‹ Voyage autour du mondeChapitre 27 sur 115 · CHAPITRE TBOlSlèUE, 6t · texte numérisé non relu

CHAPITRE TBOlSlèUE, 6t

restait plus que des œufs de goéland et la moitié d'une tortue de petite taille. Mes indigènes, ne prévoyant pas cette longue tourmente, avaient libéralement offert à leurs amis de Ouié la plus belle des tprlues qu'ils avaient capturées ; nos provisions Étaient doue bien insuffisantes pour neuf bommes de bon appétit; aussi, en me servant le repas du soir, mfin cuisinier faisait une si triste mine que c'était pitié de le voir : u 11 ne reste plus rien pour demain >, dit-il en déposant devant moi, sur une feuille, un rdti de tortue qui était le troisième plat.

Le lendemain le mauvais temps, bien loin de diminuer, semblait redoubler; je me hasardai néanmoins à sortir avec mon fusil. Mais les oiseaux euxmêmes se tenaient immobiles, silencieux, au plus épais du feuillage et des fourrés ; je n'aperçus que les goélands qui , jouant avec la tempête, suivaient d'une aile rapide les ondulations des hautes lames, se baignant dans l'écume blanche qui en jaillissait et que la brise emportait au loin ; l'un d'eux m'apercevant vint planer au-dessus de ma tête ; quoiqu'^ demi aveuglé par la pluie, je l'ajustai avec soin et pressai la détente : ia capsule seule partit; mon chien Soulouque, qui s'apprêtait déjà à aller chercher cette proie, parut encore plus décontenancé que moi , il baissa la tête et mil la queue entre les jambes. Je n'avais pas l'air moins piteux que lui

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lorsque, les vêtements collés sur le corps ^ bredouille et le ventre creux , je rejoignis mes compagnons; il était environ midi. Pendant que je me séchais auprès du feu , Papin me présenta un taro de la grosseur d'une bonne pomme de terre : c'était ma part du déjeuner du matin et le dernier vestige de nourriture qui nous restât.

Les indigènes supportent bien mieux la faim que nous ; cette existence de hasard a appris à leur estomac à se taire dans de semblables moments , si fréquents chez eux : étendus autour du feu , ils sommeillaient. K Qui dorÉ dine n , pensais-je en les regardant; pour moi, prenant mon carnet de voyage, j'y inscrivis les observations en retard , puis, la tête dans les mains, je m'abandonnai à la rêverie, à laquelle portaient si bien le bruit monotone de la pluie, le sifflement du vent et, sous les efforts des rafales, le craquement des grands arbres qui s'élevaient au-dessus de notre hutte. Vers le soir j'éveillai le chef Zacbario et lui demandai s'il n'était pas possible de trouver des vîvfes dans le voisinage : H II y a bien, me répondit-il, une plantation de cannes à sucre non loin d'ici, etj'enverrai , avant la nuit, y chercher notre souper. » Des cannes à sucre , c'était magnifique pour les Kanaks, mais .peu séduisant pour moi, car, pour extraire de ce végétal un peu de liquide sucré , il faut pendant des heures faire agir sa mâchoire à la façon d'une meule , et en fatiguer

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