CHAPITRE PHBUIER
entre les différents chefs des îles Nénéma qni s'étaient trouvés présents à l'événement ; le cœor et l'épanle du jeune capitaine étranger furent donnés au plus âgé de nos prêtres : il mangea l'épaule et porta le cœur sur la montagne, pour l'offrir aux esprits de nos grands chefs morfs. ■
Arrivé en ce point de son récit , le chef d'Yenguébane fit ut|e pause : il paraissait absorbé par ses réflexions, et ses guerriers, qui faisaient cercle autour de lui, restaient aussi silencieux; ce calme généra] me semblait inquiétant, péDible, après cette histoire malheureusement trop véridique. Au bout d'un instant je priai le chef de reprendre son récit : «Dis au capitaine de l'or (capitaine moni ou de For : c'est le nom par lequel me désignaient les indigènes, qui croyaient que mon but principal était de chercher de l'or dans les pierres de leurs montagnes) que ceux qui lui ont appris que sur mon île et en cette place douze de ses compatriotes ont été tués, sauront lui dire aussi la fin de l'histoire; ma bouche a bien voulu raconter un triomphe de ma tribu, mais n'aime pas à répéter ses malheurs. » Telle fut à peu près la réponse deDi-indé; elle montre assez bien le peu de remords qui l'animait. Maintenant, pour ne pas laisser le lecteur dans l'ignorance de la suite du malheureux événement de Venguébane, je ferai en quelques mots son bistorîqne, dVprës les récils qui m'en furent (aits par le
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chirurgien même de l'eipédîtion à laquelle appartenaient ces infortunés marins :
En 1850, la corvette fAlcmène, commandée par le capitaine de frégate comte d'Harcoort, explorait la Nouvelle-Calédonie; elle remontait du sud au nord de cette lie, le long de la c6te ouest. M. Devarenne, aspirant de première classe, était chargé des travaux hydrographiques; arrivée à Balade, la corvette y prit son mouillage, et M. Devarenne eut la mission de remonter vers le nord pour reconnailre la chaîne de coraux qui s'étend dans celte direction et essayer de découvrir une route pour VAlcmène ; le 29 novemhre 1850, cet ofâcier partit avec le canot même dn commandant : il était accompagné de l'aspirant de marine M. de Saint-Phalle , dedouzecanotierg, y compris le patron et un maître, d'un Anglais que l'on avait pris à Hienguène avec son domestique indigène de cette trihu. C'est le 1" décembre, le troisième jour do départ de M. Devarenne, qu'ils arrivèrent à Yenguébane et qu'ils y trouvèrent une mort affreuse et une sépulture non moins horrible.
M. Devarenne ne devait pas rester plus de dix jours dans cette exploration; aussi, au bout de ce temps, ne le voyant pas revenir, on s'inquiéta, et M. Ponthier, enseigne de vaisseau de VAlcmène, fut envoyé à sa recherche avec le grand canot et un indigène de Balade comme interprète; supposant
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