MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE
J'ai lu avec un vif intérêt la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 1° août dernier. C’est un brillant programme de vos découvertes phytologiques. Votre habileté dans l’art d'observer la nature m'était garant que votre grand voyage ne serait pas inutile à la science : les résultats ont dépassé mes espérances. Je n’en juge pas seulement par votre lettre ; j'ai vu vos collections : elles sont admirables. Il vous reste, monsieur, à les décrire et à les publier. Les théories les plus vraies ne paraissent telles que lorsque -ceux qui les ont devinées, livrent au jugement de tous, les faits sur lesquels elles reposent ; et les faits par euxmêmes ont tant de valeur, qu’isolés de toute théorie, ils suffisent déjà pour établir solidement la réputation
DE PHYSIOLOGIE DES VÉGÉTAUX. 213 des habiles observateurs. Tâchez, monsieur , de nous faire jouir bientôt des fruits de vos découvertes. Vous seul en possédez le secret. Il n'appartient qu’à vous de donner à chaque chose sa juste appréciation, et de montrer les rapports que toutes ont entre elles. Si vous négligez de le faire , il est fort probable que de longtemps il ne se rencontrera personne aussi capable de mettre en œuvre vos précieux matériaux, et votre indifférence , que je serais alors tenté de qualifier de coupable, aura été un obstacle au progrès de la science.
Adieu, mon cher confrère, croyez que personne ne vous estime et ne vous aime plus que moi.