‹ Voyage autour du mondeChapitre 67 sur 115 · CHAPITRE ONZIËUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIËUE

descriplibles nuils de ces régions tropicales. Réunis sur l'arrière, après un repas que notre anxiété avait fort abrégé, dous gardions le silence et laissions ei^ rer notre imagination surexcitée par tant d'événements, si bizarres, si imprévus qu'ils nous semblaient l'effet d'un cauchemar. La brise, à peine perceptible, nous arrivait de la terre saturée du parfum des plantes qu'elle avait caressées ; la mer nous envoyait de fraîches exhalaisons, et une houle légère soulevait la Fine, qui parfois retombait brusquement et brisait la surface polie des eaux, les éparpillant en mille gouttelettes brillantes comme des globules de feu. Le calme de cette belle nature associé dans mon esprit au massacre de mes compagnons par les cannibales , y formait un contraste des plus saisissants. Tout à coup le bruit régulier produit par des avirons battant l'eau en cadence et se heurtant contre des lolets, arriva jnsqu'à nous; ce bruit, faible d'abord, s'éleva graduellement, et nos yeux purent enfin distinguer une embarcation qui courait sur nous; puis, nous reconnûmes la chaloupe, qui bientôt accosta. Notre première idée fut de compter et de reconnaître les hommes; c'était seulement ceux qui étaient partis le matin , et voici le rapport que le patron de la chaloupe fit au commandant : " En nous dirigeant sur le Secret, nous fûmes obligés, à cause des récifs , de longer un peu la terre, dont nous étions h une faible distance. Les Kanaks,

ÏS2 LA NODTELLE-CALÉDONIE.

cachés dans un marais de palétuviers, en profitèrent pour nous lancer quelques pierres, au moyen de leurs frondes; mais la distance était assez grande; les hommes souquaient vigoureusement, et personne de nous ne fut atteint. Je répondis cependant h. celle attaque en envoyant au jugé quelques balles dans les palétuviers. Cetle agression nous engageait vivement h nous bien tenir sur nos gardes; aussi une fois arrivés le long du Secret^ toujours couché sur le flanc , car la marée était assez basse , nous avions nos armes à la main en sautant à bord. Hais il n'y avait plus là ni amis ni ennemis. \'ous rimes du sang partout; le mât était mutilé à coups de bâche, le pont défoncé ; un large trou creusé dans les bordages, juste au-dessus du doublage en cuivre, devait faire couler le bateau dès qu'on eût cherché & le relever; le gréemeni, les sacs des hommes, le compas , en un mot tout ce qui était portatif avait été enlevé et le reste saccagé , haché. La mer montait rapidement ; il fallait songer à remettre h flot ce malheureux bateau. Nous hal&mes donc l'ancre à bord. Le trou dans les bordages fut bouché avec nos couvertures ; le mât et la voile de la chaloupe furent ajustés sur le tronçon du tnàt du cotre ; la pompe, qui heureusement pouvait fonctionner encore, fut mise en mouvement pour vider l'eau qui avait commencé déjà à envahir toute la cale ; nous fûmes saisis d'horreur en voyant que celte eau était rouge de

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