‹ Voyage autour du mondeChapitre 35 sur 115 · CHAPITRE TROISIÈUE. SB · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈUE. SB

elle la pins grande richesse d'an chef; pour l'une d'elles on achelaît la paix, on se &isait des alliés, on se procurait de grandes pirognes, enfin c'était comme l'or chez vous. Chaque chef possédait des haches semblables, et c'étdt avec elles qu'après une victoire on dépeçait les cadavres des vaincus. Là ne s'arrêtait pas l'utilisation de cette pierre : les petits fragments étaient arrondis et percés en forme de perles avec lesquelles on faisait les colliers que tu as pu remarquer au cou des femmes de la famille des chefs. Uais depuis votre arrivée, vos haches si tranchantes, vos colliers brillants, nous ont fait oublier tous ces anciens travaux, et cette pierre, autrefois si précieuse, reste sans emploi. ■

En finissant ce discours, je remarquai une somhre amertume dans la physionomie du jeune chef; il en était ainsi chaque fois qu'il parlait de la grandeur passée de sa tribu.

Parmi mon personnel de disciplinaires se trouvaient naturellement des mineurs munis de poudre et des outils nécessaires pour l'extraction des roches. Je les mis auisitAt à l'œuvre pour faire sauter un bloc un peu volumineux de ce jade; mais sa ténacité est telle qu'il n'éclatait que très -difficilement sous la sollicitation de la poudre ; les coups de mine faisaient canon. Nous parvînmes cependant 4 détacher un bloc assez régulier, de forme prismatique ; mais il pesait environ douze cents kilogrammes, et il

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Edlaït le transporter da sommet de la montagne à la mer. La pente i|ni rejoignait la carrière au rivage était considérable et régulière, de plos la Tégélali{>D ne se composait qne de hautes herbes et d'arbustes ; il me sembla donc possible d'opérer la descente de ce bloc en le faisant glisser sar des rouleaux de bois. Les nombreux indigènes qui se trouvaient là, attirés par la nouveauté de ces travaux, prêtèrent de très-bonne grflce leur aide à mes bomœes; mon brave chefZacbario s'était d'ailleurs mis à leur tète, et il ne fallut pas plus d'une journée pour faire glisser jusqu'au rivage tous les blocs que la poudre avait détachés. Les plus petits furent portés k bord de l'Espoir au mojren du you-you,- restaient les trois plus gros. Je vojais que les indigènes nous attendaient là, leurs sourires ironiques m'indiquaient assez qu'ils ne croyaient pas à la possibilité de l'em- . barquemeni de ces lourdes pierres; dans leur esprit j'avais finit une bévue complète. Le grave Zachario lui-même, interpellé par les siens, ne savait que leur répondre et ne vo; ail plus guère qu'un miracle pour me tirer de là. Je m'approchai 'du groupe où il se trouvait et lui dis :

B Chef, comment allons-nous porter ces pierres à bord ? >

Un rire général accueillit ma question; pins de doute maintenant, le capitaine Moni ne savait luimême comment faire pour embarquer ces grosses

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pierres de haches. ■ Elles sont trop lourdes, me répondît enfin le chef, elles casseraient ton yon-yoa et même nos pirogues ; quant à mes hommes , ils ne pourraient jamais les mettre sur leur dos et les porter à la nage jusqu'au long de ÏEspoir. — Je le sais, chef, et ce que In dis est juste; cependant, sans employer ni tes pirogues ni mon you-you, je te promets que ces hlocs seront à mon bord avant que le soleil se soit deux fois levé de nouveau, e Zachario souriait encore d'un atr incrédule, lorsque j'avisai une belle tortue que ses pécheurs venaient de lui apporter. Attachée par une patte au pied d'un cocotier, la pauvre chélonée, la léle tournée vers la mer, faisait eu vain tous ses efforts pour se dégager et regagner son élément naturel. La montrant d'une main au chef et prenant de l'autre une de mes plus belles haches, destinée à l'échange, je lui dis : u Si dans deux soleils les trois pierres ne sont pas à bord de VEspoir, cette hache est à toi; si elles y sont, la tortue m'appartient. » Zachario réfléchit on instant, fit ensuite part de ma proposition à ses sujets, et un véritable conseil fut tenu ; chaque physionomie était devenue sérieuse, car il s'agissait moins peut-être de l'importance du pari que de calculer les moyens et les chances que j'avais de mettre mon projet hi exécution. Enfin, Zachario se tournant vers moi, met dit : a Capitaine, j'accepte le pari. "

J'avais envoyé prendre à bord des barils vides.

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dont nous avions une provision, ei, calculant approsimatiTement le poids de chacun des blocs de jade , je fis installer solidement ponr, chacun d'eux un chapelet de ces petits tonneaux^ dont le volume éfait suffisant pour déplacer un poids d'eau bien supérieur à celui de chaque bloc. La mer était dans sa période descendante, et mes hommes, qui avaient lait glisser les trois pierres de jade snr le sable au fur et à mesure du reflux, profitèrent du temps où la mer restait étale pour assajetlir solidement chaque bloc de jade à son chapelet de barils vides.

A ce moment le soleil était près de se coucher, la mer ne serait donc haute que dans la nuit. Mes hommes, fatigués du pénible travail de la journée, prirent leur repas, puis allèrent se reposer jusqu'à l'heure de la marée haute. Quant aux indigènes, ils avaient suivi nos opérations très-attentivement, et quoiqu'ils comprissent très-bien le moyen que nous voulions employer, ils ne se rendaient pas un compte exact de sa puissance ; leurs gestes et leurs discours indiquaient qu'ils n'avaient qu'uue médiocre confiance en nos préparatifs, et en me souhaitant le bonsoir, Zachario me dit en souriant : t Demain les pierres seront là et tu me donneras la hache. »

L'Espoir était mouillée, par un fond de huit mètres, à cinquante mètres environ de nos trois blocs ; chacun de ceux-ci était lié à un filin dont l'autre extrémité était amarrée abord. L'homme de

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