CHAPITRE TROISliUB
cbario pour virer de bord ; pourtant , je l'ai dit , la pliyaionomie pleine d'inquiétude des naturels indiquait aisément que nous étions en danger; mais, confiant dans la sagacité et respérience des insulaires, je ne voulus pas d'abord prendre la parole, et la pirogue continuait sa course désordonnée, la terre ne se voyant déjà plus que comme un brouillard épais. Ce qu'il y avait de plus redoutable dans cette circonstance, c'était de voir notre pirogue portée assez au large pour qu'il nous fût impossible de regagner la terre, surtout si le veut se mettait à souffler de celte direction ; dans tous les cas , quelques journées passées en pleine mer sur ce radeau étroit, sans vivres, sans eau, était une perspective si effroyable, qu'au moment ou elle traversa mon esprit, abandonnant ma philosophie et mon respect pour l'expérience de mes braves compagnons, je criai à Zachario : « Ne vas-tn pas virer de bord, chef? » A cette question, si naturelle cependant, Zachario, détournant un instant son regard de l'avant de la pirogue, examina rapidement l'aspect du ciel, me regarda moi-même d'un air étonné, puis, le visage toujours soucieux, ramena toute son attention h l'examen de ta haute mer et ne répondit pas un seul mot. Ne comprenant rien à cette conduite, je répétai ma question sur le ton de l'autorité. C'est alors que le chef de l'île Ouen me donna gravement cette réponse peu agréable : u CapitainOi si nous virons
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de bord dans une mer et avec un veot pareils, la pirogue na se briser ou chavirer, n La perspective que m'offrait Zachario ne me parut pas d'abord aussi effrayante qu'on pourrait le croire; je la (rouirai même douce, cooiparée à celle qui pouvait nous attendre au large ; c'est ce qui explique pourquoi , malgré l'épouvantable alternative qui m'était offerte, je donnai l'ordre formel de virer de bord ; et comme en même temps nous n'étions pas plus nombreux qu'il ne fallait pour cette dangereuse opération , je pris place moi-même auprès d'une manœuvre. Tous les naturels, avertis de mon intention, s'étaient mis de suite à leur poste respectif, el nous n'attendions plus qu'une eTnbeltiej un calme relatif de la mer et du vent, pour virer, au signal de Zachario.
Le virement de bord par mauvais temps est une opération qui n'est pas toujours sans danger pour «ne embarcation européenne; mais avec les pirogues le péril est bien plus grand encore : ici, on peut dire que ce n'est pas le bateau qui vire, mais la voile, car celle-ci devant toujours rester du même côté pour équilibrer le balancier, on est obligé de faire une manœuvre assez compliquée sur laquelle je vais essayer de donner quelques détails :
La voile de ces pirogues est une immense nalte faite de fine et forte paille, tressée avec soin; elle est triangulaire el encadrée sur deux câtéspar deux perches; lorsque la voile est en place, le sommet,