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doi( pas êfre meilleure pour recevoir nos comtnerçants, nos colons, nos marins. D'autre part, la présence de ces criminels à la Nouvelle-Calédonie allail y interrompre l'essor colonisateur qui prenait chaque jour un mouvement plus marqué à cause de la fertilité du sol, de son heureuse situation géographique pour l'écoulement des produits et de la salubrité du climat; salubrité si grande qu'il a été possible de dire qu'on ne « mourait pas n dans cette colonie.
Enfin on craignait encore que sur une terre aussi vaste et aussi peu garnie de postes militaires, il ne fût trop facile aux condamnés de s'enfuir dans les montagnes, de s'y joindre aux tribus bostiles, leur fournissant même les moyens de nous être plus nuisibles encore.
En cela il y avait de l'exagération, car bien que la végétation soit puissante à la Nouvelle-Calédonie, il est impossible de subsister longtemps avec les seules ressources qu'elle offre naturellement aux voyageurs : des écorces d'arbres sirupeuses, des fruits coriaces, des racines peu nourrissantes, des coquillages, tel sera le menu habituel du fugitif qai, sans armes et sans l'habileté du sauvage, voudra vivre dans ce pays des seuls dons de la nature.
Quant aux indigènes , s'ils accueillent avec bienveillance des étrangers sans défense , — ce qui n'est point dans leurs habitudes, — ils manquent trop d'armes , de cohésion , de savoir-faire pour être ja-
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mais te moins du monde redoutables à une poignée de soldai européens , alors même qu'ils auraient les conseils des évadés', auxquels ils ne sauraient fournir des fusils et des munitions ; car c'est tout au plus si , dans les plus fiéres tribus , on trouve une dizaine de vieux fusils de chasse.
Il faut reconnaitre cependant que la formation d'un bagne à la Nouvelle-Calédonie, bien qu'elle augmentât le mouvement qui existait alors dans le pays, fut tl'un grand obstacle à l'arrivée de bon nombre de colons sérieux. Les économistes, qui avaient prévu cet inconvénient, proposèrent, pour l'éviter, d'envoyer les déportés aux lies Loyalty, qui dépendent de la Nouvelle-Calédonie et n'en sont éloignées que de vingt-cinq lieues environ; de cette façon, en effet, on aurait isolé complètement le bague de la terre principale , et les colons n'étaient plus en droit d'avoir aucune répugnance h venir s'y installer.
Mais ceax qui proposèrent cette solution ignoraient sans doute la nature particulière des îles Loyalty, qui, bien que suffisamment vastes, ne sont autre chose que des plateaux de corail qu'un événement géologique a fait nn jour émerger, et qui , par leur constitution physique, manquent absolument de cours d'eau douce. Au reste, le lecteur pourra juger lui-même la question en lisant plus loin les détails que je donne sur ci>s iles originales.
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Quant aux archipels du Sud , nous avons m que la stérilité générale de leur sol les exclut aussi «itnime lieu de déportation. Il ne reste donc que les îles da Nord; oii les cocotiers, les prairies, les forêts et la pèche abondeot.
Mais jusqu'ici, dans ces questions, nous n'avons pas mentionné les insulaires; cependant il faudrait compter avec eux; aux Loyally ils sont dix mille : ailleurs ils occupent toujours les parties les plus cultivables.
Que faire de ces premiers possesseurs? C'est là une question qu'il n'est point ici dans mon programme d'étudier, mais que je crois d'autant plus délicate que les indigènes se refuseront de toutes leurs forces à la cession des tei'res qu'ils occupent, soit que l'on veuille employer le parlementarisme ou li violence. C'est qu'il est absolument dans leur nature de chérir les lieux oii ils sont nés : cet amour s'élève jusqu'au fanatisme ; c'est pour ainsi dire un culte religieux. Aussi les a>t-on vus toujours dépérir trës-vite chaque fois qu'on a essayé de les transplanter. Mais, en politique, on a rarement l'habitude de ces questions de a sentiment ■» , et, bien qu'on attaque amèrement la devise, — devenue récemment trop célèbre, ^ » la force prime le droit n , c'est encore la principale que les peuples mettent en pratique. Déjà, à la Nonvelle-Calédonie , plusieurs colonies péefleatifùres ont été disposées sur des tex-
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ritoires fertiles d'où les premiers ocGupanls ont été
obligés de s'éloigner.
Dans le principe, il avait été conveon que la Nouvelle-Calédonie servirait exclusivement de bagne colonial ; cependaot il n'y a encore que deux mille cinq cents forçats dans cette île , pendant qu'il en reste encore environ le double à Cayenne. — Aussitôt arrivé à la Nouvelle-Calédonie , le condamné voyait s'adoucir considérablement le sort qu'il subissait sur le navire oii on l'avait étroitement parqué, oîi sa nourriture était des plus élémentaires.
Dans sou nouveau séjour, nous l'avons vu, pins de fers aux pieds, des vivres sains et frais, auxquels s'ajoutent les produits de la pèche et ceux de jardins qu'il leur est loisible de cultiver entre les heures de travail; celles-ci ne s'élèvent qu'à huit par jour; de plus, les gardiens sont loin d'être sévères.
Enfin, lorsque le condamné s'est bien conduit pendant un temps donné, il peut être mis à la disposition des colons, qui l'utilisent à divers travaux ; ou bien encore on permet h certains groupes d'entre eux, sous la surveillance d'un poste militaire, de cultiver des points de la* côte dont le choix est fait par le gouvernement. Cependant j'ai remarqué dans mes nombreuses visites au pénitencier de l'île Mou, que, malgré leur bien-être, les condamnés deviennent souvent la proie d'une sorte de nostalgie qui les conduit à se lancer dans les entreprises les
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pins périllenses pour essayer de s'évader et de regagner leur patrie. Je me rappelle encore un de ces malhenreux ; c'était la troisième fois qu'il tentait de s'échapper; son histoire était simple, mais hprrible. Né dans un pays de mines, il passait alternativement ses journées oa ses aaits dans les profondeurs obscures des honillëres. H avait vingt-deux aos. Il aima nne jeune fille dn pays; celle-ci le trompa; il en fut averti et tua sa maîtresse. Envoyé à la Nonvelle-Calédonie, sa seule pensée était de s'évader, malgré le peu de chances que présentaient les évasions, etjesdnres punitions auxquelles on s'exposait.
n Uais comment aviez-vous l'espoir de fuir, de 'quitter l'ile ? lai demanda-t-on. — Je ne sais pas trop, répondit-il, j'aurais marché devant moi et si longtemps que je serais peut-être revenu en France, n
Telle fut sa réponse naïve.
Les tentatives d'évasion étaient fréquentes , mais je ne sache pas qu'aucune d'elles ait réussi. Cependant il arriva plus d'une fois que l'on n'entendit plus parler de certains évadés , soit qu'ils se fussent noyés en gagnant à la nage la grande terre, soit qu'ils eussent été la proie des requins ou celle des indigènes, qui les rencontraient errants, misérables, sans force et sans armes.
La plupart du temps les forçats qui réussissuent à gagner la grande terre erraient dans les bois pen-
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dant quelques jours, ne sachant quelle direction prendre, craignant la rencontre des anthropophages ; enfin, exténués, mourants de faim, ils se décidaient à se rendre dans quelque habitation de colon , d'où on les reconduisait an bagne. ]
A chaque évasion, les tribus, aujourd'hui amies, qui avoisinent le pénitencier étaient prévenues ; les indigènes, le casse-téte à la main, se mettaient aussitôt en campagne, et ramenaient souvent les fugitifs, à moins qu'ils ne les assommassent s'ils faisaient la moindre résistance. Il me souvient que je courus un jour un certain péril à cause tie cette circonstance. J'étais en exploration dans le Soi, à quinze lieues environ du chef-Iicu, lorsqu'un messager du gouvernement vînt nous prévenir que cinq forçats s'étaient évadés et semblaient avoir pris la direction du pap oà nous étions ; parmi mes compagnons se trouvaient une dizaine d'insulaires, qui se mirent aussitôt à brandir leurs inséparables tomahawks, se promettant bien de gagner la récompense accordée pour chaque forçat retrouvé.
Vers le soir nous campâmes dans un bois qui s'étendait le long du rivage de la mer; suivant mes habitudes, aussitôt après avoir mangé, je me roulai dans ma couverture, afin d'effacer mes fatigues par un bon temps de sommeil ; mais soit que les moustiques fussent plus nombreux que de coutume , soit que le temps fut plus lourd, je ne pouvais m'endor-'
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mir ; je me levai donc sans bruit, laissant mes compagnons endormis, et gagnai les rivages de la mer, oii je restai pendant une heure à me promener de long en large.
Enfin je me décidai h regagner ma couverture, mais, aa moment où j'arrivais près de mes indigènes, le bruit d'une branche sèche qui se rompit sous mes pas les éveilla; prompts comme l'éclair, ils saisirent leurs casse-téte et s'élancèrent sur moi, prêts à frapper; fort heureusement, un des foyers jetait encore une lueur assez vive pour éclairer ma personne et la faire reconnaître à ces furieux, qui n'avaient plus qu'nn bond h faire pour me briser le crâne; ils s'arrêtèrent subitement : u Capitaine l c'est le capitaine! n s'écrièrent -ils sur le ton de la plus profonde surprise : « Eh oni, c'est moi! m'ècriai-je, et à qui en avez-vous? n S' éveillant ainsi brusquement au milieu de la nuit, ne m'ayant pas vu quitter le camp , ils m'avaient pris pour un forçat fugitif, et sachant le peu d'estime que nous avions pour ces gens-là, ils s'apprêtaient simplement à m' assommer; c'eût été mourir ridicolement.
J'ai dit que dans mes excursions j'avais essayé de me faire accompagner par des a disciplinaires », et que je n'avais eu qu'à me louer de ces hommes. Sur le point de partir de nouveau pour explorer les grandes iiesde la haie de Saint-Vincent, le gouvemear substitua à mon escouade de condamnés militaires
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un ceriain nombre de forçats, [l était peu de mon goût de me sentir accompagné par une quinzaine de ces drâles, mais ]e n'avais pas le choix, et je surmontai ma répugnance, que l'on sembla prendre pour de la peur. Certes , mes nouveaux compagnons étaient encore moins à redouter que mes hôtes habituels les Kanaks.
Je quittai donc le port de Nouméa sur la goëlettefilote r Espoir , accompagne de quinze forçats, escortés d'un garde-chiourme , de sept matelots indigènes et de mon disciplinaire Papin. Bien que je ne fusse pas un marin habile , mes connaissances suffisaient à la conduite de ma petite goélette, et dans tous les cas, je préférais veiller moi-même à la manœuvre, au milieu de cette mer couverte d'écueils, que de me fier à quelque jënne quartier-maître nouvellement débarqué d'une frégate, et souvent pea au fait de ce genre de navigation.
Accompagné d'un équipage aussi hétéroclite, mon revolver ne quittait guère ma ceinture , et j*é- , tais toujours prêt à sauter dans ma petite cabine de l'arriére pour y prendre mon fusil à deux coups. Le disciplinaire Papin lui-même , malgré son manque de préjugés, mit au moins quarante-huit heures avant de tutoyer nos nouveaux compagnons.
Dès ma première journée j'entrai vent arrière dans le port Laguerre, dont je voulais visiter les bords. Le territoire qne j'allais parcourir appartient
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— OU plutôt appartenait — au chef Titéma, dit IValon; déjà nu cerlain nombre de colons se sont installés sur ses terres . J'allai d'abord rendre visite à ce chef; le village qn'il habite , nommé IVaniouni, est à douze lieues euviron an nord de Nouméa; il s'élève près de l'embouchure d'une petite rivière qui arrose une vallée étroite et boisée et se compose de quelques huttes, espacées çk et là par le caprice de chaque occupant. Quant à la demeure du cbef , elle se distinguait des autres par une certaine élégance de forme, sa grande dimension, son fini et son confortable relatif.
Titéma joua un certain rôle dans l'histoire franco-calédonienne , et ses relations avec nous datent de la prise de possession de l'ile. Son grandpère, Pore, possédait un vaste territoire; mais ses deax fils, qui régnèrent successivement après lui, ne surent pas le conserver; leur tribu fut démembrée à la suite d'une coalition de petits chefs qui secouèrent le joug et reprirent leur indépendance. Titéma n'eut donc comme succession que les plaines qui s'étendent des rivages de Port-Lagnerre aux montagnes du centre, et ce fut au milieu de son paisible régne que le gouverneur du Bouzet , jetant h Nouméa les fondations de la capitale, devint subitement pour lui un voisin des pins redoutables ; sans doute alors, dés le début, il s'associa aux naturels de cette partie de l'île, qui essayèrent par tons
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IM LA NODTELLE-CaLiDOME.
les moyens de nous cbasser de lenr territoire; ces luttes , plus pénibles que meurtrières pour nos soldats, durèrent jusqu'en 1859 j on était toujours sur le qui-¥ive dans la ville naissante, autour de laquelle rôdait sans cesse l'ennemi cacbè dans les bautes herbes, en même temps que, des sommets voisins, ses regards perçants sondaient constamment le pays pour signaler aux rôdeurs indigènes l'imprudent soldat ou le malheureux colon qui s'aventuraient bors des limites du camp.
Vers ce temps, Waton intervint, et, s'allîant à nous sans retour, nous permit bientôt de devenir les maîtres de la situation. Voici la lettre par laquelle U. Durand, commandant particulier de la Nouvelle- Calédonie , annonça au gouverneur l'alliance avec le chef Waton.
1 19 jum 1859.
s Le chef Waton, sur ma demande, s'est rendn auprès de moi. 11 m'a promis de faire tous ses efforts pour parvenir à l'arrestation de ces deux brigands (Jack et Candio), assassins de Bérard et de ses com-
Le 17 août suivant le commandant écrivait de nouveau :
« Waton , le chef de Titéma et notre allié le plus dévoué, est venu me prévenir que Jacb et Candio devùent se trouver derrière la rivière de Dum-
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