CHAPITRE QUATKlfcME. lOS
et la mère, ansgîtAI après sa naissance, portaient ce petit être au bord de la mer, le lavaient bien, puis le taisaient cuire dans la (erre à la mode ordinaire avec des taros et des ignames.
a Ça faisait beanconp de bien à la mère > , ajoutait ce sauvage comme conclnsion.
En sa qaalité d'ancien matelot , cet indigène avait pen de préjugés, et au lieu de cacher tous ces odiens détails , il les racontait avec un admirable sang-froid et une profonde insouciance, différant en cela des autres indigènes, qai n'osent pas parler aux blancs de ces anciens usages de leurs tribus. L'hoir reur qu'ils nous inspirent et qu'on ne leur cache pas les rend plus honteux que repentants, car la plupart d'entre eux en sont encore à regretter le bon vieux temps.
-.Gooj^lc
Cira OcciDRNTui. — La miMÎon de Sunt-LoBii et le village de PalU. — Une chaue ani bunfi aaaTagea. — Le ■ stock-
A la suite da voyage précédent, je me coDlealai de faire quelques excursions nouvelles antour de Nouméa. Je revis la route de Koé et du Ponl-des- Français; celui-ci fat élevé en 1859 sur une petite rivière qui est le cours d'eau le plus rapproché de la ville. Bien qu'à dix kilomètres de ^foaméa, ce point est ordinairement le but des promenades des citadins , tant ils aspirent à goûter de l'eau vive et à le trouver en face d'une belle végétation.
Je visitai aassî les établissements de la mission de Saint-Lonis, fondée en 1850 par le Père Rougeyron, qui y amena du nord de l'ile, de Poébo et de Balade, plus de cent naturels convertis au christianisme. Us s'établirent dans la spacieuse plaine de Saint-Lonis, par laquelle la presqu'île de Nouméa se rattache an toi calédonien, et c'est là que je les rwicontrai, eux et leurs descendants. En arrivant sur le territoire de la mission, on aperçoit d'abord la Conception, résidence du provicaire apostolique. Cet établissement.
GBAPITBE GlIïQtliUE. 107
agréablement silué sur au monlicule qui domine la mer, est entouré de plantalioDS et de cases indigènes : plus loin s'étale en larges ondulations la plaine de Saint-Louis, oii les bœufs de la mission pâturent en nombreux troupeaux dans de gras berbages. An bout d'une heure de marche environ , on arrive à la mission proprement dite, qui s'élève sur une éminence. Les Pères, au nombre de trois ordinairement, ont des logements spacieux el bien distribués; la plaine qui s'étend à leurs pieds est parfaitement arrosée et cultiiée; elle se termine à la mer par une anse bien abritée, et la rivière qui la traverse met en mouvement, par une roue hydraulique puissante , une scierie destinée à débiter les magnifiques futaies qui couvrent les flancs des montagnes voisines ; les planches sorties de celte usine sont livrées au commerce de Noamëa, ob l'on trouve tOQJonrs un débouché facile dans les constructions de la colonie. An moment de mon passage, les missionnaires achevaient une belle goélette de cent cinquante tonneaux environ , tonte construite avec les bois de leurs montagnes.
Ma visite en ce lien avait pour but l'étude d'une veine d'anlbracite que j'y avais reconnue quelque temps auparavant. Je traversai ensuite la rivière de Dumbéa, une série de collines plus on moins élevées et couvertes de gras pâturages, et j'arrivai en trois heures et demie environ à Palta, belle plaine qui
HihyGoogle
s'étend jnsqu'an bord de la mer dans le fond du port Laguerre et le long de la petite rivière » Kataramonan » . Ici le terrain est très-fertile, et déjà un village complet s'y est fondé. Les habitants sont à peu prëfi JDs Allemands ou Irlandais, c'est-à-dire qu'ils appartie::nentaux deux racesdu monde les pins propres â ce genre de colonisation, qui exige la patience , le travail et la sobriété.
Ces familles, établies là depuis 1859 seulement, font plaisir à voir. Arrivées avecde faibles ressources, elles ont en l'heureuse chance de ne pas se tromper dans le choix du sol à cultiver. Après avoir construit de pelitescBsessuffisantes comme premierahri, elles ont défriché tout autour de cette habitation autant de terrain que leurs bras le leur permettaient ; à la saison des semis, elles ont pu mettre en terre du mais, des pommes de terre, des haricots, des patates, des légumes divers. En attendant la levée de la récolte, les champs en culture ont été entourés de barrières composées de jeunes u niaoulis n placés à deux mètres de distance environ les uns des autres et reliés par trois rangs de gros fils de fer : on empêche ainsi le bétail de venir piétiner sur les plantes ou manger le maïs en herbe. Ces colons avaient d'abord acheté quelques vaches venues de Sydney ; les premiers frais avaient été assez élevés. Mais, par la suite, ces animaux, paissant librement l'herbe tendre et abondante de ta plaine, se sont
,G(Hinlc
CHAPITHB GlNQOliUE. 109
multipliés el ont augmenté le bien-être de leurs possesseurs; car le lait, naturel ou transformé en beurre et en fromage, variait l'alimentation des premiers jours, qui consistait principalement en bœuf salé et biscuit; que l'on ajoute à cela une basse-cour complète de poulets, de canards, etc., un verger dont les fruits sont excellents, et on comprendra comment l'aisance la plus parfaite régnait an bout de quatre ou cinq ans au milieu de ces familles, qui k leur arrivée étaient presque misérables.
Qu'un étranger se présente aujourd'hui dans ces demeures, l'accueil le plus franc lui est offert, et, ce qui prouve le mieux le bien-élre dans lequel vivent ces colons , c'est la grande quantité de beaux enfants frais et roses que chaque famille possède et dont le nombre s'accroît régulièrement tous les ans. Tons ces rejetons viennent curieusement vous examiner et vous saluer en kanak, en français, en anglais, en allemand. A l'époque de mon passage k l'aita , ces familles prévoyantes venaient de se réuuir et de décider qu'entre elles toutes elles payeraient UD maître d'école qui viendrait au milieu d'elles instruire leurs enfants. Ce projet fut bientôt mis à exécution. Enfin, quelques mois plus tard, une chapelle était aussi élevée et un missionnaire fut appelé à ce vicariat. La plupart des colons, d'origine allemande, étaient prolestants, mais, au sein de cette vie calme et laborieuse, l'esprit de Tbonime
s'élargît, et ils comprirent qu'une question de dogme ne devait pas les diviser. Tous ensemble, catholiques ou protestants , se réunissent à la même heure dans l'enceinte élevée au Dieu des chréliens. Puisse cette rare concorde en matière de foi se perpétuer I
C'est pendant mon séjour dans ces parages que j'eus , pour la première fois , l'occasion d'assister à un umuslern , c'esl-à-dire à une véritable citasse aux bœufs sauvages, qui déjà peuplaient par milliers les prairies de ce territoire. Élevés en liberté , ces animaux n'ont pas mis longtemps à reconquérir des allures indépendantes; aussi, lorsqu'on veut les faire rentrer dans un parc , ce qui arrive une ou deux fois par an , il faut lutter avec eux de force et de hardiesse. Le sol est ici bien plus accidenté qu'en Australie ou dans les plaines de Buenos-Ayres , et les n stockmen n ou u gauchos n doivent encore être plus habiles.
C'est à cheval, armé d'un fouet à manche trèscourt et â longue lanière, que l'on poursuit à fond de train les troupeaux de chevaux ou de bœufs, qui fuient à corps perdu À travers les arbres, les rochers cachés dans les herbes, et les collines aui pentes abruptes; aussi, combien de fois cheval et cavalier disparaissaient-ils dans un ravin, ou bien encore étalent-ils renversés par la corne puissante d'un taureau furieux
HihyGoogle