‹ Voyage autour du mondeChapitre 63 sur 115 · CHAPITRE DIXIÈME. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME. M

bords de la mer, les tribus de Koniene, Poiuco et Pouangué, toutes vivant de la pèche. Puis, un peu dans l'intérieur, venaient les tribus de Gatope, de Tchapo, Temala, Ponanloilcbe , qui subsistent- plutôt de la culture de leurs terres.

Cétaient donc les amis de Mango , quelques-uns même des siens, qui avaient massacré et mangé l'équipage de la Beine-des-lles ; aussi ce chef hésitait-il à nous donner sur cette affaire des détails qui ccndamnaient une tribu amie. Cependant Peterson décida Mango et ses deux 61s adoplifs, Ti et Ponagui, ftnous suivre abord, où nous pourrions causer plus h l'aise qu'au milieu de la horde nombreuse qui nous entourait; ils Iiësitèrent longtemps : mais, confiants dans la parole de Peterson, ils s'embarquèrent enfin avec nous dans la chaloupe, non pas sans que la plupart de leurs amis elsurtout les chefsdes tribus de Koniene et de Pooaco qui se trouvaient là, cberchassenl à s'opposer d'une manière très-apparente à leur embarquement. Aussi longtemps que notre chaloupe fut à portée de leurs voii, les indigènes parlèrent au vieux chef, qui écoutait en silence les paroles de ses guerriers, et semblait s'éloigner de moins en moins rassuré. Plusieurs même de ses gens, les plus acharnés, nagèrent assez avant dans la mer pour l'engager à revenir.

C'était la première fois que ces hommes voyaient de près un navire. Ils moulèrent lentement à bord.

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tlO LA NOUVELLE-CALÉDONIE.

le tenant coprbés, ainsi qu'ils le font dans les lieux sacrés ou en présence des cbefs. Le commandant les fit descendre fons les trois dans sa chambre. Là, Mango subit un long interrogatoire ; maintenant qu'il sentait ou croyait son sort dans nos mains, il n'hésita pas et nous raconta que la Reine des Iles avait été attaquée et saccagée par les gens de Pouangué et de Ponauloitche seuls ; il nous donnaaussï une foule de détails topographiques sur la situation de ces deux tribns. A la suite de cette conversation, qui nous mil fout à fait an courant de ce que nous désirions savoir , le commandant prévint Mango qu'il pouvait retourner à ferre. Il lui fit présent, ainsi qu'à ses deux fils, de couvertures de laine, de tabac, etc., puis, leur expliquant la situation du cotre le Secret, échoué sur le banc de Pouangué, il remit une lettre à Mango, en le chargeant d'envoyer ce message au capitaine du Secret, M. Gérard, par quelques-uns de ses hommes; ceux-ci se mettraient ensuite à sa disposition , dans le cas où il aurait besoin d'eux pour remettre son embarcation à flot. Quand ces chefs quittèrent le bord , il était quatre heures et demie du soir. Après le dîner, vers les cinq heures et demie, M. Banaré, regardant du nOté du cotre échoué. Ri l'observation qu'on n'apercevait plus ses mAts , qu'il avait dû se remeftre A flot et chercher un mouillage dans un lieu plus abrité. Cette opinion était d'autant plus probable, que la brise à ce tto-

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CHAPITBB DIXifeUE. 311

meut était à peu près nulle et n'aurait pas permis 'bu cotre de nous rejoindre avant la nuit. Le soleil s'était couché ; une multitude de feux nous apprirent que les naturels étaient campés sur la c6te.

Au point du jour, je montai sur le pont, où je trouvai le commandant, dont la physionomie altérée me frappa :

u Je croîs qu'il est arrivé malheur an Secret, me dit-il.

— Comment cela? m'écrîai-je,

— Tout à l'heure, en montant ici, me répondit M. Banaré, j'ai cherché le Secret des yeux; en ne le voyant pas du pont, j'ai envoyé une vigie dans la mftture, qui m'a aussitôt signalé le cotre; mais i) est toujours échoué; de plus il est démAlé, et une foule de Kanaks l'entourent.

— Mais, répondis-je, il a peut-être retiré son mAt pour se bégtiiller (s'étayer), en attendant que la marée haute le remette k flot.

— Ce n'est pas probable, répondit le commandant; dans tous les cas, je vais envoyer de suite la chaloupe de ce côté. »

Les ordres furent alors immédiatement donnés pour envoyer huit hommes armés et un patron, reconnaître la cause de ces événements étranges ; il était à craindre que notre chaloupe, qui calait beaucoup d'eau, ne s'échouât elle-même sur ce vaste banc qu'à marée basse nous avions vu à dé-

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SIS Là NOUVELLE-CALÉDONIE,

couver! sur une très-grande surface. Heareusement Pelerson s'offrit pour la piloter et nous la vîmea' partir sous sa direction avec moins d'inquiétude, sachant que cet homme, intelligent et dévoué, avait parcouru tous ces parages dans sa haleiniëre, alors qu'il pftchail le trépang.

La plus grande prudence nous était indispensable dans ce cas fâcheux; noua n'avions à bord qne dix fusils de munition, dix pistolets d'abordage sans justesse et sans portée, et si, par malheur, la chaloupe échouait et que son équipage, attaqué par les naturels, fût pris par eux, il ne nous restait que sept armes à feu; nous avions encore deux petites espingoles, mais ces armes, avec lesquelles on ne peut ajuster, ne sont bonnes qu'à faire du bruit.

A peine la chaloupe s'éloignait-elle & force de rames des flancs de la Fine, que la vigie signala ua mouvement parmi les naturels qui entouraient le Secret^ en effet, ils s'en allaient les uns après les autres du côté du rivage; la mer était assez basse pour leur permettre de marcher sur le banc de corail et de porter même des fardeaux sur leurs épaules. En observant leurs mouvements avec nos lunettes , nous ne pouvions songer sans frémir que ces mêmes hommes étaient ceux qui avaient massacré l'équipage de la Reine des /les quelques jours auparavant ; un espoir nous restait encore : plusieurs d'entre eux, vêtus en matelots, pouvaient être nos

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