CHAPITRE OKZIÈUB. SIS
désir de notre commandant, et Mango sortant d'un fourré, s'avança suivi d'une troupe de guerriers tous armés, suivant leur habitude, de tomahawks, massues, zagaies, etc. Le plus inquiétant était qu'aucun enfant ne se voyait an milieu d'eux, et je savais qu'ils ont soin d'écarter ceus-ci lorsqu'ils songent à se battre. J'en fis l'observation à M. Banaré, et nous résolûmes d'agir encore avec plus de prudence, si toutefois cela était possible. Mango étant arrivé auprès de nous, nous lui demand&mes s'il avait envoyé au cotre la lettre dont on l'avait chargé et des hommes.
A toutes nos questions, le vieux chef feignait de ne rien comprendre; enfin, pressé de plus en plus, il s'approcha subitement d'un niaouli qui se dressait prés de nous, et soulevant un fragment de l'écorce de cet arbre, il en tira la lettre que la veille lui avait remise le commandant et la lui rendit. Pourquoi n'avait-ïl pas envoyé ce message, comme cela avait été convenu? Comment, après s'être rendu à notre bord et avoir reçu nos présents, Mango n'avait-il pas obéi à cet ordre î A toutes nos questions les Kanaks, qui ne comprenaient pas ou feignaient de ne pas comprendre, répondaient par des rires ironiques; leur nombre augmentait de plus en plus et quelques-uns disaient mine de nous entourer. Nous nous retirâmes alors lentement vers U9lre jfole, repoussant doucement les plus pressés.
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SIS LA NOUVBLLE-CALÉDONlh.
el nous pûmes enfin nous embarquer, heureux de ne pas nous être engagés trop avant. Nous venions, certainement, d'échapper à an grand danger, et nous en avions à un tel point le sentiment, qu'à l'instant même où les naturels nous entouraient, sans nous être rien dit, H. Banaré et moi avions porté doucement la main au revolver que recouvrait noire vareuse, l'avions armé, et le tenant par la crosse, étions prêts à nous en servir.
Si pressés que nous fussions d'éclairer cette question du message non exécuté, nous sentions la nécessité de ne pas nous brouiller complètement avec Mango, dont nous pouvions avoir besoin, et nous résolûmes de ne pas chercher d'autres explications auprès des Kanaks, jusqu'au retour de Peterson; mais, an lieu de retourner directement à bord, nous dirigeâmes notre embarcation vers le pied d'un pic qui s'avançait jusque sur lo rivage et dominait les environs; puis, laissant la yole un peu au large, sous la garde de deux hommes, nous lîmes l'ascension de ce sommet. De ce point élevé et avec une bonne lunette marine, nous aperçûmes parfaitement le cotre, objet de notre inquiétude ; il était à la voile, et pendant une seconde , nous sentîmes une immense joie; mais elle fut de courte durée, car le second coup d'œil nous montra l'allure inaccoutumée de ce i)ateau, qui prenait le large sous une seule voile Irèspetite, maintenue sur un mât de fortune exigu.