CHAPITRE DtXIÈUE. aos
cuD danger; l'échouage, pour une embarcation de faible tonnage, dans des circonstances semblables, n'effraye ordinairement pas un marin ; et personne à bord ne soupçonnait k ce moment l'borrible sort qui était réservé au malheureux équipage du cotre le Secret. A midi environ nous mouillâmes dans la baie Chasseloup. Nous jetâmes l'ancre très-près du rivage , qui présentait une rangée de collines assez dénudées et de moyenne hauteur. Elles suivaient les contours de la baie, ne laissant entre elles et la mer qu'une bande de iaible largeur pleine de broussailles. Une seule case s'élevait au bord de la mer. Cependant les flancs des collines étaient couverts de naturels, et l'on en voyait constamment arriver de nouveaus qui iléfilaient l'un après l'autre dans un sentier qui suivait exactement l'arête supérieure des collines.
Tous ces torses nus et noirs se détachaient vivement sur l'horizon éclairé; des villages populeux devaient exister dans l'intérieur, et leurs habitants accouraient pour voir de près la Fme, qui , pour eux, était on immense vaisseau. A notre droite était un petit ilôt, sur lequel nous distinguions quelques cases et leurs habitants. Ceux-ci paraissaient peu rassurés sur nos intentions, car ils déménageaient en pirogue, à la hdte, leurs ustensiles de pêche et leurs objets précieux ; les femmes, les enfants, leii vieillards prenaient place sur ces embarcations;
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SD6 LA NOUVELLE-CALiDONIE.
quant aux bommes et aus jeunes gens, pour lesquels il ne restait probablement plus de place dans les pirogues , ils gagnèrent à la nage la grande terre. A marée basse on peut aller sur cet îlot sans perdre pied, et l'envabissement constant des palétuviers qui abondent sur les deux rives opposées ne tardera pas à les réunir.
- Tous ces mouvements et l'affluence des Kanaks sur le rivage indiquaient cbez eux une certaine appréhension , peut-être aussi des intentions hostiles. Cependant nous devions communiquer avec eux pour obtenir les renseignements dont nous avions besoin. M. Banaré fit donc amener la chaloupe avec dix hommes bien munis de fusils et de pistolets. Je descendis avec lui dans l'embarcation ; nous emmenions aussi comme interprète le pilote Peterson et mon disciplinaire. Papin, que j'ai déjà présenté au lecteur, ancien soldat d'Afrique, rompu à toutes les fatigues , ne s'étonnait jamais de rien; dans les moments difficiles que nous eûmes à passer ensemble, il releva souvent le courage prél à faiblir dema petite troupe, en disant de l'accent le plus convaincu : « Vous aurez beau en voir, vous n'en verrez jamais autant que j'en ai vu en Afrique. »
Avant de s'embarquer, M. Banaré jeta encore un regard dans la direction du Secret, dont on voyait parfaitement le mat; le cotre était incliné sur le flanc, car la mer était basse, mais nous comptions
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