CHAPITRE HEtlVlÈllB. I8T
nom de femmes? Dans la jeunesse, cependant, la Néo-Calédonienne a un moment d'éclat, mais cette beauté éphémère disparaît bientôt, et je renonce k décrire la laideur qui succède.
Les Kanaks n'ont pas de religion définie; ils croient généralement qu'après leur mort ils se rendront au-dessous de la terre, dans un lieu où la nourriture est des plus abondantes, où la pèche est toujours heureuse, les femmes toujours jeunes, belles et souriantes. On y danse beaucoup aussi ; les enfants y deviennent hommes et les vieillards jeunes; pendant la nuit on fait quelquefois des sorties sur la terre pour venir tourmenter et frapper les ennemis que l'on avait pendant la vie. Aussi les indigènes ne voyagent-ils pas volontiers la nuit : d'autant plus qu'ils croient encore à une foule d'êtres surnaturels auxquels ils accordent différents attributs ; les uns s'occupent de la pèche, d'autres de la guerre, de la chasse; généralement ces génies sont mauvais, et l'on n'obtient leurs services qu'à force de présents.
Mille superstitions tourmentent encore l'esprit de ces sauvages; ainsi ils rejettent à la mer certains poissons dans lesquels se cachent d'habitude des génies malfaisants; une banane double mangée pat nne femme lui vaudra deux enfants à la fois ; celui qui mangera une banane cueillie mûre pourra en mourir, etc.
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ISS LA NODTELLE-GALÈDONIE.
Les praires, oa platât ceux qui sont chargés des sacrifices qne l'on fait aux dieux avant une entreprise de guerre, de pèche, sont ordinairement des vieillards; mais ces fonctions d'intermédiaire entre les morteis et les dieux sont aussi héréditaires. Ces prêtres acceptent toujours les présents qu'on apporte pour obtenir un beau temps ou une bonne brise ; ils font toujours aussi les conjurations, mats, au jour dit, s'il pleut on si ta brise est défavorable, notre homme n'est point embarrassé : il répond simplement à ses ooailles que la tribu voisine, lenr ennemie , ayant appris leurs désirs , aura demandé tout le contraire et gagné le génie en lui ofi'rant un présent plus beau. Cette naive réponse suffît k tout et à tous.
L'organisation politique d'une tribu est simple et raisonnable; le chef a trois ministres, qui sont ordinairement de sa famille ; ils sont chargés , l'un de la gnerre , l'autre des discours et des explications sur les actes du gouvernement ; quant au troisième, il veille aux approvisionnements et & la nourriture. Certains vieillards qui s'occupent de science on de religion sont aussi très-vénérés; ils connaissent le cours des astres, l'année lunaire, un peu de médecine et de chirurgie.
Mais ces peuples n'ont aucune idée sur leur orl- gine ; ils hornaienl le monde à leur horizon. Cependant je considère comme très-probable qu'avant
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^ CHAPITRE NEUVIÈME. ISd
notre arrivée le hssard devait leur fournir parfois des indices sur l'existence, par delà les mers, d'êtres intelligents ; n'oDt-ils pas dû , en effet , voir s'échouer sur leurs rivages des débris de navires quele caprice des vents et des flols leur apportait après les avoir ballottés pendant de longues années? A la vue de ces pièces de bois, reliées par une matière qui leur était inconnue, le fer, ils devaient être aussi étonnés que le furent chez nous les premiers témoins de la chute des aérolilhes. Les mieux avisés s'empressèrent de soumettre ces épaves à l'analyse chimique la plus simple et la plus naturelle ; ils placèrent ces débris sur un brasier et reconnurent bientôt que la substance dure, inflexible qui les reliait, le fer, en un mot, sous l'action du feu, se contentait d'absorber une très-grande quantité de chaleur, au point de pouvoir alors pénétrer dans le bois en y faisant un trou : propriété précieuse pour un peuple constructeur de bateaux. Aussi dès lor» conservèrent-ils avec le plus grand soin dans les tribus ces tiges de fer, pour les utiliser, en les faisant rougir au feu, k percer les trous des coutures de leurs pirogues.
Cook rapporte, en effet, que les premiers insulaires qui montèrent à bord s'émerveillaient surtout en voyant les chevilles de fer fixées au bâtiment; de grands clous leur faisaient plus de plaisir que des verroteries et même des haches. N'est-il pas évi-
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dent qu'ils agissaient ainsi parce qu'ils connaissaient l'utilité de ces morceaux de Ter et qu'ils ignoraient encore celle des haches? Cook observa cependant, ce qui aurait dû le mettre sur la voie de la vérité, que les trous de couture des pirogues étaient percés au moyen du feu ; il ne put pas voir l'tnstrument dont ils se servaient dans ce but. Pouvait-il être autre que de fer !
J'ai fait des investigations minutieuses sur l'origine de ces insulaires, e( il est curieus que ces études nous en apprennent plus qu'ils n'en savent euxmêmes & cet égard.
Mais je reviendrai sur cette question au sujet des Tahitiens, que nous devons aussi visiter dans ce volume.
Trente mille indigènes peuplent encore le sol si pittoresque, et l'on pourrait dire si bizarre, de cette terre lointaine. Notre civilisation ne doit pas tarder à envahir Vile entière, en faisant disparaître, jusqu'au dernier le sauvage que nous y avons rencontré et dont je viens d'esquisser les traits principaux
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Lu gAtb hord-ouest. — Ea mer pour le nanl-oaetl. — La ( Gazelle i en péril. — Préiealation de la i Fine >■ — ■ Rien ne sert de courir, il faut partir à point. • — HaBiacn
d'un équipage. — (In baidi aventurier. — Le chef Uango
et aa tribu. — Un affireui éiénemeDl.
Plusieurs fois j'ai parlé des obstacles qu'opposent à la navigation les récifs qui longent le nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie. Serrant de trop près la câte, ils n'offrent pas entre celle-ci et leurs murailles sous-marines ce canal abrité des vents et des lames du large que le cabotage trouve le long des rivages du reste de l'ile. Les navires de guerre ne se hasardent pas non plus dans ces parages , et l'hydrographie laisse beaucoup à désirer. On n'ignorait pas qne ce littoral renfermait des districts fertiles et bien peuplés, mais on savait aussi que les indigènes, protégés par cette barrière de madrépores, dont ils comprenaient bien la puissance, recevaient mal leurs hAtcs, et attaquaient, lorsqu'ils le pouvaient, le malheureux caboteur qu'un orage ou la nuit obscure forçait à s'abriter derrière un pâté de corail, non loin du rivage. Il était nécessaire de faire sentir notre puissance à ces Néo-Calédoniens et de véri'
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fier en même temps si leur territoire n'offrait pas f^elque champ à la colonisation. Pour remplir ce double but, M. Banaré, lieutenant de vaisseau, commandant la Fine, fut chargé de l'hydrographie de celte côte.
Depuis près de sis mois cet officier séjournait dans le nord et dans l'est de l'île; il avait terminé là ses opérations hydrographiques et allait commencer les études de la c6te ouest. Je profitai de cette circonstance pour aller rejoindre cette expédition, partager ses travaux en complétant à terre ses relevés et ses opérations maritimes. Mon projet adopté par M. le gouverneur, le 7 août au matin je quittai la rade de Nouméa sur le brick-goëlette la Gazelle^ chargé de transporter en même temps des approvisionnements à la Fine, que nous devions rencontrer près de l'extrême nord de l'ile.
Depuis le port de Nouméa jusqu'en face de la baie de Saint-Vincent, la Gazelle navigua entre les réciTset la côte; là elle prit le large avec une fraîche hrise du sud-est qui nous poussa rapidement vers le nord.
Au large, la mer était mauvaise, et nous avions bâte de rentrer dans la ligne protectrice des récITs. Ce n'était point facile, car les passes indiquées sur les cartes l'étaient alors avec si peu de précision que rien n'était facile comme de prendre l'une pour l'autre, ou bien encore de se lancer dans quelque