‹ Voyage autour du mondeChapitre 14 sur 115 · CHAPITRE DEDXIÈUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEDXIÈUE

sayer d'utiliser les Gondamnés militaires connus sous te nom de disciplinaires. Je n'avais certes point à me plaindre de mes premiers compagnons, les soldats de marine , si ce n'est que je ne les trouvais pas assez durs à la fatigue et aux privations; il est vrai qu'ils n'étaient pas, comme moi, animés du feu sacré : n'ayant aucun intérêt à parcourir les montagnes couvertes de broussailles, gravir les pics les plus élevés et les plus ardus, franchir les torrents ou s'exposer en mer sur de frêles pirogues, je voyais que pour eus la tâche était fort pénible. Quant aux u disciplinaires», habitués à une rude existence, j'attendais d'eux davantage ; mais il est bon que je présente d'abord au lecteur celle classe d'hommes, qui jusqu'à présent n'a, que je sache, jamais trouvé d'hisloriens. Cependant ce n'est pas un chapitre , mais un volume que mériterait cette catégorie de condamnés.

Qui n'a entendu parler des zéphyrs d'Afrique? £h bien, les disciplinaires, les u camisards n, comme ils s'appellent, ne sont autre chose {[u'une variété de zéphyrs; ce sont des soldats qui n'ont pu se plier li la discipline militaire, ont commis fautes sur fautes, se riant des punitions débonnaires des régiments, jusqu'à ce qu'un délit plus grave les ait rendus indignes de servir dans l'armée. Tel est le disciplinaire. Il a donc fait de la prison et subi la dégradation militaire ; ce n'est plus nn soldat et il

M La NOUVELLE-CALEDONIE.

ae peut jamais le redevenir ; le port même de la moustache et d'aucune espèce d'armes lui es{ interdit, à moins qu'il ne soit resté sans punition un certain nombre de mois; dans ce cas, il devient u auxiliaire ■ , on lui donne un briquet, et le rasoir ne passe plus sur sa lèvre supérieure. On ne saurait croire combien d'importance le «camisard n accorde à ce genre de récompense : il se croît presque réhabilité et redevenu soldat ; il porte pins fièrement son uniforme, qui n'est pas sans originalité : pantalon de zouave très-bouffant, couleur gris de fer; guêtres blanches, vaste ceinture de laine rouge, petite veste, képi de l'étoffe du pantalon. An reste, sa marotte est de se croire encore soldat ; il tutoie le fantassin et prend vis-à-vis de lui des airs de supériorité : on n'a pas pu le plier à la discipline, . lui » !

Il se vante d'avoir fait amener pavillon à tons ses supérieurs, et le jeune conscrit l'écoute bouche béante , ne s'y laisse pas prendre , mais admire cependant l'audace du > discipliné >>, comme il dit.

C'est ordinairement l'intempérance qui a conduit là le disciplinaire; sous l'influence de l'alcool, il a commencé par injurier ses chefs ; plus tard , il aura frappé un supérieur , vendu ses armes , ses effets d'équipement, déserté, volé ses camarades, toujours pour satisfaire sa triste passion. Le disciplinaire est généralement sans la moindre instruction,

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