‹ Voyage autour du mondeChapitre 110 sur 115 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈUB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈUB

que les chefs les prenaient sans les demander. Mais les ArioÏB n'ont-ilg pas ce point de commun avec la plupart de nos sociétés ?

Telles sont les coutumes que nos missionnaires trouvèrent dans ces îles lorsqu'ils y arrivèrent ; il ne leur fut pas cependant difficile de chasser de semhlables croyances, mtùs là oti s'arrêtèrent leurs progrès, ce fut lorsqu'ils voulurent construire après avoir ahattu , c'est-à-dire substituer une religion de morale , d'abnégation, de stoïcisme, de privations, à une autre qui voulait précisément le contraire. J'ai assisté aux services des églises catholiques dans les villages réputés les pins religieux : aussi longtemps que l'on chante les cantiques, les choses se passent hien, et les voix douces des jeunes filles, celles plus vibrantes des garçons, forment un contraste intéressant avec la sévérité des airs religieux. Comme nous étions des inconnus, tout le monde se retournai), nous regardait, causait, riait, comme si l'on eût été dans la rue. On allait, on venait, on s'agenouillait, on se levait, affectant parfois un sérieux comique , et faisant des mines qui auraient pu faire croire qu'ils voulaient parodier nos dévots. Les plus âgés dormaient pour la plupart, et cela me rappelle que le père de la reine actuelle, qui fut un des plus zélés inlroducleurs du christianisme, faisait administrer, après chaque of^ce, des coups de bàlon à ceux qui avaient dormi. Malgré cette

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punition, d'un esprit peu tolérant, grand nombre de fidèles ne pouvaient résister à l'assoupissement , et les exécuteurs du roi avaient fort à Taire chaque dimanche, après la messe. Mais si les Tahiliens ont ai peu de respect pour notre religion , ou comprendra qu'ils en aient moins encore pour ses prêtres, aussi les traitent-ils ordinairement avec une légèreté (brt peu révérencieuse ; comme des ministres protestants et des missionnaires catholiques se disputent leurs âmes, on les voit passer & chaque instant d'une religion dans une autre, et même, suivant les deux à la fois, se rendre au prêche au sortir de la messe.

Nous étions sur le point de terminer notre voyage et dans le voisinage de la pointe Vénus, oii pour la première fois les Européens débarquèrent, lorsque nous rencontrAmes une grotte curieuse et intéressante. A ce moment elle était encore ignorée des Européens et k peine connue des indigènes ; cependant elle s'ouvre au jour dans un mur vertical de laves, de scories et de cendres superposées, qui domine directement le chemin de ceinture de l'ile^ L'entrée et l'intérieur de cette galerie souterraine sont tellement réguliers, qu'on les dirait taillés par la main des hommes ; mais quelques pas dans l'intérieur nous montrèrent que cette grotte , par un fait singulier et rare en géologie , avait servi de canal à des flots de laves et- de scories qui s'écoulaient

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