CHAPITRE SEPTIÈME. ISb
béa, prés du village des voleurs, et m'a demandé l'aulorisalion d'aller les prendre. Je l'ai engagé à se mettre de suite en campagne, lui promettant une somme de mille francs s'il me les amenait. Il est parti immédiatement, me donnant l'espoir d'un plein succès V .
Le 29 août Waton avait tenu sa promesse, aidé dans son entreprise par Jacques Quoindo, aujourd'hui chef de Païla , dont nous avons déjà souvent cité le nom.
Candio fut fusillé, et Waton reçut les mille francs promis.
Là ne se bornent pas les états de service de Waton; peu après, il contribua puissamment à la capture d'autres chefs de l'île impliqués dans différents meurtres; à une .époque où les indigènes du centre avaient assassiné et mangé le courrier de Noaméa à Kanala, il fournit à l'expédition chargée de tirer vengeance de ce meurtre quelques centaines d'auxiliaires et de guides dont la plupart ne nous quittèrent plus, et formèrent la base d'une compagnie indigène. Il nous confia même son second fils, u Anté », qui se rendit fort utile comme interprète. Enfin, en 1862, Waton reçut du ministre de la marine une médaille d'or, récompense honorifique que l'on accorde aux chefs qiii ont fait preuvv de fidélité et de dévouement.
Le chef Waton, prévenu de mon arrivée , s'étail empressé de prendre sa veste ornée de la célèbre
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156 A NOUVELLE CALBDONIE.
médaille, et il me reçnt avec tout le cêrémotiial qu'il croyait devoir déployer poar moi. Cependant ce malheureux chef venait d'être frappé cruellement ; ' son fils aine, son bien-aimé , un heaa et grand jeune homme, sur lequel reposaient toutes ses espérances, venait de mourir. Les dernières années de ce vieux chef n'étaient certes pas heureuses; il voyait peu k peu le territoire de ses pères se diviser entre les Européens, se couvrir de leurs plantations, de leurs troupeaux et de leurs cases, et pour comble d'infortune, il assistait à la mort- de son fils Matamoé, « l'honneur de sa race n .
Suivant uu antique usage que l'on retrouve chez nombre de peuples primitifs, deux des femmes du prince Matamoé furent étranglées ; elles devaient accompagner leur époux. Mais le bruit de ce lait s'élant répandu, le gouverneur envoya quelques gendarmes pour s'en assurer : leur enquête n'apprit naturellement qu'une chose, c'est que ces deux femmes s'étaient elles-mêmes donné la mort. Cependant l'arrivée de ce détachement en armes servit de leçon pour l'avenir, et quelque temps après Walon lui-même, près de mourir, exprima le désir qu'aucune de ses femmes ne le suivit dans la tombe. Je pense que ses vœux furent exaucés sans peine, car il est difficile d'imaginer une face plus parcheminée que celle de Waton.
Ce chef était prompt à rendrf a justice et fa'ââit
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CHâPITRE 8BPTIÈUE, IS7
lusiller ceux de ses hommes qui se rendaient coupables de quelque méfail. C'est encore lai qui , avec l'aide de son ami Jacques Quoindo, poursuivit, atteignit et massacra les six malheureux parlementaires de Gondon , dont nous parlerons plus tard , et qui essayaient de regagner leur pays.
Parmi les actes qui ont signalé la vie de ce chef, il en est un cependant qui mérite une mention honorable. En octobre 1866, sept Français qui montaient une légère embarcation chavirèrent en facede sa tribn : Waton , averti , s'élança dans une pirogue avec quelques-uns des siens, fit force de rames et arriva assez Idt pour arracher nos compatriotes à une mort certaine.
Kn disant adieu à ce chef pour reprendre ma roate, je le vis si profondément affligé de la mort de son fils que je pressentis sa fin prochaine ; en effet, je ne devais plas le revoir vivant : une année après il mourut.
Aussitôt que Waton rendit le dernier soupir, suivant la coutume, tout le village retentit de hurlements douloureux qui, se répandant au loin, apprirent à toute la tribn que leur chef n'existait plus. A cette nouvelle, chaque Kanak, fût-il au travail, aux champs, à la pèche ou à la chasse, se mit à pousser des cris de désespoir, de sorte que le voyageur qui par hasard eût traversé le pays se fût senti l'dme tout émue , sinon effrayée , par ces sourdes lamentations et ces longs cris lugubres.
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158 LA NOOVELLE-CALÉDONIE.
Les guerriers h qui l'honneur de rendre les derniers devoirs h l'illustre chef fut dévolu et qui, pendant plusieurs années, ne devaient plus couper ni leur barbe ni leor chevelure , revêtirent le cadavr« de WatoD de l'uniforme qu'il aimait h porter dam les occasions solennelles ; on n'oublia pas de mettre sur sa poitrine sa médaille d'or, et auprès de lui son fusil , ses munitions et des vivres. Tous les membres de la tribn vinrent alors contempler les restes mortels de leur vieux chef. Vers le soir on plaça son corps sqr an brancard fait de branches entrecroisées, et les guerriers le portèrent dans différentes localités du territoire qu'il avait gouverné, localités consacrées par l'affection connue que Waton leur avait portée, par quelque trait remarquable de son existence, ou se rattachant par des légendes aux traditions ou au culte de sa race.
Enfin le corps du chef Waton fat déposé sons les. ombrages d'an <i banian « séculaire , où ses restes devaient se consumer auprès de ceux de ses ancêtres et de son fils Matamoé. Là, comme aai marais des lies de la Société, venaient affluer les ofi'randes funéraires des amis et des parents. L'un suspend aux branches de l'arbre une étoffe choisie, l'autre dresse sur le sol une énorme pile d'ignames et de cannes à sucre, enfin un guerrier déposera une zagaie irréprochable et un lourd tomahawk.
Ces coutumes sont d'autant plus curieuses qu'elles
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