CHAPITRE TBEIZIÈUE. 3Sd
bienCM vëta de la façon la plas grotesque, tout en veillant attentivement & ce qu'il ne pût s'échapper au milieu des broussailles. C'était le premier prisonnier que l'on eût fait depuis le commencemetit des afiaires, et on y tenait beaucoup. Quant à lui, de grosses larmes coulaient de ses yeux, mais il ne poussait aucune plainte; il marchait aussi vite que nous, allongeant ses' petites jambes; seulement, lorsqu'on coup de carabine retentissait ou que de nouvelles cases devenaient la proie des flammes, de gros sanglots soulevaient sa petite poitrine.
Le premier village étant détruit et ses habitants dispersés, toute la colonne redescendit dans la vallée , que nous continuâmes h remonter. Bientôt celle-ci nous apparaît plus spacieuse, très-fertile et très-habitée. Uais l'alarme était donnée, et nous ne trouvâmes que des villages déserta dont les habitants fuyaient devant nous en nous accablant d'injures. Ils saisirent même l'occasion d'une halte ponr nous entourer d'une ceinture de feu. Ils avaient enflammé les herbes autour de nous , et, grâce à la brise qui s'élait élevée, l'incendie se propageait rapidement; mais nous avions deviné leurs intentions, et nous eûmes encore le temps de nous réfugier an milieu d'un bouquet d'arbres verts et humides où le feu ne pouvait pénétrer. Là, tout en déjeunant et prenant un peu de repos, nous attendîmes la fin de l'incendie qui nous environnait, et
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sao LA NOUVELLE-CALÉDONIE.
qui , k en juger par sa violence , aurait pa nous être
funeste si nous n'avions pu gagner cet asile.
Le déjeuner fut assez gai , quoique à cbaque instant interronipa par les horribles hurlements de nos ennemis. Un jeune lieutenant qui était de l'expédition , doué d'une gaieté toute française , baptisa avec do vin notre prisonnier, tout en déclamant avec le plus grand sérieui une églOgue de Virgile. Nos alliés les Kanaks écoutaient attentivement, croyant fermement que ces actes se pratiquaient chez les Français lorsqu'ils avaient fait un prisonnier. Ils ont dû plus d'une fois déjà raconter ceci à leurs compagnons comme un des traits saillants des coutumes françaises.
A onze heures, ce même officier fut envoyé avec vingt-cinq hommes pour repousser les hordes qui nous entouraient et hrùler quelques petites cases que l'on voyait au loin s'étageani par petits groupes sur les versants de la vallée. Je me joignis à ce petit corps expéditionnaire, qu'accompagnait aussi notre chirurgien. Ainsi que je l'ai dit, nous avions établi notre camp au milieu d'un ilol de verdure; tout autour de nous, faute d'aliments, l'incendie s'élait éteint de lui-même ; mais au moment où nous sortions du bois une balle partie d'un buisson situé à quelques pas vint passer en sifflant au milieu de nous. Heureusement personne ne fut atteint. L'ardeur de nos hommes fut même au contraire surexcitée par cet
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incident, el nous nous précipitâmes vers le fond de la vallée sur les traces des Kanaks qui s'éloignaient devant nous; mais ces iodigénes ne tardèrent pas à adopter une tactique inquiétante; ils se mettaient en embuscade derrière les nombreux obstacles, fossés, ruisseaus, troncs d'arbres, etc., qui encombraient le fond de la vallée; puis, attendant que nous fussions à belle portée, ils faisaient feu sur nous et disparaissaient à la faveur des loiignes berbes. Nous leur laissions si peu de temps pour viser, notre élan était si rapide, que leurs balles, lancées presque au hasard , étaient peu dangereuses , cependant l'une d'elles passa entre le docteur et moi , à la bauteur de nos têtes , et alla se loger dans la cuisse d'un de nos alliés indigènes placé sur une petite bauteur derrière nous. Il était donc temps de cbanger nous-mêmes de tactique; notre position examinée de sang-froid était loin d'être rassurante. Nous étions vingt-cinq bommes disparaissant à demi an milieu de ces épais fourrés et de ces hautes herbes; nos ennemis étaient quatre ou cinq cents, connaissaient les lieux et noas dominaient; nous ne pouvions cependant nous retirer, d'autant plus que dans le fond même de la vallée nous voyions sur un plateau assez élevé se dresser de hautes et nombreuses cases environnées d'une masse d'indigènes qui nous défiaient et nous provoquaient avec accompagnement de danses el de cris.
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Voici le plan qui fut en quelques minutes conçu et mis à exécution : quinze hommes restèrent au fond de la vallée, les dix autres, divisés en deux groupes, marchaient sur les flancs. Ceux-ci, dont les regards pouvaient plonger dans les ravins et les broussailles, apercevaient toutes les embuscades dont quelques balles faisaient bientôt déguerpir les Kanaks. De la sorte, avec un élan vraiment irrésistible qui m'a bien fait connaître H funa francese , nous atteignîmes bientôt le village , abandonné par ses habitants, effrayés de l'audace de notre poignée d'hommes.
Le feu détruisit les cases et nous revînmes au camp, n'ayant eu de blessé que le Kanak dont j'ai parlé. Je dois ajouter qu'en nous voyant marcher en si petit nombre à l'attaque du grand village de Poindi-Patchili , nos alliés indigènes n'avaient osé nous suivre. Trois ou quatre seulement, au nombre desquels était le brave Ti, s'étaient décidés à nous accompagner.
Les nombreux Kanaks qui faisaient partie de cette colonne expéditionnaire cédaient du reste à l'influence d'un chef indigène dans lequel, pour ma part , j'avais peu de confiance. Cet homme, nommé Kahoua, était, à l'arrivée des Français dans l'île, chef du territoire qui s'étend snr la côte nord-est entre Touho et Hienguène; quoique sa tribu fât peu nombreuse, ce chef exerçait sur les peuplades
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