CHAPITRE SEPTIÈME. 16Î
le Kanak paisse acheter à un prix assez bas pour ses faibles ressources : il se ceint tes reins avec ce bout de toile lorsqu'il s'habille ou va en ville/ pendant le travail son bêlement n'est que le feuillage.
La petite hachette ou tomahawk , qui ne le quitte presque jamais, est aussi pour lui un objet de luxe e( de première nlilité ; il eu enveloppe avec soin le Iranchanl avec des chifibns, de peur de la rouille, il a enlevé immédiatement le manche européen pour en adapter an autre plus à sa main, et qu'il a mis longtemps à fabriquer; ce tomahawk est dans la main de ces hommes une arme terrible. Un arrêté du gouverneur en avait même interdit la vente , mais il est dîlïcile de faire observer cette défense.
Tout calcul fait , nous voyons , après un mois de travail, que si le Kanak, profitant du dimanche, se 'rend à Nouméa pour y faire ses emplettes, il lui reste à peine un dix-sous pour acheter un morceau de pain blanc, dont il est cependant bien friand. Quand il revient dans sa tribu avec son léger bagage, le ventre vide, il médite et se dit tristement :
«J'ai travaillé beaucoup tout ce mois, j'ai été plusieurs fois réprimandé, puni pour quelque négligence, j'ai trouvé mon repas souvent tardif et peu de mon goût : que m'en reste-t-îl? quelques objets qui seront bientAt usés et qui, auprès des guerriers de ma tribu , ne sont que les signes de l'esclavage que j'ai souffert volontairement ; le tabac des blancs
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168 La KOOVELLE-CALIËDONIE.
est bon, c'est vrai, mais je n'ai qu'à en laisser tomber qaelques graines dans mon jardin et j'en aurai bientdt autant qu'il m'en faudra; je ne «eux donc plus travailler pour les blancs. «
Voilà ce que se dit le Kanak; mais le colon, qui ne comprend point sa langue et lut refuse du reste tout esprit de raisonnement , n'en tient aucun compte. Pourtant, en réfléchissant un peu, le colon devrait songer qu'il est de son intérêt d'augmenter les salaires dans la proportion du travail produit. Mettez ces hommes k la tâche, vous les verrez s'exténuer pour augmenter leur gain , vous les verrez devenir cupides, s'habiller bientôt convenablement, se civiliser. On pouvait voir à Nouméa un jeune Kanak bien payé que tout le monde connaissait. Il travaillait chez un négociant, M. Gerberl, auquel il rendait beaucoup de services comme garçon de magasin, il parlait assez bien le français et l'anglais. Le dimanche venu, il montait à cheval en redingote, portait des gants et même des souliers.
Ce sont des laits incontestables ; je terminerai par cet autre.
[In Anglais dont le nom est encore vivant à la Nouvelle-Calédonie, le capitaine Paddon, a acquis autrefois une fortune considérable en trafiquant avec les naturels de noire colonie et ceux des îles voisines ; il avait fini par posséder plusieurs goélettes et bricks occupés au transport du bois de sandal et
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CBAFITBE SEPTIÈUE. 169
d'écaillé de tortue, etc., que lui livraient les naturels. Ce capitaine, en Nouvelle-Calédonie, était connu et respecté de tous les Kanaks. Chaque foie qu'il arrivait dans une tribu, il trouvait, tout préparé, un chargement plus ou moins considérable. Plusieurs fois , dans mes visites aux' tribus du nord de l'île, peu fréquentées par les blancs, on m'a parlé de cet homme, mort cependant depuis plusieurs années; on aimait à en faire l'éloge. J'ai cherché la cause qui avait pu imprimer ainsi le souvenir d'un blanc dans l'esprit de ces sauvages , ordinairement si indifférents, et j'a:i appris que Paddon était d'une très-grande générosité, qu'il payait sans jamais marchander, faisant même des largesses quand il était satisfait; avec cela il possédait nu esprit ferme et résolu, son courage était à tonte épreuve; jamais, dans le principe, il ne laissa impunie une faute commise à son détriment, mais jamais aussi, par un esprit de lésinerie étroite et impolitique, il n'éloigna de lui la main du Kanak.
Cet homme mourut à ci^quanfe-deux ans, il était millionnaire.
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Lft btie ie Sainl-Vincent. — Le* palétuviers. — L'tle Duc»» el te$ hAlea. — IiCi poisuiiu ïéndneiu. — Vue ktte contre un
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En quittant le brsve Jemniy, notre goélette reprit sa course vers le nord. Noua devions veiller avec plus de soin maioteQuit, car les cartes étaient ici plus incomplètes.
En6D nous entrons dans la loagiilfiqne baie de Saint-Vîncent. Longvie de sept lieues, cette baie est protégée k l'ouest contre les flots do large par trois grands ilôts qui portent les noms de Leprédour, Ducos el Hugon ; gr&ce aux passes situées l'une k l'ouest'nord-ouest , l'autre au sud*sud-ouest, les na* vires peuvent sortir presque' par tous les vents.
Au milieu de cet immense bassin naturel sont d'antres Ilots d'une moindre importance , sauf peut-être ceini de Parseval, qui commnniqne avec la terre à marée basse et possède plusieurs mouiU lages bord à quai, avantage qui manque générale» ment sur les autres points de la c6te. — Si donc on e&t, dès le principe , choisi les plaines avoisinantes comme emplacement de la capitale, il eut été facile
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