colonnes d'^un beau poli dans deux mosquées, et une tête mutilée qu'un habitant avait trouvée dans sa vigne : on lui vendit quelques médailles dont Tune était de Dioscourias (2).
Rottierss'y rendit en 1817 circa : il trouva les ruines deDioscouriassur les bords delà Marmar, et le misérable village d'Iscouriah bâti dessus (3).
Paul Guibal, dans ses notices sur FAbkhasie , «n i83i, fait du nom dlscouriah celui de Skourtcha (4).
Enfin Foubli de ce grand nom devient tel que Gamba, le voyageur le plus moderne dans ces contrées, ne sait déjà plus où sont ces ruines ^ et qu'il les confond avec Soukoum-Kalé (5)
On trouvera bizarre que les Milésiens, qui fon*
(1) Chardin, p. 71, éd. in-folio , (2) De la Motraye, II, p. io3.
(3)Rottier89 Itinéraire^'etc., p. 2i3.
(4) Paul Guflial, 0>urrier de la Nouvelle-Rtuaie ; n** io3y i83i.
(5) Gamba, Voj. dan9 b Ruseie mérid., I^ 75.
dèrent Dioscounas, ne Paient pas placée sur la Kodor, la plus grande rivière d^Abkliasie, mais sur une petite rivière dont la source ne remontait pas bien avant dans Fintérieur des montagnes. Les habitants du pays lui donnent indistinctement les noms d^Iskouriah, de Tzkbouzamèli, de Marmar. Cest là qu^on voit des ruines^considérables, cachées sous de magnifiques forêts au milieu desquelles sont semées quelques bourgades abkhasiennes* Ces hêtres, ces chênes , ces ormes paraissent être de vieux enfants de la terre. Qu^ a-t-il de si étonnant que les anciens Grecs aient fondé ici de préférence de riches colonies et aient enclos tout cet espace d^un mur» Mais rhomme semble Favoir abandonné maintenant, ou plutôt la Providence seml)le faire avec les royaumes ce qu^on &it avec les champs ; elle les laisse reposer ; elle les met en jachère. Dirait-on à voir ces étemelles et épaisses forêts qui recouvrent la plaine et les monts, et à suivre ce rivage désert, qu^on se trouve dans Fun des berceaux de Fhistoire, dans la terre antique des fables et des mythes, dans le point de départ d^ plusieurs civilisations, aux portes des grandes villes.... Et où est restée cette population qui Ëdsait ses délices de ce paradis ?
Précisément où la Kodor entrant dans la plaine basse, baigne de sa rive droite la dernière C9Uine qui borde son cours, s^élèvent les denû-^^iiuifts;
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de k belle église de Dranda ou Danmda, àutre^ ment dite de la Kodor. L^évéque des Dandre-^ liens (i) avait ici sa résidence, ^intérieur, exac-« tement sur le même plan que celui de Téglise de Pitzounda, est néanmoins plus petit ; il est construit en briques &hriqùées comme celles de PitBOunda*
Le chœur était séparé jadis du temple par une colonnade en marbre blanc du même genre que celui de la Khopi; les tambours -étant assujétis par une barre de fer qui les traversait, exciterait la cupidité de quelques vandales mouXB.^ gnards qui les ont brisés pour en avoir le fer, et leurs dâ>ris sont entassés parterre, tandis que les chapiteaux, dans lesquels il n^ avait pas de fer, sont restés intacts et supérieurement conservés. LVxtérieur est en pierres de taille.
Toute PégËse est recouverte d^énormes arbres : joints à ceux qui sont enracinés sur le mur dVnceinte, construit en gros cailloux roulés sans mortier, ils masquent si bien TégUse quW ne la voit que quand on est dedans, et de la mer on prendrait ce massif pour un énorme arbre isolé.
Le chemin qui mène tout droit par terre de Soukoùm en Mingrélie passe à côté de cette
(i)Voy. Chardin, citant Dom Joseph Maiîe Zampi, la RdAtioti de son voyage, 1. 1» p, %%^, (A. ia-«^
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église. Je tiens tous les détails que je viens de donner de Daranda de la bouche du général Yakoulski, le premier des gouverneurs dUmé* reth qui ait traversé ce pays en temps de paiX| sans être à la tête dWe armée.
L^aoûle de Tskhaba n^est pas éloignée de cette ruine, et toutes deux commandent Fentrée de la haute vallée du Tsébelda ou de la Kodor dont j^ai parlé plus haut. Cest une vallée dans le genre dé celle du Svanète, duLetchekoum, du Ratcha, etc., plus petite, cependant, quoique la plus grande des hautes vallées de FAbUiasie. Elle se ramifie ai plusieurs branches dans le sens des quatre ou cinq principales sources de la Kodor, la principale des rivières de FAbkhasiey qui débouche dans la plaine basse par une gorge jurassique aussi étroite que celles que j^ai mentionnées plus haut.
Les Tsébeldiens, comme tous les montagnards du Caucase, aiment la liberté : connus jadis sous le nom de Koraxiens, ils n^ont changé en rimt, depuis Strabon, leur manière de se gouverner j conservant leur indépendance, ils ont un conaeil composé Xanciensj qu^on choisit parmi les plus puissants du pays. La finnille la plus considérable est celle des Khirpiss ou Khiripsi dont la chef joue aujourd'hui le premier rôle.
Les principaux villages du Tsébelda sonlOa ou
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Warda, Otiiipoure(i), Amtkète, Macramba, etc.
Ces montagnards n^ont pas changé de caractère depuis la plus haute antiquité. Dès que le peuple de la plaine (du pays bas) ne leur impose pas par la force, ils sont prêts à tomber dessus et à le piller. Leur seul défilé, quand ils Veulent se rendre dans la MingréheoudansTAbkhasie méridionale, est celui de Daranda , toute autre voie ne leur présentant que des montatagnes inaccessibles.... Dans ces derniers temps, leurs incursions sont devenues si fréquentes qu^ils ont forcé le prince Ali-Bey, qui a ses vastes domaines au-dessous de Daranda, de quitter Djépoua et de se retirer sur la Tamouiche.
Du Tsébelda deux chemins passent par-dessus la crête élevée du Caucase; le plus fréquenté part directement deDa, et tourne par un col étroit à Fest des cimes duMaroukh. L^autre chemin, plus particulièrement fréquenté par ceux qui viennent dePouest de F^hkhasie, passe par un autre roi à Touest du Maroukh. Tous les deux se réunissent ensuite dans la vallée du petit Zélentchouk, Reineggs a suivi ce chemin, comme il paraît par sa carte.
Le col du Maroukh fut une des plus antiques voies de communication du Caucase, et c^est
• (i)Wentper, carte Khatof.
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par-là que passe en grande partie la civilisation et le commerce dW revers à Fautre.
Quand jadis rAbkhasie^ bordée de colonies grecques, florissait par le commerce; que plus tard devenue chrétienne , cultivée comme un jardin, semée de villes, de châteaux, d^églises, elle était le siège du patriarche du Caucase, et le principal joyau de la couronne des rois de Géorgie, le Tsébelda était le Simplon de rAbkhasie.
Déjà Strabon, parlant des sommets des montagnes qui avoisinaient Dioscourias, disait quHls étaient inaccessibles en hiver, mais qvCen été, à cause de la neige et de la glace qui s Y trouvaient encore, les haUtants se faisaient, pour monter, de larges bottines de peau de buffles en forme de tympans ; et que, chargés de fardeaux, ils se laissaient glisser sur des traîneaux (i).
Toutes ces peuplades du Caucase affluaient alors à Dioscomias , qui, placé précisément au débouché de c^te grande route, était le grand emporium- du commerce du nor4 et du sud, des steppes et de la Mer-Noire.
Toute route dW commerce actif se parsème de monuments, de villes, de villages qui se hasar^ dent jusque dans les plus hautes régions; si Tétude du terrain ne nous a pas amenés à des découvertes d^une époque reculée , , celles des
(i) Strabon, p. 4B6.
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— Saa —
siècles plus récents sont assez nombreuses pour nous faire croire quVvec plus de patience noue retrouverions celles de Fantiquité.
Dès qa^on a passé le col duMaroukh, on r^ trouve déjà bien haut dans la vallée du petit £élenichouk les ruines de Madjar-Oundi, avec celles dWe grande église dont j^ai vu les dessioB chez M. Bemadoceiy architecte du gouverne*^ ment à Pétigorsk*
Les traces dWe population nombreuse et fiche se suivent jusqu^au bord du haut Koubani où M. Bemadocci, qui était au&si de Texpédi** tion de FElbrous, sotts le général Ënunaliuel en 1829, dessina une seconde église dont il a eu la bonté de me communiquer les desâios et quej^ai £dt représenter 3* séne^ pL 4* E]lle est sur lu rive gauche du Kouban, sut la montagne du Tchouna, ^1 £ice de Khoumara^ On y reconnaît au premier coup d^œil le style des églises by«* lantines d^Abkhasie, et le même genre de pem^ tures a fresqpie (1)* Il n^ a pas de doute que le
(i) Lemftjor Potemldn, en i6oa^ parcourut oe |)«y«, ▼i'siUcea égluesdwtUfîtquelqttcftdcsaina^Ueoiîaqutiqufh inscriptions grecques, peintes à fresqUe sous q^elquei images. Près de l'église de Tchouna il vit aussi una pierre sépulcrale en forme de croix sur laquelle il a lu la date 2$KA, 662 1 du inonde (104 S de J.-C.). Voyez le Voy. de Jean Potocki dans les steppes d'Astrakan, etc., t. I, p. 24a-
dirittianisme n'ait été ai^orté de là par cette ro|ite. Ceci est d'autant plus frappant qu'on ne • retrouve nulle part d'autres traces d'églises sur qe reyers du Caucase, vers la Circassie, que le long de cette ancienne Toie de communication.
Comme Strabon le dit très bien, ce versant septentrîimal du Caucass s'exprime par une pente beuicoup plus douce que l'autre versant, et il se confond bientôt avec des campagnes qu'oooupaient les fliraus du temps de ce géo^ gnçbe*
Efifeetivement arrivé à Kboumara (i), au-dessous de cette église de Tchouna, l'on aborde un pays que l'on n'ose plus confondre parmi les rudes vallées du Caucase* Le Koubsm est encore ^icaissé par des roches jurassiques et crayeuses j mais de part et d'autre, les sommités voisines ne présentent que des cimes presque nnes , de fcmne radoucie, tapissées du plus magnifique gazon subalpin; ce senties plus riches pâturages qu'on puisse voir, de tous temps célèbres par les nombreux troupeaux de chevaux qu'on y élevait.
Un embranchement de la grande rcmte du comtmerce, suivait les bords du Kouban ou Hy-
(i) Reineggs place dans le voisinage d'Arkhandoukof et de Koumara, sa fameuse porte Coumana, dont je n'ai I jamais entendu parler sur les Ûeux mêmes. Voj. Reineggs,
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— 3îi4 —
panis; mais il est probable que lé principal de ces embranchements était celui qui se dirigeait par Arkhandoukof sur la vallée du Podkoumok j qu^elle atteignait au-dessus de Bar^ussan (i)^* grande ville dont les ruines remplissent la vallée du Podkoumok. Saforterasse, située sur la plate-forme d^un rocher de grès vert iscdé, avait près d'^un verst de long : on y montait par deux ou trois escaUers taillés dans le roc vif; le principal était fermé par une porie pratiquée dans la fente même du rocher. Le sommet est couvert de décombres^ de ruines presque efl&cées d^habitations, d^ossements, etc., point de grandes ruines. On y a ùàt quelques fouilles , et on y a trouvé différents objets , entre autres de petites croix en cuivre. Quoique la forteresse fat bien défendue par la nature^ on avait entouré le pied du rocher d^un rempart destina à défendre ceux qui allaient puiser Teau de quelques sources qui jaillissent au pied du rocher.
La tradition des habitants du pays du temps de Pallas supposait que ce fort isolé avait servi de refuge à des Francs ou Europé^u; (2). Cette tradi*
(1) Pallas lui donne le nom de Boui*g-Oussan ; voyez la vignette 8, t. I,-p. 3yi, de son Voyage dans les contrées mérid. de la Russie, etc, Bouzgoussant^ carte Khatof ; Bourgoustan, carte de TEtat-Major.
(2) Pallas, Le. 375.
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tien cadre avec celle que j^ai rapportée plus haut ea faisant Tbistoire des Tcherkesses (i).
Treize resvst au-dessous de Bargoussan, toujours en descendant la vallée du Podkoumok, la route atteignait un rempart qui fermait la rallée au^-dessous de la réunion de cette rivière avec le r^arzan et le Kokourt qui viennent de Kesla* Todsk. Ce rempart, qui remontait sur les rives élevées de la droite du Narzan jusqu^auprès des célèbres sources acidulées, défendait les abords de cette fontaine des géants , le côté de Fennemi étaat tourné vers la steppe.
En dedans durampart, quelques tumulus, des grottes nondureuses taillées dans les bancs de grès chlorité qui encaissent à Test la vallée du Podkoumok formant des suites de deux à trois appartements, nous mettent derechef sur les traces de Strabon, qui place ici une nation tro" glodytique ayant du pain en abondance (2).
Au-delà du rempart, les traces d^une ancienne population sont encore fréquentes jusqu^en &ce
(1) Voy. p. 53 et suiv.
(2) Voici le texte de Strabon : « En descendant le versant septentrional du Caucase (à partir de Dioscourias), la pente est plus douce que Tautre, et elle se confbnd4>ientât avec lés campagnes des Siraus. On y trouve certains Troglodytes qui habitent, à cause du froid, dyans des cavernes. Déjà ces gens ont aussi du pain en abondance.» Page 486* éd. Basil.
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de Constantinogorsk, où, sur une colline isolée à droite dePodkoumok, s^élève un dernier rempart qui en couronne le sommet couvert de terre végétale : les Russes lui donnent le nom d# Czoma gora (montagne noire).
Ici Ton atteint les vastes plaines au milieu desquelles s^élêve le fiéchetau comme un pbare au milieu du désert* Ce Béchetau Ait toujoiH*s un point de mire, un point de centralisation pour les peuples nomades des steppes qui séparent la Mer^Noire de la mer Caspienne s les plaines fertiles qui Tentourent furent souvent disputées, prises et reprises, d^autaht plus que les sources merveilleuses des bains du Caucase s'échappent toutes dans son voisinage. Je parlerai en son lieu de cette localité célèbre.
Je ne poursuivrai pas plus loin cette route de commerce dans les vastes steppes où elle s'égare au milieu des tribus nomades.
La route que je viens de décrire fîit celle par où Sarodius, roi des Alains, fit passer Zé-* march, ambassadeur de Constantinople qui revenait de la cour de Dizaboul, khan des Turcs, qui campait au mont Ektel ou Altaï, et auquel les Persans avaient dressé des embuscades. Ménandre Pappelle le chemin deDarma (i). Nous avons vu que Da était le principal village de h
(i) Julea Klaproth, dans le Voy. de J. Potocki dans
— 3^7 — haute Tallëe de la Kodor à laquelle Guldenstadt donne le nom de Dal; on appelle aussi Urdani^ les montagnes calcaires dans lesquelles une partie de la vallée est encaissée (i).
Il est certain que si jamais la Russie veut maîtriser et civiliser le Caucase , son premier soin doit être de chercher à rétablir, si le terrain le permet, cette grande route. Elle mettra les Raburdîens hors de rapport avec les Tcherkesses éé lH>uest du Caucase. Elle morcellera les peuples et interceptera leurs eommunications. On s^ouvriripi une route directe vers PAbkhasie, Tune des plus belles possessions des Russes au sud du Qiucase et Vxxn dea plus beaux pays de la terre, susceptible deseuUm*es les plus riches et les plus variées. On donnera à ce pays un grand élan en lui ouvrant une route de commerce courte et 0àre aveo Test de la Russie. On pacifiera ce malheureux pays en maîtrisant d^une main forte ces brigands de montagnards du Tsébelda toujours prêts à tomber comme des oiseaux de proie sur rAbkhasie et la Mingrélie qu^ils ravagent. Ce «ont des routes courtes et commodes qui peuvent seules rendre la Russie maîtresse du Caucase. Forte comme elle est, il lui faut en un clin
les steppes d'Astrakan, etc., I, 218. Lebeau, Hist. du Bas-Empire, éd. St-Martin, t. X, p. 70.
• (i) Guldenstadt, p. i33, éd. Klapr.
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d^œil pouvoir frapper de lafoudre, mobiliser ses forces; avec moins de monde on fail cent fois plus d^effet, et bien certainement on coupera par la racine Thumem' traîtresse des princes d^Ab— khasie, qui ne se sentent forts, que parce qu^ils ont le Caucase pour repaire, et pour amis les montagnards et les Tcherkesses qu^ils peuvent appeler à chaque instant*
En adoptant ce projet, la Russie ne ferait pas de grands sacrifices de troupes ; car une bonne partie de là ligne serait supprimée et pourrait servir à des colonies dans un beau pays quoiqu^assez élevé.
J^ai dit que le prince Ali-Bey, trop Êdble pour résister aux Tsébeldiens qu^il ne pouvait arrêter à Feutrée du défilé de la Kodor, s'était retiré sur les bords de la Tamouiche, le troisième des ruisseaux qui arrosent la plaine après Tlscouri^di, avant d'arriver à la Markoula, rivière qui, comme la Kodor, vient des hautes vallées nageuses.
Ali-Bey s'est bâti une petite maison en bois à l'embouchure même de la Tamouïche. (Voyez ^ série, pL 5.) De superbes arbres la recouvrent d'arceaux de verdure. Cependant soi| habîtatioa ordinaire est au village de Tamouïche, qui est à 4 ou 5 verst du bord de la mer. C'est là qu'il reçut le général Vakoulski à son passage de MingréUe à Soukoum, et qu'il le traita en grand seigneur d'Abkhasie, qui connaît le respect dû à ses hôtes.
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~ 3^9 - Sa maison n^était pas meilleure que celle (de ses sujets; son palais était une s(icle en clayonnage, enduite de torchiis, et entourée dW enclos qui nVvait pas même de porte.
Mais bientôt un bœuf gras tombe sous le couteau d^un robuste Abkhase; dépecé en énormes quartiers, bouillis ou rôtis , on choisit avec soin la plus grosse pièce que Ton d^ose deyant le général; on en pose de moins considérables devant les gens de sa suite. Il n^ a pas de Milon le Crotoniate pour avaler des quartiers pareUs. Mais le général et les personnes à qui on en fait honneur connaissent bien les usages du pays ; tout en mangeant, ils détachent des tranches appétissantes qu'ails lancent auxp^rsoAnes d^un rang inférieur de la suite, qui sont res- . tées debout en expectative, et qui entourent res- .pectueusement la table en attendant leur tour. En jetant, chacun appelle celui qu'ail veut fevoriser; celui-ci faisant une profonde révérence,, reçoit avec adresse le morceau qui lui est destiné, et ce serait un crime de lèze bon ton, ime grande offense que de laisser tomber le morceau par terre..,. Ces énormes quartiers d'honneur se servaient chez AU-Bey sur des grandes claies dV sier, munies de deux bois pour les porter.
. Plus le respect qu'on veut témoigner est grand, et plus est grande la pièce de bétail qu'ion immole. Encore ici je ne puis m'empêcher dm
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ttie croire transporté aux siècles du bon Homère. Fkisait-on autrement quand on voulait honorei* un étranger, un hôte? Voyez Ulysse chez les Phéaciens, détachant la meilleure partie du dos succulent d.^unporc dont on lui avait fait sa potlion, pour Toffrir au chantre mélodieux Démôdoque (i).
On dansa pour divertir le général; cependant tï'est une grande honte poUr celui qui (Quitte le premier la danse ; j'ai vu si souvent lès efforts extraot^iriaires que font les daiiseuf's pour gar- -dter le champ dfe bataille; Le général avait prié TitièMhtne qui était présente de dànseï*' aussi; déjà élw'figurs&t depuis une heure dans un pas de? diehx avec un jeune Abkhase, déployant toùteâ ses grâces et cherchant à laôser son danseur, qui, de son côté^ ne voulait pas lâcher * prisé. Affublée de son grand drap blanc <jui lui 'servait de voile, et qui lui couvrait la figuré, elle 'ëtdttffaiti ses jambes fléchissaient sous elle; elle était prête à toniber en défaillance. Le général rat obligé d'intercéder auprès du jeune homme enf sa faveur^ et de Fengager à se déclarer vaincu.
Le prince Ali-Bey est mort pendant Vâutomne de i833. Quoique soumis à la Russie, il n'était pas meilleur dans le fait que son suzerain Michel- •Béy . Bës domaines formaient l'extrémité de l'Ab-
(i) Homère, Odyssée, chant VIII, v. 474»
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khâsid , et étaient habités principalement par là tribu des Abjouazes. 8a fix)ntière était la Galazga qui le séparait du Samourzakhan , provinee qui fait déjà partie des états du Dadian de Mingrélie. AUr-Bey était le premter à tromper la vigilance des Russes, soit pour vendre des esclaves aut Tores, soit pour fiiire la contrebande ou un eommeroe défendu avec eux. On le savait bien; tifUssinenousétonnamesHtiouspas, en èherchant nos galèrei^, de trouver deux petits vaisseaux (ures, eachés et tirés sur le rivage, au nord dé la Tâttiouiche. Nbtiâ eûmes toutes les peines du moinde à décider ceux qui lé$ montaient à venir àndiis, en lés oppèlaiif à éoups de cimon; nous étt pilihes tm à la rériiorqtîe ; c'Éàit celui qui tious piâ^aissait lé pllis coupable. Son dernier visa delà Quarantaine de^ Redoûte^Ralé datait detrds mois en arrièl^, et depuis ce temps-là H faisak un commerce très séVfeement défendu sur la côte; peut-être même avait-^il fait plu-^ sieurs Voyages àTrébizonde, violant ainsi les lois de la Quarantaine. A notre arîivée à Sou-koum, il fut déclaré bonne prise, et on confisqua la Cargaison et le vaisseau au profit de Téquî^ page du Vestnik. Quant au capitaine Voulff, H renonça à sa part comme il le fait toujours, él j^aurais eu bien mauvaise grfeioe d^exigel* ^ellb qui ni^était due.
Le vaisseau et les sept Tui^s qu^oft ai^t dé^
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— 33a — carmes fiirent mis sous la garde de quelques ma* telots, jusqu^à ce qu'on pût les expédier à Sévastopol, où Paffaire devait être jugée en dernier ressort, légalisée et liquidée juridiquement.
.On ferma un peu les yeux quant à Fautre vaisseau, et on le relâcha sans lui faire aucun mal quelconque j car son seul crime, en venant de Redoute-Kalé, dont il avait quitté.la Quarantaine trois jours auparavant, avait été de s'être arrêté quelques heures sur le rivage, en attendant la brise du miheu du jour. C'était défendu; mais souvent trop de justice est de l'injustice.
Quelques jours après notre retour de croisière, des cris perçants que le silence de la nuit rendait plus lugubres enccwre me réveillèrent en sursaut. Sentant dans mon effroi le navire se balancer rapidement, je crus que nous enfoncions dans les goufires de la mer; je courus sur le tillac. Ma peur était vaine ; ces cris nombreux .et confiis venaient du rivage. Je crus que les ^khases avaient surpris la forteresse; c'était le lumulte d'un assaut. Mais point de coups de fusil. Les officiers et tout l'équipage du Vestnik, rassemblés sur le tillac, étaient dans la plus icruelle attente. Ëgorgerait-on le détachement qui garde la Quarantaine ? L'épouvante était en- 4;ore augmentée . par les cris des matelots qui descendaient dans les chaloupes jpour porter du 4f^ovusv, pfur lf& jurements, des officiers qui
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s^emportàient de la lenteur qu^on mettait à exécuter leurs ordres. On sVppelle de vaisseau en ▼aisseau; les rames à coups précipités frappaient Fonde bruyante et la mer houleuse s^élançait avec fracas sur le rivage. Enfin après une demiheure d^une cruelle incertitude , Fune des chaloupes revint et en nous montrant un Turc trempé d^eau et presque mourant, nous devinâmes à Finstant que c^était de notre prise qu'il s^'agissait»
On avait désarmé les septTmxs; du moins on le croyait; des trois matelots qu'on leur avait donnés pour garde, deux dormaient. Quel fut Fétonnement du troisième qui était en faction, de voir sortir de la cahute le skyper, un kindjal dans un main et un pistolet dans Fautre, qu'il avait retirés du fond de la cargaison de maïs, où il les avait cachés. Le matelot n'eut que le temps de se jeter à la mer en criant au secours, ne pouvant résister au skyper et à ses six compagnons , qui s'y jetèrent après lui. Ils avaient voulu se sauver à la nage chez les Abkhases et s'épargner le voyage de Constantinople. Malggcé la promptitude du secours qu'on leur porta, on ne parvint à en repêcher que deux ; un jeune homme atteignit heureusement le rivage; les quatre autres , à ce qu'il paraît , périrent dans leur entreprise. Celui que nos matelots avaient retrouvé, était le skyper lui-même, qui leur
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donna beaucoup de peine} car Toidant leinr échapper I il plongea plusieurs fois sous la chaloupe, reparaissant tantôt d^un coté, twtot da Fautre*
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SAMOURZAKHAN.
DE
LA GALAZGA A L'ENGOUR.
Samour^akhan.
Je quittai Souloum-Kalé définitivement le 5? juillet, pour me rendre à Redoute-Kalé ; mon bon capitaine Voulf voulut encore m^y accomr pagner.
Avant d'atteindre ^embouchure de la Galazga qui fait la frontière de FAbkhasie du côté du Samourzakhan , nous passâmes devant la Mar^ khoula , qui coule entre la Tamouïche et la Galazga. Toute la plaine qu^aiTOse la Markboula est superbement boisée, et la rivière est bordée de bourgades abkhasiennes.
La distance où elle se trouve des ruines de Dioscourias ne laisse aucun doute sur son identité avec VAstelephus d'Arrien, TAstef^os dd Pline. La petite bourgade de Iguanas qui sf trouvait sur sa rive droite, non loin de son embouçbure, et qui eçt marquée sur la cartç du
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père Archange Lamberti (i), m^ &it reconnaître un plus ancien nom encore^ celui de Guènos que donne Scylax Caryandinien à la rivière et à la ville grecque qui était bâtie sûr ses bords. Petro Vesconte, en i3i8, Fappelle Murcula^ mais après lui , chez tous les auteurs qui ont écrit sur ce pays , jusqu^'à la pubUcation de la carte de Tétat-major de Tiflis (1834), V^ revient au nom de Markhoula , elle est bien plus connue sous la dénomination de MôkvitskaU (rivière de Môkvi), empruntée de la célèbre église épiscopale de Môkvi, bâtie à six verst du rivage, sur sa rive droite.
La multiplicité des rivières qui coupent la plaine depuis la Kodor au Phase a donné Keu à une telle confusion de noms chez les anciens et les modernes, que j'^ai cru rendre service en faisant un tableau comparatif de ces différentes dénominations , afin qu^on puisse s*j retrouver. Voyez la table ci-jointe.
Le Samourzakhan (c^est-à-dire ce qui appartient au Mourza-Khan) comprend cette bande étroite qui de la haute chaîne du Caucase s'étend jusqu'à la mer entre la Galazga au N. O. et PEngour au S. E. Le bord de la mer s'élargit toujours davantage sous forme de plaine vers la MingréUe. Plus avant dans l'intérieur du pays,
(i) Recueil de voy. au Nord , t VII. Voy . la carte.
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plaine V une tel^ lesmo sant u dénom Voyez LeJ tient à étFoite jusqu^à gour a jours c Mingr(
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le sol est coupé d^éminences et de collines qui abordent insensiblement le pied des hautes terrasses jurassiques.
Le grand embranchement qui part du pied du Djoumantau et qui sépare le bassin de la Galazga de celui de TËngour , alimente à son extrémité méridionale une multitude de ruisseaux et de rivières dont les plus remarqual>les sont la Tsorika, la Goudava, la Gaghida.
Pendant les années i832 et 33^ le Samourzakhan a été un théâtre de brigandages : en yoici la cause. Un jour le prince Lévan Dadian, seigneiu- actuel de laMingrélie, un peu échauffé par le yin, voulut ordonner au prince Antchébadzé qui était auprès de lui, de faire une chose à laquelle celui-^ci se refusa, prétextant qu^étaut officier au service de la Russie , cela ne convenait pas à sa dignité. Dadian, dans Pempoi^tement que lui causait ce refiis, se saisit dW bâton pour frapper le prince qui sç* défendit aussitôt avec son kindjal. Dadian n^en devint que plus &rieux, et le prince, se laissant aussi emporter, lui lança son kindjal, qui heureusement ne Fatteignit pas. Dadian appela alors du monde; on s^empara du prince qu^il fit enfermer dans une de ses forteresses d^où il s^évada , et se sauva dans le Sa-« mourzakhan, qu'ail fit le théâtre de ses vengeances contre Dadian. Tombant à chaque instant sur la Mingrélie , la pillant, la ravageant, il mit Dadian
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dans rimpossibilité de lui résister, en appelant à son secours les Taébddiens qui firent cause commune avec lui. Dadian pria alors instamment les Russes de venir à son secours et de garder par un corps de troupes la frontière du Samourzakhan contre le prince Antchâ>adzé*
Les Russes fondèrent alors, en i83s , la nouvelle forteresse d^Attttighèlo, sur la rive droite de TEngour actuel, qui ne garantissait cependant pas entièrement Dadian. D^ailleurs sa colère était passée; il regrettait le prince Antchébadsé qui était jadiis un de ses plus fidèles astiis. Il cfaercba donc à se réconcilier avec hn, et lui envoya ime huitaine de seigneurs de sa cour, pour le prier de revenir, et comme caution de sa sûreté. Le prince ne balança pas un instant, se rendit au^ près de Dadian dont il obtint son entier pardon.
Le baron de Rosen , gouvemem>-général du Caucase, apprenant la mani^^ dont cette récon^ dliation s^était faite, s'^en montra fort irrité» et fit au général Vakoulski des refNroches de ce qu^il avait permis qu^un prince régnant donnât des cautions à ses sujets, disant que c^était honteux. Le baron se figurait la législation et les coutumes du Caucase semblables à celles de FEurope.
Ici Dadian, quoique souverain de Mingréfie, agissait complètement dans Fesprit •de ces coutumes; il ne lui restait que cette méthode de ré-
conciliation, la seule qui fût valable; car le fier habitant du Caucase sait que chez lui la loi du sang égalise tous les hommes et fait la base de sa législation. Dans le cas que je viens de citer, ces huit seigneiu*s étaient garants delà vie du prince, et si Dadian, malgré sa promesse, en eût tiré quelque vengeance, c^était sur eux que les parents du prince Antchébadzé auraient eu leur recours ; c^est à eux quHls auraient redemandé son sang ; ils auraient eu le droit de les faire tous périr en quelque lieu qu'ils les rencontrassent.
Quand Dadian se fut réconcilié avec le prince Antchébadzé, il ne sentit plus la nécessité du voisinage des Russes, et il aurait bien voulu les faire partir; mais les Russes, trouvant cette position très convenable pour s'asstœer de Pintérieur du pays , continuèrent à occuper Attanghèlo, qui n'était cependant qu'un fort bien misérable en i833. Car Dadian , qui avait promis en appelant les troupes de faire toutes les constructionsnécessaires, n'avaitplus voulu tenir parole. Le chef du poste, au lieu de se tirer alors bravement d'affaire par lui-même, s'était entêté à guerroyer de paroles avec Dadian et à ne rien faire; et en attendant le soldat souffrait, forcé de ^rivre sous terre comme les taupes ; il était souvent malade , quoique Attanghèlo ne soit pas mal-sain.
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Attangbèlo, à vingt yerst du bord de la mer, est placé sur une ëminence à quelques verst audessous de Pendroit où FEngour , venant du Svanethi, se partage en deux bras en entrant dans la plaine ; ces deux brancbes ne se réunissent plus et entrent séparément dans la mer, enfermant ainsi une île de vingt et quelques verst de long, et de trois à quatre verst de large. Jusqu^en i832 la branche de gauche était la plus considérable, et Tautre n^était quW filet d'eau; mais, depuis peu, tout TEngour s'est jeté dans le bras de droite et menace d'en faire le bras principal. Cet état de choses a causé aux alentours d'Attanghèlo des inondations et des marécages qui peuvent devenir funestes à Fétat sanitaire d'Attanghèlo , si on ne parvient à faire rentrer FEngour dans son ancien lit.
Attanghèlo est fondé sur Femplacement de quelqu'ancienne ville ou colonie grecque, bâtie alors sur les bords de FEngour, qui dans ce temps-là passait par le bras de droite, comme il veut le faire actuellement. Quand on creusa les retranchements, on trouva quelques médailles et d'autres objets; une pierre précieuse gravée, déterrée par les gens de Dadian, fiit entre autres le sujet d'mie vive dispute; Dadian pour les accorder, la fit briser en plusieurs morceaux qu'il distribua aux plaignants.
Attanghèlo offre aussi les restes considérables
— 34i — d'aune ancienne église ; elle a été très grande et approche de celle de Pitzounda. Elle est construite dans ce genre romain de pierres de taille et de briques mélangées; il en est resté de grandes voûtes suspendues et des décris énormes qui encombrent Pintérieur de Fédifice , sous lequel il paraît quHl y avait des souterrains.
Le villa d'Attanghèlo est bâti autour de ces ruines, à la façon abkhasienne. Le seul auteur ancien qui cite cette localité est le père Archange Lamberti , qui lui donne le nom de Satangi (i).
LHntérieur du Samourzakhan est très peu connu. Les habitants sont un mélange de Géorgiens et d'^Abkhases , et parlent indifféremment ces deux langues. Partout y sont semées les ruines et les traces d\me ancienne culture, restes des colonies grecques et de Fancien royaume d^Abkhasie. Déjà dans la plus haute antiquité les chroniques géorgiennes font de cette contrée la part d'Egross, fils de Thargamos, le plus ancien roi de ta race géorgienne; Egross conslruisit alors pour capitale de ses états la ville à^Effrissi^ aujourd'hui Bédia^ sur une colline baignée par la Tsorika, à i4 verst de la mer. Ces mêmes chroniques ne font venir que bien des siècles après Egross, sur ces rives, les colonies grecques
(i) Voy. la carte qu'on a ajoutée à sa relotion. Recueil de voy. au Nord, t. VU. 179.5.
qui s^empai^èrent de toutes les embouchures des rivières (i), laissant Fintérieur du pays aux Géorgiens. Bédia, après Tintroduction du christianisme, devint le siège dW évéque qui prenait le titre de Bédellien. Abandonnée après les cruels ravages des Turcs, Féglise de Bédia fiit toujours un lieu sacré pour le peuple, qui a conservé, malgré son extrême ignorance, une profonde superstition pour toutes ces vieilles églises.
Reineggs (2) parle beaucoup d^une grotte qu^il appelle Ogginn, au sujet de laquelle il parle des cérémonies des Abkhases; je crois que cet Ogginn est Ochums^ situé sur la rivière de ce nom , qui prend plus bas celui de Goudava.
Mais aucune localité de ce genre n'est plus célèbre en Abkhasie que Fantique église dllori, bâtie sur le petit ruisseau de ce nom entre la Galazga et la Tsorika, à deux verst du rivage. Cest ici que le peuple vient célébrer ses pâques. Ce jour-là un bœuf aux cornes dorées s^avançait majestueusement et entrait de lui-même dans Féglise ; on le tuait; on en distribuait la viande
(1) Voy. Chronique Géorgienne de Vakhtang V, dans le Voy. de J. de Klapioth au Caucase^ éd. ail., t. Il, p. 69 et 97.
(2) Reineggs, II, p. 12. Cet auteur parle du miracle de St Georges et de sa fête , comme ayant lieu à Ogginn \ il te peut bien aussi qu'il ait confondu les noms, et qullait voulu parler d'Ilori.
aux assistants; on renvoyait bien loin aux malades comme remède, et pendant toute Tannée on pouvait en recevoir, en cas de nécessité, toujours de la fraîche chez le prêtre. Peu de temps avant mon arrivée, le vieux prêtre dllori mourut; depuis lors le miracle n^a plus lieu ; il en a emporté le secret^ et Téglise même est tombée en discrédit.
Il est encore une fête plus brillante que celle de Pâques pour cette église; c'est celle de saint Georges, son patron, qui se célèbre le 21 octobre par un autre miracle qui doit dater déjà de bien loin, puisque le P. Archange Lamberti et Chardin (1) nous endonnent lerécit. Saint Georges lui^ même faisait descendre dans son église le bœuf qui devait être sacrifié le jour de sa fête.,. On scellait les portes de Péglise, et le bruit courait que quiconque osait en approcher, la veille de la fête, mourait tué par le regard de saint Georges. Aussi régnait-il dans tout le voisinage de Féglise, parfaite sûreté pour les gens que le prêtre envoyait voler, au nom de saint Georges, un bœuf qu'on dévalait ensuite aVec des cordes dans Téglise.
La sainteté du lieu lui a attiré grand nombre d'offrandes; on voit que déjà du temps de Chardin,
(i)Arch. Lambertii Recueil de voy. au Nord, Vil, p. ijo, et Chardin, éd. in-8% t. I, p. <io.
elle était remplie de richesses auxquelles ni les Abkhases, ni les Alanes, ni les Zikhes, n^osaient toucher, tant était grande, au milieu de leurs brigandages, leur vénération pour cette église et son saint. Les portes de Péglise étaient couvertes de plaques dWgent, sur lesquelles étaient repré* sentes en bosse les images du saint et ses miracles... J^ignore si llori a encore ses portes dWgent ; mais je sais que cette église n^a encore rien perdu de sa vogue pour les ex voto. Celui qui apporte une offrande, Texpose dans Féglise, si elle est acceptée, il la voit le lendemain dans Tautel; sinon Foffrande reste làjusqu^àce que la patience du saint soit lassée, ou que le donateiu: vienne la reprendre. Il n^ a pas de choses que Ton n^apporte ainsi. Dernièrement quelqu'un s'avisa d'offrir quatre fomxhes en fer; elles sont dans l'expectative, et il faudra bien un jour que saint Georges se laisse fléchir et prenne les fourches sous sa gracieuse protection.
Les ruines de l'ancienne ville d'Ilori sont à six verst à l'ouest de l'égUse, sur la rive gauche de l'embouchure de la Markoula, au bord de la mer. Les Turcs ont bâti entre la Markoula et la Galazga une ville qu'ils ont nommée léni-Chéri {nouvelle ville)^ par opposition à l'ancienne.
En passant devant les bouches de l'Ëngour, je vis aussi Anakria, l'Héraclée des Grecs, avec ses vieilles murailles ruinées, bordant la rive
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gauche du rapide Engoue. Dadian a établi ici une colonie de Turcs qui prospère, dit-on.
Enfin le 'l }^' i833, je débarquai à Redoute- Kalé après avoir erré deux mois entiers sur ces rivages inhospitaliers de la Circassie et de PAbkhasie. Néanmoins ce ne fut quVvec im grand serrement de cœur que je quittai mon bon capitaine Voulf et son équipage. Abandonné maintenant à moi-même, tout seul, j^étais comme un naufragé sur )a plage ; trouverai-je plus loin cette bonté, cette hospitalité de cœur, cette complaisance ? Nous nous quittâmes les larmes aux yeux; c^est sur mer qu^on sent le prix de Famitié.
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ARRIVÉE A REDOUTE-KALE
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TRAJET JUSQU'A ROUTAIS.
Redoute-tKalé.
Débarquer à |Redoute«Kalé, c^est à peu près débarquer à Damiette pu dans les lagunes de Rayennes. Semblables au delta du Nil ou aux plaines de la Lombardie, la basse Mingrélie et la basse Iméreth ne forment qu'une vaste plaine uniforme encaissée par la chaîne du Caucase au nord, et par les montagnes de FAkhaltsikhé, Pun de ses embranchements ^ au sud.
Formée par les attérissements du Phase, presque toujours trouble, de la Khopi et de quelques autres rivières moins considérables, cette plaine de 200 verst (5o lieues) de long, sur i5, 20 et 3o verst de large, est d'une fertiUté dont j'aurai peine à donner une idée.
• Les Turcs, lors de la paix de 1812 avec la Russie, voulurent absolument garder Anapa et Poti ; la possession de cette dernière les rendait
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maîtres de Pentrée du Phase, et les mettait à même de continuer leur commerce dVsclaveft avec Fintérieur du pays, malgré la surveillance des Russes.
La Russie, quoique maîtresse de riméreth et de la Mingrélie, se voyait sans débouché et sans port.
Cependant le ministre des finances venait de donner pour dix ans, à dater du ,o octobre i83i (i), aux provinces transcaucasiennes une franchise de commerce entière, moyennant un droit d^entrée de cinq pour cent sur toutes mai> chandises étrangères. Elle concédait à tout sujet russe ou étranger qui voudrait établir un maison de commerce dans ces provinces, les droits de négociant de première classe, sans exiger dVux aucun impôt. Le ministre, très bien éclairé sur ce point, avait senti que c^était le seul moyen de civiliser ces nouvelles provinces, d^ introduire Findustrie, de leur redonner la vie après tant de siècles d^oppression et de dévastation , d'ouvrir un commerce d'exportation, d'y attirer les étrangers , etc.
(i) Voy. cet ukase adressé au commandant en chef en Géorgie, le général lermoloff, le a 8 octobre 1821, dans le Voy. du chev. Gamba dans la Russie méridionale, 1. 1, p. 355. Cet ukase devait être en vigueiu* depuis le i*' juillet 1822 au 1*^^ juillet ië32.
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It fallut bien trouver un port de mer qui pût permettre Texécution de ce nouveau plan régénérateur des libertés du Caucase. Le seul emplacement qui se présentât fut Tembouchure de la Khopi.
Klaproth a parlé dans le temps de cette nouvelle découverte comme de Tune des plus merveilleuses. Le fait est que la Khopi , jusqu'à 'une lieue au-dessus de son embouchure, forme un canal assez profond ( i) qui pourrait contenir d'assez grands vaisseaux. Mais Pembouchure même est fermée par une barre sablonneuse qui ne laisse qu'un petit chenal de deux pieds et demi à ti'ois pieds de profondeur, dont l'emplacement peut changer du matin jusqu'au soir, suivant la direction du vent. Cette circonstance est grave et il faudraitdesmiUions pour y porter remèded'une manière convenable. Il n'entre à présent dans la Khopi que de petites chaloupes et les petits vaisseaux turcs. Tous les plus gros bâtiments sont obligés de rester à undemi-verst du rivage dans la rade la plus ouverte qu'on puisse trouver, forcés de lever l'ancre et de gagner le large aux premiers coups de vent.
Ce port cependant était le seul ; Soukoum- Kalé était trop éloigné et aurait stlongé la route de terre jusqu'à Tifts de loo verst (25 lieues) ;
(i) Il a jusqu'à dix-huit pieds de profondeur.
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il n'y avait pas à choisir. MîJgré tant de graves inconvénients, Redoute-Kalé, qui servait déjà d'entrepôt aux farines du gouvernement et qu'on avait muni d'une redoute , devint le centre du commerce qui commença petit à petit à s'y établir.
En entrant dans la Khopi on a à droite la redoute ou le fort dans lequel les vagues avaient fait avant mon arrivée une brèche assez large pour y faire entrer une compagnie de soldats de front.
A gauche, vis-à-Vis de la forteresse, s'étendaient les bâtiments plus que délabrés de la Quarantaine. On appelait de ce nom quelques misérables huttes entourées d'une haie morte , trouée de toutes parts.
Le bazar est à deux verst de la redoute et de la Quarantaine en remontant la Khopi, sur la rive gauche. Pour ouvrir entre ce bazar et le Phase ou Rion, une communication, on a réuni par un canal avec ce fleuve, la Tsiva, petite rivière qui se jette dans la Khopi, entre le bazar et la redoute : c'est par -là qu'on fait passer les farines et les sels dans l'intérieur du pays ; mais j'ai vu aussi plusieurs bateaux chargés de légumes et d'autres productions , que les habitants du bord du Rion amenaient au marché de Redoute-Kalé (i).
(i) Voy . le plan de ce canal dans l'Atlas de M. Gamba; il appelle la Tsiva, Syha.
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La liberté du commerce en Géorgie a^avait pas d^abord été appréciée par les Européens à 8a juste Taleur.' La difficulté des communications, Féloigneinent du pays, n^avaient engagé presque personne pendant les trois et quatre premières années à. en.profiter. Il faut lire dans le voyage de M. Gamba, qui a été témoin oculaire du mouvement du commerce à cette époque, la peine que les premiers Arméniens qui allèrent à Leipsig, eurent à se décider à faire tut aussi long voyage. Mais le premier pas fait, rien n^arréta plus Félan qui sVnsuivit ; les avantages qui résultèrent de ces premiers essais âu-ent trop considérables pour qu^on en restât là.
La voie de la Géorgie est la plus, commode et la moins coûteuse pour faire passer les marchandises d'Europe en Perse. Malgré la chaîné du Likhi qui sépare le bassin de Tlméreth de celui de la Karthalinie, toutes les marchandises se trràsportent en voitures jusqu'à Tiflis (i), et de Tiflis à Tauris , le chemin n'oflfipe pas de grandes difficultés pour les caravanes à boeufs ou à chevaux, même au cœur de lliiver. Une nouvelle route que le gouvernement
(i) On payait de mon temps un rouble argent ou quatre francs par poud de marchandises, pour le transport de Kedoute-Kaié à Tiflis. M. Jules deilagemeister, dans son Mémoire sur le commerce des ports delà Nouvelle Russie,
russe a ouverte de Tiflis à ErÎTan aura aplani bien des obstacles.
Tiflis devint donc en fort peu de temps Pentrepôt de presque tout le commerce de la Persa par la Mer-Noire. Les Arméniens et les Géorgiens s'enrichirent; des maisons européennes tinrent s^établir dans ce pays, DVutres essayèrent dy faire des envois. Redoute^Kâlé devint un empoTium comme Dioscourias du temps des Grecs. On a vu à la fois pour im million de marchandises dans ses magasins. De grandes sommes furent versées dans le pays pour payer le transport des marchandises. Des retours développèrent peu à peu quelque industrie parmi les habitants, importation entraîna une petite exportation qui s'accroissait chaque jour. On chargea les beaux buis, les magnifiques noyiers , les superbes bois de Mîrigrélie, des cornés , de la cire, des peaux , du tabac, du maïs, du millet, àe& noix pour la Turquie, et même quelque peu de vin. M. Gamba eut le premier lldée d'établir des scieries. Son exemple fut suivi par le général Major prince Eristaf, par le régiment d'Abkhasie. Des étrangers industrieux apportèrent dans ce pays leurs talents pour les y mettre à profit.
de la Moldavie^ etc., Odessa, i835, p.; 178, fait monter les fixais de transport de Redoute-Kalé à Tauris, de trente â trente-cioq franc» le quintal.
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Mais la ville qui gagnait le plus à cet état de choses était Odessa. Toutes les marchandises destinées pour la Perse et la Géorgie , et que les négociants tiraient des marchés d^ Allemagne furent acheminées par Brodj, Radzivilof et le midi de la Russie sur Odessa. On a évalué à deux nùliions la valeur des marchandises qui étaient ainsi expédiées annuellement à Redoute-Kalé.
Le ministre Tavait deviné ; c^était le seul moyen de civiliser et d^utiliser ces nouvelles conquêtes, et cet acte d^économie poUtique , large et généreux , a été couronné dW plein succès.
Quand les dix années de la firanchise furent sur le point de s.^écouler, le ministre envoya à TijQisM. le chambellan Peltchinski pour prendre des renseignements siu* Tétat du commerce, et voir s^il était temps de substituer le système des douanes russes à la franchise.
Dans ce temps-là , le gouverneur civil de Tiflis Zavileiski, cherchait à fonder une société asiatique du commerce, et il mettait tout en œuvre pour réunir le nombre d^aclions nécessaires à cette entreprise. On supposait que cette société ouvrirait un débouché immense de produits russes en Perse, débouché que réclamaient les instances des fabricants russes ; mais il fallait fermer pour cela Tentrée des marchandises d^ Allemagne et de France par la Géorgie, interdire à
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la Perse le commerce avec ces pays el la forcer à se coDtenter des produits russes. .
Quelques Arméniens de Tiflis qui avaient spé- . culé à leur façon en faisant de grands achats de marchandises et surtout de rhum, en remplirent leurs magasins et crurent qu'il était de leur intérêt d'appuyer la clôture de la franchise, espérant qu'après cela le prix de ces denrées hausserait et qu'ils feraient un monopole à leur gré.
La franchise fut donc annulée en 1832^ pour le 1*' janvier, au grand chagrin de tous les habitants de la Géorgie.
Pour remphr le but que l'on se proposait de forcer la Perse à avoir recours aux marchandises russes et poiu* lui couper toute communication avec les marchés de l'occident de l'Europe par Tiflis et Redoute-Kalé, on fit succéder à la franchise le système prohibitif le plussévère* Non-seulement les provinces transcaucasiennes rentrèrent dans la ligne des douanes russes, mais tout transit de marchandises européennes fut très sévèrement défendu, et même, pour augmenter l'effet de cette mesure, on centralisa les douanes à Tiflis, à 35o verst de la côte de la Mer-Noire : c'est-à dire que toute marchandise d'Europe venant par la Mer-Noire, et toute marchandise asiatique ne put acquitter ses droits d'entrée qu'à Tiflis même ou devait se faire la révision de la marchandise . Les douanes de Nakh tchévan , d'Akha 1 1- I. ^ 23
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sikhé, de Redoute-Kalé ne purent percevoir les droits que -pour des bagatelles. Le ministre des finances annonça que ce nouvel ordre dje choses serait un essai pour quatre ans.
Malheureusement pour la Russie, la Perse n'a point été réduite à ralternative à laquelle on voulait la réduire. Le commerce a pris une autre route, ce que Ton ne croyait guère possible. Les marchandises d'Europe débarquées à Smyme ou à Trébizonde ont été acheminées par Arzeroum sur Tauris. Il n'a fallu que fort peu de temps pour développer dans tout son plein ce système de communication . L'Angleterre a formé à Trébizonde un immense établissement poui* exploiter à son profit fivec la Perse le commerce que la Russie bannissait de ses états. Les pachas le voyant revenir chez eux se sont bien gardés de l'opprimer, de l'enlacer d'obstacles comme jadis : ils le protègent au contraire et le favorisent de tout leur pouvoir. Smyrne, Trébizonde, Arzeroum s'enrichissent chaque jour davantage ^ tandis qu'Erivaji et Akhaltsikhé surtout déclinent de plus en plus. Quant à Redoute-Kalé , il est tombé dans sa première nullité. Le commerce avait fait oublier tous les désavantages de sa position et même son insalubrité(i). S. Nicolas,
(i) Voyez sur le conanierce du midi de la Russie, le Mémoire de M. Jules de Hagemeister, Odessa, i835. Ce
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Poti, Soukoum-Kalé , Gagra , sont en première ligne pour Thorrible insalubrité du climat* Re- <loute-Kalé nVst pas tout-à-fait aussi mal-sain •
J^ai dit que le bas de la Mingrélie et de Tlméreth était un produit du Rion^ de la Khopi et de toutes les petites rivières qui débouchent directement ou indirectement dans ce bassin. Ce sont des attérissements sablonneux auxquels se mêlé cette fine substance alumineuse ou schisteuse^ que la plupart de ces rivières, et principalement leRion^ entraînent en passant à travers les parois schisteuses du cœur du Caucase.
La mer lutte sans cesse contre Tembouchure des rivières, et forme en reculant petit à petit de longues barres sèches qui laissent derrière elles des bas-fonds moitié mer, moitié marais, sources de l'extrême insalubrité de ces cUmats. Pendant les chaleurs de Tété, ces bas-fonds marécageux s'écliaufFent et se corrompent à un point incroyable. Le vent de mer en emporte les exhalaisons dans Tintérieur dupays^etPEuropéen ne résiste guère à c^tte infejction mortelle. Quand le vent souffle de l'intérieur du pays, c'est alors que Potiet Redoute-£Lalé souffrent. Quelques causes locales viennent encore ajouter à cette fatalité, comme
que je viens de dire de celui de la Géorgie était écrit d^a avant que j'eusse fait la connaissance de l'auteur du Mémoire après mon teixmr du Caucase.
nous le verrons à Poti et à S. Nicolas. La position de Redoute-Kalé n^est pas de beaucoup plus pro— pice que celle de ces deux endroits ; mais on a déjà eu le temps de la dégager en abattant les bois , en creusant quelques canaux : on a surtout donné accès aux brises de mer qui sont un baume restaurant pour des poitrines étouffées.
Le 21, le 22 et le 23 juillet (2, 3 et 4 août), nous eûmes entre ^ù^ et 25"^ de chaleur. Pendant la nuit le thermomètre était à 20''; mais le 24 et le 25 juillet à peine les brises de mer cornmencèrent-elles à souffler, que le thermomètre tomba. A midi nous n^avions que 21"*, et le matin du 25, 16** de Réaumur.
Les mois terribles dans ces parages sont juillet, août et les deux tiers de septembre.
Pour résister à cette chaleur étouffante, à cette humidité empoisonnée, à ces rosées d^une exti'éme abondance, Thabitant de Redoute-Kalé n^a que de misérables baraques en bois; les logements sont en plein-pied sur terre. On n'y est préservé de rien. Quoique toutes les maisons soient construites en hêtre ou en chêne, aucune ne résiste au-delà de quelques années; car Phumidité d'un côté, et des légions de vers ou de larves qui s'attaquent au bois de l'autre, les font bientôt tomber par pièces.
L'on ne peut rien se figurer de plus étrange pour l'oreille d'un nouveau débarqué peu habi-
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tuè à pareil bruit, que les chocs et les heurts cent fois redoublés, semblables à de petits coups de marteaux , que frappent sans relâche, pendant le silence de la nuit, ces petits mineurs empressés. En fort peu de temps la poutre la plus saine n^est qu^une masse de poussière : ils ne respectent que le châtaignier.
Il y aurait eu plus de profit pour les habitants et surtout pour le gouvernement de faire construire leurs édifices en pierres, sinon en briques; mais les employés du gouvernement prétendent qu^on ne peut faire que de fort mauvaises briques à Redoute-Kalé, et que les pierres sont trop éloignées. £n attendant ils ont tout le profit qu'ails peuvent espérer dans leur état : ils bâtissent et rebâtissent sans cesse, et le gouvernement paie.
Je débarquai à Redoute»Kalé, chez le commandant du fort, le major Tunaïef. Sa femme Tavait suivi dans cette espèce de Ueu d^exil. Certainement je ne pourrai faire Téloge du caractère du oaajor ni de celui de sa femme. Il est rare qu'Hun brave homme soit assez bon citoyen pour faire le sacrifice de venir exposer sa vie dans Vun des endroits les plus mal-sains, les plus reculés de Pempire russe. Il ne vient à Redoute-Kalé que des comoiandants qui espèrent que, si éloignés de toute surveillance, ils pourront faire tout ce
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qu^ils voudroD t ( i ) . Mais il y a des exceptions par* tout, et même il peut y avoir du bon dans un mauvais sujet. Le major et sa femtae eurent le plus grand soin de moi. J^employai les cinq jours que je passai chez eux à prendre quelques informations sur le pays, à visiter les alentours, à me faire à mon isolement.
J^avais été pendant six semaines sous Tégide du bon capitaine Voulf qui m^avait traité en frère. Je m^étais fait à cette vie des marins , à cet espace rétréci de jouissances; je m^étais initié dans leurs moeurs, dans leui% entre^Nrises : la société du capitaine et de ses officiers était devenue mon délassement, mon plaisir, mon conseil, après mes occupations. Nous étions gais , noua chantions; pendant nos stations à Soukoum*- Kalé, presque chaque jour les commandants des vaisseaux se donnaient de petites fêtes; on di* nait, on soupait ensemble et Ton oubliait le monde entier. Chacun me témoignait de Famitié et tout à coup me voilà débarqué, abandonné tout seul, dans un pays presque inconnu, livré à moi-même et à mes jwopres forces , ex--
(i) Je ne citerai que le fameux Ragotsi, que la justice a cependant atteint jusque dans son repaire; quand j'ai passé à Redoute-Kalé, Fexe'cration pesait encore sur son nom.
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posé à des dangers de toutes espèces. Il faut plus que de la philosoplûe pour se feire à de pareilles alternalives. Les premières nouvelles dont on me salue sont celles de TinsalulHilé du climat qui commence, A cinquante pas de la maison que j^occupe, mes yeux n^ont pour perspective que ce long hôpital où i5o malades du régiment cantonné à Redoute-Kalé, à Poti, commençaient la tarrible série des fièvres chaur des, bilieuses et typhoïdes, si meurtrières sous ces climats.
On a établi le cimetière dans un bois qui borde la mer du côté de Poti, qui est à douze verst de Redoute-ELalé. Le chemin serpente d^abord à travers les tombes , dont on est efirayé de voir le nombre relativement à la population du fort et de la Quarantaine. Cependant rien n^est plus joU que ce chemin. Déjà Strabon (i) était enthousiasmé de la magnificence de F^mbouchure des fleuves de la Colchide et de ses rivages si fortunés par Tabondance des fruits qui y crois-^ saient péle-méle avec les plus beaux bois de construction. La forêt nVst qu^un mélange touffu de nâOUers à gros fin.iits , de pruniers de plusiers espèces , dont les prunes rouges et jaunes jonchaient Le chemin ; de poiriers, de hêtres, d^érables champêtres, d^ormes. La clématite, la vigne,
(i) Strabon^liv. Xî,p. 478.
— 36o — le lierre, la ronce grimpent partout. Le troène^ le houx frelon, le houx oi'dinaire tapissaient le sol; des buissons d^aubépines chargés Ae grappes de fruits se mêlent aux pommiers; la viorne porte ses beaux ombelles de grains noirs. Par ci par là des charmes aux belles grappes vertes pendantes, des épine-vinèttes,desrosiersélevés, des fougères à hautem' d^homme, des lonicères et des chênes dont j^ai peine à reconnaître la feuille. Au milieu des mimoses, le pancratium illyricum se plaît dans les sables exposés au soleil et parfume Pair. N^y aurait-il pas de quoi foire un paradis, si à peu de distance derrièi'e ne commençaien t ces affreux noarais ? /
Pendant les cinq jours de mon séjour les Alpes caucasiennes restèrent toujours voilées par les brouillards et les nuages; c^est ce qui nous arrive aussi presque pendant tout Tété a Neuchâtel en Suisse, en face de la belle chaîne des Alpes.
Trajet de Redoute-Kalé à Koutaïs.
Khorga et monastère de la Khopi.
Je quittai Redoute-Kalé le mardi 'Vaoûl*^ vers le soir , pour commencer mon pénible péleiinage. J^étais muni d'un ordre du commandant aux chefs des stations ,' de me fournir des chevaux et de me faire accompagner à toutes Ifes postes par deux Cosaques à cheval^ jusqu'à Routais.
Du reste j'étais complètement seul.
Nous traversâmes le canal de la .Tsiva sur uit bac , puis le bazar de Redoute-Kalé qui n^est qu\ine longue suite de boutiques presque vides depuis la clôture de la Franchise; à peine peuton s^ procurer les choses de première nécessitéi et toutes les denrées d^Europe qui ont débarqué pailla, y sont beaucoup plus chères qu^à Tiflis, parce que le marchand se fait payer ccmime de juste le transport. Le sucre de Redoute-Kalé , revenu à Redoute-Kalé , a fait 700 verst ou 1 y 5 Iteues avant de pouvoir être débité.
Nous suivîmes presque toujours les bords de la Khopi , encaissée d^arbres et de vignes dont les guirlandes pendantes baisent les flots paisibles. Tout est foi^t. Même le village de Khorga qui commence à 10 verst de Redoute-Kalé , et qui a 14 verst de long, n^est qu'aune vaste futaie d^aunes et de frênes , dans laquelle sont semées les maisons en bois , chacune isolée au milieu de quelques enclos de maïs et de millet dltalie (Panicum italicum, gômi en géorgien). Le maïs, quoique n^ayant pas atteint toute sa crue, avait déjà huit à neuf pieds de haut. Le sol est bon, fiw'tile, glaiseux, propre à toutes les cultures qui demandent une bonne terre humide. Autour des enclos sont des ceps de vigne , lancés sur des aunes noii's, dont Teffet est très pittoresque; ce sont les vignobles du pays, qui ne subissent au-
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— 36a — cune culture. Le bétail paît le vert gazon qui s^étend sous ces Toutes de verdure.
Le cours de la Kh(^i est très tranquille jusqu^à la première station qtii est à 26 verst de Redoute-Kalé, à Texti^émitédu village deKhorga, JY passai la miit dans un misérajble hangar oii Ton est à peine à Tabri de la pluie.
Le lendemain avec des chevaux frais et deux nouveaux Cosaques, je me fis mener aumonastik'e de la Khopi, qui est à 4 ou 5 verst à droite de la route. Nous quittâmes la plaine pour monter sur les premières cminences qui encaissent le lit de la Khopi. Le pays était superbe et de la plus grande fertiUté. Nous traversions des champs de maïs de dix à douze pieds d^élévation, dans lequel nous étions cachés cpnun^ei dans une forêt, quoique montés sur nos grands chevaux cosaques.
Les maisons du village de la Khop étaient disséminées comme celles du village de Khorga. Nous abordâmes une de ces maisons pour de* mander de Peau, et nous pe vîmas pas les fem--^ meSf ni même les jeunes iiUes se sauver et se cacher d'épouvante comme on me Pavait dit.
Au contraire, la plus âgée s'empressa de nous servir. Une des plus jeunes, qui n'av^t pas plus de quinze à seize ans, nous montrait les plus beaux traits et le plus bdl ovi^le de visage qu'on puisse voir. . . , C'est ainsi que je me trouvai
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initié par la première fois aux belles formes de la beauté géorgiêmie.
Partout sur les pentes de la montagne les vieux châtaigniers se mêlaient aux chênes , aux plaqueminiers , aux lauriers, et à cent autres ai> bustes, La phytolacca avec ses grosses grappes, noires croissait partout. Le lip^hani Ou juglans ptérocarpa laissait pendre ses chatons verts longs d\m pied, qxn se réfléchissaient dans la Khopi, que cet arbre qui aime le bord des rivières , embellit de son beau feuillage ailé comme le frêne. Le mûrier blanc en arbre, en buisson, paraît sauvage et peuple aussi les forêts.
Nous trouvâmes le monastère de là Khopi sm* le sommet d^une colline au bord de la rivière. Le mot monastère chez les Géorgiens n^est pa^ toujours le synonyme de couvent; le plus sou*^ vent il ne désigne qu^une simple église. Mais la Khopi est un vrai monastère, habité par quelques moines grecs-géorgiens de Tordre de S. Basile dont le supérieur porte le titre d^archimandrite. La KJbopi était Tun des six évêchés qui, des douze que renfermait jadis la Mingrçlie , furent changés en abbayes (i),
L^église comme presque toutes celles du pay s^
(i) P. Lamberti, dans le Recueil de voyages au Nord, t. VII, p. i36.
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est entourée d\ine haute mui^aiile à laquelle est adossé le logement de rarchimahdrite.
L^intérieur du temple est assez simple, et recouvert de peintures d^un style peu élégant, ternies par le temps.
La façade extérieure da chœur est construite à la géorgienne avec un assez grand luxe dWabesques et de méandres sculptés sur la corniche et sur les cadres des fenêtres (i).
La partie curieuse de cet édifice est la chapelle dont j'ai fait mention 'plus haut , et qu'on a accolée à la droite de Téglise. Les mm*ailles ne sont qu'une marqueterie bizarre de débris de sculptures et d'architecture de plusieurs styles. Ce sont des façons d'arcades imitées avec des chapiteaux corinthiens , composites , byzantins, des tronçons de colonnes de toutes formes, adaptés ensemble tant bien que mal ; quelquesunes de ces colonnes ont la base travaillée à huit pans et reposent sur des hauts piédestaux ciselés en douçine. Aux chapiteaux grecs d'assez bon goût sont mêlés de grossiers chapiteaux avec une croix sur chaque face. Presque tous ces débris sont en marbre brouillé de bleu et de blanc, ou en marbre blanc rubanné de bleu; de ce nombre sont deux grandes plaques de six pieds
(i) Voy. Atlas, 3*^ série, architecture, pi. 19.
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et demi de long sur trois et demi de large qui ont servi à quelque autel, de belles pièces d« larmiers ornées de croix; tandis que quantité d'autres morceaux travaillés à la géorgienne, avec des rosettes, des arabesques, des méandres, etc., sont en pierre blanche crayeuse. Tous ces débris entassés pêle-mêle, je les ai trouvés exactement les mêmes que ceux que j'ai remarqués au maître-autel et dans un vestibule de l'église de Pitzounda. On voit qu'ils sont de la même main, et qu'ils peuvent avoir appartenu au même temple (i). .
J'ai donné aussi plus haut la traduction de l'inscription de cette chapelle qui se ht sur la porte, dans le vestibule. Le père et la mère de VamekDadian sont effectivement ensevelis dans ce sanctuaire , qu'il avait voulu ériger en leur bon souvenir. Depuis lors presque. tous les princes Dadians sont venus trouver leur dernier asile dans cette église. Le Dadian actuel y a aussi fait enterrer quelques officiers russes de sa connaissance.
La porte d'entrée de la cour de ^église est surmontée du clocher, où l'on me montra l'un
(i) Voy. plus haut p. 76 et 229. L'église de la Kkopi est du i3® siècle, car le Dadian Ghiorghi dont il est fait mention dana Tinscription ci-dessus, mourut en i384, et son fils Vamek, fondateur de la chapelle, en 1396.
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de ceâ longs cors qui ont un son si aigu et si prolongé et qui servent à appeler les habitants de tous ces enclos éloignés au service divin. Dans les temps de guerre^ ils servaient à annoncer rapproche de Tennemi ; toute la population s'enfuyait alors dans Fintérieur de ces cours d'éghse qui tenaient lieu de châteaux forts.
Du haut de la tour, comme on doit s'y attendre^ on a une vue superbe sur la plaine de la MingréUe qui s'étend à vos pieds recouverte d'une végétation digne du nouveau monde. Dans une première cour extérieure, je me reposai sous ces beaux tilleuls de sept à huit pieds de diamètre qui ne manquent presque jamais d'ombrager ces vieux édifices.
Mon projet était d'aller encore à 6 verst plus loin, sur la montagne de Bia, où l'archimandrite de la Khopi a une petite maison pour y passer quelques jours dans la belle saison et y jouir d'une des plus magnifiques vues de la Mingrélie. L^horizon de la haute chaîne caucasienne avec l'Elbrous au centre s'y déroule avec une pompe qu'on aurait peine à trouver autre part. Pour cette fois-ci je ne pus remplir mon projet. Mes Cosaques se perdirent dans ce labyrinthe de petits sentiers qui se croisent dans tous les sens, sous les arbres et qui mènent d'une maison à l'autre ; nous fûmes obligés plusieurs* fois de rebrousser chemin; pour comble de désagrément.
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-^ 367 -l\m de mes Cosaques fut saisi d^un violent accès de fièvre. Il fallut nous en retourner; nous re-^ gagnâmes, à trayers une forêt de châtaigniers, la grandVoute au village de Kholoné, à 5 verst de Sakharbet, seconde station des Cosaques depuis Redoute-Kalé , et fatigué de cette journée, je résolus de passer ici la nuit.
• Sakbarbet, Chekhépi, Maranne.
La station de Sakharbet est au pied de quel-ques collines, promontoires avancés du Caucase 4ans la plaine de IVIingrélie. Ici la craie d^un blanc jaunâtre, remplie de silex, et presque sans pétrifications, a été arrachée du fond du bassin de la Mingrélie; elle est par couches. La Tsiva qui débouche ici de Tintérieur du pays, fait un saut de huit*à dix pieds par-dessus une assise de ce calcaire dont les couches brisées forment une arrête; Tonde se glisse sur cette arrête pour tomber sur le revers des couches. Au--dessous de la cascade un jet de gjps s^appuie contre les couches de la craie.
Cet accident de terrain offre un fort joh point de vue ; sm' la cascade est suspendu le pont de Sakharbet ombragé de vieux chênes, et sous Tonde écumante, une vieille pile, isolée d^un pont brave depuis des siècles son impuissante rage. . . . Car Sakharbet n^a pas toujours été ce
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qu^il est à présent; c^était jadis une ylUe; on voie sur une colline derrière la station, la ruine d^un château fermé de murailles. La chapelle du côté de TE. m^a offert une particularité curieuse. On avait muré dans les angles du mur du chœur deux grands vases en terre, faits exprès pour conserver les eaux de pluie du toit, pour Pusage des prêtres qui la recevaient dans le chœur au moyen d^un robinet (i). Ces ruines sont étouffées sous une forêt de hêtres, mêlés d'ifs, de houx en énorme quantité et de grenadiers sauvages. Jamais je ne vis tant de ronces et de mures sauvages.
11 n'est resté de Sakharbet que son ancienne église qui est fort jolie; les fenêtres et les cor-r niches sont couvertes de sculptures ; le dôme est d'une grande élégance et très élevé.
On prétend que les Turcs construisant Poti, ont tiré de Sakharbet leurs matériaux que le Dadian d'alors leur vendait à un prix exorbitant; on dit même qu'il fit démolir plusieurs édifices pour faciliter ses livraisons (2).
Le gyps de Sakharbet est un avant-coureur
(i) Voy. Atlas, 3* série, architecture, pi. 4- (2) Le nom de Sakharbet répondrait assez bien à celui de Tsakhar qu'Agathias donne à un château des Missimianes ; çiais la description ne s'accorde nulle* ment.
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- 3d9 des révolutions géologiques qui ont bouleversé plus loin la contk*ée.
A ôyerst de Sakharbet, sur la roule d'Abacha, en paraît le premier échantillon; un petit ruisseau qu^on traverse ne coule qu'au milieu d'un porphyre pyroxénique amygdaloïde/ semblable à celui de la Crimée , et plus loin se retrouvent les mâaphyres noirs qui ressortent en forme de dômes sur la rive gauche; on y reconnaît même des armes prismatiques.
La route se glisse pendant 3 à 4 verst entre œs masses pyroxéniques; des ruisseaux sillon-* •nCBt ces protubérances qui sont en partie recouireites de débris de craie; c^ roches calcaires gagnent ^i importance et en hauteur à BMîsâire qu'on approche de Chekhèpi, château plus, fsusile à prendre qu'à nommer, conune ..dîsffit M. P. Il domine une colline à gauche du chemin. M. Gamba (i) lui suppose quatre campaniUe&où l'on n'en voit que deux absolument ; le noyau du château consiste en l'une de ces tours carrées qui ont l'air d'une pyramide tronquée, comme on en retrouve souvent en Iméreth. On ne .peu]t arriver qu'avec une échelle à la porte cpii est placée à l'étage«
M. Gamba dit encore que c'est ime construction en piares liées av6c de la terre glaise, ce
(t) Gamba, Voy. dans la Kvaaïe mérid.^ t. I, p. i56, l. H
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— 37P— ; qui e^t contre Vus^g/p con$ta»t 4u fayê im Vùa ne voit ni monastère, ni château quiiul toit asaii^ en bonne ciwvi $1 pboAdiiota d«M b pays.
. Jusqu'ici U rqut^ «uit I0 pûed èm isdUîms; m iaee du ch^teavf oa tQuri^^ twp te m^ ayant on %e9 dans le loÎAtwi, q^ moAtagiie« ^IpâHr riel au-delà dp la plaipa dç J^îiigrélîa.
. Quatre verst à peu pi*s av««4 4^anrilw à la jsi^liçn d'Abac^a, mon Çq^^^ii^^. {MUt plus au droit, me fit t(:!a¥waw II» varta diBsséqhé où je risquai «fd^tM fois dronfonew, t^t il y avait d^ tro!|«. ]> fiwd du «d finodmt par lea attén^«Bauant3 de rAbacht cflt aabl^^ .li^ plantes qui te taf^sœt m nacobvnut légéjrement 4e oe aaUe qui vient .des nopiagBM «n .temps d'iuondatio^y pounrisawt ensuila, at faiaai^ .ti^t il qn résulta des troua lattti^ at danfeimi^. Ja conseille donc au Toyagaiara de suivve ^litlAt la granda route*
Abacba est à vingt y^^t de Sakliapbal> at SaUiai4^t ast à quioM Tarât do Khorga^ ^. P'4baf^haà Mamnne^ on ensiptodisfff^Taai.
.KKcapté tes daim pneaûen» varatqua Vmn fiât dus ,l}i^^uperbafor4td«Jiétrafi, tepaysnle«tp^ai boisé, ilarairdésertetmonotfme; onna vaiuuc^pe 4^s d« chanqps, si d'^iicJos de maïs at de millet. ' Ayant d'anivar au paata de Mwamif , on diverse sur un radeau la Tskhéni-tskali , toujours tri^i^ible et tourlûltenmnte qui sépara la fifyi-
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gi^iie de rimàrâth. Tskéoi-^tskali signifie ; ri^ ?)^ des cheyau3i; cW le Hippus des anciens qui a la même signification.
Maranne, outre la staticoi de poste, renferme wx déta^J^ement de je ne sais combien de Cbsa*qiies, qui y sont en cantonnement commandés par un offidber. Tous cbb Cosaques qui font lemp .«ervioe au*^filà du Cauease, sont des bords du £loii} il j fiA a fort peu de la Ligne, car cetix^^el reeteot à leur poste. On ne peut se faire une idée de la diffu^renee morale qui existe entité oef .deux, classes ide soldats appartenant à la même joiiqn* Plus le Cosaque de la Ligne est brave, J»OB et serriafala, {dus celui du Don est lâche, gpQssiep, inoomplaîsant, peu serriable, quand le stang de la personne «pii lui comniande: ne lui ûipose pas. Ceci souffre moins d^exceptions iptW ne le pei»e»
Que cdm qui veut voyager dans ce pays, ne Vattiœde pas à trouver ptftout'bon ^te, bon pajoa^ bon lit. S^il n\ippc»te pas tout avec M ^ il me trouvera rien du tout dans aucune station, -4xirt beureux s'il peut y obt^iir une planche pour «Y ét^idre sans être obligé de se coucher sur la terre. La seule ressource que Ton ait de là en ià, ce sont quelques doukani, espèces de marchands ou pintiers imérétiens, chez lesquels on peut acheter du vin, des chandelles, des concombres et qudlques autres bagatelles. Un grand
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gobelet de vin en détail coûte quatre à cinq paras ou deux centimes et demi, une pinte de Tin dix paras ou un sou.
La route de Redoute-Kalé jusqu^à Maranne et même jusqu^à Goulntskali est très mauvaise, et même presque impraticable pendant les pluies pour des voitures ; la terre glaise prédomine ; on aurait eu cependant la plus grande facilité à construire ici un bon chemin, vu la grande quantité de pierres et de galets quW peut se procura* partout. Au lieu de cela, on a suivi Tusage de là Grande-Russie de placer des rondins à côté les uns des autres dans les endroits marécageux.
Un second inconvénient plus grave encore a sa cause dans Pobligation où Ton est de traverser à gué la plupart deiis rivières qui se jettent à la droite du Phase. Il suffit dW orage dans Tintéerieur des montagnes pour augmenter tellement leur volume qu^elles sont prêtes à débordar. Les voyageurs et les transports sont obUgés d'^attenrdre quelquefois plusieurs jours de suite caBopés sur les bords, avant de pouvoir continuer leur voyage. Ce second inconvénient, qui aurait entraîné à des dépenses immenses en ponts et en digues pour y remédier, aura été cause sans doute qu^on aura transporté la grande route sur la rive gauche du Pliase jusqu^à Poti. M. le colonel Espejo avait déjà présenté le devis de cette nouvelle route, qui ne sera pas non
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plus sans difficulté ; car on n^aurapas là les galets et les pierres à portée comme sur Fancienne route; d^ailleurs les bords du Rion sont bas, sujets aux inondations et aux éboulements.
A quelques verst de la station des Cosaques de Maiiaime se trouve le camp de Maranne ou Ouscié-Tskliéiiitskali,, placé dans une position très mal saine, au confluent de la Tskhénitskali et du Phase; il s^y trouve une ou deux compagnies de soldats qui sont spécialement chargés de garder et de recevoir les farines du gouvernement qu^on y envoie de Redoute-Kalé en remontant le Phase. Dans le temps que cette secte qui outrageait toutes les lois de la nature et tous les droits de la société sur une ùnsse interprétation de la Bible, Ëûsait de terribles progrès dans le régiment des chasseiu^s de Mingrélie, et quHl y avait jusqu^à six soldais par jour que le fanatisme le plus dégoûtant portait dans le plus grand secret à subir cette affreuse opération qui les effaçait du nom-^ hre des hommes, Jermolof, pour arrêter le mal, ne trouva rien de mieux que de réunir tous les coupables à Rionskaïa, et de les condamner au transport des vivres sui* le Rion, de Rionskaïa à OusciQ-Tskhénilskali. Seuls avec eux-mêmes, sans communication avec le reste du monde, méprisés, chassés comice inhabiles du rang des soldats, obhgé^ à un travail pénible, ils furent une leçon de fait plus agissante que toutes les
défenses possibles; la contagion oessapresqu^à Tinstant dans le régiment.
On remarqua bientôt combien cette opémticm dénaturait Thomme; il n^est plus en état ni de boire du Tin, ni de manger de la Tiande; tout ce qui Fexcite lui esta charge; il esl sansfaGoiie^ sans ambition^ sans voix; sa rois, est nnniM» comme ceUe d^une femme; il est ftible; il trettK ble, quand il doit porter le fîisil; ses chm^ sont flasques et pendantes. Ou ne mène pas la Yonité, Torguèil religieux*
De Maranne à Goubitskali, le cbeinin est uni et traTerse une partie fertile du district de Vaké; ce nom signifie en géorgien i^allé^ large.
De Goubitskali qui est la demi^*é statièn avant d^arriver à Koutaïs, la plaine est recotH verte de galets qui constituent le ftmd du sol, dont la maigreur influe considérablement sur la végétation qui n^est pas si belle ici que dans k reste de la Mingrélie et de Plmét^th. Les fbrét^ sur la route sont peuplées de châtaigniers, dé grenadiers éclatantâ^ de hêtres, de charmes, de plaqueminiers et de buissons ardents, que je rencontrai ici pour la première fois depuis mot! départ de Crimée ; oét arbuste aime un sol sec et pierreux.
Tous ces amas de galets sMtendent principale^ ment au devant des débouchés des rivières; comme la part la plus pesante, ils se sont déposée
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1m premiers dès qu^ils n^étai^it plus chassés par le Umtentj tandis que les parties plus légères et plils fiseÎDont été entsaînées plus au loin.
Api*èsjuiie journée très ohàude, prêt à entrer à Ktoirtàis^ Tonge comm^çait à gronder. Mon Casaque allait dûyant moi et se hâtait espérant enter h ploie. Là où le Pbase s^échappe en mu- .gifisant des deniières rotihes jurassiques qui en- Qttssant son lit ayant de lui donner entrée dans la liàagmfiqye plaine de Fantique Colchide, vous voyez le nouveau Koutàïs s^étendre dans Tangle de k jdaine qui commence sur la rive gauche du fleuve. Il serait impossible d^énumérer tous les ponts en bois ou en pierre qui depuis la plus haute antiquité menaient de la rive droite à la gauche; oh trouve sur les deux rives des piles et des culées qui appartiennent à tous les liges» Lé passage qu^on a adopté actuellement est un dedjdus difficiles dé ceux qu^on pouvait choi-* sîr^ La route abords d^abord le pied dWe paroi de rochèl*s à* pic, dont le Phase baigne la b*se( ail lieu de tailler une route de niveau dans le roe^ ea Ta &îl monter rudement pour redesoendre plus rudement encore avant d^arriver au poBt en bois établi sur dWciennes culées, tandis qu^en établissant un pont en face de Pancien palais des tzars de Géorgie dans Fendroit où le Phase est presque déjà dans la plaine, On aurait abordé la ville de la manière la plus ConiMode.
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Ce pont a été projeté depuis long-temps, et les gouverneurs du pays en ont proposé au gouvernement la construction coname un ob^et de la plus haute nécessité. Le gouvernement chargé de tant d^autres dépenses, a adressé ^m^^ment une autorisation aux habitants de Koiitaïs de le bâtir à leurs frais, puisquHl leur était principale^ ment destiné. Mais Koutaïs est trop pauvre pour pouvoir supporter seul la charge à^une pareille entreprise qui amènerait des frais ccmsidérables, et la chose en est restée là.
Après avoir passé le pont qui a quatre-vingts pas de long , nous avions traversé une partie du bazar, puis la grande place, puis la rue du Jardin de la Couronne, puis des casernes. Mon Cosaque allait toujours devant moi, et je le suivais très flegmativement. « Mais, monsieur, me fait-il à la fin, nous voilà à Pautre extrémité de la ville ; où allons-^nous ? — Ne me mènes-tu pas à la station? —^ Mais U y a long-temps que nous Pavons passée; elle est de Pautre coté -du fleuve, avant de monter le chemin taillé dans le roc. — Nigaud, que ne me le disais-tu! — ^Monsieur, je croyais que vous sauriez mieux que moi où vous deviez vous arrêter. — N'y a t-ilpas d'auberge?— Oh! oui, monsieur* » et ilme mène chez un Russe qui avait une chambre... Elle était louée au fils du Dadian de Mingrélie. — « N'y a-t-ilpas d'autre refuge dans toute la ville? — Oh ! oui, j> et il me mène au
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bazar d6vaBt. une sale boutique de cantinier. li crie, beurte à la porte, aux. fenêtres... Personne ne répond. L^hote, nous dit un voisin, est h ht montagne. — «Enfin n^ a-t-il pas mojea é0 se loger autre part dans toute cette &meuse ca|9^< taie de riméreth ? — Non, pas que je sache. — Em ce cas, il nous faudra bien retourner à la staticm. » Heureusement j^ arrivai assez à temps pour *mY mettre à couvert de la pluie qui dev^aait toujours pbis violente. Le soir était là; la nuit se faisait; il n^ ^^^ P^ d^autre ressource que d^aocepter un sale grabat recouvert d^un vieux feutre, dans un taudis ou cinq ou six Cosaques dont la moitié était ivre , dormaient entassés. Le vent me soufflait dessus et la pluie m'^asper** geait à travers une fenêtre à carreaux de papier en lambeaux. Des estafettes arrivent avec des dépêches, des ordres, des rapports, etc. L^écri«* vain grogne en se levant d^êbre obligé d^aller co« pier ces adresses qui sont souvent du grimoire pour lui. Pour surcroit de malheur, un trans** port de jeunes Cosaques qui venaient du Don pour faire leur temps de service, et qu^on avait envoyé pour recompléter le poste de Maranùe, avait passé ce joiu:-là par Koutaïs. Ils apportaient aux vieux des nouvelles de leurs familles, de leur Stanitsa, les vieux les avaient fait boire, les avaient fêtés. Après leur départ, on avait passé le reste de la journée chez le doukani à se
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— 37» — ticonter récifNroquement ce qu^ôn aVâit appris des Douteaux arrivés^ el à achever de s^i»iivrer* Oii se querella. Toote la nuit ce ne i!bt qu^uné èôhiie de ces Cosaques irres qui entraient dansi »i^ diambre pour chercher à débaucher ceux ^ j donnaient, ou pour se plaindre ^ un se dis^ puia^ on se dit des gros mots; on se battit; quelques-'uns des combattants vinrent tomber sur mon lit ; les batailleurs furent jetés à la pctarte.
Heureusement enfin Taube radieuse qui venait de remplacer cette orageuse nuit, tn^annonça Faurore du plus beau jour; qu^il me tairait d^al-^ 1er me présenter au général Vakoulski, gouver-* neur de Flméreth, de la Mingrélie, eit. En attendant j^allai faire bouillir sous un hangar la petite bouilloire qui me tenait lieu dé théière. Le thé dans tous mes voyages fut mon meilleur préservatif contre les maladies du pays. Le matin il nétoie TestomaC^ lui donne du ton, égaie Tesprit et ranime les forces. Le soir il délasse^ et sert de correcteur à tontes les fatigues, à touttt la tariabifité de température, de sc;c et dliumide^ ^^on peut avoir eu à supporter de la part de Vatmosphère, surtout quand on prend comme moi son thé une foisi au moins toUs les deu:ic jours, avec du verjus de raisin ou de la crêmë de tartre^ Cest une bonne précaution contre lei fièvres chaudes et bilieuses. Il est d^autre chose a recoomiander aux voyageurs, c^est dé ne paA
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se fiôre faute de vin à leurs repas, dVn liser 8<h brement; mais de ne jamais en boire hors des repas ; de ne pas se mettre en route pendant lea heures chaudes de la journée depuis dix et onze heures du matin jusqu^à trois heures après midi^ dans Us mois de juillet et d^août ; d^étre sur leurs gardes par rapport à Phabillement, de se mettre {dos chaudement le smr et la nuit à cause de la fi^cheur que la chaleur qu^il a fait pendant la journée et les nuits plus longues que dans le nord^ rendent plus sensible.
Au milieu de la matinée, je me rendis cheis lé gouremeur; j^étais si pressé de quitter Pétrange abri qui m^était tombé en partage^ que ce fut pour moi un oniel désapointement d^apprendre qu^t aTait quitté la ville la veille pour aller passer quelques jours à Bagdad, à la campagne. Il me fallut avoir recours au ccMUmandant de la viHe, que je ne trouvai pas non plus, parce qu^it était aUé fiôre une tournée hors de lîlle. L^aide^e^ camp de place était à Tiflis* Personne pour nie protë^r ; pas un coin pour me réfugier.
Il me vint alors dans Pidée tous les éloges que MMl. Gamba et Rottiers faisaient des révérends p^:^s capucins de Koutaïs. ... Si je m^adressdi!^ à eux, me dis-je ! -^ Très empressé, je nie rends à leur église où je trouve toute la population ai^ mémenne-catholique à la messe, chantant du totl le plus discordante J^attendis que le père^Céle»*
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— 38o — lia eut fini de célébrer Toffice, et à la porte de l?église, je me présente à lui comme un étranger européen, dans le plus grand embarras, qui attend tout de sa bienveillance poiu* trouver un r,éfuge ; et je lui raconte ce qui m^était arrivé. Le bon père était accompagné dans ce moment par le célèbre docteur Campocasto, leplusi^are et le plus gredin des charlatans qui se disent médecins, illustré déjà par les relations deM.Gamba. « Moun cher, me dit-il, en prenant la parole pour le père Célestin, à quoi pensez-vous, moun cher, de vous adresser aux révérends pères?
Comment est-il possible de penser qu^ils puissent vous loger ? Moun cher, les bons pères ont déjà bien assez à faire à s^arranger , sans avoir des étrangers à leur charge; ils ont si peu de place ) leur maison n'^est pas un hospice ; d^ailleurs , moun cher , songez à vous tirer d^affîdre vous-même. » £t voilà la substance de la noble harangue de M. Campocasto, baï'agouinée moitié en finançais, moitié en'itahen. Le père Célestin, pour adoucir un peu la chose, m^invita à boire une tasse de café , et je le quittai ensuite pour aller me disti*aire parmi les ruines de Fantique ville des Qrcé et des Médée, de la perplexité dans laquelle je me trouvais. Si ces belles enchanteresses s^étaient seulement trouvées là ! ! ! Ah ! Messieiu^s les voyageurs, ne comptez pas sur les pères capucins de Koutaïs.
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Vers le soir, je touIus pourtant ¥oir si le commandftSit n^était point de retour* Heureuse*ment je le trouTai établi sur la galerie d^une maiwn qu^il venait de faire bâtir. A peine eat«*îl yu mon passeport, qu^il me félicita sur mon heureuse arrivée, m^assurant que j^étais attendu, et qu^il allait me £dre donner un logeraient. £t il m^invita à prendre avec lui une tasse de thé.
Quel changement de fortune poiu* mo^! CoWmë je m'^empressai d^aller ni?établir chez moi, pTo^ fondéis^nt reconnaissant de la iioble ptotediaii .que m^accord^t le gouvernement. .
. . On m^Âvait donné pour logement une maison ^rgienne tout entière, isolée au milieu d'^uu groupe d^arbres un peu sur la hautem*, à. coté de .celle d^un pope géorgien. Une large gakm.{u:*ér cédait unp grande chambre avec iinechc^Boânée dans le fond; un vieux lit démantibulé,, ime chaise, une table en faisaient tpiitFaipieublementi Un long cabinet sgr le côté complétera ^plap de la maison , où je passai d^abord dix délicieux jours seul, isolé; sans relations aucune avec per^ sonne, occupé seulement à ccfutempler cette nature magnifique. Est-il rien de plus pittoresqua que Koutaïs et ses alentouxss? . >
Mes matinées se passaient à errer parmi xes vastes ruines, et sur ce sol antique et vénérable quWaient foulé Jason, Médée, David II, Thar mar, Roussoudan. La ville de Médée est ense-
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— 88a — "V^He sous tant d^autrës ruines qu^diie est intpou- -^le. Et maintenant après tant de aîècies d^une vie orageuse , elle est morte* Le mont qui sup^ |>orte tant de débris sYlève comme un yaste tonklieau à coté de la nouvdile ^iUe de Koutaïs. Du miUM des grenadiers, des buis, rien que :pans de murs renversés, que murailles grises ruinées, que tours dont la moitié a roulé dans le Phase y et pour enseigne Tantique cathédrale ^èr^ comme une veuve abandonnée ses éiioistties voûtes enfoncées, ises portiques ravagés, pour dire à TEuropéen, qui vient rechercher la ^ire de cette capitale de Fantique ColcMde i — la voici; voi<â tout ce qu^ en reste. Je me refiaissais de nnlie souvenirs ; je dévorais des yeux ces. inscriptions mystérieuses, et dette foule de scu^ures mutilées; je scrutais les fermes ê.n passé diaprés lés restes du présent; enfin, fatigué de combiner, de restaurer dans ma pensée, de copier, de dessiner, las d^avoir erré parmi des pierres mortes couvertes de lierre ou fendues par le pied des figuiers sauvages, j'aimiais à m*B^ séoî^ au pied d'une tour renversée, sous un grenadier et à contempler Tun des plus beaux paysages de riméreth. Paimais à porter mes regards au-delà du Phase, écumant parmi les bancs de rochers et les reposer sur cette nouvelle Koutaïs, où k vert des beaux arbres se mêle à Pirrégularité des maisons semées dans la verdure. iTy
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Gatta^pyufi Mf%an44^ jiwiiAQudiiftii» goU»4f iTendure^ sépara Jm coUîms mwc é o iifatCaitcase d^avec la chaîne mélaphjriâqW'^t envywne d^Akhaltsikhé. QueUe est belle quand elle réfléchit les derniers rayons du soleil qui dorent ses cimes et que toutes ses combes et ses rallées se dessinent dans Fombre et la lumière (i).
Je revenais enfin gai et content dans mon
(i) Voyez pour comprendre la description de ce paysage, * les deux vues que j'en donne dans mon Atlas; a® séiie pittoresque^ pi. i3y a et b.
a^le, Cdinme une abeille chargée de son trésor, ^t pendant que je repassais, que je complétais le travail de la* matinée, je fidsais cuire mon dîner tout doucement. Le garçon du pope voisin venait le matin me demander mes commissions poiû* le bazar, me pourvoyant de vin, de viande, de galettes grecques qui tiennent lieu de pain, de millet, de melons d^eau et autres fruits.
Souvent nousétions fort embarrassés, moi de lui expliquer ce que je voulais avec le mince vo«cabukire de M. Gamba, lui de me comprendre.
Nous nous ' désespérions quelquefois ; mais un passant diaritable, qui savait un peu de russe, Tenait nous tirer d^embarras.
iS&nwpaB achevé, j^alténdais tranquiUeiaeiit 'shir liiA galerie, d^où Ton jouissait d^une chatv mante vue, «pie le fort delà dialeur fû^r pfts^é, pour aQer>r^eddi^e mon poste parmi les» ruines -el recommencer Mié& dessius. |)ix jours ainsi sdnttrop vite passés^
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KOUTAIS