CHAPITRE DIX-3BPTIÈUB
ainsi sous terre et prenaient leur origine sur les flancs de quelques cratères de l'intérieur.
Nous suivîmes jusqu'à deux cents mètres cette voie souterraine; il nous fut impossible d'aller plus loin, tant à cause de la chaleur que de l'abaissement de la voûte, qui n'était plus qu'à quarante centimètres du sol; cependant l'air était encore très-pur, et si nous laissions un instant nos flambeaux immobiles, nous observions que la flamme avait une légère tendance h s'incliner vers le fond encore inconnu de ce souterrain. Malgré de nombreuses recbercbes, on n'a pas encore rencontré un seul des cratères qui fournirent autrefois l'immense quantité de roches dont l'ile est toute formée; cependant cette galerie souterraine doit aboutir à l'une de ces bouches à/eu, et des recherches an milieu des épais fourrés de ces parages permettraient enfin de la rencontrer.
Dans plusieurs points, soit par suite du travail des hommes , ou par celui des éboulements , ce souterrain s'élargit subitement en de vastes chambres, dans lesquelles , & notre grande surprise, nous trouvâmes de petites pyramides formées de pierres superposées; nous étions en face de morats ou monuments que les Tabitîens avaient la coutame d'élever à leurs dieux.
Le temps nous manquait pour fouiller ces témoignages, malheureusement muets, du passage dei
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SM la NOUVELLE-CALÉDONIE,
bomnies, el y chercher des instruments on débris qui pussent jeter un peu de lumière snr lenr histoire si obscure.
En sortant de la grotte , nons priâmes le chef de nons envoyer les plus vieux du pays, auxquels nous roulions demander ce qu'ils savaient snr cette galerie. Des vieillards à la tête blanche arrivèrent bientôt les uns après les autres, el lorsqu'ils se fureni réconfortés par une rasade , ils nous racontèrent sur cette galerie curieuse une de ces légendes bizarres qui leur sont habituelles, mais qui nous montra qne depuis longtemps ils n'avaient pas pénétré dans la grotte et qu'ils ne savaient rien de précis sur son histoire. Parmi ces vieillards que nous inlerrogeftmes ainsi , il s'en trouvait un d'un Age extrêmement avancé, il s'approcha de nous avec peine, soutenu par deux jeunes gens; aussitât arrivé, il s'assit sur une natte et nous examina avec des yenx décolorés par l'âge; je lui fis servir un verre de vin qu'il refusa d'un geste. Les Tahitiens parviennent souventàun flge très-avancé, et, aumomentdemon passage, il en existait encore un qui avait près de cent dix ans; il avait de la barbe lorsque le capitaine Cook arriva dans l'Ile en 1774; celui qui était devant nous était né, paraît-il, à cette époque, ce qui lui donnait l'âge respectable d'un siècle; c'était une excellente occasion, et nous nous empressâmes de l'interroger.
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. CBAPITHE DIX-SEPTiiUE. VK
— Quel est Ion nom ? tat demanda l'interf rète. • — Fénon, répondit-il.
— Quel est ton âge?
A cette question les jeui du vieillard parurent s'animer ; il relevala tête, écarta les longues mèches blanches qui cachaient une partie de son visage, et ce fut d'une voix ferme qu'il répondit :
— L'&ge de Fénon se perd dans la nuit ; quand il était enfant, il voyait passer an loin sur la mer les navires des blancs, et il les prenait pour des esprits glissant sur les etiux.
— Que faisais-tu lorsque tu étais jeune homme ? — A cette époque , répondit le vieillard , la taille de
FénoQ était droite, haute et ferme comme le tronc d'un cocotier; quand ses pieds loacbaient le sol, il semblait qu'ils y eussent des racines comme le palétuvier qu'aucun vent ne saurait arracher; Fénoa était redouté de ses ennemis.
Cette longue phrase sembla épuiser les forces de l'ancien guerrier, il laissa retomber sa télé sur sa poitrine; lorsque nous voulûmes lui faire de nouvelles questions, il ne répondit point, et nous nous aperçûmes qu'il s'était endormi.
Après une absence de près d'un mois nous étions de retour au chef-lieu, dont nous ne négligeâmes pas l'étude, tout en mettant de l'ordre dans nos échantillons.
. Celle petite ville moderne nous parut tout d'alwid
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moins intéressante avec sa population d'environ deux mille flmes dont la bonne moitié est indigène. Ceux-ci ont complètement perdu h la ville ce cachet d'originalité qui.les dislingue aillenrs; s'ils salisront parfois la curiosité des étrangers en leur donnant le spectacle de leurs danses et de leurs chants, c'est toujours moyennant salaire. — Les métis sont nombreux , car les relations des Européens avec les indigènes sont des plus abondantes, et tout nooveau débarqué ne tarde pas à s'adjoindre nne compagne, indigène. — Celles-ci ont peu de godt pour la maternité, aussi, le plus souvent, lorsque la mère est encore jeune, elle se garde bien d'élever ellemême sa progéniture , elle la cède à quelque matrone qui se fait une joie — n'eu ayant plus d'antres — d'élever cet enfant qui lui rappelle ceux qu'elle a eus, car elle-même, dans sa jeunesse, a parfois cédé delà même façon ses propres enfants; ils existent encore, elle les connaît, mais ne les voit qu'avec indifférence; quant à ses biens, ils seront tous pour l'enfant d'adoption, et personne n'y trouve à redire , bien qu'ils fassent aussi grand cas de la propriété. — Celle-ci est trés-morcelée, et les montagnes les plus stériles, les récifs, la mer elle-même ont un maître. Ce cas se' présente rarement cbei les peuples sauvages, qui, ayant d'habitude beaucoup plus de terres qu'ils n'en peuvent utiliser, se préoccupent peu du droit particulier de propriété; mais.
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