‹ Voyage autour du mondeChapitre 15 sur 115 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

mais il est rusé , intelligent , actif, robuste ; robuste surtout, car il se riait des peines qu'on lui infligeait au régiment; la salle de police, la prison, le pain et l'eau , misères que tout cela pour sa forte charpente ! et, aussitôt dehors, il recommençait ses ^cor/s. A l'école des prisons, il est devenu menteur, hypocrite ; il a appris tous les moyens de lutter contre la société, et il y apporte une rare énergie; aussi je me suis souvent dit que, revenu dans la société, le disciplinaire doit être pour elle un hOIe des plus dangereux.

C'est à sa sortie de prison qu'il est envoyé dans les compagnies disciplinaires coloniales pour y compléter les sept années de service que, d'après nos lois, il doit à la patrie; là, il est employé à faire des roules, des ponts, des charpentes, etc., sous la surveillance d'un cadre d'officiers et de sous-officiers pris dans l'armée. Les officiers qui briguent ces fonctions sont généralement entraînés par la hante paye qui leur est allouée ; ce sont des hommes qui , soit à la suite de longs séjours dans nos colonies, soit par une disposition naturelle, savent eiercer une discipline de fer. Chose remarquable , malgré les sttjpplices que certains chefs imposent aux disciplinaires, on ne voit pas ceux-ci s'en venger par l'assassinat, comme le fait se passe si souvent dans les bagnes. Le disciplinaire est ordinairement jeune, il a pu s'habituer à la hiérarchie militaire, u( cette

■.Gooj^lc

36 LA NOUVBLLE-CAlfiDONIE.

forme'de pouvoir Inï en impose; poartant, j'ea ai enlenda envier le sort des forçats à la Nouvelle- Calédooie, et, certes, celui qni avait va de près les deux pénitenciers était obligé de se ranger à cet avis.

Le disciplinaire ft une nourriture excellente , — celle du soldat de marine ; — il travaille huit heures par jour, tr és-co use iencie use ment, non-seulement parce qu'il est vigoureux et travailleur, mais parce qu'on le surveille et le pousse. On passe ordinairement, avec ces hommes, sur les fautes légères qui entraîneraient chez un soldat régulier la salle de police, mais on punit des plus sévèrement les délits plus graves ; ceux-ci , je l'ai dit , sont ordinairement commis sous l'influence des spiritueux, et je me demande souvent pourquoi, sachant cela, on ne manquait jamais d'installer une cantine au milieu du camp; — carie disciplinaire est toujours campé. Pourtant on avait le soin de recommandera tous les gradés de s'éloiguer d'un homme ivre faisant du bruit; ce sont, dans ce cas, les «auxiliaires « que l'on charge de calmer ie tapageur, qui est puni le lendemain ; mais ce fait n'empêchait pas que plus d'une fois les supérieurs étaient insultés, frappés, ce qui attirait au délinquant une punition terrible, sinon la mort.

Si le conseil de guerre condamnait le coupable à quelques années de prison , celui-ci relonrnait en

DoiiîHihvGooj^lc

Page 1