‹ Voyage autour du mondeChapitre 39 sur 115 · CHAPITRE CHâTBliUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE CHâTBliUE

les Océaniens, introduisirent dans cette petite peuplade dei maladies dont ils subissent encore l'iufluence. Ces faits militèrent beaucoup en faveur des missionnaires, qui ont fait foire ici de très-grands progrès h la civilisation : les indigènes sont tous convertis , ib ont une école dirigée par des Sœurs , une église en pierre. — Ea6n les indigènes ont ai>pris à se vêtir, ce qui est l'indice le ping certain d'un commencement de civilisation.

Ils sont en tout cas aujourd'hui bien éloignés du temps oùflearissait le cannibalisme; car dans ces archipels du Sud, comme à la Nouvelle-Calédonie, ils étaient anthropophages, et voici les aveux dépouillés d'artifice que j'ai obtenus dans ces parages d'un de mes aides indigènes qui se distinguait de tous ses confrères par son intelligence et sa bonne mine. — A la chasse, k la pèche, il était infatigable. Ayant été matelot à bord d'nn bateau pilote, il avait quelque teinte de civilisation et s'exprimait assez facilement en français. J'aimais aussi k le faire causer des moeurs anciennes de sa tribu; il en parlait d'ailleurs avec une philosophie naïve inimitable. .Un jour, afont entamé le chapitre de l'anthropophagie, je loi dis :

n liais pourquoi mangez-vous les Kanaks ennemis?

— Parce que, répondît-il, c'est beau et bon, aussi bon que porc et vache, n

J'essayai alors de lai faire comprendre combien

HihvGoogle

notre nature se révoltait contre ane semblable nourriture ; mais j'en fus pour mes frais d'éloquence, et je me convainquis qiie ce sentiment d'horreur que nous éprouvons à l'idée de manger de l'homme est tout àiait absent chez le Kanak. Cetle corde manque, comme tant d'autres, à son sens moral, et l'on ne pourra l'empêcher de manger son semblable que si l'on en fait une question religieuse, analogue à celle qui empêche un catholiqne de manger de la viande un jour maigre.

Un long échange d'objections de la part de mon homme et de raisonnements de la mienne l'amena k conclure :

0 Je comprends; vous avez beaucoup de viande; vous faites la guerre et laissez pourrir les morts. »

D Les gens de l'tle des Pins et de Ouen , ajoutait mon sauvage, ne mangeaient jamais de grandes personnes de leur tribu , même après les avoir immolées par suite de leur trop grande vieillesse; tandis que sur la grande terre , à Kanala par exemple, on n'avait pas les mêmes scrupules. » Il m'avoua cependant que ses ancêtres mangeaient ceux qui , «oupables d'une faate grave, tombaient sous le tomahavk d'un chef. On dévorait aussi les enfants, lorsqu'ils n'étaient pas bien conformés , que la famille était trop nombreuse, le père malade ou incapable d'aller àlapéche. — Dans le cas où l'on avait décidé du sort du pauvre enfant et qu'il devait mourir, le père

nvGooj^lc

Page 1