CHAPITRE DEUXIÈME
tentirent encore tine fois dans la campagne, et le silence se fit pour jamais sur l'habitation Bérard. Trois personnes , deux hommes et la jeune fille de M. Bèrard , échappèrent seules au massacre. Un de ces hommes, an lieu de se réfugier dans la case, s'était glissé dans un buisson oii il resta caché, inaperçu, jusqu'au départ des Kanaks; l'autre, nommé Bézin, était allé à Nouméa le matin de bonne heure avec la jeune fille de son maître; il avait rencontré quelques Kanaks qui lui avaient dit : u Oii vas-tu ? — A Port-de-France » , avait répondu Bézin , et il avait continué sa route ; il se rappela depuis que les naturels l'avaient longuement suivi des yeus , causant entre eux plus vivement que de coutume.
On résolut de punir les auteurs de cette sauvage agression, qui avaient, en outre, massacré un gardien du sémaphore et sept autres colons de la vallée située derrière Nouméa et connue depuis sous le nom de vallée des Colons. Candio , le chef de la tribu coupable, fut livré par Jacques Quindo et Watlon, petits chefs — j'ai déjà présenté le premier au lecteur — qui depuis peu avaient répudié leur suzeraineté et s'étaient soumis à celle des Français ; ils furent mis à ta tête de tribus importantes au milieu desquelles nous aurons l'occasion de les retrouver. Candio cependant était un homme de courage, mais il lutta contre nous avec plus d'énergie que de bonheur; il fut fusillé en 18ri9, et l'on peut
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voir, au musée de Brest, sa tête conservée dans l'alcool. J'en avais une photographie ; je la montrai un jour à Jacques Quindo, qui, nous venons de le voir, avait livré son compatriote; 1) reconnut l'image et dit seulement : "■ Candio! •> Sa figure astucieuse exprima un instaot une surprise mêlée de terreur; mais bientôt, reprenant son air ordinaire, il me rendit le portrait et me dit : o Candio, non lélé, lui beaucoup coïoné Français. » Puis il tourna les talons et me quitta. Je le suivais de l'œil , et je le vis , la téfe penchée dans l'attitude àe la réflexion, s'asseoir au pied d'un cocotier. Je m'éloignai, et lorsque quelques heures après je repassai par là, Jacques Quindo était à la même place, dans la même attitude. Ce Judas sauvage qui avait vendu son chefpour quelques jouets d'Europe était-il accessible au remords?
La plaine qu'habitait Bérard était autrefois trèspeuplée. Toute la surface en est découpée en gradins superposés, selon le mode suivi par les Kanaks quand ils établissent leurs plantations. Ces gradins ou escaliers ont leur partie plane creusée et inclinée de telle sorte qu'un ruisseau, que l'on a soin de faire descendre suivant la pente directe du terrain, laisse écouler dans chacune de ces rainures, à mesure qu'il les coupe, une partie de son eau, et c'est dans ces rigoles que l'on plante le taro, qui est le principal élément de la nourriture des indigènes.
Aujourd'hui, autour de Nouméa, on rencontre
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encore fréquemment des espaces coDsidérables découpés de la sorte ; certaines montagnes offrent même l'aspect d'un immense amphithéâtre. Mais il ne reste des Kanaks qui jadis ont entrepris et mené abonne fin ces travaux considérables et très-habilement construits, que de misérables familles dispersées, qui cultivent à peine autour de leurs huttes un lambeau de terrain, dont les produits souvent même sont insuffisants pour les nourrir. Dans les villages plus éloignés de nous, dans les centres primitifs de population, les naturels, plus heureux, ont de véritables greniers qu'ils remplissent aux jours d'abondance et vident aux jours de disette.
Les amphithéâtres ou emplacements d'anciennes cultures de tyos ne sont pas rares dans les autres parties de l'île, et je conseille à l'émigrant d'Europe dont l'intention est de cultiver la terre en Nouvelle-Calédonie, de choisir, s'il le peut, son lot dans ces terrains abandonnés et de l'acheter directement au gouvernement; il sera sâr d'avoir ainsi une propriété de première qualité et bien arrosée. A défaut d'un lot de ce genre , il devra chercher une terre contenant en abondance le magnagna, plante bien connue dans la Nouvelle-Calédonie, et qui est l'indice d'une bonne nature de sol. On la nomme hakite dans le nord. C'est une légumineuse. Elle rampe à terre comme une liane; les colons la coupent au moyen d'un hache-paille en petits frag-
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iDentSrGt ta donnent aux cbevaux ou aux bœufs de travail ; pour les premiers , cette plante remplace jusqu'à un certain point les céréales. Le magnagna forme la base d'excellentes prairies , et les chevaux maigres , affaiblis à la ville par le travail et la mauvaise nourriture, mis en liberté dans ces excellents pâturages, ne sont plus reconnaîssables au bout d'un mois, tant ils ont pris d'embonpoint et de vivacité. On pourrait dire de cette plante ce que l'Arabe dit de l'orge : c Si ce n'étaient les juments qui font les chevaux , ce serait le magnagna. n Malheureusement, si l'on n'y prend garde, ce végétal ne tardera pas à disparaître; il est déjà devenu rare dans la presqu'île de Nouméa, et, même sur des points Irès-fréquentés des troupeaux, il a complètement disparu. Il serait de l'intérêt bien entendu des propriétaires , non-seulement de veiller à la conservation de cette légumineuse, mais encore à sa reproduction au moyen de semis.
La racine du magnagna est recherchée par les Kanaks. Elle atteint la grosseur d'une betterave; ils la font cuire sous la cendre; elle fournit alors une . substance filandreuse qui donne à la mastication des sucs très-doux, farineux et nourrissants.
Les Kanaks tirent encore parti des tiges traçantes de cette plante pour la confection de leurs filets de pèche.
Je terminerai ces détails sur le lUont-d'Or en di-
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