CHAPITRE DEVXIÈUE. B
mais je pensais que le sauvage et le naturaliste ne devaient pas avoir plus de préjngés l'un que l'autre en celte matière; quoique ce dernier ne poassât pas généralement les choses jusqu'à manger, par exemple, les araignées à gros ventre, ainsi que le font, aussi souvent qu'ils le peuvent , les Néo-Calédoniens. Je Tus donc obligé de porter moi-même l'ophidien , à mon grand regret, car il embarrassait tous mes mouvements, et je dus renoncer b entrer dans un bouquet d'arbres où le roucoulement des pigeons m'annonçait une proie facile. En poursuivant ma route , je continuai à rencontrer un nombre prodigieux de reptiles de la même espèce : il est probable que ces animaux ont cboisi cet ilot désert et rocailleux pour y venir déposer leurs œufs; il leur sert aussi de salle de toilette , car j'en vis plusieurs en train de changer de peau, pendant que les dépouilles de quelques autres gisaient abandonnées sur le sol.
J'avais laissé mes autres compagnons occupés à une pèche ou plutôt à une chasse de tortues ; lorsque je revins à mon point de départ, après quelques heures de course sur les pics de l'île , les pécheurs étaient revenus, et trois tortues de moyenne taille étaient le fruit de leur travail : de l'une d'elles il ne restait déjà plus sur le sable que la carapace parfaitement nettoyée ; quant à sa chair, elle rissolait sur la braise et répandait un fumet attrayant. Un de mes
disciplinaires, qui était mon factotum et que j'avais seul emmené dans cette excursion à cause du peu d'espace dont nous disposions dans la pirogne , ne put retenir un geste de satisfaction profonde lorsque je lui remis quelques pigeons et sarcelles, tout en s'écrianl pour me fiatlef, dans sa joie : n Je savais bien que vous auriez les trots plais différents aujourd'hui : j'avais entendu votre fusil. »
Pour comprendre cette phrase , il faut savoir que mon cuisinier, qui avait'la qualité de l'emploi, la gourmandise au suprême degré, ne s'était jamais décidé à me faire moins de trois plats à mon dîner; si nous n'avions que du lard , il me le servait bouilli , rôti sur la braise et sauté à la poéle , en compagnie de quelque herbage de son invention; il en était de même dans tous les cas. Mais cejour-là il y aurait da gibier, de la tortue et du poisson, les trois plats différents, sans avoir à faire aucun effort d'imagination : il était radieux. Il faut avouer que rien n'égale un filet de tortue : c'est plus tendre et plus savoureux qu'aucune viande que je connaisse; du reste, par sa composition chimique, cet aliment est classé en tête de ta liste des viandes nutritives et toniques.
Pendant ce temps, mes compagnons de l'île Onen mettaient à sécher leurs longs filets , faits d'une solide corde tirée des fibres d'une liane de leurs bois; d'autrescherchaientdes coquillages; le «bénitier»,