‹ Voyage autour du mondeChapitre 33 sur 115 · CHAPITRE TROISièUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISièUE

formé par la rencontre des deux perches , s'appuie contre une saillie ménagée sur le pont, pendant qu'un des deux autres sommets est amarré au haut du mât; quant au troisième, c'est k lai qu'est fixée Vécoute, qui sert ô orienter la voile.

Le mât est maintenu par quatre haubans, deux aux extrémités de la pirogue et deux sur ses c6iés ; comme il doit servir aussi hien quand la voile est d'un c6té ou de l'autre de l'arbre creux, il peut pivoter autour de son pied, entre deax tasseaux, inclinant alternativement son sommet soit vers uoe des extrémités, soit vers l'autre de la pirogue.

Les choses étant ainsi disposées, lorsqu'on veut virer de bord, l'homme de barre met l'embarcation dans le vent; aussitàt, et en même temps, le reste de l'équipage fait incliner la tète du mât de l'avant à l'arrière en le faisant pivoter autour de son pied et filant le hauhan qui était & l'avant; pendant ce mouvement du mât, la voile est soulevée et entraînée par lui , on fait rapidement glisser sa partie inférieure le long du bord, de l'avant à l'arrière, et on continue à faire tourner le mât jusqu'à ce que le sommet inférieur de la voile, venant s'appuyer contre la saillie qui doit la retenir sur le pont, arrête le mouvement de rotation du mât; on amarre alors les deux baubanspour maintenir te mât dans cette nouvelle position et on oriente la voile ; on fuit d'abord vent arrière, gagnant ensuite le plus près, peu à peu.

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Cenz qui ont l'habitude de la mer concevront ùsèment que si cette manœuvre est possible avec on beau temps, elle devient délicate et dangereuse avec une mer tourmentée et par grand vent; nous en fimes, du reste, une cruelle expérience : au moment où ZEtcbario, d'un seul coup de barre, plaça la pirogue dans le lit du venl, le hauban qui soutient le mflt k l'avant fut (ilé, et, sous nos efforts réunis, le mAt commençant à pivoter, la voile fut soulevée et se mil à battre avec force sous l'influence de la brise ; on parvint cependant à la ramener à l'arrière; mais au moment même où elle prenait sa position habituelle, oii l'écoute venait d'être bordée , une rafale furieuse s'abattit sur nous , le balancier se souleva hors de l'eau, une lame qui vint se briser sur lui acheva son mouvement ascensionnel, et... nous étions submergés. Tout cela s'était passé en quelques secondes.

La sensation physique que j'éprouvai en ce moment fut assez agréable , car, complètement mouillé par la pluîe froide que ne cessait de nous jeler la brise du sud , l'eau tiède de la mer me réchauffa ; de pins, je m'attendais à un tel point à l'événement, que j'avais eu même la précaution de lier mon fusil par la bretelle à une des barres transversales de la pirogue, unsi que le petit sac d'étoffe imperméable ' qui contenait, dans mes explorations, ma boussole ] et mon carnet de notes; c'étaient les seuls objets '

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précleox que je possédasse i ce moment, avec mes derniers échantillons de minéralogie, que, naturellement, je Tos obligé d'abandonner à cause de leur poids, et qui Furent perdns.

Lorsque je revins à la snrface de l'eau, je vis auprès de moi Papin, qui nageait avec ardeur; quant à nos insulaires, pas un seul n'était en vue. Malgré son agitation , l'eau était assez transparente pour nous permettre d'apercevoir la pirogue, qui flottait entre deux eaux, h un mètre environ de la surface, pendant que la voile et l'extrémité supérieure du mit apparaissaient sur la vague. C'est en me rendant compte de cette situation nouvelle de notre embarcation que je m'expliquai la disparition de mes indigènes, car je les aperçus autour de la pirogue submergée, ob ils paraissaient occupés à une besogne doal je ne saisissais pas bien le but en ce moment; leur corps sombre, vu k travers l'épaisseur des eaux , prenait des proportions fantastiques et me fit songer aux reqnins, ces implacables car- .nassîers de la mer... A'ce moment, Zacbano montra auprès de moi sa figure efiarée ; il aspira l'air bruyamment et me dit : u Tu n'es pas fatigué, cap! taine? — Non, mon brave, pas encore ; mais. . . » Je ne continuai pas le reste de la phrase, car mon interlocuteur avait déjà disparu. Criant alors à Papin de ne pas s'éloigner de moi , nous continuâmes k nous maintenir au-dessus de notre pirogue et de nos

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Kanaks. De temps en temps an indigène apparaissait, prenait l'air, pnis replongeait; bientâl, cependant, ils se montrèrent tous ensemble et poussèrent an hurlement joyeux : ils lenwent le mftt et la voile, qu'ils étaient enfin parvenus, après mille eObrts, à détacher de la pirogue; c'était là le point capital. Maintenant il leur fut aisé de remettre l'arbre creux dans le bon sens, et pendant qu'ils le soulevaient à la nage de toutes leurs forces réunies, l'on d'eux, tout en nageant aussi , par une des ouvertures du pool, vidait l'eau aussi rapidement que lui permetlait de le faire l'écope en bois dont il était armé, et qui était restée retenue à la pirogue an moyen d'une corde. Cette opération fui la plus longue, car, dès l'aEwrd, bien qu'on maintint l'embarcation dans le sens des lames, celles-ci y pénétraient à chaque instant, et détruisaient en partie le travail que l'on venait de faire.

Papin et moi nous suivions cette muiœuvre avec un intérêt d'autant plus vif que nous sentions nos forces s'en aller peu à peu ; aussitôt que la pirogue flotta assez pour supporter un homme, le principal était ffùt, et bientôt après elle était assez allégée pour nous recevoir tous les uns après les autres; le mAt el la voile furent attachés sur le pont, un des indigènes prit la barre, et le vent nous porta peu à peu vers la côte, à ce que m'assuraient mes compagnons, car la progression était si peu sensible, que ce ne

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fdt qn'aa bout de près d'une heure que je m'en aperçus en voyant les contours des montagnes se dessiner de plus en plus nettement.

Nous venions d'avoir a narrow escape, comme disent avec expression les Anglais ; mes compagnons , accoutumés à jouer leur existence dans ces luttes avec la mer, semblaient déj&avoiroubliél'évé- Dément. Cependant, lorsque je repris ma place sur Je pont de la pirogoe , Zachario me dit, avec un accent de triomphe et d'orgueil satisfait qui se lisait dans le feu de sou œil noir : « C'est bien comme ça, capitaine? — C'est biân, chef, n lui dis-je en lui serrant cordialement la main.

Lorsque nous arrivâmes à terre et en dessous du vent de notre point de départ, il était presque nuit; mais le temps s'était remis complètement au beau : le vent était tombé , le ciel était pur, la mer seule grondait encore sur les galets du rivage. Notre première occupation fut de faire du feu ; n'ayant moimême ni allumettes, ni poudre, ni capsules sèches, je laissai k mes amis de l'île Ouen le soin de faire naître un brasier, sachant bien que pour eux la chose était élémentaire ; je profiterai seulement de la circonstance pour raconter comment ils arrivèrent & leur but, car dans aucune des nombreuses relations de voyage qne j'ai parcourues, je ne me souviens d'avoir trouvé la description de la lâçon exacte au moyen de laquelle ces peuples obtiennent le feu.

80 LA NOtTBLLB.CALiDONIE.

Le jeune insulaire que Zschario chargea du Bom de faire du feu s'enfonça immédiatement dans on épais fourré; il en revînt bientàt avec un paquet de feuilles et de branchageB qui , placés sous des abris naturels, étaient suffisamment secs, malgré les longues et violentes pluies qui tombaient depais quelques jours ; parmi les bouts de branches qu'il apportait, le jeune Kanak choisit deux tiges très-sèches, l'une d'an bois dur, à texture serrée, l'antre, an contraire, d'un bois tendre et léger; de ses dents vigourenses, il épointa grossièrement on des boots de la tige dure; puis, plaçant la tige tendre sur le sol, oli il la maintenait fixe en s'agenouillant sur une de ses extrémités, il se mit à tracer sur elle, avec la pointe du bois dur, on sillon longitudinal de dix centimètres environ de longneor; mais, en faisant ce sillon, il faut remarquer qu'il n'appuyait la pointe de son bois qu'en allant dans un sens et jamais dans l'autre, de sorte que toute la poussière provenant de l'usure des deux morceaux de bois s'accnmnlait à l'exlrémilé du sillon , où on la voyait former peu à peu un petit amas ; au bout d'un instant, l'opérateur se mil k donner k sa manœuvre un mouvement fort accéléré, sous rinfiuence duquel la température s' élevant de plus en plus, des fragments de la poussière si fine du bois s'enflammèrent, el comme ils étaient toujours jetés vivement sur le petit tas de poussière dont j'ai parlé, celui-ci prit fen

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