CHAPITRE SIXIÈME
dernier incendie de» herbes de la vitllée, lorsqu'il se réveilla et reconnut son erreur.
Le lendemain, après deux ou trois henres de marclie , nous aperçûmes la magnifique cascade de Gao-Qnoindi, qui doit avoir plus de cent mètres de hauteur; nous ne pûmes malheureusement lavoir que de loin; nous avions traversé le village de Qnoindi, le soleil était ardent, la fatigue s'appesantissait sur nous, et nous sentions quelque découragement dé ne pas encore voir la mer de l'est. Kanala est placé de façon que lorsqu'on aperçoit sa baie on n'en est plus éloigné que de deux heures environ. Nous ignorions cette circonstance. De plus, on de nous fut saisi d'une telle douleur au genou qu'il lui fut impossible de continuer là marche. Nous voulûmes le faire porter sui* une civière par les Eanaks, ils s'y refusèrent. Nous leur fîmes alors entendre que le malade était un grand guerrier qui , k la guerre , avait reçu une balle dans la jamhe ; la ruse eut nn plein succès, et l'on se disputa dès lors l'honneur de porter un brave! Enfin, gravissant notre dernière montagne , nous découvrîmes les immenses plaines de Kanala et de Nakéty ; nous étions près du poste , qu'nne décharge générale de nos armes avertit de notre arrivée. Son commandant, le capitaine Garcin, vint lui-même aii-devant de nous ef nous accueillit de la foçon la plus cordiale. Bientôt un repas à l'européenDe , présidé avec la plus grande
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136 LA NOUVBLLB.CALÈDONIE.
amabilité par ntadame Garcin, nous fit oublier nos fatigues. Kanala est situé au fond d'une baie découpée et profonde, qui offre un abri sâr anx navigateurs. Sa large vallée est environnée de toutes parts de hautes montagnes descendant en pentes assez douces jusqu'à la mer. Parfaitement arrosé , le sol est d'une fertilité des plus remarquables; des forêts de cocotiers s'y montrent de toutes parts , tout y fait espérer un avenir prospère pour les colons. Cbaciia de nous admira cette heureuse situation. Déjà, du reste , on y trouve des maisons particulières solides , bien construites, que ne renierait pas une grande ville.
Les colons établis à Kanala s'y livrent principalement à la culture da riz. Cette céréale doit surtout être plantée par les propriétaires qui , comme les concessionnaires de Kanala, sont favorisés par l'abondauce d'eaux irrigalrices ; une cause qui milite encore en faveur des rizières, c'est qu'il n'est pas ici nécessaire de disposer, comme pour le sucre et le café , de capitaux relativement considérables , afin de pouvoir attendre la récolte et ses bénéfices.
Le caféier, jusqu'à ce jour, est assez délaissé h la Nouvelle-Calédonie, quoiqu'il pousse avec vigueur et donne.de beaux produits; mais on craint trop pour lui les effets désastreux des ouragans. Dans tous les cas, on ne pourra se hasarder à le cultiver en grand que dans les vallées bien abritées de l'in-
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CflAPITRE SIXIÈUE. ) 131
térieur. Cette graine préciense sera cependant d'un rapport excellent, une véritable source de fortune pour celui qui pourra bien aménager ses plants, les protéger contre les vents par des plantations d'arbres Tlvaces, et, enfin, attendre d'abord pendant quatre ou cinq ans que les caféiers produisent nne première récolte.
Ce que nous venons de dire de la plaine de Kauala est également applicable & la vallée de Nakéty, qui en est toute voisine, et qui n6 lui est inférieure ni par la richesse de son sol ni par l'abondance et la beauté de ses bois de construction , déjà exploités avec profit par le gouvernement.
A l'époque de notre passage à Kanala, la récolte des ignames venait de se terminer, et cette circonstance était pour les indigènes du district l'occasion d'an splendide pilou-pitou. Kaké et Gélima , chefs de la tribu, crurent de leur devoir de nous inviter à celte fêle , et nous ne pûmes nous dispenser d'acquiescer & leurs désirs. A vrai dire, ces deux /ànctiomiaireSf parfaitement francisés, avec pantalon blanc, habit bleu de roi et médaille d'or au bout d'un ruban tricolore , avaient beaucoop plus l'apparence d'officiers de paix que d'anciens cannibales.
Comme toujours, la fête devait avoir Heu à une heure assez avancée. M. Marie, chirurgien du poste, voulnt bien nous y conduire à dix heures du soir et nous donner avec une grande bienveillance tous les
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ISS LA NOOTELLE-CALÉDOKie.
renseignements qu'an long séjour eu Nouvelle'<]alédonïe lui avait appris. Je n'entreprendrai pas de décrire de nouveau on pilou-pilou, je craindrtÛH d'ailleiirs d'en avoir déjà fatigué mes lecteurs. Celin-cî cependant avait nn cachet particulier. C'était au milieu de l'obscurité d'une nuit sans lune; l'œil distinguait d'abord une grande masse mouvante de laquelle s'échappaient tantôt des hurlements, tantôt des chants hizarres pleins d'eipressions diverses de tristesse, de joie, de doulear, de colère oude fureur, accompagnés du bruit sourd des bamboos que l'on frappe, d'écorces arrondies que l'on choque entre elles , du sifQement (Adencé et haletant des danbeors, des cris- gutturaux et des
hurlements des guerriers Puis quelques torches
de niaouli apparurent et nous permirent d'entrevoir des centaines de guerriers de bronze, au corps nn, tatoué et noirci, dansant en rond et brandissant en cadence leurs casse-tétes, tomahawks ou zagaies! Que disaient-iU dans ces chants qui font briller leurs yeux d'un éclat si terrible ? et que veulent ces vieilles femmes, semblables aux harpies, qui, munies de torches, courent avec une rapidité surhumaine autour do cercle? Elles sont en ce moment silen cieuses comme des ombres : l'homme sanvage parle, la femme se tait..^..
Il faut que l'exaltation produite par ces fêtes sur l«a Kanak* soit bien grande , puisqu'ils peuvent sup
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