‹ Voyage autour du mondeChapitre 31 sur 115 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

arrivaient, le balancier s'élevait hors de l'eau et nous étions sur le point de chavirer; pour équilibrer les choses , un des indigènes , s'élançant à la mer , atteignit le balancier, et se mit à cheval dessus ; ce contre-poids fut suffisant pour rétablir la stabilité : mais il fallait être Océanien pour se maintenir sur cette pièce de bois au milieu d'une mer semblable. Nous étions déjà assez loin de la côte, lorsqu'un grain, s' élevant à l'horizon, s'avança rapidement sur nous. J'interrogeai la phjfsiooomie expressive des indigènes : ordinairement si joyeux lorsque la la mer les ballotte un peu plus que de coutume , ils avaient cette fois un visage des pins sérieux ; quelquefr-uns même semblaient effrayés au point qu'ils en étaient sensiblement pâles; Zacbario luimême, se levant, s'élança à l'arrière et prit la barre, c'est-à-dire le poste qui exige le plus d'adresse, de vigueur et de sang-froid. Ici, le gouvernail n'est point fixé h l'embarcation et ne se manœuvre pas aussi ^sèment que les nôtres; c'est simplement une pagaye longue , lourde et massive , qu'une corde retient à la pirogue afin qu'il soit facile de la rattraper dans le cas assez fréquent oii une lame l'arrache des mains du pilote ; bien manié , cet instrument primilif gouverne parfaitement; dans les mains de Zacbario il était vraiment à sa place, et malgré noire dangereuse situation , je ne pouvais ni'cmpécber d'admirer ces hommes de la nature.

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n LA NOUVELLE-CALEDONIE.

luttant contre toute la fureur du plus redoutable des éléments. C'était un beau spectacle ! Leugrainn fondait sur nous avec rage; notre canot courait au milieu des lames avec une effrayante rapidité; l'arbre creux, e^lé à l'extrémité et bas sur l'eau, traversait ces montagnes liquides, ou bien, s'élevanl sur elles , retombait brusquement, dans le creux des lames. Au milieu de tous ces mouvements si saccadés, si violents, par un. prodige d'équilibre, Zachario se maintenait debout sur l'étroite plateforme de l'arrière; son corps de bronze était misselant d'eau, et l'on eût dit la statue de l'Attention et du Courage; son œil fixe étudiait et suivait chacune des lames menaçantes qui accouraient sur nous ; au moment ou cette masse énorme allait s'abattre sur le canot avec toute sa vitesse et le réduire en éclats, un effort énergique et rapide de sa large pagaye nous faisait encore une fois éviter le danger. Quant aux autres indigènes, ils ne cessaient pas d'être occupés; l'un, accroupi sur l'avant, cramponné.àun des haubans, interrogeait la mer de ce poste avancé ; à chaque instant sa voix s'élevait dominant la tempête et dénonçait à Zachario l'arrivée d'une lame nouvelle et dangereuse ; les autres se tenaient aux écoutes de la voile et auprès du mât , prêts k amener le tout, si c'était nécessaire. Cependant je voyais rapidement fuir les côtes de la Nouvelle-Calédonie et aucune disposition n'était prise par Za-

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