‹ Voyage autour du mondeChapitre 55 sur 115 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Le mouton vient bien sur ces îlots , où l'air toujours frais de la mer chasse les mouches et les Insectes qui, dans les pays chauds, s'introduisent dans la toison; de plus, ces points sont suffisamment rocheux pour que le mouton, usant facilement la corne de son pied , ne contracte pas la maladie que l'on désire sous le nom de piéiin et qui se manifeste chez loi lorsqu'on le fait séjourner dans les pays bas et marécagens. On prétend que sur la grande terre le mouton vient mal, aussi ne s'y litre-t-on pas à l'élevage de cet animal si productif. Je crois que cette opinion est erronée et que le manque de réussite provient de ce qu'on a mal étudié la question. On avait choisi pour les premiers essais des endroits humides et mal aérés. Ou attribuait surtout la mortalité de ces animaux à la présence d'une certaine graminée {andropogon ausiro-caledontcum) très-abondante en Nouvelle-Calédonie. Cette plante , lors de la malu^ rite des épis, présente des soies assez rigides pour pénétrer à travers la peau des moutons. Cependant, dans l'ile Ducos, où les animaux de la race ovine se propagent si bien, comme nous l'avons vu, la seule herhe est X'andropogon austro-caledonieum. D'ailleurs il est lacile de neutraliser à peu près entièrement l'action de cette herbe par un procédé peu coûteux : jeune, c'est une excellente nourriture pour les troupeaux ; ce n'est que lorsqu'elle porte la

HihyGoogle

m LA NOOVELLB-CftLÈDONIE.

graine revêtue d'aoe barbe pointue et rude qu'elle est nuisible ; mais à ce moment, la plante est sèche et s'enflamme facilement, il suffit donc alors d'incendier les prairies qui la contiennent. Le feu détruit les graines, et quelques mois après une herbe différente remplace en grande partie la première.

J'avais donc établi le centre de mes opérations sous le toit de M. Martin. Je dois dire que dés l'abord il ne me cacha pas que mes compagnons les forçats, le gênaient nn peu ; il craignait non-seulement pour ses moutons, mais encore pour lui-même et son habitation. Quant k moi, je craignais bien plus pour ma petite goélette; et je suis encore h me demander comment ces hommes, si amis de leur indépendance, n'ont pas profité de la plus belle occasion qui se soit jamais présentée à une bande de forçats de s'évader. Ils étaient quinze; mes matelots kanaks et moi-même concilions à terre , & part denx hommes de veille; quoi de plus facile qne de dé rendre à bord pendant la nuit , de jeter les gardiens à la mer et de prendre le large? Là, non-seulement ils étaient libres, mais riches. Une belle goélette sous les .pieds, trois mois de vivres, une boussole, des cartes; autour de soi l'immensité de l'Océan avec ses iles indépendantes ; enSn, à l'ouest, le grand continent australien, où nous ne serions certainement jamais allés les chercher; Il est probable aue s'ils n'esécutèrent pas cette évasion, c'est

HihyGoogle

Page 1