CHAPITRE TROlBlàUB
veille devait me prévenir aussitôt qu'en faisant tendre ces trois cordes il sentirait une diminution dans leur résistance ; c'est ce qui arriva vers minuit. Je descendis aussitôt dans le you~you et allai visiter nos appareils. La mer n'était pas encore tout à fait haute, mais chaque chapelet de barils, lorsqu'il était soulevé par une lame, faisait perdre pied à la lourde pierre qu'il supportait; ce n'était donc plus qu'une question de niveau d'eau. En effet, au bout d'une demi-heure, tout le système flottait; il n'y eut pins qu'à baler du bateau, au moyen des filins, et en quelques minutes ces blocs de jade, toujours supportés par leurs barils , étaient amarrés le long du bord. Le temps et la mer étaient splendides, je remis donc au jour l'embarquement définitif de cette cargaison.
A peine le soleil montrait-il ses premiers contours au-dessus de l'horizon régulier de la mer, que des hurlements partis du rivage nous éveillèrent tous ; c'étaient nos amis les sauvages qni exprimaient ainsi leur étonnemeni de voir ces lourds rochers flottant le long de l'Espoir. Des palans furent aussitôt frappés dans la mAture de notre petite goélette , et les trois blocs furent bientôt bissés à bord et disposés sur le pont.
Pendant cette opération , Zachario, suivi de quelques indigènes, s'approchait sur une de ses pirognes; il monta sur le pont de l'Espoir^ où en
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même temps ses compagnons faisaient passer à force de bras on fardeau que je ne distinguais pas tout d'abord ; ce n'était pas autre chose que la tortue qne j'avais vue la veille ; fidèle à sa parole, le jeune cbef s'empressait d'acquitter sa dette. Ma tftche était accomplie à l'île Ouen, et j'allais m'éloigner; je remerciai Zacbario et ses hommes de l'assistance qu'ils noua avaient prêtée, je leur offris quelques étoffes, des pipes, du tabac; qnant au chef, je lai fis remettre la hache , qu'il avait méritée par son zèle. Pendant ce temps l'ancre était hissée, la voilure établie , et la brise naissante du matin, nous emportait lentement sur la mer tranquille. Les compagnons de Zacbario étaient déjà descendus dans la pirogae ; le jeune chef ne se décida à nous quitter qn'au moment oCi nous arrivions à la pointe nord-onest de l'île. Je lui serrai cordialement la main ; il s'élança aussitôt auprès de ses bommes , nous salua gravement de l'arrière de sa pirogue en agitant sa pagaye au-dessus de sa tète; il la plongea ensuite dans l'eau, et tous ces braves gens, ramant ensemble avec énergie, reprirent la direction de leur île.
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Aicsims DD Sud. — L'Ile de« Plai od Kounié. — Gëognpliîe. — NoDvélIeg tracea dj paisage de la PéroQM. — Le « hunedio 1 . — Mort de SoaloDqas, — OpiDiou d'nn cannibale
Cette dépeadance de la NonTelle-Calédonie est QDe de celles qne l'on v& toujours négligeant de plus en pluB; cet abandon provient d'abord da manque de bons mouillages, et en second lieu de ce qne la fertilité da sol est loin d'ëlre comparable à celle de la grande île. — L'importance relative dont a joui cette terre pendant les premiers temps de l'occupation est facile à expliquer. En premier lieu, Cook l'avait reconnue : c'était une raison ponr qne les autres navigateurs vinssent la visiter; ensuite, les missionnaires, ayant été bien reçus par les indigènes, s'y étaient établis depuis longtemps. A une époque plus ou moins éloignée, l'île des Pins, comme J'ile Ouen , se rattachait k la partie sud de la grande île. La constitution géologique de ces terres est absolument la même; déplus, par la nature essentiellement argileuse des roches qui les composent, on explique très-bien que cette séparation ait
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«a LA NOUVELLE-CAliDONIE.
pu se produire à la longue sous l'action continue des eaux de plaie qui démolirent peu à peu ces collines d'argile, entraînant dans la mer leurs débris vaseux.
L'ile des Pins est à trente milles au sud-est et dans le prolongement de la Nouvelle-Calédonie; sa forme est à peu près celle d'an ovale dont le grand axe a environ dix milles de longueur et le petit sept milles; à part un pilon conique très-régulier, liant de deux cent soilante-six mètres, qui s'élève dans le sud, sa surface est peu accidentée, et, k l'exception d'une lisière étroite de terres basses, propres à la culture, tout le reste est couvert des stériles plaines de fer que l'on rencontre A l'île Ou en. Une grande quantité de sapins s'élèvent cependant çà et là, donnant à l'ile cet aspect particulier et extraordinaire qui lui a bien mérité le nom qne lui donna Cook, le premier navigateur qui l'aperçut.
Je ne crois pas qu'il existe nulle part nne terre qui présente, lorsqu'on commence à l'apercevoir de la pleine mer, un aspect plus singulier, car, avant que l'œil puisse distinguer le plateau sur lequel leurs pieds se reposent, il voit ces nombreuses aiguilles verticales que termine une couronne régulière; celles-ci semblent donc s'élancer directement des flots , et l'imagination étonnée ne sait à quoi rattacher nne semblable apparition ; les compagnons de Cook allèrent jusqu'à les prendre pour des colonnes basaltiques.
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CHAPITBB QDATBlàHE. «S
Quoique si iroisine de la Nouvelle-Calédonie , l'ile des Pins u'offre déjà plus d'une façon sensible, les mëmeB condilions de climat, de ffiune et de flore; la température est ici plus basse et d'une régularité encore plus grande, l'air est très-par et sec; les pluies assez fréquentes, mais de peu de durée-, les orages presque inconnus; point de marais, partant point de moustiques, cet insecte insupportable qui peut rendre odieuses les terres les plus luxuriantes de ces réglons; en un mot, c'est peut-être le climat le plus sain et le plus agréable qui existe dans le monde. Le long des petits cours d'eau qui parcourent l'ile, on rencontre des forêts ombreuses et peuplées de ramiers, tourterelles, perroquets, merles, etc.
Aussi les indigènes, ne craignant ni le froid ni les moustiques, apportent fort peu de soin dans la construction de leurs cases. Cependant ils sont aujourd'hui aussi civilisés que possible , et cela sous l'influence de la mission, qui occupe toutes les parties de l'ile un peu cultivables, de sorte que les colons sont fort rares.
L'industrie la plus productive à laquelle se livrent les indigènes, c'est celle de la culture de certains de nos légumes d'Europe; les choux, par exemple, peuvent croître ici toute l'année dans les terrains toujours frais des bords de la mer; aussi, et je l'ai déjà dit quelque part, les gens de Vile des Pins
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9i LA NOUVELLE-CALÉDONIE,
wnt-ils , à cet égard , la providence de Aloaméa , oii , aus- époques de sécheresse , tous les jardins potagers ne. peuvent plus rien produire; les légumes atleignenl alors des pris énormes, jusqu'à ce que l'on voie arriver du snd une véritable flotte de grandes pirogues toutes chargées des précieux et désirés herbages. Il m'a toujours semblé, d'après cela, que des colons allant faire du jardinage dans ces terres méridionales pour les besoins toujours grandissants du chef-lieu^ tout en se rendant fort utiles , prendraient un parti profitable pour eus.
Les deux mouillages fort mauvais qu'offre l'île des Pins sont : celui de Vao, dans le sud , et celui de Gadji, -au nord. Dans le voisinage du premier est une plaine fertile et arrosée, de deux mille hectares environ, dominée par un plateau dont les flancs sont couverts d'arbres gigantesques; mais, sur sa suriace, celle brillante végétation cesse subitement; ce ne sont plus, sur ce sol de fer, que des fougères et de petits bouquets de graminées éparpillés çà et là. Tel est l'aspect de tout l'iatérieur de l'ile.
Comme la plupart des terres de ces contrées, Tile des Pins a subi plusieurs changements de niveau. Dans ces mouvements du sol, tous les bancs de coraux vivants qui ganiissuicnt les rivages se trou-> vèrent en partie émergés , et ils forment aujourd'hui la lisière des cOtes ; les eaux des pluies venant de
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GHAPITBE QDATBIÈIIB. 96
, l'intérienr des terres les recouvrirent peu à peu d'alluvioDS sur lesquelles végèlenl maintenant diverses plantes : lantôt le pandanus, aux fourrés si impénétrables, tantôt le pin columnaire [eutassa Cooiii) ou d'autres arbres d'une taille prodigieuse, dont les racines énormes rampent et pressent la surface de ce sol de coraux éteints , où l'on s' étonne qu'elles puissent trouver l'existence des colosses qu'elles supportent.
(In des principaux villages de l'île des Pins est celui de Gadji, au nord; c'est là qu'un vieil indigène me confirma le passage de l'infortuné la Pérouse dans ces parages.
« Les pères des plus vieux d'entre nous, disaîl-il, virent un jour venir de la baute mer une énorme pirogue; cette masse effrayante s'arrêta quelque temps auprès de l'ilot Aniéré, puis se remit en marche vers le nord et disparut, nous laissant étonnés et pleins d'ef&oi ; néanmoins noQS allâmes examiner les lieux ob elle avait séjourné , et nous frouv&mes des traces évidentes du passage des hommes : des pins étaient -abattus , des feux fumaient encore.» — L'ilot Améré, c'est Botany-Island de Cook; ce navire était le sien.
Déjà l'impression produite par cette inexplicable apparition commençait à s'eflacer dans l'esprit des insulaires, lorsque deux navires apparurent; ik s'avancèrent lentement vers l'île des Pins, puis,
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arrivés devant Gadji, jetèrent l'ancre et amenèrent leurs voiles. Les indigènes furent pris alors d'une frayeur exlréme et se sauvèrent presque tous sur les hauteurs, surtout lorsqu'ils virent les étrangers, s'approcher de terre dans leurs canots; peu à peu] cependant la confiance revint, et quelques Kanaks osèrent s'avancer et fraterniser avec ces visiteurs extraordinaires. Les nombreuses richesses, les ustensiles étranges de ces hommes blancs excitaient leur envie, aussi poussèrent-ils bientât l'audaee jusqu'à essayer de s'en emparer; au moment où ils virent que les étrangers allaient se rembarquer, ils les attaquèrent. Mais ils eurent bien lieu de s'en repentir, car, frappés par les balles des Européens qu'ils avaient mis dans ta nécessité de faire feu, trois d'entre eus tombèrent morts, plusieurs autres étaient blessés. Avant que ces sauvages eussent en le temps de revenir de leur panique, les deux navires s'éloignaient, se dirigeant vers la Nouvelle- Calédonie, pendant qu'un coup de tonnerre s'échappait des flancs de chacune de ces monstrueuses pirogues.
En quittant l'île des Pins , la Pérouse se dirigeait le long de la cdle occidentale de la grande terre , il dut certainement y débarquer pour faire de l'eau, des vivres et étudier le pays, ainsi que ses instructions lui ordonnaient de le faire. Si nous n'avons aucune donnée de la part des naturels sur le passage
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CHAPITBE QUATRIÈME. ffl
de ce navigateur, c'est que cette côte n'a été explorée que depuis pea et qu'il sérail maintenant bien difficile de trouver dans les traditions des indigènes des données positives sur le passage de la Pérouse. Ne pourraient-ils pas confondre ses navires avec ceux des Anglais , qui dès le commeDcetnent du siècle se montrèrent le long de ces rivages? On n'a pas , comme dans le sud , deux jalons certains , celui de Cook et celui de d'Entrecasteaux, entre lesquels se place forcément la Pérouse. Je signalerai cependant un fait à ceux qui voudraient continuer dans noire colonie ces recbercbes intéressantes, c'est que j'ai vu entre les mains d'un des hommes de Jacques QouindOj le chef bien connu de Paita, une épée trës-vieîlle, trës-rouillée , mais portant sur la garde des fleurs ^e lis. J'adressai des questions sur l'origine de cette arme ; toat ce que je pus obtenir, c'est qu'on la possédait depuis Irës-longtemps. — Ce fait ne pourrail-il pas servir k jeter encore un peu de lumière sar les derniers actes de nos malheureux compatriotes avant leur naufrage à Vanikoro ?
A l'ile des Pins se rencontre, comme sur la grande terre, cet oiseau mystérieux que je n'ai jamais fait qu'apercevoir au moment où il s'enfonçait rapide dans un fourré impénétrable : les indigènes le nomment kune-dio, et les naturalistes^ gaUiralhts Lajresnayanus. Au dire des premiers, le mâle et la femelle sont de la taille d'une très-grosse poule,
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M Là NOUVELLE-CaLÈDOKlE.
l'un et l'autre sont mueta, ils ne volent pas et ne se servent pas non plus de leurs ailes pour courir, h la façon de t'autmcbe; cependant leur rapidité est proverbiale parmi les insulaires ; si l'on joint à celte qualité une oreille très-fine, on comprendra que malgré mes nombreuses courses dans ces parages nous n'ayons jamais pu , ni Soulouque ni moi , nous emparer d'un seul de ces hune-dios/ leur séjour habituel et leur refuge sont les fonrrés et les épaisses broussailles qui bordent la mer et les cours d'eau; c'est dans le sable, qu'il retourne avec ses pattes, qu'il trouve les vers, les taliires, etc., dont il se nourrit. Le bec est rouge, le con, assez long, se balance à chaque pas de l'animal ; le m&le «eul porte nne huppe. La femelle pond une dizaine d'œafs blancs tachetés de noir.
Le hune-dût serait belle à apprivoiser, puisque l'un d'eux vécut en domesticité à Nouméa vers les premiers temps de l'installation des Français. Les volailles particulières que Cook ne décrit pas, mais qu'il aperçut en liberté autour des cases des habitants de Balade, et que l'on n'a jamais retrouvées depuis nulle part dans ces conditions, seraient-elles le Atme-ebo ?
D'après le récit des anciens voyageurs, ces îles étaient pauvres en oiseaux. On y a déterminé depuis plus de cent espèces différentes, et ce nombre augmente tous les jours.
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