CHAPITRE DIX-SEPT1ÈUB
ner les habiles dans cet art, et l'on a remarqué que lorsqu'ils parlent des bommes célèbres du temps passé, GODtraireineat à ce qui se passe cbez nous, ils ne disent pas : « C'était un grand capitaine n , mais H C'était un bomme qui parlât bien , Taaia parapara amaitai. n
L'éloquence et la poésie se touchent de trop près pour que le Tehîtien ne soit pas poète ; son climat délicieux, ses fertiles et riantes vallées, qui lui permettent une vie de plaisir et de volupté, lui inspirent aussi des poésies d'une douceur et d'une grâce surprenantes. Ne croyez pas que, semblables & nos amapts des Muses, ils aient bôsoin de se torturer le cerveau pour produire ces phrases merveilleuses, non; ces poésies légères ont même souvent des femmes, des jeunes filles pour auteurs, et ce sont ordinairement des chagrins d'amour qui les provoquent. Mais écoutez plutôt l'histoire qui va suivre , et vous en jugerez :
Au moment de mou passage dans la tribu de Teabupo, une jeune fille, Taourou, avait perdu son fiancé; il s'était embarqué sur une petite goélette pour se rendre dans une ile voisine , mais , soit qu'il eût été entraîné par des vents contraires, soit que la mer eût englouti son esquif, il ne revenait pas; c'est alors que sa maîtresse, pendant les longues heures de peine, de solitude et d'attente, composa le chant que vous allez lire.
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BSt LA NOUVELLE-CALÉDONIE.
L'événement était grave dans cette petite peuplade. Tont le monde avait appris ces paroles plaintives, et le soir on les chantait. Noire interprète nous en fit la traduction , que je recueillis sous sa dictée.
Je ne sais si ces paroles auront le don de vons émouvoir autant qn'elles le firent pour nous. Peutêtre l'étrangeté de la scène qui nous environnait f était-elle pour quelque chose; ces ombrages parfumés, ce bruit intermittent de la mer qui déroulait sa ceinture sur les cailloux de la grève, ces charmantes silhouettes de jeunes filles, mieux éclairées par les mille feux des étoiles que par la lumière douteuse de nos torches; tel était l'entourage qui exalta chez uoos an dernier point la fibre poétiqoe.
« 0 mon bien-aimé , je t'aimais comme le petit enfant aime le sein de sa mère t
» Je te désirais comme la fleur du soir désire la rosée de la nuit pour redevenir fraîche et parfumée.
B Tu étais pour mon sein comme un mets succulent, comme un chant mélodieux à mon oreille.
• Hélas I je suis seule, que je suis malheureusel n me semble passer ma vie dans une vallée sauvage oii l'on n'entend rien que le bruit des insectes, oil la froide brume delà montagne descend et glace.
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