‹ Voyage autour du mondeChapitre 112 sur 115 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈUE. 3TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈUE. 3TI

dans ces iles à la surface limitée , où le capitaine Cook trouva une population trës-condensée et à l'étroit, i] n'en est plus de même , et cbaque mètre carré de terrain pouvant recevoir les racines d'un arbre à pdn avait un maître.

Lorsque l'enfant provient d'un blanc, on a pour lui plus de soins et d'égards ; la mère s'en montre souvent orgueilleuse. C'est que ces métis sont gênéralement très-beaux ; tes femmes surtout sont parfois remarquables, au point d'avoir inspiré de violentes et réelles passions k des Européens. La plus belle métisse que j'aie vue à Tahiti avait une naissance trop historique pour que je n'en parle pas. Elle descendait de ces révoltés d'un sloop de guerre anglais la «Bouoty» qui, en 1789, à une petite distance de Tahiti, — qu'ils venaient dequitter, — s'emparèrent du commandant et de ceux qui lui étaient restés fidèles , l'abandonnèrent ensuite dans une embarcation du bord, et revinrent à Tahiti avec le navire qu'ils avaieut ainsi capturé. On sait que ces malheureux avaient été surtout entraînés par le souvenir de leurs maîtresses tahiiieunes : je ne relaierai pas les phases émouvantes et dramatiques par lesquelles passèrent ces malheureux, qui, craignant une juste vengeance, allèrent avec leurs compagnes lahitiennes s'isoler sur un rocher désert , K Pitcairn > , oîi on ne retrouva leurs descendants ^u'eo 1814, c'est-à-dire vingt-cinq ans après le crime.

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Hs formaient une population superbe, qui fut plus tard dispersée à l'île Norfolk et à Tabiti. J'avais déjà eu l'occasion de voir un groupe de ceux qui avaient émigré & Norfolk, et ils offraient vraiment un beau tfpe; quant k ceux de Tahiti, j'eus surtout l'occasion de connaître la célèbre Susanne ou « Toutana «, prononciation indigène de Su- Cette jeune Glle était non-seulement remarquablement belle, mais fort intelligente; elle parlait facilement le français, l'anglais et le tahitien. Hais il faut reconnaître qu'elle trahissait vraiment trop , par ailleurs, sa double origine.

Je ne m'appesantirai pas davantage tur les indigènes du cbef-lien , ils s'y sont tous tellement dégradés, que j'éviterai au lecteur le triste spectacle de leur abrutissement.

A part les artères principales , les rues da chef-lien sont si peu fréquentées, qu'elles sont recouvertes d'une abondante couche d'herbe qui forme un tapis aussi doux et soyeux que la mousse de nos hois ; les habitations européennes qui les bordent sont si bien ensevelies sous la verdure que l'on a parfois grand'peine h les découvrir; aussi dans le principe , je ne trouvais que difficilement mon pied-à-terre, et je passais tonjonrs plusieurs fois devant lui sans l'apercevoir. Mais les habitations indigènes ne sont pas ansst bien voilées aux regards; ce philosophe qni souhai-

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GHAPITBE DIX-SEPTIÈUE, 319

tait que sa maison fût de verre afin que l'on pût voir fouies ses actions , aurait pu se contenter d'ane semblable demeure; mais ces cases à jour, construites en bambous espacés comme le sont les barreaux d'nne cage, ne suffisent-elles pas dans un pays où non-seulement les frimas sont ignorés , mais où l'on ne se cache rien les uns aux autres ?

Je viens de parler du bambou comme de l'un des éléments de la construction des cases ; j'ajouterai au sujet de ce précieux végétal, qu'ici comme en Cbine on l'emploie à plusienrs autres usages, on en fait des vases, des peignes et même des couteaux. La tige du bambou est, en effet, un des végétaux qui contiennent le plus de silice; cette substance, qui dans la nature forme le quartz , c'est-à-dire un des corps les plus durs, a conservé dans la plante cette propriété, et un fragment de bambou taillé coupe presque aussi bien qu'une lame d'acier; cette substance était donc très-précieuse pour ces peuples k Tépoque où ils ne connaissaient point le fer, mais elle était et est encore parfois l'occasion de graves accidents, car le bambou, qui croit en bouquets extrêmement épais et élevés, dans le fond des vallées, se brise quelquefois & une faible distance du BoI, laissant ainsi plantés sur la terre des fragments, des esquilles aussi minces, aussi effilées, aussi rigides que la lame d'une épée; si alors on s'avance sans précaution au milieu de la végétation

toaflne qui cache ce piège, on peut se faire de trèsgraves blessQres.

Une de nos demiëres excursions fut nne visite k l'ilot Motou~outa, qui est à l'entrée du port de Papeete; ce n'est antre chose qu'un petit exhaasscmenl circulaire de coraux morts, mais tellement convert de cocotiers, de pandanus, d'hibiscus, qn'il ressemble à nne corbeille de verdure. Le père de la reine actuelle , sur ses vieux jours , s'y rendait chaque matin, une Bible sons le bras et nne bonteille d'ean-de-vie à la main : dans cette charmante solitude il songeait et philosophait à son aise; bientôt cependant il confondait les anciens dieux avec le nouveau : tantàt il jurait comme un païen et tantôt s'accusait de ses péchés ; enfin , un sommeil profond remettait un peu d'équilibre dans ses esprits.

Chacun a entendu parler de la souveraine de Tahiti , la reine Pomaré, mais je crois que bien peu connaissent les traits principaux de son histoire, aussi je me permettrai de les rappeler en peu de mots.

A l'époque où le capitaine Cook débarquait, le chef de Papeete se nommait Otmi,' mais étant allé en expédition dans la montagne, et pendant la nuit, il ; saisit nne bronchite très-violente; lesTahitiens, y compris les rois , changeaient alors do nom avec la plus grande facilité ; aussi Otuu , en mémoire de

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