‹ Voyage autour du mondeChapitre 23 sur 115 · CHAPITRE DEUXIÈUB. B · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈUB. B

nos rapides el puissants navires leurs grossières et fragiles pirogues; auprès de nos habitations aérées, solides, leurs abris enfumés; leurs frondes, leurs zagaies, auprès de nos fusils, de nos sabres? L'homme civilisé, ce dompteur par excellence des autres variétés d'êtres , a pu soumettre le nègre el en faire son esclave; il s'occupe en ce moment d'asservir les races jaunes et de les occuper à sen profil ; mais il a échoué vis-à-vis de l'Océanien et de l'Américain : ceux-ci , semblables à bien d'autres animaux trop farouches el indépendants, meurent, mais ne s'apprivoisent pas.

Après avoir exploré Ta terre d'Ouen, j'entrepris de parcourir les îles et îlots des environs. Laissant là mon bateau-pilote qui calait trop d'eau pour circuler facilement dans ces parages, nous partîmes en pirogue de Koutoure, petite baie placée sur la côte occidentale de l'ile. Nous nous dirigeâmes d'abord vers le sud-ouest, oîi se trouve l'ile Mato; après avoir traversé un vaste plateau de corail , nous nous vîmes en face d'un îlot montagneux el boisé, que les naturels nomment Ouo : nous jf abord&mes. Les récifs ceignent de toutes parts cette petite terre, qui n'a pas mille mètres de tour; à la marée basse, des myriades de bécassines et de sarcelles fouillent en paix les sables que la mer vient de découvrir; je m'étais mis à gravir ces rochers, dont j'étadiais la nature , lorsque , dés les premiers pas , je me trou-

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vai en face de plusieurs serpents qaî, malgré ma présence , demenraient immobiles au soleil ; c'est & peine si, pressés par le bout du canon de mon fusil, ils se décidaient à entrer avec lenteur dans quelque anfractuosité de roche. II n'y avait aucune crainte h avoir : j'avais reconnu le serpent & anneaux alternativement bleus et gris, espèce amphibie qui n'est pas dangereuse, non pas qu'elle n'ait de crochets, mais parce que sa bouche, trop petite, ne lui permettrait probablement pas de mordre un homme. J'en avisai un d'une longueur et d'une grosseur extraordinaires ; je pensai à mon ami Bavay, zélé conservateur du musée naissant de Nouméa, et voulant y faire figurer ce bel échantillon, je m'empressai de le poursuivre. Je m'en emparai sans difficulté, car avant qu'il eût eu le temps de cacher sous un rocher la moitié de son corps, je l'avais saisi par la quene et l'avais retiré tout entier; je parvins bientôt ensuite, malgré ses tortillements, à le pincer derrière la tête, entre le pouce et l'index, et me tournant alors vers mon guide indigène , je voulus lui donner ma capture afin qu'il la portât lui-même. C'est alors seulement que je m'aperçus de l'air effaré de mon compagnon sauvage et de l'horreur profonde qu'il ressentait pour mon futur sujet du muséum de sa patrie. Je sais bien qu'en France beaucoup de gens civilisés m'eussent regardé avec le même effroi,

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