‹ Voyage autour du mondeChapitre 44 sur 115 · CHAPITRE SIXifellB · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXifellB

Comme loutçs les essences domÎDaotes, leniaouli tue sans 'pitié tous les autres arbres qui, dans la plaine, essayeraient de croître dans son voisinage ; quant à lui, en certaines saisons, ses rejetons sortent du sol de toutes paris, mais le feu qui visite toujours périodiquement les prairies, s'oppose au développement de ses jeunes pousses et ne laisse, comme dans un parc , que des groupes espacés. Le tronc du niaouli est ordinairement courbé et tordu, de façon à former parfaitement une véritable spire. Quelquefois cependant il est droit, et ses fibres sont rectilignes; dans le premier cas, on peut l'employer pour faire des courbes de navires , des travaux d'ébénisterïe , de charronnage, etc.; dans le second , il sert aux travaux de charpente.

Le bois du niaouli est excellent pour les pilotis et autres constructions immergées; il se conserve fort longtemps sous l'eau sans se pourrir.

Le tronc de cet arbre est recouvert d'une écorce blanche, formée d'une grande quantité de feuilles minces et transparentes superposées. Le tout est parfaitement imperméable, et comme cette écorce peut s'enlever facilement et par grandes plaques , elle est très-précieuse pour recouvrir les maisons et en tapisser les parois intérieures; elle doit son imperméabilité a une substance résineuse qui lui donne encore l'utile' avantage de pouvoir former d'excellentes torches qui éclairent toujours pendant

là nuit la marche des nalurele. Les européens ont aussi essayé d'utiliser cette écorce pour la fabrication du papier, mais ils n'ont pn y réussir, car la pâte que l'on en obtient conserve une élasticité qui s'oppose à la rénnion de ses molécules en lame continue telle qu'une feuille de papier. C'est du moins ce qni résulte des expériences de M. Bavay, pharmacien de la marine. J'ai vu, cependant, nue lettre écrite à l'encre sur une lame naturelle de cette écorce, qui était très- semblable à du papier pelure d'oignon.

En distillant les feuilles da melaleuea, on obtient nne huile volatile qui parait identique à l'huile de CBchepaque la médecine emploie. J'ai suivi des expériences faites à cet égard par SI. Bavay ; elles loi ont démontré que les feuilles de cet arbre abandonnaient facilement 2 pour 100 en poids d'huile , et que la fabrication en grand coûterait au plus deux ou trois francs le kilogramme. Il serait certainement Irés-intéressant d'examiner si cette huile peut s'employer comme celle de cachepu , dont le prix est trës-élevé. En tout cas, elle peut remplacer l'huile de lavande.

En concordance avec une loi assez ordinaire de la création, le melaleuea vtridiflora cache ses bonnes qualités et ses vertus sous l'aspect le plus triste et le plus malheureux. Son tronc tordu paraît d'un blanc sale et comme déguenillé. Ses branches

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sont rares et sans symétrie. Ses feuilles, trëgpetiles, sont d'un vert sombre. Ses fleurs ont une odeur repoussante. Enfin, le seul animal que l'on voie quelquefois se reposer sur ses branches est le hideui vampire, qui s'y abat en troupe h l'époque de la graine, dont il se nourrit. Il est en Europe un arbre qui, par son aspect, a quelque analogie avec le melaleuca : c'est aussi un arbre bien utile, l'olivier.

Les plus mauvais terrtùns de la Nouvelle-Calédo- ■ nie produisaient autrefois un végélal encore plus précieux, te sandal, que je n'ai jamais trouvé dans mes nombreuses excursions qu'à l'étal de jeunes rejetons , poussant sur les souches de leurs ancêtres. Une exploitation aveugle, excitée par les hauts prix qu'on obtenait de ce bois sur les marché^ de Chine, oii on l'emploie comme parfum, en a dépeuplé les forêts de l'île. Depuis quarante ans au moins, les Anglais, connaissant l'abondance de ce bois précieux en Calédonie, y venaient faire de nombreux chargements. £n échange, ils donnaient aax naturels des pipes, du tabac, des étoffes, voire des fusils ef des munitions, objets dont les chefs sont toujours si avides ; anssi ces derniers, peu soucieux de l'avenir, envoyaient-ils les hommes de leurs tribus chercher sur tout leur territoire les bois de sandal qu'on y pouvait trouver , les faisaient conduire au rivage , et pour un fusil à deux coups on en com-

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plétait la charge d'ua navire. C'est ainsi que, lors de la prise de possession , tous les arbres de sandel avaient été coupés. Aujourd'hui on exploite les souches, qu'alors on ne prenait pas la peine d'arracher. A Port-de-France , débarrassé de son aiibier, le sandal se vend deni francs le kilogramme.

En présence d'un prix si élevé, on entrevoit de suite la possibilité d'une spéculation des plus productives, surtout lorsqu'on sait que le sandal croit avec grande facilité, qu'on le rencontre même le plus ordinairement non loin des rivages de la mer, sur des hauteurs un peu arides et pierreuses, là oii l'on saurait à peine tirer parti du terrain comme lieu de pâture et encore moins comme lieu de cul- ' ture. Si l'on ajoute k ces premiers avantages que ta rapidité de croissance de cet arbre est analogue à celle du chêne ordinaire de France, on verra bientôt qu'un semis de sandal vaudrai! la peine d'être entrepris par les colons. Il leur faudrait attendre de vingt à trente ans une première coupe, mais chaque pied qui leur aurait coûté une somme insignifiante dans un terrain à peu près inutile, pourrait leur rapporter, après ce laps de temps, eu moins un poids de cinquante kilogrammes de bon sandal, qui doit valoir certainement en Chine plus de deux francs le kilogramme.

Le sandal vit très-bien en famille : son développement s'augmentermt aussi par les soins que l'on

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pourrait lai donner; de plus, cet arbre est trësvivace , car , constamment ravagé par l'incendie des herbes , on voit toujours surgir des vieilles souches noircies de jeunes et vigoureux rejetons.

Pour mettre ce projet à exécution, on pourrait recueillir dans les campagnes les nombreux rejetons de saudal que l'on y rencontre, ou mieux encore, à l'époque voulue, en récolter les graines. Ce moyen serait moins coûteux et plus expéditif.

Le bivac de notre troisième nuit de voyage fut établi sur les bords de la Tontouta, sous un léger abri élevé par nos guides pour nous défendre contre les fortes rosées de la nuit , et notre sommeil fut bercé par le murmure des eaux de cette rivière, coulant rapidement sur un fond de rochers.

La route que nous suivions est la plus longue mais la plus commode ; elle se dirige le long du pied de la grande chaîne de montagnes qui s'étend à 45' nord depuis le mont d'Or jusqu'à l'embouchure de la Tontouta; là, doublant cette chaîne, près du rivage de la mer , nous commençâmes k remonter au nord et au nord-est en suivant le plus petit axe de l'île.

Noos franchîmes h gué , dans la matinée du 26, la belle rivière d'Ouenghî. Traversant de grandes prairies, notre marche était facile et agréable ; nous apercevions de loin le beau pic presque isolé et arrondi de Ouitchambo. Nous l'atteignîmes vers le soir,

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et ai^rèsaToirlravené la petite rivière d'Onaia, nous entrevîmeg les cases de Uouloopari pittoresquemeni échelonnées sur le flanc des collines; alors nous dûmes dire adieu aux plaines et par conséquent k la marche aisée et facile.

Les plaines que nous venions de traverser sont Irës-inlcrcssantes : aiTOsées par trois grands coors d'eau, la Tamoa, la Tontoula et l'Ouengbi, elles offriraient un admirable emplacement pour des stations d'agriculture ou de commerce. Rien ne serait facile comme de créer des roules à travers ces grandes surfaces planes, qui, natarellemenl couvertes de pâturages, pourraient noun-ir en liberté de nombreux troupeaux du hétail. De plus, l'humus épais qui rocouvi-c ce territoire, bien arrosé, n'attend que la charrue el les semis pour donner d'abondantes récoltes. Quant aus arbres nécessaires aux conBtru<:lioiis,on les trouverait dans les niaonlis disséminés çà el là comme les arbres d'an verger, ou bien encore dans les futaies qui hordeut les cours d'eau ou s'élèvent sur les lianes des montagnes qui servent de ceinture à ce vaste emplacement. Enfin la rade de Saint-Vincent, une des plus vastes du monde , s'ouvre sur ces rivages.

Tel est le premier aperça que j'eus snr ces parages remarquables où je dus revenir, et dont je reparlerai.

La chaîne de montagnes que nous avions suivie

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