‹ Voyage autour du mondeChapitre 100 sur 115 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

flairent; ils ne se sont pas vus depuis longtemps ou bien sont tout à fait étrangers l'un à l'autre, et ils se sentent f comme le feraient deux singes.

C'est évidemment dans l'embarcation de l'homme primitif, la pirogue, que les premiers émigrants arrivèrent sur les îles volcaniques nouvelles, dont les pies, dominant de plusieurs milliers de mètres les plaines liquides, leur servirent souvent de pbares sauveurs ; parfois encore ils échouaient sur ces plateaux de corail que la mer bat de toute part et recouvre parfois dans sa colère. Tristes abris oii les privations, les fatigues, attendaient les naufragés. — Les continents anciens de l'Amériqne, de l'Asie , de l'Australie , prêtèrent d'abord leur concours pour peupler les îles nouvelles qui s'élevèrent non loin de leurs rivages respectifs ; mais quant aux terres situées plus au centre de l'Océanie, elles ne purent recevoir d'habitants que ceux qui arrivaient avec les vents et les courants généranx de la mer, c'est-à-dire de l'est, car on pourrait poser enprincipe que l'homme primitif, dans ses migrations, a dû suivre , comme les épaves , le gré des vents et des courants, forces dont il savait déjà se servir, mais contre lesquelles il ne pouvait pas lutter. Je dis plus, à ces époques anciennes et jusqu'à nos jours, il exista entre les tropiques, dans ces parages , outre les alizés et des courants d'eau que le mouvement de rotation de la terre dirige toujours de l'est k

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nombre repoussent avec force cette manière de voir.

Les migrations si nombreuses vers l'ouest «les Polynésiens de l'orient n'étalent point volontaires, et voici coaunent les nombreuses observations que j'ai pu faire m'ont montré qu'elles avaient lieu :

Une pirogue k la pèche ou se dirigeant vers une île voisine avec lès vents normaux de l'est — les seuls avec lesquels tes indigènes prenoenl la mer — était surprise par un vent d'ouest, les voiles étaient aussilAt abattues et la ■ pagaye «, qui sert de gouvernail, maintenait seule la pirogue. Mais aussitôt que les insulaires, par la position relative des planètes , reconnaissaient que les vents d'est étaient de retour, ils s'empressaient de bisser ta voile et de rechercher leur île ou leur archipel; mais la route est perdue, la pirogue dépasse les terres que l'on désire , et l'on fuit toujours à pleines voiles dans la direction de l'ouest , oii , si les provisions et la chance le permettent, l'équipage échouera snr une terre occidentale, et, plein de surprise, il y entendra un langage qu'il comprend, bien qu'il soit éloigné de sa pairie de plusieurs centaines de lieues '.

L'hypothèse de ce u courant humain " suivant en Océanie la marche des vents et des courants, est séduisante et féconde en explications ethnogra-

1 Voir les Migrations humainei en Océame , d'après les faili naturels, par Jules Gamier. — Artbiu Beitnuâ, libraire, Paru.

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3M LA NOCVELLE-CALÊDONIE.

phiques. L'obscurité la plus profonde rëgue certainemeot sur l'histoire de l'homine à ces temps reculés, et c'est là on champ vaste en spéculations pleines d'intérêt pour l'esprit. Quelle longue série de siècles s'écoula avant que l'homme pût écrire son histoire sur la pierre ou le papier I En eut-il la pensée tanl qu'il resta dans les zones chaudes qui furent évidemment son berceau î Non ; et , semblable aux habitants actuels de ces mêmes régions , sa vie s'écoulait sans besoins ; le soleil , étant foujours chaud, ne lai marquait point les saisons et encore moins son âge, qu'il ignorait comme aujourd'hui ; la belle végétation qui couvrait ces terres lui donnait sans travail la vie de chaque jour, et l'on comprend que ta contemplation de cette sublime nature suffisait largement à toutes ses aspirations au grand et an beau I C'était 1& l'Éden , gravé si fortement dans le souvenir de l'an* tique nation juive, et que les Ues fortunées de l'océan Pacifique ont si souvent rappelé aux voyageurs.

Mais ceux de ces hommes primitifs que les événements ou les faits géologiques conduisirent ou laissèrent plus tard sur des terres plus froides ou moins généreuses , durent y continuer plus pénible* ment la bataille de la vie ; le sol ne livrait plus la nourriture qu'au prix d'ariifices longs et pénibles* ce n'était que par la construction de maisons solides

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