‹ Voyage autour du mondeChapitre 13 sur 115 · CHAPITRE PREUIER. SS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREUIER. SS

dis ans au gouvernement la grande Paaba, Venguébane et Tanlé ; il exploite les cocotiers et pèche le trépang.

Plusieurs autres îles de l'archipel Nénéma ont ainsi été louées à des Européens; telle esl Mouac, îlot très - agréable , extrêmement giboyeux, et concédé à l'Anglais Alexandre Winchester, qui jf élève du bétail tout en faisant de l'huile de coco.

La résidence du chef de la tribu des Nénémas est l'île Yandé, qui est assez grande, très-fertile et un peu montagneuse ; son sommet le plus élevé a trois cent vingt-six mètres.

Je ne quitterai pas le nord sans parler de la grande presqu'île Pam, que jnsqu'À ce moment on avait prise pour une île ; ce promontoire montagneux sépare la baie de Tanlé de la baie Banaré; il se relie h la grande terre par un isthme qui a deux mille cinq cents mètres de largeur et oftVe une surface à peu près plane, arrosée par difTùrenls petits cours d'eau qui se jettent dans les deux baies qu'elle sépare ; c'est là un emplacement superbe pour une ville : on serait protégé des vents, du calé du large, par les montagnes de,la presqu'île — élevées de quatre cent dix-sept mètres, — on aurait accès sur deux baies vastes et sûres ; |a belle vallée du Diabot esta proximité, ainsi que la cAle orientale de la grande île; enfin, les navires venantde Sydney, quoique ayant un peu pins de distance à parcourir que pour

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n LA NOUVELLB-CALiDOMB

aller à A^OURiea, arriveraient plus vite, car, après avoir alteinl les alizés du sud-est, ils n'auraient plus qu'à laisser porter.

A l'époque oii je visitais ces parages, j'y révais ['installation d'une ville superbe; mais aujourd'hui que la Nouvelle-Calédonie est devenue un lien presque exclusif de déportation , je ne vois pas de position plus belle pour les émigrés que celte région nord, parsemée d'iles suffisamment vastes et fertiles, où, de plus, la surveillance serait facile k exercer; aussi parlerai-je avec plus de détails de ces terres , que j'ai visitées à peu près toutes.

En prenant congé des gens de Nénéma, je profitai d'une brise favorable pour me rendre k la grande ile deBualabio, dont on voit de loin le profil dominer la surface des eaux. Cette terre n'est qu'un prolongement de la chaîne orientale de la grande ■le, qui se relève un instant ici au-dessus de la mer; elle est entourée d'un anneau de corail qui s'ouvre fort heureusement vers le nord pour permettre l'atterrissage des navires; enfin, un canal étroit mais profond existe entre cet anneau et les rivages, qui n'ont pas moins de trente-cinq kilomètres de développement. '

La bande madréporique qui presse tes flancs de Bualabio présente de larges plafeaus sur lesquels abondent les mollusques et les coquillages de toute sorte ; ceux-ci attirent encoïc les requins, qui trou-

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CUAPITBE PREMIER SB

vent ainsi une pâlure facile , et voici commeut il me fut donné d'observer le fait :

Lorsque noire piroguç quitta la cAte de la Nouvelle-Calédonie ayant le cap sur l'île de Bualabio , la brise était favorable et nous espérions franchir les plateaux de corail avant qu'ils fussent laissés à peu prés à découvert par la marée basse ; mais nos prévisions furent déçues : le vent tomba peu à peu , la mer devint de plus en plus basse et finit par nous déposer au centre d'une immense plaine de corail. 11 faisait grand soleil; je fis établir une fente avec la voile en attendant la marée montante. Les hommes dormaient dans le fond de la pirogue; assis snr l'un des bords, je révais en promenant mes regards autour de moi, lorsque j'aperças une troupe de trente ou quarante requins qui péchaient de compagnie. Comme nous n'avions pas eu cet endroit plus d'un pied d'eau, toute la partie dorsale de ces squales était à découvert; je chargeai aussitôt mon fusil à balle , je fis signe k mes gens de rester sîlencienx et surtout de retenir mon chien Soulouque, qui, ayant aperçu l'ennemi, voulait s'élancer sur lui. Nous attendîmes ainsi an moment favorable; enfin , un des plus gros requins de la compagnie s'approcha tout près de noire barque, et au moment 011, nn obstacle le forçant à s'élever, il montrait toute sa tète , je fis feu en le visant à l'œil. Eo une seconde la bande effrayée prit la fuite, mais

Soalooqoe l'élail élancé hors de l'embarcation; il avait saisi , avec sa forte mâchoire , l'aileron d'un énorme requin à demi échoué à cause de sa grosseur; cet obstacle était peu de chose pour le squale, qui s'enfuit emportant avec lui mon épagneul, lequel, accroché de la mAcboire et des deiu pattes au dos de l'enDemi, ne Uchait pas prise. Le haut-fond s'étendait k perte de vue, et bientôt nous ne pûmes plus suivre cette course d'un nouveau genre qu'au jaillissement des eaux qu'elle soulevait. Mes appréhensions étaient extrêmes pour mon brave chien ; mais il revint pourtant au bout de quelques minutes, font fier de son exploit, n'ajfant abandonné son étrange gibier qu'au moment où celui-ci , rencontrant des eaux plus profondes, avait pu s'y enfoncer et disparaître.

Quant au requin sur lequel j'avais tiré, les eanx teintes de son sang témoignaient que je l'avais atteint, mais que le projectile n'avait pas suffi pour arrêter cet animal, l'un des plus vivaces de la création.

Malgré la fertilité de Bualabio et ses forêts de cocotiers , cette île est délaissée par les indigènes, et la raison en est assez singulière : c'est l'abondance des moustiques qui les éloigne. Je me souviens encore de la répugnance avec laquelle mes compagnons bronzés accaeillirent la nouvelle que nous allions dans le pajfg des innombrables et féroces diptères. Dieu sait s'ils avaient tort I Nous étions

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CBAPITBE-PREUIBR. »

encore àcinq cents mètres des rivagesque nous tûmes assaillis par une nuée âe ces petits êtres sauguïnarres, qui ne nous laissèrent ni paix ni trêve pendant tout notre séjour.

Comme les roches que je rencontrais dans cette île ont la plus grande analogie avec celles qui , k Poëbo, accompa<{nent l'or, je fis faire quelques lavages du sable des rivières. Les hommes occupés à ce travail, qu'ils exécutaient an moyen de la séhilc, étaient obligés de rester h peu près immobiles; c'est alors que des milliers de moustiques, s'acharnant après eux , les piquaient à travers leurs vêlements et leur faisaient éprouver une souffrance si intolérable que je fus obligé de placer auprès de chacun des laveurs un indigène chargé de chasser le nuage de moustiques au moyen d'une branche d'arbre très-feuillue.

Nous étions, d'ailleurs, obligés de nous rendre tous le même service deux à deux. Quant aux indigènes , leur torse nu était encore plus exposé que le nôtre aux piqûres de l'ennemi , aussi étaient-ils toujours en mouvement , ne manquant jamais de se jeter la tête la première dans toutes les mares ou ruisseaux que nousrencontrions. Lorsque nous quittâmes enfin ce séjour infernal, ce ne fut qu'assez loin du rivage que les moustiques , emportés d'ailleurs par une fraîche brise du soir, se décidèrent k nous abandonner.

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A cette époque, néanmoins, deux Français s'étaient établis à Bualabio ; mais leur installation était si primitive et si insnftîsanfe , qu'ils ne devaient point obtenir de résultats sérieux : cependant, bien que niontueuse , cette terre est riche ; elle possède plusieurs vallées qu'arrosent de petits cours d'eau, et je vais montrer de suite quel bénéfice élevé et certain on peut retirer de ce fruit précieux, la noix de coco, qui est à peu près l'unique nourriture de certains peuples de l'Océanie.

Le moyen ordinairement employé pour la fabrication de l'huile de coco consiste à rAper à la main l'amande de ce fruit sur une des extrémités d'un morceau de cercle de barrique en fer, limé de façon à offrir trois ou quatre dents. La rdpure tombe au sommet d'une auge inclinée et s'y amoncelle ; lorsqu'elle forme là un petit amas, on la laisse fermenter sans autre précaution. L'huile se sépare et descend, suîvantla pente de l'auge, jusqu'au fond, où on la recueille. La râpure , au bout de trois ou quatre jours, ne laisse plus écouler d'huile; on la jette alors, quoiqu'elle contienne encore une assez forte proportion d'huile que l'on pourrait bien facilement lui enlever par la compression.

Un Kanak peut râper dans sa journée cinq cents noix de coco; il en lire environ trente-trois livres d'huile, représentant une valeur de seize francs cinauante centimes À Nouméa et de trente-trois francs

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à Sydney, Le produit annuel d'un cocotier, déduction faite de tous les frais, peut être évalué à trois francs. Or, Bualnbîo renfermant an moins douze mille pieds de cet arbre, en pleio rapport, donnerait un revenu total de trente-six mille francs, qu'on doublerait facilement en perfectionnant unpen le mode de fabrication.

Cette île possède une autre source de commerce : c'est l'holothurie, comestible fort recherché des gourmets chinois sous le nom de irépang, et qui abonde sur les récifs. La pèche de ce mollusque, exploité avantageusement à fiualabio par quelques individus isolés, y pourrait être pratiquée avec profit par un grand nombre. Le trépaug appartient k une nombreusefamille d'êtres modestes assez semblables à de gros vers disgracienx , dont la longuenr varie de quelques centimètres à un mètre.

Quant à la variété qui nous occupe, c'est une grosse masse charnue affectaut la forme d'un cylindre, loug de douze à quinze centimètres, épais de trois à quatre, et chez lequel on ne distingue, à l'intérieur, à peu près aucun organe. J'avais lu que sa pèche exige autant de patience que d'adresse, et que les Malais, qui à chaque mousson d'ouest (o(> tobre et novembre) équipent des milliers de jonques pour aller récolter ce zoophyte sur les cAtes semées d'écueils du détroit de Torrès, sont obligés de plonger ou de draguer à de grandes profondeurs

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pour saisir leur proie. Eh bien, àBualabïo, iIsufGl que les péchenrg se transportent à marée basse sur les récifs, où ils n'ont qne la peine de se baisser pour ramnsser à deux mains le trépang et en remplir leurs paniers. La pèche faite, il s'agit d'en conserver le produit. Dans ce but, les holothuries sont jetées encore vivantes dans une chaudière d'eau de mer brûlante, où on les remue constamment au moyen d'une longue perche ou spatule de bois. Après cette immersion meurtrière, on ouvre chaque trépang dans le sens de sa longueur, pour le vider, et au moyen de deux petites baguettes de bois fixées en croix k l'intérieur de l'animal, on empêche les parties séparées par le conteaa de se réunir. Ainsi préparés , ces trépangs sont étendus sur des claies; au-dessous brûle un feu modéré, de façon k les dessécher sans les flamber, ce qui nuirait à leur valeur. Quand le tout est bien sec, on divise les Irépangs en cinq catégories, suivant leur taille et leur couleur. A Nouméa, la dernière qualité vaut de douze à seize cents francs la tonne ; la première s'élève jusqu'à deux mille cent francs. En Chine, ces prix sont plus que doublés. En moyenne, chaque trépang vaut vingt centimes ; j'ai vu un seul homme en ramasser pour une valeur de cent francs dans sa journée, et cela en cotant l'animal au prix de Nouméa. Il est vrai qu'on ne peut aller sur les récifs que pendant les époques de calme de la mer.

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AUHifiiis DU S<iD. — Lei immigrante». — Ce qu'est uD • diicipUraire • . — Le Mont-d'Or. — Un massacre de calant. — Sot le choix d'une coneeuion. — Le i magnagna > et le chrome. — L'tle Ouen. — Les plaines de fer. — Le chef Zachario. — Torluea et terpents. — Mon cuiiisier Papin. — Let 1 bénitiers i .

Airanl de quitter la tribu des Nênétnas, j'aurais vivement désiré faire une visite an groupe des îles Belep, qui étaient k quelques lieues plus au nord, enclavées au milieu des récifs. Je savais que ces iles présentaient un soi assez fertile et que, de plus, leur constitution géologique était intéressante. Mais nons entrions dans la mauvaise saison, et, comme on a pu le voir dans mon dernier volume, nous eûmes une. grande peine à pouvoir regag;ner, au sud, le poste français établi k Houagap, d'ob un navire nous transporta à Nouméa, le chef-lieu.

En débarquant dans cette petite ville, je m'aperçus aussitôt que la population s'était accrue d'un personnel des plus importants pour l'avenir de la colonisation. Une frégate avait apporté toute une cargaison de jeunes « orpbelines » , que le gouvernement envoyait sous sa tutelle k la recherche

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âS LA NOUVELLE-CALÉDONIE.

d'établissements qu'avec leur manque absolu de fortune et d'appui elles n'auraient point trouvés sur la terre natale.

Je n'ai pas besoin de dire que l'arrivée de ces jeunes filles fut nu événement au milieu du calme habituel de cette colonie de célibataires ; les demandes arrivaient par centaines aux nouvelles immigrantes, qui ne tardèrent pas àcontracter des liens que le gouvernement tâchait, avec les plus louables efibrts , de rendre le plus réguliers possible : ce qui ne lui fut pas toujours bien facile.

Bien que je considère que cet acte de l'administration ait été un de ses plus naturels et de ses plus logiques, il y en a peu qui aient été aussi critiqués, non-seulement dans la colonie, mais dans la métropole elle-même. Cependant les résultats ont généralement été bons ; on a fixé au sol un grand nombre d'bommes que leur humeur vagabonde aurait éloignés de la contrée; tandis qu'aujourd'hui qu'ils ont no foyer, ils y resteront silrement, attachés par les liens tout-puissants de la famille.

Aussitôt que j'eus classé les collections de mon dernier voyage, je me rendis dans le sud de l'île sur un bateau-pilote, n l'Espoir ti, que me confiait le gouvernement.

Dans cette seconde exploration je ne devais point être accompagné, comme dans la première, par des soldats de l'infaoterie de marine ; j'avais voulu cs-

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