‹ Voyage autour du CaucaseChapitre 9 sur 20 · X . .Kolkhes · texte numérisé non relu

X . .Kolkhes

• Koraxiens. x . .Kolkbes.

Ce tableau est fait pour peuplades de la côte de Isfume chez Constantin Porphjrogënète , la ligne inf(é- ^ue i*ai mises en tête , telleie , celle d'en dessus marque la position de celles de

Quand un nom ancien adres.

quelle limite il s'étendait. P^le emploi, comme Pline, bu Procope^ j'ai indique lesChë^aki, les Natoukhaï |t par le caractère ordinaire les noms qui étaient en moitié des Chapsoughes, et| Abjouases.

ToM. I, p. 69. ;

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race finoise , comme des Tchouds , et cela avec beaucoup plus de raison (i).

Les Héniokhes, entourant la Grande-Dioscurias, sur le sol actuel des Abkhazes , virent leur puissance se développer par le commerce.

La Polipolis akhéenne resta inconnue à Thistoire. .Le voisinage du royaume du Bosphore Téclipsa, et même il paraît quWe partie des tribus tcherkesses passèrent sous la doi^^nation des princes qui gouvernaient cet état. Car les noms de Kaukasiens, de Thatéens, de Torètes, ^u^on retrouve dans les belles inscriptions des Périsades , sont sans doute ceux de peuplades 4:cherkesses.

Les monuments de Panticapée , dont je donnerai la description en son lieu^ ont ici une valeur que n'auraient pas ceux de la Grèce , c'est de nous offrir de la main des artistes du pays, des portraits vrais de toutes les nations voisines avec lesquelles les Panticapéens étaient chaque jour en relation, et qui étaient soumis à leur roi. Leur étude pourra nous donner des lumières sur bien des points obscurs.

Jusqu'à Mithridate cessent toutes notions directes sur ces tribus qui xious intéressent spécialement , les Kerkètes , les Akhéens et les Hénio-

(i) Jean Potocki, Voyage au Caucase et dans les steppes d'Astrakan , II , p. 20.

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khes. Le seul auteur qui eût pci nous en dire quelque chose, Skymnus de Cliio, présente ici une longue lacune.

Mithridate, en 65 avant J.*C., poiirsuiTi par Pompée, son vainqueur, s'en vint des rives de r£uphrateenColehide, et de là alla passer Thiver à Dioscourias. Continuant sa route, il tenta le premier ce que personne n'avait tenté avant lui ; il longea la côte des Tcherkesses de Dioscourias au Bosphore (i).

Les Héniokhes alors avaient quatre roîs.

Pour la première fois fiaraît sur la scène le nom des Zyglws , que Strabon place entre les Héniokhes et les Akhéens , tandis que celui de Kerkètes disparaît dans la position où le place Scylax.

Strabon , qui écrivmt 26àns avant J.-C.,etqui avait été à même d^apprendre à connaître à fond les circonstances du pays, est le premier à citer ce nom. Existait-il auparavant? Cela est plus que probable. Dès qu'un peuple resté à la même place, ne change ni d'esprit ni de caractère, il est presque certain qu'il doit avoir ses dénominations à lui, qui ne changent pas et qui percent à travers les siècles; les étrangers leur donnent des sobriquets , mais ils passent , et il n'y a que les noms nationaux qui restent. Non-seu-

(i) Strabon ; p. 476.

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iemeni les Géorgiens , mxBsi anciens que This- . toire , n'ont jamais eu d'autres noms que ceux de Djikhes et de Djikhethi , qu'ils donnaient à k ^ôte de la Circassie , mais il paraît que les Tchelv kesses ne se sont jamais connu d'autre nom collectif que celui d'Adighes , qu'ils se donnent à eux-mêmes. Le nom grécisé de Zygb^s aurait été le vrai nom local qu'auraient masqué les noms d'Akhéens et d'Héniokhes , forgés par les Grecs , et de Kerkètes , nom local d'une tribu <pte son voisinage du Bosphore aurait fait connaître.

Ces Zy gkes, Djikhesou Adighesproprementdits, occupaiait la partie de la côte la plus hérissée de montagnes crayeuses, la plus entaillée de ravins, la plus inaccessible; Strabon nous donne un tableau remarquable et frappant de vérité de cette peœtie de la nation tcherkesse.

i( Après la Sindique et Gorgippie, dit-il (i), <( le long de la mer, habitent les Akhéens , les <( Zyghes et les Héniokhes, sur une côte presque « sans ports et montagneuse, qui fait partie du « Caucase. Ils vivent de leurs pirateries. Ils ont « de petites galères légères, recom'bées et capa- « blés de porter vingt hommes, rarement trente. « Les Grecs appellent ces galères camara. — <( Formant une flotte de ces camaras et navi-

(i) Strabon , p. 476.

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n guant tantôt contre les vaisseaux chargés de (( marchandises^ tantôt vers quelque contrée ou a quelque ville, ils maîtrisent les mers. Les Bosn phoriens les reçoivent souvent dans leurs a ports et leur fournissent des vivres et Pocca- « sion de vendre leur butin. Retournant chez «( eux 9 quand ils ne peuvent plus tenir la mer, a ils portent sur leurs épaules leurs camaras dans «( les bois, où ils habitent et où ils labourent « quelque peu de terrain peu fertile. Quand Té- H poque de la navigation revient, ils les reporte tent à la mer. Us en font de même partout où « ils abordent (car ils connaissent toutes ces con- « trées boisées); ayant ainsi caché leurs ca- <( maras, ils errent à pied et de nuit, quelquefois « de jour pour faire des prisonniers, qu^on peut <( rançonner, facilement ; car avant de s^en re- « tourner, ils font savoir quelles sont toutes les « choses qu^ils ont prises à ceux qui les ont perte dues. Cest pourquoi les lieux qui sont soumis <( à des princes, et qui ont été ainsi pillés, ont « obtenu de leurs chefs une garnison, qui soute vent poursuit ces pirates et les prend ainsi (( que leurs camaras.

u La contrée qui est soumise aux Romains, «( est celle qui a le moins de secours, à cau- « se de la négligence de ceux qui y sont en- « voyés.

« Telle est la vie de ces pirates. Ils ont des

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« chefs, et sont gouTemés par des skeptoukhes, ic et ceux-ci sont soumis à des tyrans ou à des « rois. »

Ce fiit autant la difficulté du sol que la fierté des Zyghes, les Chapsoughes , Ouboukhes, Sakhes de nos jours, qui engagea Mithridate à côtoyer à grande peine le rivage escarpé et à faire des détours par mer, plutôt que de se hasarder dans rintérieur du pays Mais dès

qu^il eut atteint les Akhéens, les Natoukhai, il obtint leur aide pour achever son voyage jusqu'eau Bosphore... On voit que les Akhéens étaient amî^ des Bosphoriens, sHls ne leur étaient pas soumis.

Je ne m^arrêterai pas long-temps sur Pline qui, soixante-quatorze ans après J.-C., compile Tancien et le moderne, et qui fait très souvent de doubles emplois.

Arrien est beaucoup plus instructif : voyageant par Tordre de Pempereur Adrien, qui régnait de 1 1 7 à 1 38 de J.-C. , il lui rendait compte de tout ce qui pouvait intéresser ce grand monarque; visitant lui-même le pays, il ne cite plus que des noms vraiment nationaux. Le nomd'Héniokhes disparaît définitivement pour faire place à ceux de Sanighes, d^Abaski, d^Apsiles; les Zykhes font oublier les Akhéens, dont il ne reste que le nom du vieux bourg d^Akhaïa, aujourd'hui Pchade. Tous ces peuples obéissent aux Romains,

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et lés quatre rois qui les gouvemeQt sont nom-^ mes par Fempereuré

Appien, qui écrivait à peu près à la même époque, se sert bien encore dés noms d^Akhéens et d'Héniokhes ; mais c^est pour se transporter au temps de Mithridate dont il écrit lliistoire;; après lui ces noms disparaissent entièrement.

En 4^5, les Chroniques géorgiennes disent que Vakhtang Gourgaslan reconquit laMingrélie et rAbkhasie, qui avaient été déchirés de la Géorgie par les Grecs, et qu^il soumit aussi la province de Patchanghi, PAbala d'aujourd^hui^

Procope^ né en 639, est un exemple dea er-.

reurs dans lesquelles un auteur qui écrit sans, critique et sans connaître le terrain , peut tomber quand il veut combiner ce qu'il a compilé dans les anciens avec les notions du jour. Procope parle en détail de PAbkhasie, des peuples qui Thabitent, de leurs relations avec Tempire grec sous Justinien ; on ne peut rien hre de plus exact; le secrétaire de Bélisaire, qui avait eu Toccasion, sans doute, de voir les rapports officiels que les officiers de Justinien envoyaient à la cour, en parle avec une parfaite connaissance de cause, et dépeint les localités qui sont le théâtre de la guerre en Abkhasie, avec une rare vérité. Après les Abasghi, il place les Zeckhis sur le prolongement de la côte, vers le Bosphore. Telle est la géographie d'alors. Puis trouvant dans ses.

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— 7* ~ aadeiis auteurs et Yraisemblablement dans Arrien quHl consulte et compile souvent, le nom des Saghides (i), dont les Zeekhis et les Abasghis avaient de son temps masqué le nom, ne sachant où les placer, il les rejette au-delà des Zeekhis, et y place Sébastopolis et Pythius, qu^il a déjà nommées parmi les places des Abasgfais.

Aucune étincelle historique ne perce sur les Tcherkesses à travers les 7*, 8* et 9* siècles.

Ce n'^est qu^au 10* siècle que nous voyons un monarque puissant, Constantin Porpfayrogénète, avoir Pheureuse idée de nous laissa: un monu-^ ment de son règne, plus précieux pour nous qu*un arc-de-triomphe, c'^est son livre de Fadmir nistration de Pempire, écrit par son fils. Ce ta-^ bleau si vrai, nous prouve que de son temps, comme du temps de Procope, Ton ne connaissait de la côte de la Circassie que deux grands peu-ples, les Zikhes et les Abasghis, derrière lesquels il place la Papaghia, la Kasakhia et TAlania. Sauf les Alains, tous ces peuples sont tcherkesses (2).

(1) 11 parait qu'il y a chez Arrîen et cheis Pline corruption de texte , et qu'il faut lire comme Procope , Saghidea au lieu de Sanighes ; car cette ancienne tribu tcherkesse existe encore aujourd hui où la placent AiTien et Pline, sous le nom de Sakhi.

(2) Les Alains sont les Ossctes des nos jours , les Ass ou lassàix moyen-^e : les Ossètes s'aj^Uent eux-^mémes Ir, ou Irones , et leur pays Ironistan.

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^ fj^ —

Massoudi (i), qui écrivait ^i 94^ en même temps que Constantin , ou peut-être quelque»

années avant lui, est encore plus circonstancié. Sur les borcR du Kouban, il place les Adem^ d^hat (Adémi), occupés de la pêche de ce fleuve^ derrière les Alains, entre le Caucase et la- Mer de Roum (Noire), les Kéchek (3). « Cette nation^ « dit-il , est d^un caractère doux et professe la « religion des Mages. On ne trouve pas parmi •♦ tous les peuples qui habitent ces pays, qu'ail y a en ait aucun chez lequel les hommes aient « les traits plus réguliers, le t^nt plus éclatant « et la taille plus svelte. On dit que les femmes « sont d'une beauté surprenante et très volup^ « tueuses . Les Kéchek emploient pour s'^habiller « des toiles blanches , des soieries grecques , de « Técarlate, et d'autres étoffes de soie, brochées « en or. Les Alains, quoique plus puissants que « ce peuple, n'ont pourtant pu l'assujétir; il « leur résiste par les places fortes qu'il tient sur f( le bord de la mer. Quelques personnes pré- « tendent que c'est la Mer de Roum, d'autres « que c'est celle de Nithis (Pont). Il est cepen- « dant certain que le peuple de Kçchek est à peu

(1) Massoudi, dans le Magasin asiatique de Klaprotk, p. 289.

(2) Les Ossètes appellent les Tcherkesses Kasakh , et les Mingréliens Kachak,

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« de distance de la yiUie de Trébizonde, avecrau quelle il communique continuellement au « moyen de barques qui y portent et en rapporte tent des marchandises, Jusqu'^à'présent il n^a n pu se mesurer sur le champ de bataille avec « les Alains, la raison en est que les Kéchek n^ont « pas de roi qui puisse réunir toute la nation ; a car si elle était bien d^accord, ni les Alains, ni ce aucun autre peuple ne seraient en état de lui fi tenir tête. Le mot de kéchek est persan, et a signifie orgueilleux, arrogant. Dans leur voi- « sinage et sur les bords de la mer, habite un « autre peuple qui occupe le pays nonuné les n Sept-CarUons ; il est nombreux et belliqueux, <c et son territoire est d^un accès difficile. Je ne « sais pas quelle est sa religion (i). m

Ces Kéchek sont les Zykhes de Constantin, et Massoudi leur donne aussi pour voisins au sud les Abkhazes : on reconnaît dans cette notice que je viens de transcrire les élémens de la description de Strabon, une nation livrée au commerce qui parcourt la Mer-Noire jusqu^à Trébizonde, montée sur des barques ; Téloge que Massoudi fait de la beauté des hommes et des femmes nous apprend que la vente des esclaves était la principale basé de ce commerce ; Massoudi y joint

(i) SoDt-ce les Aitl-Kessek de nos jours, les six Êimilles, les Tapanta ?

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aussi des étofiès. Les Kécbek, comme du temps de Strabon, n^ont point de roi commun, mais ils obéissent à des chefs isolés, séparés, qui sont les Skeptoukis de Fauteur grec. Je n^ vois qu^une seule différence, c'est que la nation kéchek ou zykhes avait des mœurs plus douces, influencée par la nation des Abkhazes, ses voisins, qui était montée à un haut degré de puissance et de civilisation par ses relations avec Fempire grec.

En ioi5 mourut le grand- duc de Russie Vladunii', laissant douze fils auxquels il partagea, selpn les us du temps, ses états, sous la suzeraineté de laroslave.

Mtislave^ Fun de ces douze fils, ayant aidé en, 1016 Feinpereur de Constantinople, Basile II, à détruire Fempire des Khazar en Crimée , poursuivit ses exploits vers Forient. A la tète de ses Slaves russes, il passa dans File de Taman, déclara la gueiTeaux Kassogbes (Kéchek, Tcherkesses), et vainquit leur chef Rededja dans un combat singuUer, Il soumit aussi les lass , qui. étaient sujets, à ce qu'il paraît-, du même prince que les Kassogbes, et fonda une principauté à laquelle il rattacha ces deux peuples. Il en établit le siège à Tmpurtarkan , le Taman daujourd'hui (1). Ce petit état subsista plu-

(i) Tamartarka chez Constantin Porph., Materca che* les Génois.

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sieurs siècles sous la suzeraineté de la Russie.

Mais pendant que les Russes venaient ainsi reconnaître les pentes septentrionales du Caucase^ ils s^opérait sur les pentes opposées une révolution qui devait exercer une influence encore plus directe sur la nation tcherkesse.

L^Abkhasie et la Colchide ou Lazique, subjuguées par les Romains et par les Grecs, dévastées par les Persans , reprenant leur élan , placèrent leurs rois sur le trône de Géorgie , qui se vit illustré, depuis le commencement du onzième siècle jusqu^à la fin du treizième siècle, par une 3uite des princes aussi sages que vaillants qui changèrent la face de cette partie de FAsie. Les invasions des Seldjoukides en Arménie réveillèrent le courage des nations chrétiennes (i), et Thamar, la célèbre reine, si bien secondée par ses généraux, se vit respectée et obéie par tous les peuples du Caucase. Les Alains ou Ossètes (lass) avaient été chrétiens, et, en gSi , avaient chassé leurs évéques et leurs prêtres; Thamar fît reprécher le christianisme chez eux et bâtir des égUses.

(i) C'est ainsi qu'on a vu la nation Lithuanienne sortir de son assoupissement à Tarrivée des chevaliers Teutonîques et Porte-Glaive , et quoique païenne > lutter pendant deux siècles et demi contre 4es armées puissantes sans cesse renaissantes.

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Les Tcbei^esses qui jusqu^alors étaient restés idolâtres, reçurent aussi le flambeau de la foi par les soins de la reine Thamar ; il éclaira pour la première fois ces vallées inconnues; des égbses dont on trouve çà et là les traces abandonnées, datent de cette époque brillante de Phistoire de la Géorgie , et la tradition les attribue généralement à la reine Thamar*

L^obéissance des Tcherkesses cessa quand le trône de Géorgie vit des princes faibles remplacer ses grands rois. Déjà en iSgo (circa), Dadian Wamek , éristbav de Mingrélie pour Bagrat VI, roi de Géorgie, sévit obligé de Êdre une grande expédition contre ces peuples pour les faire rentrer dans le devoir; il eut un plein succes, et remporta pour trophées une quantité de chapiteaux et de tronçons de colonnes et de fragments de marbre de temples chrétiens et peutêtre de temples païens, dont il fit construire une chapelle adossée à TégUse épiscopale de la Khopé en IVIingréUe; voici Finscription géorgienne qu^il fit placer sur la porte de la chapelle pour expliquer cette mosaïque bizarre.

« Au nom de Dieu , le seigneur Eristhav , le « chef des Mandator, Dadian Wamek, succéda « à son père le seigneur Eristhav des Erislbav « Dadian Ghéorghi, et il alla dans le Djiketh et « FAlaneth, à cause de leur infidéUté et de leur (( désobéissance, afin de les soumettre. Il les

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u Tainquit et rendit méprisables et inutiles « leurs fortifications ; il emporta de force tous « leurs défilés et leurs routes difficiles; il* « exerça de grands ravages chez beaucoup de « princes djikhes ; à tous ceux qu^il subjugua, « il prit des otages, et mit le reste en fuite. <( Alors il enleva ces colonnes et ces pièces de c( mai'bre et y déposa le cercueil et les ossements « de ^^^ père et mère ; il est bon de penser à « eux un moment (i). >»

Mais quand^ en 14^4) Alexandre, roi de Géorgie, s^avisa de partager définitivement ses états à ses fils, ce fut comme le signal de la* révolte chez tous les peuples montagnards^ et* chez tous les grands vassaux de la Géorgie ; les Tcherkesses furent* les premiers.

Car au nord du Caucase, depuis long-temps, la principauté de Tmoutavakan avait cessé d^exister, et le pays avait changé de face. Pendant la durée de cette principauté , quelques tribus tcherkesses avaient quitté leurs montagnes, s'étaient répandues dans les plaines autour de la Mer d'Asof, et avaient pénétré même en Crimée: la plus connue et la principale , la tribu kabardah, alla s'étabUr au milieu des Tatares (2), entre

(1) Traduction du prince Levan Dadian , revue par M. Brosset jeune.

(2) Les Tatares s'étaient emparés de la Crimée en 1237. *

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le Kâtche et le Belbek dont la partie supérieure s^appelle encore aujourd'hui Kabardah ; la plaine qui est entre ces deux rivières, a conservé de même le nom tatare de Tcherkesse-Tuss , plaine des Tcherkesses, et Ton y voit les ruines du châ-^ teau de Tcherkesse-Kerman qui les dominait.

Abdoun-Khan, que la tradition fait descendre de princes d'Arabie (i), se trouvait à la tête de ces Kabardiens en Criniée à la fin du quatorzième siècle et au commencement du quinzième.

Ces Kabardiens quittèrent la Crimée en bateaux et allèrent aborder à Soudjouk-Kalé d'où ils passèrent aux embouchures du Kouban : ils s'établirent dans la plaine qui est au sud, et fon* dèrent la ville de Chantchir entre le PsifF à l'orient et le Néfil à l'occident. Le rempart et le fossé qui entouraient la ville sont visibles , ainsi que quelques tumulus qui ont pu servir de re-^ tranchements (2).

Le plus fameux des descendants d'Abdoun^ Khan fut Inal ou Inal Teghenn ; il fut vaillant, prudent et généreux ; sous son règne beaucoup de peuples vinrent se soumettre et vivre sous

(1) J. Potocki cita, I, p. i55 de son Voyage au Caucase, éd. Klapr., une généalogie des princes de la Kabardah, qu'il commente ainsi que Klaproth. Voyez aussi Reineggs, 1,243.

(2) Ce rempart a quatre sordes comme un camp romain. Pallas, 1,4^3.

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ses lois. Il régna long--temps , fut fameux par tout le Caucase et toiqours heureux à la guerre. Les habitants de la Kabardah parlent encore de lui et Ton y conserve sa croix d'or.

Ce fut sans doute sous ce prince que les Dpkhes firent une grande invasion dans Plméreth en iSog. Quoi qu'il en soit, il n'j a pas à douter que cet Inal ne soit ce Tzandia Inal Daphita que Fauteur de la Chronique géorgienne de Brosset traite d'exécrable ^ et qui repoussa lesMingréUens et les habitants du Gouriel qui voulaient se venger de l'expédition des Djikhes : ils furent complètement battus ; le Dadian et les autres princes et chefs de l'armée furent massacrés ou faits prisonniers. Malakie , patriarche d'Abkhasie, vint racheter ceux que le glaive avait épargnés (i).

Cette concordance de la Chronique géorgienne et des traditions généalogiques est un fait d'autant plus intéressant, qu'il fixe d'une manière certaine l'époque du règne d'Inal sur lequel Pallas , Jean Potocki et Klaprolh n'avaient que de vagues données.

Au règne d'Inal se rattache une autre tradition qui m'a été racontée par le général Engelhardt à Pétigorsk et que j'ai retrouvée dans les auteurs que je viens de citer ; je vais rapporter

(i)Chix)niqae géorgienne, trad. par M. Brosset jeune, p. 7 et 8.

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ce qui m^a été dit : « Les Francs ou Génois habi-^ taient toutes les vallées du pied nord du Cau- Oasey et vivaient eii paix et en bonne amitié avec les naturels du jpays. Les demeures des Francs l'emplissaient principalement la vallée de Kislavodsk, et ils s^étendaient même au-delà du Kouban. Cependant un chef des Francs devint amoureux de la femme du chef des Kabardiens et le pria de la lui céder. Le Kabardien ne voulait pas entendre raison ; mais sa femme, qui aimait peut-être le Franc , ou qui plutôt voulait servir sa patrie, lui conseilla de la céder au Franc^ à condition que Celui-ci exécuterait les conditions qui lui seraient imposées trois jours après le mariage. Les Francs se réunirent aux Kabardiens dans Péghse qui est derrière le Kouban, vis-à-vis Kamara, et les chefs des. Francs et des Kabardiens prêtèrent les serments récipro— ' ques. . . Ce qui fut renouvelé auprès des idoles deS'Kabardiens. Le troisième jour arrivé, le chef des Kabardiens déclara que ses conditions étaient que les Francs repasseraient le Kouban : ce qu'ils furent forcés d'exécuter. Une partie se retira au pied de TElbrous ou elle oublia et sa reUgion et son origine. Cependant le chef des Kabardiens était très mal vu pour avoir cédé, sa femme au Franc , et il s'éleva même un chef qui menaça de le chassier du pouvoir, . . Les Francs n'étaient plus là pour le soutenir. »

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.Klaprath, qui rapporte moins en détail cette tradition , ajoute que les Kabardiens ont encore un proverbe qui j fait allusion : <( Nous ayons donné nos fenunes pour ce pays (i). )»

Diaprés les Tcherkesses kabardiens eux-m^ nies, telle est Thistoire de leurs migrations et la manière dont ils se sont emparés des rives du Kouban et des plaines de la Kabardah : ils en chassèrent le tribus Ossètes qui furent forcées de se retirer dans les hautes vallées.

Inal est regardé comme le chef de toutes ces familles premières qui se partagèrent la suzeraineté de ces nouvelles conquêtes ; ces piinces cependant ne purent soumettre les Djikhes des bords de la mer qui se trouvèrent libres de fait après la défaite de Mamia Dadian.

.Geor«ge Interiano, Génois,qui écrivaiten 1 55i , nous fait de ces Djikhes un tableau que je ne voudrais pas passer sous silence : c^est une peinture fidèle et très intéressante de cequ^ils étaient de son temps, et j^en fais d^autant plus volontiers ici un extrait que la collection de Ramusio, où elle se trouve en itaUen, n^est pas à la portée de tous ceux qui voudraient la consulter (2).

<( Les Zyghes, ainsi appelés en itahen, en

(1) Klaproth , Voy . au Caucase , 1 , 3if 7 , éd. ù\

(2) Ramusio^ Délie navigationi et viaggi« in Venetia, i5B3, II y p. 197 et 498.

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ginec et eii latki ^ et que les Ttfi^cs «t lefi Tai^tares nommeÀt CkurdâSBi, se doâtt^nt i^vUirmèihêÉ te nom d^Adiga< Us habitent du fleuve die ta Taôa ou du Don,. sur toute k côte asiatique jusqu^au Bosphore , appelé aujourd'hui Vosp«»ô, Bouche de S. Jean et Bouche de la Mer de Zabache :

ils s'étendent ensuite le long de la mer ters le midi, jusqu'à la baie du Buis (càTodi Bussi), dans la direction du Phase, et confinent ici avec PAvogasie, qui est une partie de la 0>lchide : toute cette côte au-dedans et au dehors du palus peut afvoir 56o milles de long :^lle ïies'étéhd tout au plus qu'à cinq journées au letant dans l'intérieur des terres.

« Ils habitent tout ce pays, sans avoit im seul lieu muré : leur plus grand et leur meilleur endroit est une petite vallée dans le cetitrë du pays, nommée Cromûeî elle est liiieux située et plus habitée que le reste. Ils confinent, pur tertre, avec les Scythes ou Tàrtares.

c( Leur langue est Complèteinent diflferente de celle de lem*s voisins , et se |)ârle du gosiei*.

« Ife se disent chrétiens et ont des prêtres grecs; mais ils iie baptisent leurs enfants que quand iU ont plus de huit aiis , les prêtres les aspergent simplement d'eau bénie à leur mode en y joignant une courte bénédictioti. Les nobles n'entrent dans les églises que quand ils ont atteint la soixantaine. Vivant tous de brigan-

dage^ ils Vêii font scrupule et croiiSBlëÊtt pto^ faner Féglise; Mais passé ce temps-là , quand ils ^cessent de voler et de piller (robare) , ils assistent alors aux offices divins , qu^ils n^entendaient dans leur Jeunesse que hors de lâi porte de PégKse et étant à chévàl.

i( Leurs femmes accouchent étendues sut* là paille, qui, selon eux, doit êtte le premier lit de toute créature (Penfant). Après cela, ils le portent à la nvièrë oùt ils le lavent , nonobstant le gel et le froid qui est particulier à ces contrées. Puis ils imposent au nouveau-né le nom de là première personne étrangère qui entre dans la maison après Taccouchement.

« Ils n^ontpas d'écriture à eux. Leurs prêtres officient à leur manière , et font usage de formules et de caractères grecs qliHls n'entendent pas. Quand ils veulent écrire à quelqu'un, ce qui est rare chez eux , les juifs en font l'office en ^e servant de lettres hébraïques ; du reste leinrs messages se font toujours verbalement et par >^ des exprès.

(( Ils se divisent en nobles, en vasseatix, eu serfs et en esclaves. Les nobles sont très révérés des autres et passent leur temps à cheval. Ils ne souffrent pas que leurs sujets aient des chevaux, et si quelqu'un d'entre eux nourrissait un pouilain seulement, ils le lui enlèveraient et liii donneraient à la place quelque pièce de bétail^ eu

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lui disant : Voilà qui est fait pour toi et non pa» un cheval.

<( Beaucoup de ces nobles ont 4^ vassaux : iU vivent indépendants les uns des autres et ne veulent aucun autre supérieur que Dieu. Ils n^ont ni loi écrite ni personne pour administrer la justice. La force, Fadresse ou des arbitres terminent leurs procès.

(( Ces nobles se massacrent les uns les autres; le parent n^épargne pas le parent, ni le frère son frère, et dès qu^un frère a égorgé Tautre^ il ne se fait aucun scrupule d^'aller passer la nuit suivante avec la femme du défunt ; car ils se permettent tous devoir plusieurs femmes qu^ils regardent toutes comme légitimes.

« Dès que le fils à^un noble a atteint Tâge de deux ou trois ans , on confie son éducation à un serviteur qui le fait monter à cheval et lui enseigne à tirer d^un petit arc sur les poules , les oiseaux, les cochons, etc. Puis, quand il est plus grand, il fait lui-même la chasse de ces animaux dans Fintérieur du domaine, et quand il est homme , sa vie n'est qu\me chasse continuelle de bêtes sauvages , et encore plus de domestiques et même de créatures humaines.

« La ipajeure partie de leur pays est marécageuse et couverte de roseaux et de joncs acores : ils ont des sentiers et des passages secrets par desquels ils s'en vont furtivement piller les pau-

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y Tes paysans, auxquels ils enlèvent leur bétail et leurs en&nts pour les vendre. Et comme dans ce pays , surtout dans Fintérieur des terres , on ne fait usage d^aucune monnaie , tous les contrats se font par boccassmSy pièce de toile à &ire une chemise.

(( On m^e au Caire la plus grande partie de ces esclaves, où ils passent de la condition la plus basse aux premières places , et deviennent les premiers seigneurs de notre siècle, comme sultans , amiraux^ etc.

« Leurs vét^nents de dessus se composent d^un manteau de feutre, ouvert pour laisser passer le bras droit : ils ont en tête ime barette de feutre en forme de pain de sucre. Sous le manteau ils portent des ierrilicci de soie ou de toile plissés de la. ceinture en bas, comme Fantique jupon romain... <. Ils mettent des bottes et des bottines très élégantes Fune sur Fautre , et de larges pantalons ^ tœle (calsebrache). Ils ont de très longues moustsfcches.

(< Ils porlent continuellement pendue au côté une petite bourse, de cuir brodée par letu'S femmes^ dans laquelle ils mettent un briquet : ils ne qviittent jamais non plus le rasoir et la pierre à aiguiser, pour pouvoir se raser les uns les autres , ne se laissant, sur le sommet de la tète, qu^une longue mèche de cheveux, pour qu^en cas qu'on la leur coupe on puisse Fempoi-

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ff^^ fs^^ la ^ovjiU^ ^reç Ô0f mmpB en^^m t^jçs et bomip^^s*

a Ils ont çh^^ ^u^ (df piiissuites coupes d^or de 3q.o jusqu^à $00 jiaçpt& et d^atilres dWgent dans I^qijiellç^ il^ bQiy Wt QQ^^ajod^^rén^ome, aunom de Dieu, des saints, de parents , d^anods iboris , fai-* $afçtcoxi;iméiaoratiQn de qudiqiie action distii) guée 911 d^in fait potçdile , p^r àe jgrai^3 rév&rences çofnf^^ dan^ Up sacriûoe, et la tète tou}Ours dé** çp^vçi:tp poiir rapntriftr plus d'bumiUté (1).

c( Ils dorment avec leur cotte de jniailie sous I^ lête pour oreiller, et |^l||^$ armes à leur côté j^xxr i^^êjtre pa^ suip^Tiç à rimproviste : leurs lits sqnt.^s peai^i: rejpplies dé tle*inâ de roseaux.

« I^s ont pour opitxiQn qu^ personne ne doit ^^e^répjuité nç^^, tonton ait connaissance quHl ne ^^piitjxa^ ètfi daois ^n temps , quand bien ipéme i| serjgjjt roi/JU veiijlwt que. .le gentiUioipiiie' ne ^î^che fp^re pi compte , xû .nëgoôe , sinbn pour y^drç so^ ^tin^jdi^ant que Tafiaire d'un noble est de gouverner les peuples , de les défendi^e j à^^\ifdr k ^ çh^iss^et^aui: exemoes noilitaires; . <f J^ls jlouei;it hautement 1% libéralitë et dopnen€ Êiçile^QeiittpujL m qwUls posfeè<^erit ^excepté leurs çJ^efffLXXf, ^ leur» a^rmes. Ettd^aque fois qu'ils

(«)»Ged rappelleles'O0Upè»#Wqui jotialent un si grand vçf}^ dann ha cérémonies de$ héroft é^omJère. Iliade ,

€h.i3f:,i,iS7.

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-B7 - . mettent uii habit ne\if ou une G^#ini^ fte §^ïe cramoisie., ce serait ii^e granit honte pour m^ s!ils ne les donnaient pa^ ^sfiitot d^ bon pé.^u premier q^ Je$ l^qr cUp^^a^e; aus^ilpt h prière faite, ils s^'en 4^«saisiss^it po^f* reyétir la pauyre dépouille , so.uv^t ^$lle et déchirée du demandeur : çVst pourquoi les nobles B$mt pi^esque toujours pliis mal vêtus que les autreas, à re;tcepticHi des bottes, .des armes et /Au dtipysilf qui ne se donne jamais, et qui est leiu* priiicipiil ;lu8^e. Quplq^efqi^ ;u^inobl^ donpe Ipyt 45^.quUl a pour un cheval , t^i^ il le regsuîde PO^rroè «ne ji^bûse pr^ieu^.

« S'ils trouvent de For €^i| 4© IVrgf pt dfljas l^ur -butin, .ou :s'ils en obt^n^ep^ d^Wae aptpe manière j ils leç font fair^ ^ Jl^în$tai;^t 4^ fi^s gra^^ds vases dont j'ai parlai OM ^s r^«iploi?Pt à>f nornfs^r leurs seUe$ oi^ i^p^s ^iwes , parce qi^e ces métaux n'out p$is covu^ eheii eù^x ; œMX iqui babitent ^^ bQ^d..de la mer sont pius avisés au commerce.

-« |}s^^ battent joumettem^t conâre les Tar- Ipres qui le^ ^ilourept d« tçws le$ pojtés. Us pasj5ç»t l»êm^ quelquefois le Bosphore sur la glace, pour aUi^^piller qeux de la Chersonèse Tauriqae; jmi :pf{tH nombre d^imtre ;eux ch^s&e toute une ^armée 4e ceuii-là , parce qu'ils sonit ipieux ar-^ npés , pl^^ agiles et plus braves.

<( L^6 Tur^ares supportait mieux touie es-

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^ 88 — })èOe de privations et de fatigues , et ils vaiit>^ qtient souvent leurs ennemis quand ils peuvent les attirer dans quelque marais , dans la neige , dans les glaces, ou dans des lieux privés de toutes ressources , où leur constance et leur obstination leur donnent la victoire.

it Les Zykhes sont en général beaux et bien faits , et se font admirer parmi les Mamelouks au Caire« Les fenmies sont très apprivoisées avec les étrangers.

« Ils exercent Thospitalité envers chacun avec grande amitié, et ils appellent conak et Fhôte qui reçoit et Phôte qui est reçu : quand Pétran— ger part ^ ife l'accompagnent jusque chez un autre hôte , et le défendent au péril même dé leur vie , et bien qu-ils regardent le pillage comme un gain fait en toute justice , cependâiit les ccmaks usent entre eux de la plus grande fidélité, soit dans les maisons , soit au dehors.

« Ils vivent en grande partie de poissons ah— ticei (esturgeons), qu^ils appellent encore aujoiH-d'hui ainsi , et boivent de Feau des fleuves de leur pays , qui est très bonne pour la digestion. Ils mangent toute espèce de chair d^âmimaux domestiques et sauvages; ils n^ont ni froment ni vinf ils ont beaucoup de millet et d^autres grains semblables dont ils font du pain et divers mets, et ils boivent du boza et de Phydromel. Leurs maisons sont toutes de paille, de

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roseaux, de bois. Ce serait une grande hokité pour un seigneur ou pour un gentilhomme de se construire une forteresse ou une maison de pierre, disant que ce serait témoigner ain^ide la crainte, et avouer quW ne sait ni se garder ni' se défendre; ils habitent tous ainsi ces mai-sons , et dans aucun 'domaine ni dans tout le pays il nY a IsL moitidre forteresse habitée ; et comme il se trouve çàet là quelques tours et des murailles antiques, ce sont les paysans qui s^en servent pour leur usage, car les nobles eu auraient honte^

« Chaque jour on les voit travailler eux-mêmes leurs flèches, même achevai; elles sont parfaites et peu de flèehes peuvent être comparées aux leurs pour la légèreté, pour Télégance, el la trempe des pointes et pour TefTet.

(( Les dames nobles ne s^occupent pas à autre chose qu^à broder des bourses à briquets et- des ceintures de cuir très uni.

«I Leurs fimérailles sont très extraordibaires. Après là mort d'un gentilhomme, ils construisent à la campagne une haute eslrode en bois , siir laquelle ils placent te corps dails une posture assise , après lui avoir ôté les intestins, et pendailt huit jours, les parents, les amis et les vassaux le visitent et lui présentent des tasses d'argent, des arcs, des éventails, etc. Aux deux côtés de Festrade sont les deux parents lek

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pjiu^ ftg# (sU^tti d^éta) , appiiyia §ur uu l^oa^ ^ SMJC Jbe ^JL^.'^jx^ln gwcl^, «^ tien); unpjçu^ fiUe ^vecifin éventa recouvert 4!im pnijiqrc^ude spie^ :j5^ çxain; /elle s^eu sert pour içb^sser les lopuches quand mêmç ^1 gèle. £9 ^e 4]i| naort, e?t,^ssi^e, sur une ch^e placée ,p^ tffre,la prem^re des femmes du défunt | qu'^eUe fixe isans détourner les yeux, n^aiç saijs pl/eurpr^ çajr ce spraiït unç ^onte ; pendapjt ^uit JQUif? , pUe np le quitte giièr/B, Au ^oujt diçs huit jpur^, .on prpnd \ff3L grft nd froinc dVbre qi^^çn &p4 .^ f'^^^^ ^^ qu^on creuse pour y placer le corps ^ l^s dçjos: après quoi qn le trajn^orjte à Fendrjoit.destipé à 1^ sépulture ^ mi la muljtitude, qui sin|; jtje çpr^ tége, élève la tombe ei^ entassant de la terre sur le^cie^çueil , et plus le défunt était puissant, plus il avait d^ami^, des^îpts, plus Le tupfiulus e3t gB?*d-

« ; Apr^ l'e^sîevelissewieut , pen4^ plusieurs jours, à Theure du dîiier, pp )S-^ Ifi chiieyal du d^J^totJBtîOn dqi^n^ ordre à un serviteur 4^1^ iftençrfipr la piailla la tomb^ i^uyîell^, ^.d'y f¥PP^f\ p^ trpis fois Jp défu^ pfir s/çjn fxom pour l^i^^Qnyi^rà dîne^ 4^]fL part d^ se/S)p^F^p.ts ^tde j§fts ^ism* Ç^îla fait, Jie spryitpjuip s^en |*etOMrnie en jran^^ant le d^yal, disa9t ij^vtf^ h 44fwit ne répond pftô; apr^^ .«^qi, c^oy^ïx^ ayoii? feit leur d^voir^ les parenU et les 9^ m mettent à JtaWf . »

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Quatre ;aii$ plus tar4 cqmnoieacç une iKmveUe épOi^u^ pour i» jOrçapsie.. J^ T^^berkesses liV Taient Qi^jà lûtt€;r)usqu^alQi?s quV^ 1^ Talareç qui bs entouraient et quikur éUmni islmeurs en force. . , . Un ^uAr.^ peuple . yîwt s^ remettre swles rings r lue âont les. Slaves xus6es, qui ont dél^raii les ie(rnpirea tatarfiè.du Kasw.et.d^iL^F»^ kaa , et quis7aTanoeiil par' rpriènt: sur: les flancs déa Tdiwkesites pesUant. que les TM^res les pmsseoibde Vautrée DefKuis lôrskrolé desTeber^ kesses , placés entre ces deux puissances rivales^ a ét^ de lutt;ei> contre Vwi^ ou ^aultr^ v*t œtte lutte dore. en&bre. : ^v .. . . .: . .

En i555i^, les Teherkesys^ \^u Béchetau se soumirent -aw itakr Ji^aii Via^èileritah j(i) , > et^fii-* rent reçus dans Tarmée où ils se distinguèrent (2).- ■ '•'• ' '.n.. fi .:•.:''• •

LeRhan dèCriméeVChaîi^bas-Gfréi^âVjaioux de cette influence que prenait la Aiissie , reunit \^e gjq^nde ^r^l^fe et tombe sur les Tch^rk,€ï^sep, pilte ^^^r# y^^agqs, «t ies fpriCç 4;i^«WF J'?#ï»tSï'.lejS borçls du Kouban et à lembrassei^rislanoisine^ Cé«*

/(i^lvan Vassîtèvitch ëpousa, en i56b, Mçirie^ prinpêssè tcherkesse, fille de Tiemrouk.

(») Voy^fi 1^8 /e:j;trait|i de .^ean ,!Pptoc|ti , fiiUs par Klaproéh dam solà Yojpgew Canicase) édi. aU., I» 3^9 et seq.

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N6ga»^ {iofiTTu que ceux-^ lés protégièafiSferit^ cdntrë leèas siQèts«^

Mais ce ne fiit pour les Tatâres <|n^une nJarqtie de faiblesse et un atttait de plus pmn* poursuivre leubsi brigandages. Ce' manque de parole irritée iellemeîit ks Tcherkesses qulls refusèrent le tribut.

Le khan résolut de les en punir, et avec le consentem^it de la Porte ^ il mit sur pied, txi 1700, une armée de 100,000 Tatares, et marcha contre les montagnes du Béchetau* Les Tcherkesses se préparèrent à les recevoir^ et se sentant les moins forts , ils pensèrent d^user dé finesse» Les Tatarés campèrent au pied d^une haute montagne dans une longue plaine : les tent^ du khan ôt des che& furent dressées contre la montagne. Les Tcherkesses se retii^ rent dans Tintérieur des montagnes qui en** caissent le Baksan, et l;ohstruisirent, dans les passages les plus étroits de ces défilés , des retranchements en pierres, qu^on appelle encore aujourd'hui murailles de la Crimée (i). Les Tatares se contentèrent d'aller à la maraude dé touè leé côtés , les Tcherkesses ne voulant pas engager d'action générale. Enfin, faisant semblant d'être effrayés de ce brigandage continuel , les Tcherkesses envoyèrent des députés

(j) Pallas , Voyage dans les prov. mërid., 1 , 4^9.

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pOiit èètÈtàtïàer ptéce et feii-e leur soumission. « « Obi leur iislpdsà de rigoWeu^s ccmditiôhs àixx-^ quelles ils acquiescèrent, promettant de remettre^ daths le courant de dil jours, le nombre de jeunes garçons qu^on leur demandait, et dans vingt celui des filles comme plus difficiles à trouver et à choisir.,.. Au bout des dix jours ^ ils tinrent effectivement parole, envoyant en même tèmpis toutes sortes de provision^ et de liqueurs fortes.... Et la veille du vingtième jour, lorsque toute Tarmée, après s^être bien réjouie, s^étaît livrée au rej)0s oii Kvresse les conviait, uiie pattie des T^erkesses se glissent sur les pentes de la rtiontagne, et commencent à rouler de grosses pierres sur les tentes qui étaient au baâ : les ëutres, bien armés, se précipitent sur le catop, sans donner aux Tatares consternés le temps de se reconnaître. La lune guide les Tcherkessès qui taillèrent en pièces un si grand nombre de Tatares qu^il n^en échappa que fort peu. Lé khan j perdit un frère et un fils , son camp et tout son bagage.

Depuis ce temps-là, les Tcherkessès de la Kabardah se sont trouvés libérés de toute domination tatare ; ils recourilrent de nouveau à la protection de la Ruàsie qui les protégea et à laquelle ils prêtèrent lé serment de fidélité.

Quant aux Tcherkessès des montagnes et des bords de la mer, leur position les soustrayait

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vlu% itiT&sions deâ Tatares dont Tinflueiice ne fiit pas considérable sur ces tribus isolées ; ils^ s'efTorcèrent d^ prêcher Fislamisme que lea principaux de la nation adoptèrent, mais sans que cela leur donnât de pouvoir réel sur la nation.

Leurpouvoir devint encore plus précaire quand les Russes, que le traité de Kutchuk-Kanardji avaitreconnusen 1 774maîtresdesdeuxKabardah de Kertche, obtinrent encore, en 1781, le Kouban et la Crimée. Il ne resta auxTurcs, qui s^arrogeaient lesouverain pouvoir sur lesNatoukhadjes, les Chapsoughes, que les ports de Soudjouk- Kalé et d^Anapa. Dès Fan 1781, après la cession faite à la Russie des forteresses de Kertche, dé Taman^ les Turcs transportèrent leurs forces dans ces deux nouvelles iPorteresses qu^ils construisirent à cette époque (1). Un pacha qui résidait à Anapa, fut chargé de conserver, d^augmenter les relations de la Turquie avec les mon* tagnards, et de les exciter, de les encourager de plus en plus contre la Russie; Anapa était le foyer des machinations de la Turquie. Il devint le principal ou plutôt Tunique débouché des produits de la Circassie^ marché qui approvisionnait les harems de Constantinpple de ces beautés si vantées et si recherchées.

(i) Ânapa fut construit en 17B4.

D\g\t\ze6

Les Russes, firent tous leurs efforts pour s^emparer dUnapa; ils sentaient bien que c'était Tun des uniques moyens de se rendre «maîtres du Caucase et de le pacifier. Anspk fut pris en 1791 et en 1807. Ils gardèrent cette place jusqu'en 181^; elle fiit alors ren«* due à la Turquie. Les circonstances si pénibles et si désastreuses pour la Russie avaient pu seules forcer Koutouzof à rendre à la Porte ce point qu'elle redemandait sans cesse; les harems étaient aux abois. On ne pouyait porter de coup plus cruel à la Russie que celui-là, et c'était la faire reculer de 20, de 5o ans dans ses projets de pacification du Caucase.

Les Turcs ont sii profiter de leur temps en cherchant à reprendre leur influence sur les Tcho^kesses^^, pour les animer contre la Russie, et pour lés séparer d'une manière encore plus tranchsuite de cet empire en leur faisant embrasr ser sincèrement le mahométisme. -^

Ils réussirent pleinement dans leurs projets, et les montagnards Natoukhaidjes, Chapsoughes, Abadzèkhes, n'en reprirent qu'a\ecplus d'ardeur, plus de zèle, leur ancien genre de vie de brigandage; leurs luttes continuelles contre les Tatares les avaient exercés , et les che& qui eomman-*daient sur la ligne voyaient de jour en jour s'accroître les difficultés pour arrêter leurs pillages et leurs incursions;

Le duc de Richelieu, gouYemour général de la Russie méridionale, fatigué de cet état de choses, voulut tenter un nouveau mojen d^at— tadber ces Tcfaerkesses à la Russie et de les soumettre, celui de les civiliser. Le duc , enthousiasmé de ce projet, Pavait présenté en i8i3 à Pempereur Alexandre. — - Le duc de Richelieu^ comme le dit fort bien M. Gamba (i), avait reconnuparmi lesmontagnardstcherkesses, malgré im amour déréglédu pillage, des sentiments assez devés, et il avait jugé que leurs incursions conti^ nuelles tenaient moins à leur esprit guerria:*, et à la facilité qu^ils avaient de se retira* dans des montagnes inaccessibles, et dont eux seuls connaissaient les passages, qu^à la mis^e excessive qu^ils éprouvaient depuis quW les avait resserrés dans leur territoire, et que, par défaut de commerce intérieur, ilsne trouvaient plus le débouché du produit de leur chasse et de leurs fot^èts.

Le mode de civilisation que proposait M. de Scassi, Génois, premier auteur du projet, était de feire sentir à ces tribus pillardes la nécessité de Industrie et du commerce, au lieu de la traite des (Bficlaves; de leur donner des besoins auxquels on ne peut satisfaire que par le travail et la ipaix; de ieur inculquer une haute idée de la si^riorité de la Russie, etc.

(i) Gamba, Voyage , a* éd., I , p. 61 et 6i.

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Ce pixxjet n^aYait rien que de noble, de généreux. Etait-il exécutable ? Peut-être.

Mais a-t-on tenu parole au gouvernement?

A-t-on exécute ses ordres? A-t-on rempli ses vues? Bien loin de là : que de fausses mesures!^ quelle perte de temps ! Qu'ion lise attentivement la relation de M. Taitbout de Marigny, qui fut envoyé par M. de Scassi à Ghélindjik en 1818, et je nVurai pas besoin d^expUquer les causes*de tout ce désordre.

Les premières relations amicales et commerciales furent ouvertes avecMehmet-JendarOglou, princenatoukhadje de Pchade, par le moyeu d^une princesse de ses parentes, très belle (1), qui avait épousé le général de Buchholtz, protecteur de M. de Scassi.

Sous la protection du prince, on conmiença deux établissements; Fun àPchademême, Tautre à Ghélindjik. Une petite flotiUe de quinze voiles fut nuise sous les ordres de M. de Scassi; M. Taitbout de Marigny commandait Fun de ces bâtiments.

M. de Scassi nomma commissaires de ces deux établissements M. Tausch, aussi distingué par sa capacité que par sa prudence, et un Grec nommé Moudrof.

(1) Elle vivait encore pendant mon séjour en Crimée^ et je l'ai vue souvent.^

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Mehmet-Jendar-Oglou, conak des Russes, protégeait, avec la plus grande bonne foi, leur commerce ; il désirait ardemment contribuer à faire réussir ce projet de pacification et de civilisation. Mais la coupable négligence de M. de Scassi an^ta tous les bons efiets de cette entreprise.

Depui» plus de sept ans qu^on était en relation avec les Tcberk^ses^ on n^avait pas fait l^s moindres progrès : on, demeurait stationnaire, et des sommes considéï*ables destinées à activer Pen— treprise, se fondaient on ne sait ou. On me trouvera sévère, étant lié avec M. de Scassi par les liens de Phospitalité, de dévoiler ainsi la vérité ; mais elle a été dite avant moi, elle importe, et la justice des nations va avant les intérêts d^un pai> ticulier.

Les années s^écoulaient et Ton ne voyait aucun résultat quelconque de ce projet. Les Tcherkesses des montagnes, fidèles à leurs habitudes antiques et toujours tels que les avaient dépeints Strabon, Intériano, etc., sans cesse passaient le Kouban, se cachaient dans les roseaux et allaient piller et ravager les villages du territoire russe.

Deux circonstances graves vinrent encore prouver bien mieux la vanité des espérances qu^on s'était faites, et servirent à désillusionner la Russie.

On venait de mettre le siège devant Anapa eu

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i8!29, et le prince Mentchikof commaiidait Texpédition; M. de Scâssi fit tout au monde pour en arrêter la poursuite, prétendant que c^était manquer de bonne foi et de politique envers les Tcherkesses, si près de se soumettre à la Russie. — Mentchikof lui prouva que cinq mille Tcherkesses servaient parmi les Turcs, et lui ferma la bouche; ce fut le commencement de leur inimitié.

La seconde affaire qui perdit M. de Scassi, ce fut lorsqu'il s'avisa de faire mettre en jugement un général qui venait de battre trois mille Tcherkesses et d'en noyer dix-sept cents dans le Kouban, à Kolaus, lorsqu'ils venaient de piller les villages russes««. M. de Scassi eut le front de les défendre, et de prétendre qu'ils étaient du nombre des Tcherkesses paisibles et fidèles. La chose parut trop ridicule.

Le gouvernement ouvrit les yeux : le prince Mentchikof surtout en voulait à M. de Scassi, qui fut enfin mis en jugement, et trop heureux d'obtenir graibe

Le gouvernement abandonna ses idées si misérablement exécutées , pour se porter entièrement vers des moyens de rigueur et de représailles. On voulut, coûte que coûte, soumettre les Tcherkesses et arrêter leurs brigandages par force, puisqu'on ne pouvait pas les y engager de bonne grâce. -

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Hepréndre les idées de M. de JBcfts^i n^él^t plus feisable ; on avait irrité les Teherkessespar de Élusses mesures; on avait donné le temps aux: Turcs de reprendre leur prépotndévenCe : le jnament propice était passé, la terreur.qu^avait inspiré la peste apportée par les Turcs^ et qui avait diminué de ' deux tiers la population du pays^ était en partie oubliée.

Un peuple comme les Tcherkesses, che». lesquels le brigandage est de première nécessité et même une vertu^ s^étonne de ce qu^on lui en fait un crime et de ce que Ton Veut le privei? de sa Hberté pour cela ; il s^en offense, et plus il est brave, plus il fait d^efforts pour repousser Femiœmi injuste qui veut lui ^ter sa liberté et le droit de brigandage qu^il s^est arrogé.

Mais aVant de poursuivre les expéditionsc des Russes , je vais faire un tableau de Fétat actxtei de la Circassie, de ses habitants, de leurs moeurs et de leur politique.

Les races tcherkesses, c^est^*^dire les nations du Caucase qui se touchent de près par les aSBhnités d^ube langue domntiune, sont les J^ei*— kesses proprement dits ou Adighes ^ les Kabar*diens, les Abadzes et les Abkfaases.

Lalanguequeparlent ces quatre grandes branches a plus ou moins d^afikiité ; on^y retrouve des racines et des formes communes : toutes se rapprochent plus du finois que de tout autre

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~ io3 — système de langue ; mai» c^est surtout a^oc le Vogoule et rOstiake dé Sibérie qi|e oelte rbs^nHblanoe est plus marquée*

Le kabardien ne difiâre que fort peu du tdierkesse propr^lnent dit ; il ii^en est pas . de métne des deilx autres dialeeteB qui oui beau^ coup de tèsseiiiblaiiC^e entre êuit^ inais cjui diffèrent considérablem^^it des deux autreB, et même à un point que ce n^est qu^a][irà5 uile profonde étude qu^on peut parveinr à 8e comràîaCre qu^ik aj^ài^ti^ment à la même soofdie (i)^

Nulle langue ne m^a paru phts di£Bk»ie à pro-*noncer et à écrire que le tcherkesseu Rien nVst variable conmie les Toyelles et les dipktonglles qui subissent ukDe foule de modifiicadc^iâ él d^ac^ centuations diftciks à saisir pour vjùë ctt'eille européenne. Le âon de la voyelle esi tantôt courte tantôt losg; il est dur, sec, doui, grasseyé ; il est creux, aspk^é^ et cbacmie de c^ modifications peut changer le sens d?un mot. J^ trouverais dans cette forme de langage quelque cbose dVpproohant avec ce qu*^ mV dit Aa cbinoiB« Aw^im gosier européèKi ne peut rendre le son de quelques lettres gutturales et pa^tales, qui s^expriment par des inflexions et des eléquements tout particuliers.

(i),Voy<tK leg Yoeabulaîrçs 4e Gilldenst'âeH^ de Klaproth , de Taitbout de Miaiigny.

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— io4 —

La Russie est en possession de la majeure partie des Kabardahs ; ce n^est plus sur cette partie de la Circassie que se portent ses regards. Ce pays, soumis déjà depuis long-temps, a pris depuis peu un élan remarquable ^ et Ton est étonné desr nouyelles colonies qui se forment chaque jour(i).

Je traiterai aussi en son lieu des Abkhazes et des Abadzes, leurs voisins.

C^est aux Tcherkesses proprement dits que se rattadbera le tableau que je vais tacher de faire diaprés le peu que j^ai vu et que j^ai appris et diaprés ce >que d^autres ont écrit avant moi.

Les Tcherkesses proprement dits ont été petit à petit repousses et renfermés dans Tangle res^ serré wtre laMer^Noire d^un coté et le Kouban def Tautre*^ Logés sur Péperon du Caucase qui vient .mourir aux bouches du Kouban et que bordeot étroitemement 280 verst (70 Ueues de France) de cotes, leurs tribus ne remontent pas plus hsiiUi qu^aux premières cimes de la haute chaine. Le premier groupe, FOchetène, qui se présen,te de ce côté-là au-dessus de Gagra, est la limite de leurs tribus contre celles des Abkhazes et de Abadzes ; plus au nord, la Laba les sépare des Tatares Nogais.

(1) Ce sont principalement les Tcherkesses des Kabardahs qu'ont en vue , dans leurs descriptions y Pallas f Guldenst'àdt , Stahlin, Nachrichten von Tchirkassien ^ dans le Buschings magazin , VI Theil , p. 4^i •

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— io5 r-

On en compte quinze principales, dont la première, en commençant près d^Anapa, est celle des Cbégaki ou maritimes (i) ; leur frontière va jusqu^auprès de Soudjouk-Kalé où la petite rivière de Chapsine les sépare de la seconde tribu, les Natoukhadjes, ou villages des Natou (2) ; le long de la côte, ils s^étendent jusqu^à Pchade et touchent au nord au Kquban.

Au'delà de Pchade et de PAbyii, commence la troisième et principale tribu tcherkesse, celle des Chapsoughes (3), qui occupe 95 verst (24 lieues de France) depuis Pchade à Taoule de Mamaï; sa frontière, le long du Kouban, est plus rétrécie.

Le long de la mer viennent après eux les Oubikh (4), qui de Mamaï ne sVtendent que jusque village de Fagourka, et ne remontent que jusqu^au faîte de la chaîne de montagnes , sans redescendre sur Pautre revers.

Les Sacha (5) plus loin habitent sur le cap Zenghi jusque la Kamouïcfaelar.

(1) Szeghakeh^ Khatof; CkahhaAei, Peyssonnel, du &)mmerce de la Mer-Noire, II, 3i8. Skhegakehy Klapr.

(2) NatoukhàszsyovîNeczkwadJa^ KKatof. Neloukhatche, Peyss., id. Kktidje ou Khwadjey signifie village, district en tcherkesse.

(3) Szapsoughi,K.haiof; Chapsik yVeyss.^ id. Schapsich, Guld. Beschr. der Kauk. L'ànd, éd.' Klap., i33.' Chàpckikk , Klapr.

(4) Oubouck , Giild., i33. Onhech , Peyssi^ id.

(5) Sakhi, Guld., i33. Ckachay Pèyss., id.

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— io6 —

Les Ardona sont la dernière tribu tcherkefise au S* Ë« le long de la mer ; Gagra est la finon-tière ^ui les sépare dès Abkhazes.

CeÈ deux tribus ne passent pas non plus ht Ugne de faîte de la chaîne de montagnes.

Tout le revers de cette chaîne est habité par une septième ttibu, ceUe des Albédzekh (i)» Trais montagnards qui se sont logés entre ses cohtreforts sans descendre jusqu^à la plaine. Ils possèdent une bande, de i3o v^rst (33 heues de France) de pays.

S"" Les Easéroukouaï (a)^ petite tribu ^ les sépare à Test des Abadzes.

La plaine et le pays bas^ le long du Kouban, depuis les ChapsofUghes juscp^à FOuroup sont le partage de sept autres tribus.

9*' Les Kbamichii.

io**Les Gatikoï(3),

il** Leç Tqhertchénéghi.

12** Les Kémioiirgoï ou Témiourgoï (4)*

i3** Les Adémi(5).

(i) Abezachey Peyss., id. Abazekh , Klapr.

(%yKichékéné"Egherkouaï, Peyss., id. Egérokoiy^lAip.

(3) Hattikwàhéy Klapr.; chez les Russes , HaUmkaï. Khatoukaï^ Khatof ; Hadjoukaï^ Pçyss., id.

(4) Kémîr-Kéu'i y Peyss., id. Kémourkmàké , Klapr. Témirgoïy en tatàre , id.

(5) Ce SQDt les Adem-Dhat de Massou^i , Magasin asiatique de Klaproth , p. a ^o.

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t^ Les Mokkoches (i).

i5** Les Bezlém(2).

Voici un tableau approxittlirtif d6la{K)piilation de ta Circassie, dans laquelle je ne fidâ pas en-^ trer leâ Kabardah, PAbad^a et rAbkhasie.

Tribu des Chégaki 120,000 hab.

— des Natoukhadjes 60,000

— des Chapsouglies 200,000

— des Oubikh, Sacha, Ardona 19,000

des Albédzekh

des Ezéroukouaï

des Kbamichii

des Gatikoï

des Tchertchénéghi

des Témiourgoï, Adémi

des Mokhocheâ

des Bezléni.

7,5ôo

526,850 hab.

Je ne donne ce tableau que côtnme approximatif; il est tiré dé ce qui â été publié par Pallas etKlaproth, dans le Journal militaire de Franc€f, t. 23, mai 1837, P- *M ^^ seq. ; dans la Galette d'Augsbourg, 11 nov. i837, p. 2^25, etc.

Du reste, on n^a aucune donnée certaine pour

(1) MoUthostij Peyss., îd. Mdukhosz , Khat. M&iikkott , Klapr.

{i)Besfencïy Pci^SB.; idl Bextenié ^ Kiapr» ;

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calculer la population de cette partie de la Cii-— cassie.

Peyssonnel dit que les tribus abazes et tcher— kesses proprement dits, de son temps pouvaient mettre 100,000 hommes et plus sur pied, ce qui ferait une population de 700,000 âmes environ.

Les peuplades du Caucase, en général, sont un exemple rare de la constance que mettent certaines nsitions à conserver leurs anciennes^ moeurs ; ce qui se faisait mille ans avant Jésus- Christ , ce qui se faisait du temps de Strabon se Eût encorç aujourd'hui. Plus on pénètre dans Fintérieur des vallées , moins exposées à Tinfluence des révolutions étrangères, plus on y rencontre les usages antiques , les vieilles coutumes ; souvent on se croit aux temps homériques en visitant les descendants des Colches géorgiens aux sources du Phase et de FEngour. Mais aucune de ces races primitives n'est restée plus fidèle à ses antiques moeurs que celle des Tcherkesses.

On se représente ordinairement les Tcherkesses comme un ramassis de brigands et d'hommes sauvages sans foi ni loi ; on se trompe. L'état actuel de la Circassie nous donne une idée de la civihsation de la Germanie et de la France sous ses premiers rois. C'est un modèle de l'aristocratie féodale , chevaleresque , du moyen-

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âge , c^est Paristocratie héroïque de la Grèce an-* tique.

La constitution est purement féodale t Fesprit des castes est aussi' sévère que naguèi*e en France , en Allemagne. Les princes , les anciens nobles, les affranchis, les serfs, les esclares, forment cinq classes bien tranchées (i).

•Le titre de prince, pcheh, pchi en tcherkesse, ne sWquiert plus que par la naissance. Aussi les princes sont-ils très sévères dans leiu*s alliances pour se conserver une généalogie sans tache. Ils iie se marient qu^entre eux , et tiennent à grand déshonneur une mésaillance. Leur puissance déjpend du nombre de vassaux, de parents et d^alliés qu'ils peuvent mettre sous les armes (2). Letu:*s filles, à défaut de fils, trans*mettent quelquefois la principauté à ceuxqu^elles épousent , mais elle est inférieure à celle acquise parles exploits militaires.

La seconde classe est celle des nobles, worhy dont quelques-uns deviennent très puissants en s'alliant à des familles nombreuses. Ils

(i)Le système féddal est aussi antique que ThisCoire dans les régions caucasiennes , et dana F Arménie on le retrouve à toutes les époques : il faisait aussi partie de la constitution des nations Sarmates. Voyez Lebeau, Histoire du Bas-Empire , éd. de St-Martin, II , 248.

(a) On y reconnaît toujours les Skeptoukhes; ou portesceptre d'Homère et de Strabon.

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sont les écuyers des princes, les servent à table« La classe des affranchis comprenait les serfs qui avaient obtenu la liberté pour quelques services rendus, ou qui, ayant été vendus comme esclaves, revenaient dans leur patrie avec une petite fortune., avec laquelle ils faisaient Facquisition d!un dodiaine* La libei^té. passait à leur descendance , et ih jouissaient des mêmes droits que le$ nobles.

La quatrième classe, celle des vassaux ou s#rfs , semblables à ceux qui existaient en Eure^ lors de la féodalité, vivent, de père en fils, sQus la dépendance d^un prince ou d^un noble dont ils labourent le champ en temps de paubj:, et qu^ils défendent en temps de guerre. Chacun d^eux pps$ède un terrain et des best^iaux sur Içsr quels le seigneur n^a aucun droit; il n^en a point non plus sur le ^ass£|l lui-même ni sur sa famille qui, sur des motifs de mécontentement, est libre daller s^étabJir ailleurs. Ce n^est qu^à titre de punition et après un jugemçnLquW seigneur peut bs vendra , et dans ce cas rs^fiaire doit être jugée par une assemblée.

Ceis .quatre classias diffèi^ent peu entre elles poui* FhabîllemeM et la vie domestique ; la plus pariPaite égalité *raême règne pat'mi eux, tant l^iiifluence du prince et des nobles sur leurs vassaux est peu sensible ; c^est une influence de confiance , de persuasion patriarcale ; toute

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rautorité est réglée par les andetis usages, La cinquième, classe est celle des esclares , tcho'hhoiL Tout étranger qui sWenture dans ces pays-là^ et qui ne peut nonuner son coniJs. ou son liûîe, peut compter d^ètre &it esclare; les princes et les nobles en .augmentent joumellement le nondbre dans leurs courses sur le territoire russe, et c^^t un objet de richesse pour le propriétaire qui les vend aux Turcs, ou qui les garde pdur aug« menler le nombre de ses vassaux et les marie. Tous les princes sont égaux entre eux , dé même qpe les nobles. Dans toute cette vaste population opposée k la Russie , et qui , comme je vi^is deie dire, peut mettre près de 100,000 hommes sous les armes , aucune tête influente ne. peut régulariser une coalition, un plan général d^attaque Bt de . déianse 5 diaque prince , chaque noble , même diaiqae afirandbi est son maître et n^obéit qu^à hn-même. Des miUiers d^intérêts i^viseuf; donc ce peuple en une muiti- Ijude de tribus , de familles indépendantes, ' ja-* leusas .les unes des, autres, jalouses de leur U^ berté, et souvent séparées pour toujours par la terrible loi du sang, la loi de la vengeance que perpétue pendant des siècles la haine entre les tribus et les familles.

Cet esprit d^indépendance et de défiance se remarque dans leurs mœurs, dans leurs habita*tîons, dans leur législation.

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La Circassie , comme du temps d'Intériano ^ n^a ni ailles, ni bourgs, ni villages proprement dits. Le pays paraît très hoisé au premier abord # Chaque Tcherkesse voulant vivre isolé et dans son domaine, se choisit, loin de son voisin, une demeure qu^il a soin de placer au milieu de quelques beaux arbres si fréqu^its dans ce pays^ et à la portée d^un bois où sa fiimille puisse se réfugier en cas d^attaque.

La maison est en bois ou en clayonnage , ré« crépi de teiTe glaise ; le toit est fait de planches recouvertes de paille, assujéties avec des perches : ces habitations ressemblent toutes du plus ou: du moins à celles que j^ai décrites plus haut» Les seuls ornements des parois des chambres des princes sont des armes de tous genres, des cottes^de-mailles, des arcs, des flèches^ etc., suspendus, comme dans la chambre d^Ulysse, à des clous* La puissance du prince se dénote aussi par le nombre de ses maisons ; carie prince, sa famille, ses écuyers et vassaux, ses hôtes en ont chacun une séparée où ils donnent ou reçoivent Phospitalité. La faible haie morte qui entoure cette économie est la seule défense contre toute attaque.

Le Tcherkesse défriche le terrain qui entoure sa demeure pour y semer du millet ou du froment-, ayant bien soin de conserver ime guirlande d^arbres autour de son cfaanqip pour le défendre

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et pour lui procurer rkumidité nécessaire sous ces climats. Il laisse même çà et là au milieu de ses champs les plus beaux arbi*es isolés. Aussi, vues de la mer, rien de plus pittoresque que ces pentes de vallées boisées, dans lesquelles sVncadreni'tous ces champs de diverses nuances de verdure. On ne voit que rarement les maisons cachées sous le feuillage.

Un certain nombre de ces habitations, disséminées au long et au large, dépemlantes du même prince, ou réunies par les mêmes intérêts, par quelques circonstances locales^ prend im nom^ qui est le plus souvent celui de la rivière qui coule dans le voisinage.

Une habitation s^appelle oii/z^A; je me suis m* formé si les Natoukhadjes avaient un autre terme pour exprimer un hameau, un village ; • il paraît que non, etqu^ils se servent aussi du mot de ounah pour village. Cest le aoule du nord du Caucase, expression qui vient des Tatares et qui s^^nploie aussi comme collectif pour désigner plusieurs habitations réunies. Cest enfin le gau des anciens Germains, le kau des Ossètes d^aujourd^ui. Dans les plaines du Kouban, dans les Kaba^dahs et chez une partie des Tcherkesses des montagnes , on se sert aussi du terme de kovdjéj'ki^adjé {en X^XAve kabak)^ pour désigner quarante à cinquante habitations disposées en cercle.

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Je ne connais rien qui ressemble mieux à cette économie tcherkesse que celle des Lettes, en CourlandC) race moitié Slave Vende, ou Lithuanienne, moitié Finoise, qui a reçu Les premiers éléments de sa civilisation des fameux CoitrM finois , qui maîtrisaient la Baltique dans les dixième, onzième et duuaièmo siècled.

Devoirs du serf.

Le sei^ travaille au champ de son prince, et est obhgé, par les anciennes coutumes , à cer« taines redevances; j^ignore si elles sont aussi considérables que dans les Kabardahs, où chaque serf est obligé de payer quatorse sacs de ottUet par paire de boeufs qu^il emploie.

Le principal devoir du serf est d^accoflBpft^ gner son seigneur et de le défendre.

Noble Tcherkesse.

L^éducation fait du noble tcherkesse un chef de brigands, un guérillas. La gloire des Natoukhadjes, des Chapsoughes et des Abedtekhs, est de revenir d^une expédition chargés de butin et de prisonniers ; c^est leur seul talent, leur seule étude, prince ou vassal. Dès qu^une expédition est résolue, soit contre les Russes, soit contre les Tcfaerkesses, avec lesquels on est eoi inimitié, rassemblée, qui s^est réunie à ce sujet, se choisit un chef, qui Test seulement pour le temps quWle

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dure; ce choix est libre et retombe surlepluft hardi, «ur le prince ou sur le noble qui a le mieux su se fidre un parti.

Tout, dans les mœurs du prince ou du noble tcherkesse, se ressent de oe goût déréglé dV iFi»tures et de {ullage, moeurs, occupation^ sen« timents, éducation. L'orgueil de la nobleiM n^est poussé nulle part plus loin, et la plua grande honte repose sur une mésalliance.

Mariage.

Marié comme à Lacédémone, il n'ose 4tra ▼u auprès de sa femme; il ne peut la visiter qu'à la dérobée, et c'est une grande impolitesse qu'oser lui en parler otf lui en demander des nouvelles. L'âge seul peut apporter quelque adoucissement à ce cérénumial.

Education.

L'usage des princes est de confier leurs fils en bas âge à des vassaux qui les emportent chez eux, les dressent à tous les exercices du corps, à monter à cheval, à se servir de ruse dans une expédition périlleuse ; c'est Pelée confiant Achille au Centaure Chiron. On voit que c'est encore à présent comme du .temps d'Intériano (i). Ce

(i) Keineggs donne des détails fort curieux sur la manière dont se faisait cette espèce d'eDlèvementy et des soins minutieux que Fatalik, aidé de sept témoins, prenait pour

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système-d^éducation existe aussi chez les Abkhazes et chez une partie des Géorgiens; Les parents ne paient au gouverneur, a/a/i!^. en turc, ni sa peine, ni .iVntretien de Fenfant; mais lorsque Féfève est parvenu à l'adolescence, il donne à son atalik / la meilleure part du butin qu'il peut faire dans les pilkges ou à la guerre , tant qu'il reste chez lui. Le gouverneur apprend aussi à son élève le grand art de l'éloquence et du rai-sonnement, afin qu'il puisse briller dans les assemblées ou diétines improvisées où se traitent les intérêts de la nation.

C'est aussi lui qui se charge souvent de marier son élève ; dès qu'il a trouvé la personne qui lui convient, il l'enlève aidé de ses amis, et paie ensuite eh se cotisant avec eux lekalim ou la dot que l'on doit remettre aux parents comme prix de la fille ; ce kaUm, qui est réglé à l'amiable, consiste en fusils, sabres, boeufs, chevaux, etc. (i). Mais le gouvernein: répond sur sa tête d'une

pouvoir constater Fidendité de l'enfant qu'il recevait, avec l'adolescent gui i^ntrait dans la maison paternelle. V.I,25i.

(i) Cet usage appartient aussi aux temps héroïques de la Grèce : Agamemnon voulant donner lune de ses filles à Achille pour l'apaiser après l'enlèvement de Briséis , dit : « Que loin d'exiger de lui les dons accoutume's , il dotera sa fille d'immenses richesses. ^ Iliade^ ch. ÏX, p. i5i, trad. de Bitanbe.

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iir

mésaillance qu^il pourrait faire pour son élève;

LVpoux qui ne trouve pas pure la femme qu'ail a épousée a le droit de la renvoyer, en gardant le kalim, à ses parents qid la tuent ou la vendent.

Le père ne revoit son fils en général que quand il est marié; c^est alors. Tépoque de sa rentrée dans la maison paternelle ; elle est célébrée par une grande fête, où tous les parents sont invités, et après laquelle Patalik s^en retourne chargé de présents, et jouissant dans la famille de son élève d^un degré de parenté que rien ne peut d^ truire : quand il est serf, on'Pélève au rang des nobles. D^aiUeurs celui-ci lui conserve un atta*chement inviolable , qu^il est facile de concevœr par la froideur qui doit e^ster entre un père et un fils qui ont appris à se cœmaître si tard. .

Les filles des princes de la Kabardah sont aussi élevées comme les fils, et sont remises à des gouverneurs, qui leur font apprendreJes ouvrages du sexe et les marient, en ayant soin de choisir un époux d^un rang sortable ; car ils en répondent aussi sur leur tête ; je ne sais si cette éducation des filles est de même répandue chez les peuplades du bord de la mer.

Le Tcherkesse de la côte est assez grand; il a la taille élégante et bien prise et il cherche sans cesse à augmenter ce genre de beauté en se serrant la taille avec ime ceinture de peau. Sa démarche est gi-acieuse et légèi'e; il a la têle

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avale; cosome les Mahométans, il se rase les cheveux ; il porte des moustaches et laisse croître sa barbe noire peu épaisse. Ses yeux sont ausâ noirs et enfonce ; son nez^ sans être long, est mince et assee bien formé* L^os de sa mâdbtcire est long et bien prononcé (i).

Les cheveux châtains et la barbe de cette cou* leur ne scmt pas rares aussi.

Uest bon cavalier ^ bon piéton ; son costumé actuel est coicore le pantalon serré et le surtout des anciennes races germaniques et le sermédje des lithuaniens de nos jours ; c^est le costume qvCoa voit sur les monuments de rancienne Pianticapée (i).

Ils mettent sous le surtout une chemise en toile peinte^ en soie ou en cotonade, quHls ne quittent que quand elle tombe en lambeaux. Le pantalon de drap couleur feuille morte ou de toile est attaché sous la chemise, comme ches lés Russes ; les canons sen^nt les mollets^ en disant des plis sous le genou^ Le b^nt des pan-» talons entre dans des chaussons de drap brun, sur lesquels sont passés <1. s souliers faits d\me seule pièce , qui dessinent la forme du pied; ils

(i) M. Edwards croit reconnaître, dans les figures tcherkesset, les mêmes traits que dans les figures représentées sur les monuments de Pantieapée.

(a) Vojez 4^ série y pi. 24? %• i 9 et pi. 17 même sârie*

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~ 119 — sont recousus en dessus par le milieu, et munis sur le coude-pied y au lieu d^empeigne, d'^un petit gousset de deux morceaux de cuir brut.

he surtout^ ou ichok ou tsich^ serre la taille ; il n\ point de collet : c^est exactement la coupe et la forme de Tbabit que porte ce Scythe ou Sfatnate en terre cuite que j^ai dessiné 4* sé« rie, pi. 24, ou ceux de la pi. 17, fig. 1. Des deux cotés sur la poitrine sont deux petites poches, ou le plus souvent deux rangs de petites boiter ou étuis à cartouches en bois, roseau, os ou métal» Ches les plus riches, les couYercIes de ces étuis sont assujétis sur les épaules par des chaînettes en argent*

Le Tcberkesse ne fiât consister sa richesse que dans $e$ armes et dans ses chevaux. Ce Tcher* kesse qui a à peine de quoi se vêtir et une hutte pour se couvrir, possédera un fusil de plusieurs centaines de roubles de valeur , des sabres , des Mjndjals et poignards en conséquence. Il s^en p»re dès qu^il sort de chez lui. Son sabre ou ichacfteka pend a la tui^ue à son côté , la poi* gnée dan» le foureau jusqu^au bec recourbe qui est ordinairement en argent. 11 porte en bandoulière son fusil enveloppé d^un étui de feutre noir 9 tenant par deux anneaux en cuir rouge à la bandoulière. Il passe son poignard ou kindjal à sa ceinture à laquelle pend en outre un briquet tournevis , une petite bourse en peau où est son

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amadou et sa pierre à fusil, un couteau dans un étui ou pétchak de Baktchésérai , un bourse à tabac et enfin une petite boîte joKment travaillée en argent sulfuré, où il met la graisse dont il oint ses balles pour les faire mieux glisser. Il porte à la main la petite fourchette composée de deux baguettes légères sur laquelle il appuie son fusil pour tirer.

Telle est Tarmure de presque tous les peuples du Caucase ; les cottes-de-mailles, les casques en acier, les brassards et les gantelets du même métal (i), si fréquents jadis dans les Kabardahs, sont très rares parmi les tribus tcherkesses de Fouest. Le Tcherkesse, pour bonnet, porte une espèce de calotte qu'il nomme pdkho j bordée d'une large bande de pelisse à longs poils qui lui pendent sur le front. Le bonnet phrygien tel qu'on le trouve représenté avec son capuchon et ses deux bouts pendants, plus ou moins longs, dans les monuments et sur les vases étrusques de Fantique Panticapée, s'est conservé principalement chez les Ouboukhes, les Sakhas, les Abkhazes. Les Turcs l'appellent bachelik^ les Abkhazes ghétaph. On a vu une tribu des Ogores, distinguée par le sobriquet de Tchornykalpak, bonnet noir , parce qu'ils portaient ce bachelik

(i) Voy. Pallas , Voyage dans le midi de la Russie, atlas . Voy, aussi mon atlas , 3* série, pi. 26.

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ée couleur noire. Les Lithuaniens Pontporté jusqu-à nos jours, mais sans bouts perdants et tel exactement qu^il est représenté 4* série, pi. 24, :fig.i(i). ^

Pour compléter le costume tcherkesse, j^ajouterai le manteau de feutre qu^il porte en voyage, et qui n'est rien autre que la chlamyde des anciens. Son nom tcherkesse est djaho; il est aussi d^usage chez toutes les peuplades caucasiennes et arméniennes sous les noms de bourca^ ja-poundjiy etc.

Habillement et portrait des femmes.

Les femmes tcherkesses rivalisent en beauté avec les Géorgiennes, sans qu'on puisse se décider pour les unes ou pour les autres. Taitbout, qui a mieux vu que moi les premières, dit que leur tête est allongée, et que leurs traits sont communément grands et réguliers (2); leurs yeux, la plupart noirs, sont brillants et bien fen«dus, et elles les regardent comme une de leurs plus puissantes armes. Les sourcils çont bien marqués ; elles ont le teint olivâtre.

Les jeunes filles portent de très bqpne heure,

(i) Gamba, Voy. I, 91 , dit que le bachelik est en usage parmi tous les matelots de la Méditerranée, et surtout parmi les Grecs de rArchipel.

(2) Pallas fait le même portrait , I , p. 433.

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dà$ r&ge de dix à douze ans , un corset ou laorgs ceinture en cuir, cousu sur la peau ; les fiUes no» hles rattachent avec des agrafes dVgent. Ce cor» set leur serre tellement la taille, quHl n^ & pas de fenunes qui Paient plus mince ; il comprime aussi la buste de façon à en empêcKer tout le déire* loppementt Les jeunes tcherkesses non marîiées ont toutes la poitrine (gorge) plate et frappent sous ce rapport* Ce n^eàt que le joiu* de leur mst* riage que leur époux a le droit de découdre leur corset avec la pointe de son poignard. Pour Qon* server cette taille svelte qui est un apanage de la beauté chez les Tcherkesses , on nomrit très mal les jeunes filles ; on ne leur donne que du lait, des gâteaux, de la pâte de millet.

Si les femmes doivent avoir la taille mince au-dessus des hanches, il faut que le bas du corp$^ soit gros, le ventre saillant, ce qui nous paraîtrait une difformité.

Elles laissent pendre, comme les Tatares, leurs cheveux liés en tresses ; leur costume consiste en une chemise qu'acnés nouent avec un cordon, et en larges pantalons, que ne masque pas la robe de dessus, ou antéri, agrafée par la ceinture.

Les jeunes filles ne prennent le costume des femmes mariées qu'après leurs premières couches ; elles commencent alors à se couvrir la tète d'un linge blanc, qui, serré sans plis sur le fixmt^ s^attache sous le menton.

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M. Taitbout de Marigny ne fait pas Tëloge de leur démarche qui lui a paru lente et nonclia«» lante ; mais ici je crois que nous ne jugerions que pair des exceptions. Il leur a trouvé de Tesprit; leur imagination est rive, susceptible de grandes passions ; aimant la gloire et s^enorgueiP lissant de celle que leurs maris acquièrent dana les combats.

Les jeunes filles apprennent chez leurs atalike à broder, à tisser des galons, à coudre des robes, à tresser des corbeilles, des nattes de paille et autres ouvrages agréables de leur sexe. Elles ne sont point séquestrées comme dans Porient; elles participent au contraire aux mêmes diver* tissements que les jeunes garçons; elles ne sont ni gênées, ni timides ; eUes serrent les étrangers qui arrivent chez leurs parents.

Leurs danses ne diffèrent guère de celles de toutes les peuplades caucasiennes ; les danseurs s^étudient à faire toutes sortes de pas et d^entrechals, comme les Cosaques qtii tiennent peut-être leur danse favorite des Tcherkesses. Leur musi^ que est un violon à trois cordes, un flageolet et un tambom* de basque, comme chez les Tatares Nogaïs ; ce qui ne forme pas une harmonie des plus agréables.

Les Tcherkesses ont aussi des troubadours ou romanciers, hikoahoa^ respectés de tous les partis et même des voleurs. Leur instrument est

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une guitare à deux ou trois cordes; ils n'^out qu'à le montrer pour passer librement partout. Leurs chansons ne sont point rimées ; elles conservent certaines époques de leur histoire et les anciennes traditions, comme chez les bardes des Francs et des Celtes , et chez ceux de rantique Irlande.

Le Tcherkesse, de quelque classe quHlsoit, est paresseux et se livre le moins qu'il peut à un trarâil un peu pénible ; il préfère courir le hasard des brigandages à se livrer à une occupation qui lui donne du pain : c'est siu*tout le cas chez les Natoùkhadjes 9 chez les Chapsoughes, chez les Oubôùkhs et chez toutes cas. tribus montagnardes peu favorisées par le sol. Là, le paysan laisse aux femmes presque tous les soins du ménage; elles vont même labourer la terre en la piochant; car ils n'ont point de charrue. Alors ces laborieuses ménagères quittent même leurs pantalons pour ne pas les déchirer et restent en chemise.

On voit que la femme, comme chez tous les peuples qui mettent leur gloire dans le pillage, est très subordonnée à l'homme, et sa servante plus que sa compagne.

J'ai dit qu'on achète ici sa femme en payant une forte dot qui va jusqu'à plusieurs milliers de francs ; de cet usage à celui de vendre sa fille ou sa nièce à un étranger, il n'y a qu'un pas.

De tout temps l'ancienne Zykhie, aujourd'hui

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la côte de la Circassie, et PAbkhasie ont été un marché d^esclaves; voilà plusieurs milliers d'^années que cela dure ; on peut dire que desmilliong d^hàbitants ont été ainsi vendus et transportés dans d^autres contrées. Si j^etais plus hardi à décider des voies de; Dieu, je dirais que la Providence a voulu recréer, renouveler d^autres races dégradées en les mêlant avec la belle race tcheiv ke&se ; mais nous appartientr-il de. mesurer. ainsi FinteUigence suprême.

Strabon, Procope, Intériano et tous les auteurs modernes, parlent de ce commerce d**esclaves. Cest devenu un besoin chez ces peuples que ce trafic ; noais il a certaines bornes que le-Toher-^ kesse ne dépasse pas.

Jamais un prince ni un noble ne vend sa fille ou son fils, à moins que IVm ou Tautrenelui aient donné de graves sujets de colère : un père cependant à ce droit sur ses enfants ; mais ce ne sont que les pauvres gens qui en font usage, pressés souvent par la misère ou. endurcis par le brigandage. Une jeune fille ne regarde pas toujours cet acte barbai*e d'^un père sous ce point de vuej quand elle est jolie, elle espère pouvoii» occuper une place dans un harem- en Turquie; avec ces idées romanesques, elle se . ti'anquil« Use; telle et telle autre quia été .vendue comme elle, a reçu sa hberté et est revenue dans son pays avec une petite fortune, et ses récits

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4^ brillants intérieurs d^un harem la canaolem t.

Un frère a aussi le droit de vendre sa sœur ^piand ils n^cmt plus de parents ; un mari Tend de même sa femme devenue coupable dWult&re.

Mais un Tcherikesse ne vend pas un autre Tcherkesse; il craint la loi du sang, de la ren-geance qui serait aussi sévère pour lui que pour un meurtre : j^ai même dit qu*xm prince ne pou- Tait pas vendre son serf, à moins que comme punition de sa félonie, et sur un jugement porté par une assemblée nationale.

Un Tcherkesse n^a ce droit que sur son esclave et son prisonnier : mais il ne les vend pas toujours. On aime les Russes, parce qu^on remar-» que quHls sont industrieux, laborieux; aifêsî un Tcherkesse, qui sait fort bien apprécier ces qualités-là, n^est point cruel envers eux, dès qu^il remarque leur bonne volonté; au contraire dans son propre intérêt, il traite son prisonnier avec douceur, se prive même de ses habits pour les lui donner, afin de rengager à rester, surtout il cherche à le marier, supposant qu^une femme et des en&nts le retiendront bien plus facilement que tout autre lien; il a encore un autre but dans ces mariages : comme les enfants qui en naissent sont aussi ses esclaves, cVst une richesse pour lui dont il peut disposer, et il le fait sans scrupule; car le sort de ces enfants de prisonniers, dès qu^ilssont beaux, bienfaits, est d^ètre enlevés

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par leur maître qui les fait élever ailteurs^ pour lés vendre ensuite aux Turcs, et ces pauvres malheureux scmt le fond principal de ce coqh meroe. Nous retrouverons plus bas cet usage barbare répandu aussi chez les Abkhazes; les Mingréhenaet les Gouriéliens le feraient bien en^ €ore si la Russie n^ ^▼ût mis bon ordre par ses mesures sévères.

Une chose à laquelle les Tcherkessea veillent sévèrement, c'est à ce que leurs esclaves et leurs prisonniers niaient jamais d^armes*

Législation.

Les lois de la chevalerie tcherkesse, comme rappelle Pallas (i), se basent sur trois principes fondamentaux: Fexercice de lliospitalité| le respect pour les viëUards et le droit de la vengeance.

J^ai d^a rapporté ce que Intériano disait de cette hospitalité tcherkesse de son temps, au commencement du i6* siècle; rien n^a changé depuis lors et Pinviolabilité de ThospitaUté est toujours la même ; Fhôte défend son hôte au péril de ses jours et de ceux des siens ; il ne le laisse pas partir sans lui donner une eBCDtte à dieval, ni sans le confier à ses alliés; et le meurtre de la personne à qui Ton a donné Thospitafif é

(i) Palias^ Voyage dans les contrées mërid., etc. ^ 1, 44o«

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se venge avec autant de fureur que la mort d^ûn proche parent (i). L^étranger qui se met sous la protection d^une femme, ou qui peut effleurer son sein du bout des lèvres, est à rjmstant ga^ ranti comme un frère, fût-il un : ennemi de la famille et même le meurtrier d^un parent.

Cette singulière adoption, rappwtée par Pal— las, est encore consacrée chez les Natoukhadjes, coomie le raconté. M. Taitbout:de Marigny, et comme M. Tausch me Ta confirmé. >

Le respect pour les vieillards, ou enfin pour toute personne plus âgée que nous, est tel que quand elle entre, il est d^obligation de se lever, cette personne fût-elle même d^une. classe inférieure à la noire. Cela se pratique chea les hommes comme chez les femmes , et Ton ne peut s^aspeoir que quand la personne pour laquelle on s^est levé Fa ordonné par le mot tizé^ assiedsloi. Les Tcherkesses n^ manquent jamais, et même en famille il sont fidèles observatem^s de cet usage incommode.

« . Loi du san^g.'

On sait ce que c^est que la loi du sang, notre

(i) Cette hospitalîtë des Tcherkesses est celle des temps ii^roïqu^ d^ la Grèce; lisez Diomèderêncoptradt Glaucus ^pendant le combat devant Troie , et lui expliquant comment lés liens sacrés de l'hospitalité les unissent. Iliade f chantVIf p. 107.

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— i29 — talion; mais nulle part cette loi de représaiUe ne s^accomplit avec plus de fureur, plus de sévérité que chez les Tcherkesses et chez tous les peuples du Caucase. Tout sang répandu doit être vengé; le plus proche parent hérite en naissant de Po* bligadon d^exterminer tôt ou tard Fauteur d^un attentat commis contre son parent ; Phôte doit venger Thôte, soit à force ouverte, soit par ruse, sous peine d^être chassé comme un lâche. Ces haines qui se transmettent de génération en .génération, deviennent quelqufois la part de toute une tribu, de toute une caste;.... et si pendant cette lutte de vengeance, le coupable venait à mourir, la vengeance n^en serait pas pour cela accompUe, elle retombe sur le plus proche parent du mort, et ainsi die suite jusqu^à ce qu^elle soit enfin assouvie, ou qu^on ait ra* chetë le sang par une somme fixée pai' des arbitres, ou qu^on se soit arrangé par un mariage.

C'est à ces affreux principes quHl faut attril>uer cet état de guerre continuel, de crainte, de méfiance qui règne sans cesse entre les tribus et les familles tcherkesses. Personne ne sort qu'armé. Les princes et les nobles sont les plus terribles dans ces cas de vengeance; car ils n'acceptentjamais le thlil ouassa^ ou prix du sang (i); il leur £iut toujours du sang pour du sang.

(f) Cruel! il n*eat pas rare qu*ua homme accepte le I. 9

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Ce principe anti-chrétién de yengeance, au preimer coup d^œil, contraste étrangement aVec ràmour de Phospitalité et le respect pour les vieillards; mais il n^en est qu^une suite immé^ diate; c^est par ce respect outré pour un hôte ou pour un parent, un ami, que le Tcherkesse se croit obligé de venger ses offenses et de les larer dans le sang.

Tels sont les grands principes du droit des Tcherkesses; ils n^ont pas de code écrit; toute affaire administrative est remise à la décision d^uae assemblée populaire ou diétine, tenue dans un bois et où les plus âgés ont le plus d^influence; les princes, les nobles, les ser& même, y ont voix délîbérative (i). Aucun tribunal stable, aucune police, aucune autorité quelconque ne règle ici le cours de la justice, et n^est chargé de poursuivre un coupable et d^exécutw les lois. Les afiaires litigieuses, les dissensions entre familles, entre tribus, les vols, les meurtres, etc., se jugent et se décident dans ces assemblées imprix du saDg , pardonne le meurtre de son frère ou même de son fils ; le meurtrier ^ après avoir sacrifié une partie de ses richesses, demeure avec lui dans la même ville;... quant à toi, etc. Ainsi s'expiime Ajax eu parlant à Achille, Iliade, ch. IX, p. i65, trad. Bitaubé- On vc»t combien sont anciens ces principes de vengeance qui tenaien t lieu de loi dans le temps où régnait le diH)it du poing.

(i) Ce sont les astembiées des h^ros grecs devant Troie.

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promptues; os^élît mmombra déjuges proporiiomé à l-importance de raffairé, on en choisit qmnee enviroA pour un meurtre; ces juges ne «iégent que pour Tafiaire en question (i)* On yoÀt que rien n^estplus républicain que le Tcher^ kttse, malgré les principes de féodalité qui sé^ parent le peuple en castes très distinctes. Le prince lui-même est toujours obligé de consulter son assemblée pour toute affaire qui ne regarde pas Pintérieur de sa famille et de son économie. . La coutume veut que le vol découvert soit pimi par une restitution de plusieurs fois la valeur; non découvert, conmie à Lacédémone, c^est un objet de gloire, et le plus grand reprodbe que, selon M. Taitbout de Marigny, mie jeune fille puisse Êdre à un garçon, c^est de lui dire qu^l n^a pas encore pu dérober une vache. Mais la propriété est respectée par les personnes que lient la parenté, Fhospitalité, Famitié.

Le parricide est condamné à Tignominie ; la punition de Fadultère dépend du mari qui peut tirerune vengeance sanglante, mutiler sa femme, lui fendre les oreilles, lui raser les cheveux, lui couper les manches de son habit et la renvoyer ain3i à ses parents, ou bien s^accomoder avec le

^i) Voyez les singuliers jugements portés par ces a^sesiT blées,'dan8 le Voyage en Qrcassie de Taitbout de Marigny^ éd. Klapr., t, 291 ; du Voyage de Jean Potocki.

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séducteur pour une somme dVgent. • . U est rare que le mari se porte à ces premières extrémités, de tuer le coupable et de mutiler sa femme, car malgré la justice de sa colère, il n^en estpas moins tenu de payer la loi du sang aux parents des coupables, pour leur mort ou pour chaque membre mutile.

Religion.

Dire quelle est la religion des Tcherkesses serait fort difficUe, tant est intime chez eux le mélange du christianisme, du mahométisme et du paganisme.

Dans les onzième et douzième siècles , les princes russes de Tmoutarakan et les rois de Géorgie les avaient convertis plus ou moins au christianisme. Les princes tcherkesses kabai^ diens et leurs adhérents, qui vinrent de Crimée soumettre une partie de la Circassie dans le commencement du quinzième siècle , ( laient mahométans. Depuis le milieu du seizième siècle, la Russie et les Tatares mahométans , se disputant la Circassie, ont mis le christianisme et Fislamisme en lutte ouverte dans ce pays ; chacune de ces puissances cherchant à influencer le peuple par les idées religieuses , ce combat a duré jusqu^à nos jours, et qu^en est-il résulté ?••• Beaucoup d^indifierence pour Tune et }.our

Faatre, et un retour complet aux anciennes superstitions.

Il est sans exemple quWe religion succède à une autre sans mélange; toujours la nouvelle re* ligion se greffe sur Tancienne ; les propagateurs du nouveau système permettent cette greffe par politique, pour ne pas trop effrayer les populations .routinières. Qu^on suive bien notre christianisme dans ses détails, il s^est modifié de mille manières malgré son apparente orthodoxici et chaque peuple y a mêlé quelque ancienne fête, qudque ancien rit , y a consacré le sou* .venir de quelque ancien culte. Il ne serait pas difficile de faire cette analyse pour le chrifrlianisme de plusieurs peuples que j^ai étudiés dans mes voyages.

Les princes tcherkesses seulement et les grands sont musulmans et en observent les rites; mais ils le font par acquit de conscience et avec u»* différence, se moquant qudiquefois de toutes ces cérémonies.

Le peuple, dans le fait, est aussi païen

Les Tcherkesses de la côte celèrent encore par tradition la fête de Pâques , sans savoir en mémoire de quoi, et quinze jours auparavant, s'^abstiennent de manger dès œufs à Pimage du carême ; ils ont des arbres marqués dVme croix, qulls révèrent, et auxquels jamais la hache n^a touché ; ces arbres sont dans des bois sacrés que

— i34 — tout le inonde respecte ; on célèbre des fêtes de* Tant ces ai^bres à jour fixe. M. Peyssonnel en cita entre autres un qui était dans le centre du imys, et qu^on appelait Panagiasan; le culte qu^on lui rendait était ime vraie idolâtrie.

M» de la Motraye, qui parcourut la contrée en ijiii raconte aussi que les Tchwkesses des n^ontagnes marchaient en procession j avec dei torches allumées, autour de ces arbres consa-^ csrés , au pied desquels ils sacrifiaient divers ani^ maux, comme taureaux, béliers, agneaux, chè^ vres et brebis. Leurs mages ou prêtres, choisis parmi les plus vieux d^entre eux, en distribuaient -la viande aux assistants, et en portaient aux nià«lades et aux pauvres qui étaient absents. Ces sortes de prêtres ne savaient ni lire ni écrire^ et ée contentaient de r^éter certaines fcmnules de prières , qu^ils transmettaient à lem*s successeurs telles quHls les avaient reçues.

De tout temps les peuples du Caucase ont penché vers le druidisme (i), cVst-à-dire qu^ils ont eu de tout temps le plus grand respect pour les vieux arbres, dans lesquels ils croyaient qu^habitaient des divinités invisibles. Du plus ou du

(i) Procope de Bello Poth., liv. IV, p. 471 » dit expressément que les Abasghiens adoraient encore de son temps lés forêts et les bocages, mettant les arbres au nombre dès dkux«

moins, cet antique respect, cette adoration pour les arbres s^est affiliée avec la .religion chrétienne. Il n^y a pas d^église ni de chapelle en Colchide sans quelques vieux arbres qui Tombragent ou qui Tentourent. Les Abkhazes, qui ont conservé plus de traces du christianisme que les Tcherkesses, ont aussi des arbres consacrés.

Les apôtres du christianisme auront profité de ce respect pour les arbres, auront gravé des croix dessus ; peut«^tre que les chapelles en bois qu^on avait bâties à côté, auront disparu , et ainsi se seront assimilés des usages du christianisme à Tancien druidisme.

Aujourdliui encore, suivant le récit de M. Tflitbout deMarigny (l), dans les environs de Ghélindjik, des prêtres couverts dW simple hourea^ ou manteau de feutre , sWancent vers la croix qui consacre le bois, au milieu d^un petlple qui garde le plus profond silence, et adressent des prières au Créateur pour lui demander la conservation de leurs champs, Pabondance des moissons et de les exempter de la peste. Plusieurs petites bougies sont attachées à la croix. Avec Fune déciles , ils brûlent un peu de poil d^un boeuf qui va être immolé, et sur la tète duquel ils versent du bouza, dont on fait

(i)Taitbout deMarigny, éd. Klaproth, ï, 807, dans le VoyagedèJeatiPotockl^

^ i36 — offrande à Dieu, ainsi que d^un pain as^me^ dans lequel il y a du fromage • La cérémonie se ter-* mine par des festins auxquels chaque habitant du canton a contribué selon ses moyais, et enfin par des danses et des jeux.

Ce sacrijBce est aussi une des particularités du christianisme de toutes les peuplades du Caucase; il accompagne toutes les grandes fêtes en Ossétie, dans le Ratcfaa, en Mingrélie, en Abkhazie; les Arméniens eux-mêmes Tont conservé; ce n'est proprement pas un sacrifice^ mais, comme toutes ces fêtes sont précédées de longs carêmes, en immolant un bœuf le jour de la fête, on envisage cela comme une espèce de bénédiction de la première viande que Ton va man-^ ger, comme cela se pratique chez les Grecs, chez les catholiques de Lithuanie, de Pologne, etc. Les Tcherkesses ont des diviniti^s subalternes, ou des espèces de saints entés sur des divinités du paganisme. Ils ont Mérissa, protectrice des abeilles. Ils prétendent qu'à Fépoque où elles périrent toutes, la seule qui resta vint se réfiigier dans la manche de Mérissa, qui Fy conserva, et que cette abeille a produit depuis toutes celles que nous avons. Sa fête est célébrée en été (i).

£ile s'appelle aussiAfi^mm^, et on la dit mère de Dieu.

(i) Taitbout de Marigny , éd. KJapr., 1, SoBet «eq.

-Séossérès était un grand voyageur auquel les vents et leseaux étaient soumis. Il est particulier renpient en vénération chesi les Chapseughes et efaezles Natoukhadges. Son image est un jeune poirier que les Tcherkesses coupent dans les forêts, et qui, après avoir»été ébranché de façon que les tronçons restent seuls, est porté chez eux pour y être adoré comme une divinité protectrice des troupeaux. Presque toutes les familles en ont un; vers rautomne,.lejour de sa fête, on le porte en grande cérémonie dans Tintérieur de la maison au bruit de différents instruments et aux cris de joie de toute Fhabitation, qui le complimente sur son heureuse arrivée. Il est cou- Tert de petites bougies et à son sommet est attaché un fromage; on boit autour de lui du bpuza, on mange, on chante, après quoi on le congédie et on le r^laee dans la cour, où il passe le reste de Tannée appuyé contre la haie, sans avicune marque de divinité.

TUebsé^ roi, protecteur des forgerons. Le jour de sa fête, on fait, en sipn honneur , des libations sur un soc et sur une hache.

, Noak<Uchéj Yémik et Mesté sont d'autres saints ou demi-dieux , qui ont chacun un jour gui leur est consacré.

y Les Tcherkesses, sans avoir de dieu du tonperre, croient que c'est une marque de sainteté d'être frappé de la foudre; c'est un ange qui

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apporte ainsi cette marque de bénédietioii^ et On enterre le mort de la manière la plus sch* lennelle, et les parents se félicitent de Thonnettr qui leur est arrivé. Ces peuples sortent en foide au bruit que fait cet ange dans sa opirse aé* rienne, eX quand ils xm se fait pas entendre de quelque tempa, on fai^ des prières pour le faire revenir

Funérailles*

Les funérailles des Tcherkesses varirait d* localité en localité^ et selon la condition du dé^ funt; c^est cpmme partout.

Chez les Natoukhadjes, le catpg cousu dana une toile blanche, après quelques chansons, ou bardits en son honneur et après une espèce d^o* raison funèbre , est .déposé dans tme tombe semblable à celles que j^ai décrites plus haut; on lui met la tête vers TOrient , tet on le couche de côte comme chez les mahométans. Le moulldh, quauid il y en a un, assiste à Cette cérémonie. Durant le cours d^une année le lit du défimtetses ar^ies sont conservés avec le soin le plus reUgieux, à la même place qu^ils occu-* paient de son vivant. A certaines époques , les parents et les amis viennent exprimer, par' des sanglots et des coups sur la poitrine, leur déses* poir ; la veuve donne aussi alors les marques de

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son afiliction, se décbire le visage et les bras jusqu^au sang (i).

Un joor entre! autres est fi^é pour donner le^ grand festin qui doit toujours accompagner les funérailles: les ricl^^s, qui ont tout en abon** dance, le donnent sitôt après Tensevelissement ; mais les gens peu aisés renvoient souvent de plu-sieurs mois de le donner, jusqu^à ce qu^ils aient pu rassembler les provisions nécessaires . Le repas se fait le plus grand possible; il s^y trouve quel« quefoisjusqu^àquatrecentspersonnes:onledonné dans un boi$ sacré , sous les arbres, où se font, comme je Fai dit, . toutes les cérémonies reli** gleuses*... Le commun du peuple ne cuit que de la viande et du cacbat de millet ; c^est tout le festin, et c^est déjà tm grand luxe, le Tcherkesse à Fordinaire étant très sobre et ne se contentant que de bouillie ou pâte Cuite ou séchée en forme de gâteau, a(vec son cachât df millet.

Le festin est. accompagné de jeux et de pri:i décernés en Vhonneur du défunt , comme aux funérailles de Patrocle j plusieurs étoffes eni*

(4) Les Kabardîens se donnent des coups de fouet sur le vîëâge pour porter ainsi les marques de leur douleur : faire couléï* du satig pour témoigner sa douleur , est un usage généi^ chez les peuplades du Caucase; les anciennes peur plaâes 'Bdydtèa de la Crimée se lacéraient le corps avec des pierres à feu aiguës qu'on Jetait et qu'on retrouve dans les anciens tumulus autour du corps.

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portées par un rapide cavalier deviennent la ré^ compense des plus habiles coureurs qui, aussi à cbevai, font leurs efforts pour Tatteindre et lui enlever le prix de leur célérité. Des courses à pied et des exercices de ca genre terminent la fête (i).

Reneiggs rapporte encore une autre coutume usitée chez les Tcherkesses , cW de sacrifier auxmânesdeleursparents,deleursamis, comme Achille le âdsait sur la tombe de Patrocle ^ des prisonniers et des esclaves (2). Cette coutume certainement n'existe plus, et la mode en était déjà bien passée du temps de ce voyagem*, qui assure que des Tcherkesses de ses amis lui avaient assuré qu'ils regardaient ce sang répandu comme très salutaire pour le repos des âmes.

L'on rachète les morts tués à la guerre , et ce, sont des héraults qui vont traiter de la rançon du mort, contre des boeufs, des chevaux et d'autres objets : encore Homère quand il nous peint le rachat du corps d'Hector.

(1) Intdriano, parmi ces jeux^ cite une pratique qui se faisait de son temps et que je n'ose rapporter , tant elle choquerait nos mœurs : que ceux qui veulent la connaître la lisent dans Ramusio^ Raccolti di Viaggi, à raiticle Intérianoy t. Il, p. 197.

(a) Reineggs, I, 269.

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Écriture.

Les Tcherkesses ne connaissent pas mieux récriture que du temps d^Intériano ; les traditions et les grandes époques de leur histoire se conservent dans leurs chansons. Noyant que peu de relations de commerce et d^ndustrie, ils ne sentent pas la nécessité de ce grand moyen et

un exprès est pour eux ime lettre vivante

Quand ce moyen ne peut pas suffire ils ont recours à quelqus mouliahs turcs qui habitent parmi eux et qui leur rendent ce service. Les seuls hiéroglyphes que connaissent les Tcherkesses sont ceux dont ils se servent pour marquer leurs chevaux.

,. Outre la langue tchei^kesses, les princes et les nobles du pays, qui se réunissent en septembre . avec leurs affidés , pour faire des induisions, font usage entre eux, en se déguisant, d^une langue toute particulière qu^ils appellent chakobza, et qui n^a aucune ressemblance avec le icherkesse* Il n^est pas permis au peuple de la palier. Reineggs, II, 248, est le seul qui rapporte quelques exemples d,e ce jargon , qui pourrait bien être une langue originale et nous prouver qu^il y a plusieurs éléments de population dans la nation tcherkesse, et que les prin-

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— i4a -^ ces et la noblesse sont des intrus (!)•••• Mais d^où Tiennent-ils?

ladostiie. •— Commerc».

L^industrie et le commerce sont presque nuls chez les Tcherkesses. Les relations qu^ik ont eues jusqu^à présent avec les Turcs n^cmt été que celles d^un pauvre commerce d^écbange. Le fond en a toujours été les esclaves; je ne reviendrai pas sur ce que j^ai dit plus haut à ce sujet» Toute Findustrie du Tcherkesse a roulé jusqu^à présent sur les moyens de se procurer cette monnaie courante, soit par des incursions sur le territoire russe et sur celui des tribus ennemies, soit par des pirateries. Ce dernier moyen est toujours le même que du temps de Strabon ^ quoique dix-neuf siècles aillent bientôt s^écouler. Le vaisseau de guerre qui me reçut à son bord et que commandait le capitaine Woulf , reçut deux fois Tordre de donner la chasse à ces galères tcherkesses et aux pirates qui les montaient; j'eus occasion de les observer à Paise. Le seul changement que j^aie remarqué, c^est que ces galères sont plus grandes, et montées généralement d^un plus grand nombre d^hommes;

(i) Jean Potocki^ Voyage^ etc., t. I^p. 168.

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çn en compte jusqu^à 60 et 70 (1). Elles vont wulement à la rame et se glissent le long des cotes pour ne pas être vues : le port de Mamaï, jcélèbre déjà dans Fantiquité par sa piraterie, est encore le point central de ces corsaires tcher-« kesses.

. Les femmes, dans chaque famille, sont occu^ pées de la confection de la plupart des objets qui sont de première nécessité dans une économie^ elles tissent une espèce de drap d^un tissu jdair, de couleur tantôt feuille morte, tantôt grise; elles savent aussi fabriquer des manteaux de feutre (bourca en russe, djako en tcherkesse); elles cousent les souliers, les habits, et se chargent même des coussins de selle , des bandoulières et des fourreaux de sabre et de fusil. > Les besoins desTcherkesses ne sont donc pas très nombreux

Importation.

. Ce qui est chez eux d'une impérieuse nécessité, c^est le sel, qu'ils ne peuvent obtenir que de Kerkche ; car il n'y en a pas de trace dans leiu* pays. Depuis la guerre qui lein* a été déclarée par la Russie, ils se trouvent dans une pénurie

(1) Ces galères s'appellent, en tcherkesse; hafovihouafa^ et aussi kamara/en abkhazien, akhbai-, en turc nogais^ gkemei.

~ i44complète de cet objet, et commencent, dit-^ou, à apprendre à s^en passer, mais non sans être fcnrl irrités de cette privation.

Les Turcs leurs portent de grosses, toiles, des étoffes de soie, de coton, de la poudre, du plomb, des fusils, des sabres, des pistolets , des maro* quins;.car les Tcherkesses ne fabriquent aucun de ces objets.

La seule industrie qu^ils aient poussée à un assez haut degré, est celle de Forfévrerie. Ils ont chez eux des ouvriers fort liabiles, surtout dans Tari de travailler Targent avec des dessins en noir dWgent sulfuré ; ils en recouvrent les poignées des pistolets, des sabres, les fourreaux des kindjals; ils savent aussi en orner par incisions (damasciner) les canons de fusil... Ils font de charmantes boîtes, des boutons de ceintm^es, des agrafes, des bagues, des gobelets, des coupes, etc.

L^art de la tannerie ne va pas plus loin qu^à passer et repasser un cuir brut entre deux boisj ils le frottent de graisse pour Tamollir; ce cuir sert à tous les usages , pour baudriers, souliers, etc., et il est extrêmement fort et durable.

Exportation.

L^exportation de la côte de la Circassie consiste en miel, en cire, en peaux de boeufs, de chèvres.

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en pelleteries, en céréales telles que seigle, blé, orge, mais, que les Turcs transportent en Anatolie. On. trouverait sur plusieurs points de la côte de très beaux bois.de construction , du chêne, du hêtre, du pin. Le buis est commun dans le voisinage de Gagra.

, Les Tcherkesses ont beaucoup de bétail, chevaux, bœufs, vaches, moutons et siutout des chèvres. Quelques propriétaires ont plus d^un miUier de. moutons, de cinq cents chèvres; mais tout est de petite race. Ils possèdent aussi Tespècede brebis à grosses queues (ichamtoukh) de plusieurs couleurs, à laine mi-fine. Par-ci par-là, on trouve quelques pièces de gros bétail volé à Anapa, mais dont ils ne savent pas se servir.

Les poiriers et les pommiers sauvages sont chez eux en grande quantité; ils ont aussi des prunes longues, mais point de cerises. La vigne est sauvage partout, le raisin qu^elle produit est petit; ils n'en font pas de vin chez les Natoukhadjes; ce n'est qu'en avançant vers rAbkhazie« chez les Ouboukhes, les Sakhas, etc., qu'on voit cette branche d'économie exploitée; le vin de ces tribus est bon.

Nourriture.

La noiuriture ordinaire des Tcherkesses est une bouillie épaisse de millet (panicum miliaré)y L 10

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espèce de polenta ou de cachai (i) polonais et slave, qu^ils accompagnent d^une pâte non lef ée cuite en forme de gatesu, comme en Géorgie* Ils y ajoutent pour boisson du bouaa (d), de rkydromel et du lait aigri ; mais dans les grandes occasions, ils y ajoutent de la viandô cuite ou rôtie simplement (3).

Cbea les princes, on est plus rftffinë; on y

(fl) Cest uae chose fort remarquable à obéerter que k similitude qui rè|;ne dans le mets principal de Itmtes let peuplades caucasiennes et slavonnes qui s'échelonnent jusqu'au golfe Adriatique , et même on pourrait pouréulvre cette similitude jusqu'à l'Inde. Tout le centre de TAsie , jusqu'à rArménie et à la Géorgie , fait du riz cuit sous forme de piaf, le fond de sa nourriture. Les peuplades de la Colchide vivent d'une bouillie épaisse, nommée gdmi, faite de millet dltalie (panicum italicum). JUesTcherkeaie» j ont substitué le millet ordinaire (p. miliare); toutes les peuplades cosaques , polonaises , mangent un mets pareil , le cachât , mais fait arec du blé noir ou sarrasin ; les Lithuaniens et les Lettes qui lui donnent plus la forîne de bouillie, se servent de gruau d'orge ( dichgrttte ). Les Slaves du midi jusqu'en lUyrie , font ce gôml, dichat, aveé . de la farine de blé de Tiu^quie ; partout c'est un mets foii!^ damental et national.

(2) Bouza , bière de millet.

(3) Une des manières de rôtir la viande est de la couper par morceaux , de l'embrocher sur de petites biHxhettes de fer , comme les héros grecs devant Troie , et de les présenter à Tardeur des charbons enflammés. Les Tatares appeUent ce umU î^Mik.

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— i47 — trouTê des plav^ des rftgoûts, des mets compo^ ses AU miel et <iu beurre, etc.. Mais ni chez les Uns 5 ni chez les autres, ils n^y a dlieures fiaLes pour manger ; chacun mange quand il a fidm, le père d^un côté, la mère de Tautre, et les enfiints chacun dans un coin ; ce n^est que quand on a des étrangers qu^on met plus de cé^ rémonies; mais les Tcherkesses en les servant splendidement, regardent toujours comme tme honte et un manque de politesse de manger devant mx%.

En voyage, la sobriété la plus extraordinaire règne parmi ce peuple; un peu de fatîne de millet aigrie et pétrie avec du miel, qu^on renferme dans une bourse pendue à la selle, leur sert poiu* plusieurs jours.

Le Tcherkesse n^est pas plus difficile pom:' son coucher que pour sa nourriture. Le commun du peuple s^étend à terre siu* son bourca qui lui tient lieu de lit; en hiver, on s^étendprès du feu ; lès places les plus rapprochées du centre de chaleur sont les plus distinguées et réservées aux che& de famille, aux étrangers; le reste se garantit du froid comme il peut (i).

Que de choses de la Grèce antique, de la Grèce

(i) Laérte , père d'Ulysse y donnait aussi en hiver enveloppé de vils manteaux , entouré de ses esclaves , près du feu, dans la poussière. Odyssée , ch. XI, v. 189.

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.homérique nous retrouvons chez les Tcherkesses! , La féodaUté des, Skeptoukhes: de la: Grèce n^est-elle pas celle des Tcherkesses d'aujourd'hui? féodahté dont les esclaves et les prisonniers Êd* saient le principal fond. Agamemnon, Ulysse, Achille, montés sur leurs vaisseaux agiles, pour tomber tout à coup sur. des villes riches,' qu'ils pillent et dont ils enlèvent les habitants, trouveraient nombre de portraits vivants parmi nos Tcherkesses de Mamai ou de Djouhoubou.

Paris enlevant Hélène et les Sidonniennes agissait comme on agirait encore aujourd'hui.

Tout ce que j'ai dit sur l'éducation des hommes et des femmes, sur les travaux de celies-ci, sur cette honte qui repose siu* le mari qui est ,yu avec sa femme, sur les repas, lés funérailles, les tombes, suFledruidisme, etc., nous ramène dans la Grèce, et l'on est forcé de convenir qu'il doit y avoir eu quelque, colonisation, des rapports fréquents dans l'antiquité pour que les Tch«>kesses aient conservé tant de traits des mœurs primitives des Grecs. Mais, comme je l'ai dit, quelle est la nation qui a donné, quelle est celle qui a reçu ?

Mais ce qui m'a frappé le plus dans le tableau que je viens défaire, c'est la singulière similitude qui existe entre les Tcherkesses d'une part et les Litvaniens et les Lettes de l'autre.

I^ manière de bâtir, la disposition des mai-

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sons, des habitations, le costume^ les idées religieuses, Fadoration. des arbres et du tonnerre, ' le goût pour certains mets, le respect pour les lois de Phospilàlité, Tancien féodalisme, etc. , sont autant de points de rattache entre ces peuples éloignés, dépendant ces nations sont de races bien différentes, puisque les Litvaniens appartiennent plutôt à la race indo-germanique et que les Tcherkesses rentrent dans les aSinités de la race fînoise.

Nous savons que les Tcherkesses n^ont pas changé de place; comment donc trouvons-nous une partie de leurs mœurs chez ces.peuples du Nord?

Ceci semble nous dévoiler un fait important, c^est que ce peuple litvanien, Fun de ceux qui touchent le plus près à la souche samscrite, nV pas toujours été vers le nord; quHl a sans doute passé au pied du Caucase, et qu^il a peut-^tre paru dans Fantiquité sur ce théâtre sous un nom que nous ne savons plus lui donner.

Les tribus alanes ou ass, ou ossètes, qui ont aussi tant d^analogie avec les races samscrites, et qui sont restées sur les flancs du Caucase, gardant une très grande ressemblance de mœurs avec les tribus tcherkesses, ne seraient-elles point la souche de ces Litvaniens, et principalement de ces Jastvinghes, Fune des plus intéressantes des tribus lilvamennes? Les historiens les

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ont toujours soupçonnés de venir An midi, et d^ètre un reste des Jassyghes.

l^es Lettes, frères deslitvaniens, ont étéfiir** temeni mélangés avec les^inois (i).

Amasânea.

Enfin n'est-il pas extraordinaire de trouver chee ces Tcherkesses cette séparation si bisarre de I^omme et de la femme, dans une contrée où toute Pantiquité a toujours placé les Ama9;ônes et ces Sauromates gunocratoumènes*

Quelque absurde que puisse paraître cette histoire ou fable des Amazones, elle doit avgôr. un fond; Strabon en était déjà convaincu, et les traditions que les Tcherkesses eux-mêmes ont conservées en sont une preuve. Voici cette tra» dition rapportée par ReineggS| I, 238, et que le véridique Jean Potocki s^est donné la peine de vérifier.

Dans le temps que nos ancêtres , disent les Kabardiens, habitaient sm' les rives de la Mer- Noire, ils étaient souvent en guerre contre les Emmétches, peuple de femmes qui habitaient fangle des montagnes entre la Qrcassie et U

(i) J'ai fait, pendant plusieurs années que j'ai habité la Courlande et la Litvanie, de nombreuses recherches sur rhUtoire^les moeurs, les monuments de ces contrées : peutêtre pourrai-<je un jour publiar le résultat de ce travail.

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STanéthi, et qui sVtendaient jusqu^à la petite Ka^* liardah actuelle. Elles ne voulaient point d^hommes parmi elles, mais ^associaient toute femme courageuse qui Toulail. pr^idre part à leurs expéditions et entrer dans leur donfrérie. Après une guerre longue et indécise, les deux armées se trouvaient derechef en présence pour se livrer bataille, quand tout à coup la commandante des Ëmmétches qui possédait un esprit prophétique, demanda un entretien secret avec Thoulme, chef des Tcherkesses, possédé aussi du même esprit. On dressé une tente entre les deux armées ; le prophète et la prophétesse s^y rendent; quelques heures après, la prophétesse en sort et déclare à ses compagnes qu^elle a été vaincue, qu^elle veut prendre Thoulme pour son ^oux, et que suspendant les hostilités, elle leur conseillé de faire comme elle, et de se choisir un mari parmi les ennemis : ce qui s^exécuta, et les Tcherkesses, nos ancêtres, joyeux, retournèrent avec leurs nouvelles compagnes dans leurs de meures.

Cette tradition de Pexistence des Ëmmétches, est confirmée par un fait que rapporte le P. Lamherti (i) : de son temps, le Dadian faisant la

(i) P, Archange Lamberti, Recueil de voyages au Nord, t. Vil, p, 180 et i8i. Comparez aussi ce que raconte de La Motraje, t. il, p. 84 » des femmes tcherkesses.

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guerre aux peuplades des hautes montagnes à Fouest de PElbrous, on trouva nombre de femmes armées et cuirassées parmi les morts. Dadian offrit une gi^andé récompense à celui qui lui en amènerait une vivante.

Je reviens à Thistoire des relations delà Gircassie avec la Russie.

La Russie venait dVcquérir par le traité d^Andrinople, du 2 septembre 1829, tous les droits de suzeraineté que pouvait avoir la Turquie sur les Tcherkesses et sur tout le littoral de la! Mer- Noii^e, d^Anapa au fort de Saint-Nicolas. Ce fut alors qu^elle résolut de mettre fin sérieusement et par la force à cet état de troubles, de guérillas, de brigandages, qui durait d^uis tant d^années.

On avait cherché à conclure des traités avec les Tcherkesses; mai$ dans une nation i>art«agée en autant de parËs ennemis et indép^idants les uns des autres, qu^il y a de têtes un peu hardies, s^attacher à Fun, c'était déclarer la guerre à Fautre.

On voulut séduire les principaux dbefs par des grades dans Farmée russe, par des pensions; mais les Tcherkesses ne virent dans ces démarches que des preuves de la faiblesse des Russes, et non des moyens qu^'emploie une nation forte et sage pour éviter le sang répandu.

Lorsque les partis tcherkesses vinrent piller

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— a53 — les villages russes et enlever des prisonniers pour en feiire des esclaves , on usa de représailles; mais il arriva que ces représailles tombèrent le plus souvent sur des innocents, et dans ce pays de vengeance, on se fit des ennemis acharnés, on fementa des haines inassouvissables.

La position de la Russie était on ne peut plus embarrassante : il fallait laisser subsi^er cet état de choses; les Russes devaient être lés ilotes des Tcherkeses ou les soumettre totalement, puisque par leur état de civiKsation, ils n'avaient aucune des qualités qu'on demande à ime nation civitisée pour traiter avec elle.

L'empereur Nicolas, habile à saisir les mesures les plus efficaces, celles qui tranchent le mal par ht racine, ne pouvait balancer un instant. Dès la paix d' Andrinople , il a déclaré la guerre à la Gircasdie, protestant vouloir faire usage de tous ]es droits qui lui étaient acquis par le traité d^jAndrinople. Un plan a été adopté depuis dix ans et l'exécution s'en poursuit avec constance, quoiqu'on soit loin d'avoir accon^l^ la tache qu'on s'est proposée.

Le feld-maréchal prince Paszkevitz fat le premier à mettra la main à cette grande entreprise ; on supposait alors que des démonstrations hostiles épouvanteraient les Tcherkesses et que leur soumission serait prompte ; on trouva le contraire : leur ardeur guenière s'augmenta avec

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IVcharnement des Russes qui furent repouseée* même du temps du marédial. Quand il quittais Caucase , à peine remarquait-on quelque avance dans ce frq^e% gigantesque.

Le général Ëmanuel qui vint après lui, ne fut pas plus heureux i d^ailleurs il ne garda que trop peu de temps le commandement pour obtenir de briUants résultats ; il ne ât que la conquête de FËlbrous, résultat d^une expédition moitié de reconnaissance, moitié scientifique qui a apporté de très beaux résultats pour la conDai&<* sanc# du pays.

Après le général Ëmanuel, le baron de Rosem coxmnandant le corps détaché du Caucase, fut appelé à Test de cette chaîne de montagnes par une guerre au«si difficile que celle des Tober*^ kesses , mais qui eut de glorieuse résultats ; il «^agissait de réduire Timplacable Kasi^ouUab dans ses repaires de la vallée de Gamri.

En i834 • le général Wiliaminof, sous les oiw dres du baron de Rosen, fut mis à la tète du corps qui devait agir contre les Tcherkesses.

Dès-lors un plan spécial fut arrêté. Ce plan dont on avait en partie commencé Texécution les années précédentes, consiste à prendre pied petit à petit sur le territoire des Tcherkesses, à les isoler par des lignes militaires qui traverseront leur pays , et à leur couper toutes les ressources du côté de la Turquie et des autres puis*

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swces qui voudraient bien s^intéresaer à leur fiort.

La première expédition a eu lieu en septembre X 834) commandée par le général Wîliaminof luimême ; elle eut pour but ^cia] de prendre une idée du pays qui s^étend entre le Kouban et Gbélindjik, et de voir quelle serait la voie dt communication la plus sùre^ Itr plus commode et la plus facile à ouvrir entre cette forteresse et la ligne du Caucase.

Ghélindjik n Vait de communication que par mer ; les approvisionnemients étaient pénibles et dépendaient des faisons; on était des temps izH> finis sans avoir des nouvelles de ce qui se passait dans cette Intéresse, qui était comme une petite île perdue dans Focéan.

Deux passage se présentaient pour arriver de Oghinskaïa sur le Kouban à Gbélindjik; Tun débouchait en remontant FAtakoum par le défilé d^Aderbey, qui a i5 verst de long, puis par le village même .de ce nom et enfin par Mézippé.

L^antre passait par Dobé.^ c^est celui qui pa-» raissait le plus praticable ; sur cette distance de 80 verst on n^aurait eu à faire qu\m pont sur une eau stagnante.

Le premier présentait des difficultés insur-^ montables; trois cents chariots d^approvision-^ nements devaient suivre Farmée, et il était indubitable qu^attaqué dans ce long défilé d^Ader»

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— i56 •^— bey, on en aurait été embarrassé, et les Tchérkesses auraient eu tout le teni|)s d'écraser les trbupcs en se postant sur les hauteurs.

- On préféra de remonter la Chadotopche, ruisseau dont la vallée est si étroite aussi qu^on fut obligé de mettre les chariots de file pour la remonter. On fut campé dix jours avant d^avoir nettoyé le pays. Puis on se mit en route, non sans de grandes précautions ; Ton fut dix heures en marche avant d^'arriver à la ligne de faite, qui sépare la vallée de Chadotopche de celle d^Atsèsboho ; il ne fallut qu^une heure pour descendre et arriver à Ghélindjik, où ce brave corps d^expédition fut reçu avec des houras ; c^était la première fois quWe armée russe traversait réperon du Caucase.

L'on prit ime autre route pour s*en retourner ; on pa^a le col du Tatchagus, on descendit au village de Dobé, et de là remontant la chaîne de collines f(ui borde la mer, on atteignit la ligne de faîte près des sources de la Na, petite rivière qui s'unit plus bas à l$i Chadotopche; après leur jonction , elles vont se jeter quelques verst plus loin de PAtakoum ou Adokau, qui donne son nom à ce district des Natoukhadjes, comme j'en ai parlé plus haut.

On retourna fort content de cette expédition à Oghinskaïa et sans avoir essuyé de pertes très considérables , quoique le pays soit un das plus

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difficiles que je connaisse pour la mai^çhe d^vuie armée ; car dans le sol de schiste crayeux et de craie, toutes les vallées sont si étroites, si resser-. rées, ce sont, tellement des défilés qu^on peut être arrêté à chaque pas. Les Tcherkesses se lo-* géant dans les buissons et sur les "pentes escar* pées y sont les maîtres de la vie de ceux qui passent à leurs pieds. Avec quelquespièces de canon, ces défilés seraient imprenables : que de difficidtés donc et que de courage nécessaire pour repousser et déloger devant soi ce peuple aguerri. i

La seconde expédition qui eut lieu en i835 eut pour but de déblayer la route qu^on s^était ouverte Tannée dernière, de la rendre praticable pour plusieurs chariots de front; on construisit les forts d^Abyn et de S. Nicolas sur rAlakoum, et on se disposa à s^emparer de la position de Dobé. . . Car le projet des Russes était d^abord de se fortifier à Soudjouk-Kalé ; mais les officiers de la marine déclarèrent tous que la position de la baie ouverte aux vents du N. E. la rendraient intenable et dangereuse pour les vaisseaux de guerre pendant la mauvaise saison, et qu^on serait infiniment mieux à Topposite de la baie, dans Tanse de Dobé, cet endroit étant le plus abrité et le plus sûr pour y jeter Tancre.

La troisième expédition commença en mai i836; on fit des reconnaissances vers Pchade.et

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— i58~ SOttâjouk^Kâlé ; avant de commencer Texpédi^ tion, le généi*al Wiliaminof fit paraître une adresse ou proclamation aux Tcherkesses , oâ on leur proposait de se rendre à la Rusâe et d^obéir au traité d^Andrinople. La réponse qui fut faite au général et qui se trouve aussi dans la Galette d^Augsbourg , à la suite de la proclamation, si elle est vraie, est une preuve du jésuitisme de FAngleterre, qui a Voulu se sOU* mettre la Grcassie en dépit des Russes.

Cette année on perdit beaucoup d^officiers dans un défilé : le général qui commandait le corps dVxpédition, averti du danger qu^il y avait de s'y avancer, ne voulut pas croire à des rai-sons de prudence , et nVut pas fait cent pas ABti^ le défilé quHl fut atteint d\m coup de balle ; je n'ose plus reculer maintenant, dit-il, et le corps d'armée forçant le passage, se fit jour après lui. . • Mais les Tcherkesses tuèrent une vingtaine d'o^ ficiers ; car ils dédaignent de tirer sur des sîm* pies soldats et ne visent que sur Irurs chefs qu'ils reconnaissent fort bien ; cependant les officiers cherchent maintenant à se distinguer le moins que possible des simples soldats par leur mise et par leurs chevaux.

Tel est le résultat des dernières opérations qui se firent par terre.

Du côté de la mer, tout devoit coïncider avec ces plans, et la Russie mit en mer tme flottille

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^ i59 — capable d^exécute^ ses projets ; daax croisières furent établies^ le long de la côté, Tune à Ghé^ lindjik, Fautre à Soukoum-Kalé. La prends devait avoir principalement Toeil sur la côte jus«» qu^àGagra, et de Soukoum«-Kalé on devait veiller sur rAbkhasie.

Un fit défense à tous vaisseaux étrangers d^a*border la côte de la Circassie, défense qui fut présentée comme mesure sanitaire. Ce blol^iis fut publié et chacun devait en avoir connais^* sance. • . Cétait le seul moyen de couper toutes ressotut:es aux Tcherkesses.

Le résultat de cet embargo mis sur toute la côte de la Circassie fut, en i832 , la confiscation de sept vaisseailx turcs qui furent menés à Théodosie et à Kertche^ où on les vendit avec leur chargement. Les équipages , consistant en i5o hommes, furent mis en liberté. Le produit de la vente des prises appartient aux vaisseaux qui s'en sont emparés.

On dira que les Turcs ont droit de se plaindre de Tinjustice d^une pareille confiscation; on aura tort. Quand la Russie a mis Pembargo sur ce pays , elle s^'est empressée d'^en donner connais*sance au gouvernement turc, et le sultan, sen* tant très bien qu'ail avait cédé à la Russie tous ses droits , défendit sévèrement à tous ses sujets de faire le commerce avec les Tcherkesses. Les pachas ont renouvelé ces ordres à plusieurs repri*^

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ses, à la prière de.rambassadeur etdés consuls russes et surtout de celui qui est à Trébizonde^ d^oii partent presque tous les vaisseaux qui vont en Circassie. Le pacha de Trébizonde s^est donné beaucoup de peine pour faire comprendre aux habitants les suites de leurs démarches et que.ce sera à leurs risques et péril que les Russes brûleront ou confisqueront leurs cargaisons, sans que jamais le sultan ait PintenUon de faire la moindre réclamation à ce sujet.

Les Turcs savent donc ce qui les attend; nms le gain est trop grand et Faj^t trop irrésistible, pour qu^ils puissent ne pas se laisser entraîner à hasarder quelque chose. Ils ont toujours Tespérance de pouvoir se glisser le long des côtes, dont la hauteur empêche les croisières draper— cevoir ces petits navires, et une fois là, ils sont reçus à bras ouverts par les Tcherkesses qui les défendent jusqu^à la dernière extrémité.

Le résultat des expéditions de i833 fut que Ton brûla en tout seize petits vaisseaux et sept magasins. *

. En attendant, la guerre de la Circassie avait attiré les regards de toutes les nations de TEurope jalouses de la puissance de la Russie et du progrès de ses armes en Orient et en Turquie.

L^ Angleterre siu-tout ne pouvait voir de bon œil qu\m état fit tout son possible pour s^assurer la paix sur ses frontières ; elle voulait pres-

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— i6i — que lui en coatester le droit, elle qui cependant n^a demandé à personne la permission d^aller assurer sa pvdssance dans Tlnde et de repousser les peuplades qui cherchaient à en compromettre la sûreté.

Les Français criaient aussi bien fort^ eux qui âdsaient pis dans PAlgérie ; nous leur demanderons sHls avaient plus de droits que la Russie à pacifier leurs conquêtes par les moyens qu^ils employaient , que la Russie n^en avait à pacifier le Caucase avec lequel elle est en guerre depuis des siècles.

Quoi qu^il en spit, attendons avec patience le résultat de cette lutte acharnée et qui devient toujours plus fi)rmidable et plus intéressante en ce qu^elle met ce peuple tcherkesse inconnu jusqu^à présent sous un tout nouveau jour. La Russie , cherchant à soumettre les Tcherkesses, ne réveillera-t-elle point leur industrie , leur intelligence, leur énergie? Ne les forcera-t-elle point par la force des circonstances à unir leurs intérêts, à se choisir un chef, à se consohder en nation ? Ce ne serait pas pour la première fois qu^on aurait vu un peuple ignoré et divisé d'intérêts , se réveiller tout à coup à Taspect dW danger toujours croissant et sortir de son apathie et de son obscurité , en présence dW foi> midable ennemi, pour prendre place et jouer son rôle parmi les nations. La Géorgie contre L il

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— i6a — les Seldjoukides, la Suisse contre rAutriche, la Hollande contre TËspagne, la Lithuanie contre Tordre Teulonique , etc«, en sont des exemples qui ne sont pas si loin de nous.

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COTE DE l^A CIRCASSIE,

GHELINDJIK A GAGRA,

Mon séjour à Ghélîndjik.

Je passai quatre semaines à Ghélindjik *âi*rra jusqu au II juin, à attendre le vaisseau qui devait me transportera Soukoum-Kalé. Je n^eus guère le temps de m^ennuyer, malgré le peu de ressources que paraissait offrir un camp militaire. Oétait un événement tout extraoi-dinaire que, Tarrivée du premier Européen voyageur au milieu des Tcherkesses, Aussi chacun s^empressat-il de me &ire paraître mon séjour à Ghélindjik aussi agréable qu^il lui fut possible. Les officiers cherchèrent à favoriser mes recherches, et les soldats eux-mêmes se réjouissaient de me voir de toutes leurs expédiûons, partageant les mêmes* dangers.

Mais personne nVut plus de bontés pour moi que M. le colonel Tchaikovski, commandant de la forteresse. Il ne voulut pas que pendant tout

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le temps de mon séjour, j^eusse dVulre table que la sienne, et je trouvai dans sa maison une société bien capable de faire oublier qu^on était si loin du monde civilisé : je veux parler de madame la colonelle et de sa sœur, personnes aussi bien élevées et aussi aimables qu^on puisse en trouver dans nos grandes villes, et à qui il devait paraître bien bizarre, après avoir vécu dans le grand monde à Saint-Pétersbourg et à Moscou de se voir tout dW coup transportées en Asie au milieu dW camp de soldats sans autres ressources qu^elles-mêmes, et les femmes de quelques ofliciers, qui représentaient toute la population féminine de la forteresse. Pas une seule boutique, si ce n^est quelques vivandiers ; nulle ressource ; il fallait tout faire venir d^Anapa ou de Kertch. Pas une seule promenade pour les dames que celle du bosquet de Cathrine. Mais ces dames avaient du courage ; leur petit intérieur leur suffisait, les occupait; elles comptaient sur xm avenir meilleur; mais je ne les entendis pousser aucune plainte.

M, Jakovlef, lieutenant des ingénieurs, mV vait cédé une de ses chambres, où je pouvais travailler à mon aise, et je trouvai toujours dans cet officier instruit le plus complaisant et le meilleur compagnon de mes courses ; sa sollicitude pour moi fut celle d^un frère. Je me rappellerai toujours ses inquiétudes quand je faisais quel-

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— i65 — ques courses, et surtout son angoisse un jour que la demi-compagnie qui avait accompagné le bétail au pâturage rentra sans moi ! J^étais allé me promener le long du rivage, visitant soi- ^eusement toutes lès couches du terrain pour me faire une idée de la position du silex corné, et je m'^étais tellement oublié que je n^avais pas entendu qu'on avait battu la retraite et qu'on s'en était retourné. M. Jakovlef me crut tué ou enlevé, et, tout effrayé, il courut chez le commandant lui faire part de ses craintes. On envoya en bâte un peloton de soldats à ma recherche; M. Jakovlef venait à leur tête; ils battirent en vain lés halliws, parce que j'étais caché par les rochers ; enfin ils m'aperçurent, et je ne comprenais d'abord ni leur joie ni tout ce cortège; mais je compris bientôt ce que c'était quandiOn m'eut bien grondé de mon imprudence et qu'on m'eut fait promettre d'être attentif au son du tambour ou de la trompette une autre fois,.

Cette partie dti pourtour de la baie où l'on était venu me chercher, est celle d'où l'on jouit de la plus belle vue sur la baie, sur la forteresse et sur tout le territoire d'alentour. Je l'ai dessinée, et on la trouvera dans mon Atlas, IV série, pi. 1 , Dans l'extrême lointain s'avance le promontoire de Oussoussoup, avec sesToches schisteuses, et l'on distingue l'entrée de la baie de

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Soudjouk-Kalé, que cache la montagne du Tat«* chagus, marquetée des champs du village d^A^ champet. En avant de Tatchagus sVvance la pointe qui ftrme la baie de Ghéhndjik par le nord, et sur laquelle s^étend le village d^Atse&?* boho. La chaîne de montagnes qui longe la baie fait partie du Merkotkhi. Entre cette chaîne et le fond de la baie, au milieu du paysage, deiv rière le plus grand des vaisseaux, est Femplace? ment des ruines que f ai décrites plus haut. A droite, on reconnaît Ghélindjik, scm retranche-^ ment, le bosquet de Cathrine, etc.

La position de cette pointe, qui sWance du sud pour fermer la baie, devait attirer les re** gArds des colons, et je ne m'étonnai pas de la trouver parsemée de traces d^abitations tcher-. keg^es,, 4e tombeaux anciens et noodernes. Il j a plus \ il paraît même qu'elle avait été fortifiée jadis : car un rempart et un fossé qui commen-* cent à peu de distance de la forteresse y et qui s'étendent à deux verst, ferment hermétiquement cette pointe; une des entrées, qui n'est pas loin du rivage, est défendue par im tumulus.

£)n avant s'en trouve un second qui sert aU'^ jourd'hui de cimetière. Quelques fouilles qu'ont &ît les officiers ^'ont amené aucun résultat,....

J'ai exprimé, déjà plus haut mon opinion sur Videntité de la baie de Ghélindjik avec celle de

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